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Full text of "Revue des études juives 1914"

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in 2012 with funding from 

Algoma University, Trent University, Lakehead University, Laurentian University, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries 



http://archive.org/details/revuedestudesjui67s 



V 



tMOtoMM 



REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 




REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 

PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LÀ SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME SOIXANTE-SEPTIÈME 



A LA LIBRAIRIE DURLAGHER ^n.fe 7 ' 

142, RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS '/ 4? 



S 



PARIS 

tG-SAINT-DENIS 



loi 



TOSSEFTA, MISCHNA ET BARAITÀ 

DANS LEURS RAPPORTS RECIPROQUES 

ou 

HALACHA PALESTINIENNE ET BABYLONIENNE 



C'est un problème important de l'histoire de la Halacha que 
celui auquel M. S. Zuckermandel a consacré; sous le titre qui est 
celui de cet article, une étude étendue, n'embrassant pas moins 
de 4038 pages en deux forts volumes 1 . 

Le problème est double. On sait qu'il y a entre le Talmud de 
Babylonie et celui de Palestine, bien qu'ils aient une base com- 
mune, la Mischna, un grand nombre de divergences, qui sont 
signalées par les commentateurs et les décisionnaires, mais une 
par une et à l'occasion seulement. Les deux Tahnuds n'ont jamais 
été étudiés systématiquement à ce point de vue, et la réunion même 
des matériaux est encore un des nombreux desiderata de l'histoire 
littéraire lalmudique. Les divergences qui séparent les deux 
grandes écoles traditionnelles, celle de la Palestine et celle de la 
Babylonie, n'étant pas de celles qui apparaissent à un examen 
superficiel, toute étude consacrée à ce problème si ardu doit être 
reçue avec reconnaissance, surtout quand elle repose sur un exa- 
men approfondi des textes. 

L'autre problème, celui des rapports réciproques de la Tossefta, 
de la Mischna et de la Baraïta, n'est pas non plus tiré au clair. 
C'est la Mischna, l'œuvre officielle de la tradition, qui a retenu et 
retient encore l'intérêt, et les travaux qui lui sont consacrés trai- 
tent plus ou moins longuement la question de ses rapports avec 

1. M. S. Zuckermandel, Tosef/a, Mise/ma and Boraitha in ihrem Yerhaltnis zu 
einander, oder palasiinensisclie und babyloîiische Halacha. Ein Beitrag zur Kri- 
tik und Geschichte der Halacha. 2 volumes. Francfort-s.-M., J. Kauffmann, 1908- 
1909; xxx -f 484 et xvi + o08 p. iu-8°. Supplément (contenant un Index pour la 
Tossefta, etc.), ibid., 1910; vin + 2G p. in-S. 

T. LXVM, n» 133 1 



I REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les autres sources tannaïtiques. La Tossefla a également fait 
l'objet de recherches propres (un peu moins les collections de 
baraïlas), qui ont| touché au problème de ses rapports avec la 
Mischna et d'au Mes recueils tannaïtiques, dont les restes sont 
conservés dans les baraïtas citées soit par les Talmuds, soit ail- 
leurs. La science n'a donc pas été inactive dans ce domaine, les 
travaux n'ont pas manqué 1 ; mais une élude méthodique et appro- 
fondie de toute la question a'a pas encore été entreprise et nous 
n'en avons pas d'exposé systématique. 

I 
Le problème. 

Il y a, pour le faire court, deux problèmes. L'un est relatif aux 
rapports des recueils halacbiques tannaïtiques entre eux, l'autre 
aux rapports de la Halacha palestinienne avec la Halacha babylo- 
nienne. Notre auteur mentionne l'un et l'autre dans le titre de son 
ouvrage; seulement il n'étudie ni l'un ni l'autre à fond, mais uni- 
quement les points sur lesquels, d'après lui, les deux problèmes 
sont étroitement liés. Il ne réunit pas les lois, conceptions, expli- 
cations, etc., sur lesquelles les deux Talmuds sont en désaccord; 
il n'examine pas davantage, point par point, comment les sources 
tannaïtiques de la Halacha se comportent l'une vis-à-vis de l'autre. 
Il cherche seulement à établir les divergences entre Palestiniens 
et Babyloniens qui ont eu pour conséquence une modification des 
sources tannaïtiques. Son ouvrage est en quelque sorte à la fron- 
tière des deux problèmes posés. Ce n'est pas là un reproche, car 
chaque auteur a le droit de choisir librement son sujet; c'est la 
constatation d'un fait. 

M. Zuckormandel soutient, en elîet, cette thèse que la Tossefla 
était la Mischna dn Talmud palestinien, tandis que notre Mischna 
a été rédigée en Babylonie. C'est là la quintessence de sa théorie. 
La Mischna, telle qu'elle avait été rédigée en Palestine, n'existe 
plus comme bloc, car les Babyloniens en ont éliminé des parties 
entières et en ont modifié d'autres dans la forme pour les accom- 
moder à leurs opinions. Les parties qui ont été enlevées de notre 
Mischna forment en groslaTossefta. Des deux recueils tannaïtiques 
de Halacha qui sont parvenus jusqu'à nous, ni l'un — la Mischna 
— ni l'autre — la Tossefta — n'est la Mischna originale; l'un et 

1. On en trouvera La liste dans Strack, EinJ&itung in den Talmud, 4 e éd. p. 141 
et Rtiiv. 



TOSSEFTA, MISCHNA ET BARAÏTA 3 

l'autre n'en sont que des parties. Mais, tandis que, dans l'un, les 
parties conservées ont été souvent modifiées — et modifiées cons- 
ciemment — par les Babyloniens, l'autre est resté à peu près sans 
changement. Sous sa forme actuelle, la Tossefta ne représente 
donc pas toute la Mischna palestinienne, mais seulement la partie 
qui n'a pas trouvé place dans notre Mischna. Quant à notre 
Mischna, elle contient bien des parties primitives de la Mischna 
disparue, mais, dans sa plus grande partie, elle a été modifiée en 
Babylonie. La Tossefta elle-même n'est plus tout entière purement 
palestinienne. Pour ces raisons, la première Miscbna, la Mischna 
palestinienne, ne peut pas être reconstituée uniment par la combi- 
naison des deux œuvres encore existantes; ce serait trop simple. 

Cette hypothèse met la Tossefta au premier plan, historiquement 
s'entend. « J'ai mis dans le titre Tossefta, en tète, réuni Mischna et 
Tossefta, parce que la Tossefta, sans doute à peu d'exceptions 
près, est entièrement palestinienne; notre Mischna contient bien 
certaines parties primitives qui manquent dans la Tossefta, mais, 
dans l'ensemble, elle a passé par la rédaction babylonienne. La 
Baraïta n'est pas authentique le plus souvent. Elle est en partie 
une reproduction, corrigée et développée, de la Tossefta, en partie 
un produit des déductions tirées par les Amoras babyloniens 
d'autres enseignements des Tannas » (I, Préface, p. xi). On voit la 
portée de l'hypothèse, qui s'étend à toutes les sources tannaï- 
tiques, Mischna, Tossefta et Baraïta. Cette dernière est nommée au 
singulier parce que, selon le postulat de M. Zuckermandel, il n'a 
jamais existé de collections de baraïtas. « Il n'y avait pas en Pales- 
tine de baraïtas, mais seulement une Mischna et les autres recueils 
halachiques, tels que Mechilta, Silra, Sifrè et n-pb:ntt m=>brr » (I, 48). 

Pour mettre en pleine lumière l'opinion de l'auteur, le mieux 
sera de l'exposer à l'aide de ses propres expressions, telles qu'elles 
sont dispersées dans les différents chapitres de son ouvrage. Il 
croit que les Amoras babyloniens ont, suivant leurs besoins, attri- 
bué consciemment et arbitrairement leurs propres opinions aux 
docteurs palestiniens, aux Tannas aussi bien qu'aux Amoras. « Le 
résultat qui se dégage pour nous, au point de vue de l'histoire 
littéraire, est que l'explication de la mischna de Schabouot au nom 
de B. Yohanan ne peut pas être authentique. De même que le 
Babli fait dire à des Tannas des idées des Amoras babyloniens, de 
même il met ses propres idées dans la bouche d'Amoras palesti- 
niens qui ne peuvent pas les avoir eues. C'est ainsi qu'était main- 
tenue en apparence, entre la Halacha babylonienne et la Halacha 
palestinienne, l'unité, qui n'existait pas dans la réalité » (I, 46). 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

u Élan t donnés Les développements avec lesquels le Yerouschalmi 
traite cette difficulté... le Yerouschalmi n'aurait pas pu ne pas 
tenir compte de l'assertion de R. Méir, si elle avait figuré dans la 
Mischna palestinienne. C'est que dans la Mischna palestinienne le 
contradicteur du premier Tanna était R. Éliézer b. Jacob. Dans la 
Tossefta les mots -ittik npan "p ironb» n sont tombés » (I, 83). — 
L'auteur a besoin de cette dernière affirmation parce que la 
Mischna palestinienne supposée par lui, à savoir la Tossefta, ne 
contient pas non plus la mischna reconstruite par lui. — « La 
Mischna provient donc de la rédaction babylonienne » (I, 80, en 
haut). « C'était une conclusion d'un amora babylonien — de Rab, 
comme la Guemara l'indique — et pour conférer de l'autorité à 
cette explication et décision, on a ajouté -on i»a aran (1, 133) », c'est- 
à-dire qu'on a forgé exprès un texte tannaïtique, une baraïta, pour 
appuyer l'opinion de Rab, qui est considéré par les Babyloniens 
comme un Tanna. » « Rab et Samuel soutenaient contrairement à 
la Halacha palestinienne que « la même espèce ne se confond pas 
avec la même espèce », aussi bien pour des choses solides que 
pour des choses liquides. Ils firent de R. Yehouda l'auteur de cette 
halacha, que Rabbi aurait acceptée... On s'explique ainsi que la 
rédaction babylonienne de la Mischna prête à R. Yehouda une 
aggravation au lieu d'un allégement » (I, 151 ; cf. I, 265). « La 
baraïta du Babli n'est pas authentique. En réalité, Rabbi n'a rien 
contesté et la mischna ne provient pas davantage de R. Nathan : 
c'est une mischna ancienne » (I, 157). « On a construit une baraïta 
qui dit expressément que Rabbi n'est pas d'accord avec les dispo- 
sitions de la Mischna, qui provient de R. Nathan » (I, 163). « Nous 
allons montrer que le Babli a, d'une part, abrogé, c'est-à-dire 
déclaré fautive, une tossefta qui représentait la mischna palesti- 
nienne, et qu'il a, d'autre part, produit une nouvelle baraïta, que 
ne connaissait pas la Halacha palestinienne » (I, 195; cf. p. 203, 
en haut). « A les examiner de près, ces (fragments). . . ne sont pas 
du tout tannaïtiques ; ils proviennent, certainement, de Baby- 
lonie, comme d'autres baraïtas qui y ont été « confectionnées » à 
l'aide de halachas palestiniennes modifiées » (I, 213). « Cette 
baraïta est imitée de la Tossefta, avec variantes. C'est un trait 
caractéristique du Babli, qu'il avance toutes sortes d'assertions et 
les met dans la bouche de Tannas. Avec les ressources si étendues 
de leur dialectique, les Amoras babyloniens ont imaginé toutes les 
possibilités... Une telle idée ne pouvait venir qu'à la réflexion et à 
une époque postérieure. Elle n'existait pas en Palestine... Ainsi, 
un tanna v aurait soutenu, . . un autre même. . . Ni l'un, ni l'autre 



TOSSEFTA, MISC UN À ET BARAÏTA 5 

ne correspond à la réalité » (I, 289, note). « Mais comment expliquer 
les différentes leçons ? Gomme ceci et pas autrement : dans la 
ïossei'ta nous avons la plus grande partie de la Mischna, qui, 
conformément à son interprétation, a corrigé le "pb^ia de la 
mischna palestinienne en "pb^itf 'ptf et a rejeté l'opinion de R. 
Simon, ne la recueillant pas dans la Mischna et ne la citant pas 
ailleurs » (I, 292). « Le Babli avait d'abord construit la baraïta 
contre la Tosseiïa et le Yerouschalmi ■> (I, 372). 

Ces citations caractérisent suffisamment l'opinion que se fait 
Zuckermandel des baraïtas citées dans le Talmud de Babylone, 
quant à leur authenticité, et ce qu'il pense des procédés des Amo- 
ras, inventant des baraïtas de toutes pièces ou modifiant arbitrai- 
rement des baraïtas existantes. Mais le centre de sa théorie est la 
thèse d'après laquelle la Tossefta était primitivement la véritable 
Mischna, dont les Babyloniens ont fait notre Mischna pour la 
mettre d'accord avec leurs propres opinions. Après les passages 
déjà reproduits, voici, pour plus de clarté, quelques citations 
encore : a La Mischna babylonienne a été mise ensuite en tète du 
Yerouschalmi » (I, 373; cf. p. 377, en bas). « Le Babli a modifié 
cette tossefta et avancé des idées nouvelles » (II, 417. Pourquoi?) 
« Elle a été modifiée par la rédaction babylonienne de la Mischna » 
(II, 453; cf. II, 450). L'abrègement de la Mischna, assure M. Zuc- 
kermandel, est babylonien (II, 426, cf. p. 432). Mais il ne lui a pas 
échappé que le Talmud palestinien cite parfois notre Mischna, 
malgré la divergence de la Tossefta. Aussi remarque-t-il : « Il est 
vrai que la mischna est citée dans le Yerouschalmi telle que nous 
la lisons dans [notre] Mischna. Mais nous avons déjà eu plusieurs 
passages qui ne peuvent se rapporter qu'à la Tossefta, la Mischna 
palestinienne, et pourtant c'est la Mischna qui est citée (v. plus 
haut, p 209, 36) » (I, 345). C'est ainsi que l'auteur appuie nombre 
de fois sur sa proposition : la Tossefta était la Mischna du Talmud 
palestinien, tandis que la Mischna, qui forme aujourd'hui et qui 
formait autrefois, aussi haut que l'histoire puisse remonter, le 
texte à expliquer, c'est-à-dire la Mischna de ce même Talmud, n'a 
été mise que « plus tard » à la place qu'elle occupe aujourd'hui. 

La critique a ainsi trois thèses à examiner : 

1° Les Palestiniens connaissaient-ils des baraïtas ? 

2° Notre Mischna a-t-elle, en son fond, été rédigée en Babylonie? 

3 1 La Tossefta était-elle la Mischna du Talmud palestinien? 

Ce sont ces trois questions que je vais traiter, autant qu'il est 
possible dans le cadre d'une étude. J'examinerai ensuite quelques 
détails de l'ouvrage considérable de M. Zuckermandel. 



G REVUE DES ETUDES JUIVES 

II 

Examen de la solution Zuckermandel. 

4. — Les Palestiniens connaissaient-ils des barattas? 

Je ne saurais dire sur le moment si le terme de baraïta («rrvna) se 
trouve dans le Talmud palestinien. Les dictionnaire de Kohut, Levy 
et Ben Jehuda (Millon) ne citent aucun exemple tiré du Yerou- 
schalmi. Frankel ', Weiss 2 et d'autres, qui se sont spécialement 
occupés du problème des baraïtas, n'ont prêté aucune attention à 
cette question primordiale. Il semble que ce terme n'existait pas 
en Palestine, où la baraïta, comme la miscbna était appelée sim- 
plement matnita («rnanE), substantif dont baraïta forme l'adjectif. 

Mais l'absence du mot ne prouve pas que la ebose elle-même 
n'ait pas existé, pas plus que l'absence du mot tanna dans la 
littérature tannaïtique, par exemple, ne prouve la non-existence 
de Tannas. C'est qu'il ne s'agit pas d'une question de termino- 
logie, mais d'histoire des ouvrages halacbiques. Au reste, le terme 
de « tanna de la baraïta » (ïT"na rp'On) se trouve, lui, dans le 
Yerouschalmi, et le contexte prouve sans le moindre doute qu'il 
s'agit de traditions divergeant d'avec la Miscbna 3 . Là où il y a des 
tannas de baraïtas, il y a naturellement aussi des baraïtas. La 
formule introductive, au moins aussi fréquente qu'il y a de 
colonnes dans le Yerouschalmi, est la suivante : « Il y a un tanna 
qui enseigne » (""an i-on rna). Il y en a souvent plusieurs à la suite, 
ce qui ne peut se comprendre que d'une manière : c'est que ces 
tannas avaient dans leurs propres Mischnas la balacha en ques- 
tion sous une autre forme. Assurément, il n'est pas rare qu'il 
s'agisse d'une autre leçon, mais très souvent on cite des morceaux 
entiers, trop étendus pour représenter des leçons divergentes. Il 
s'agit donc indubitablement d'ouvrages halacbiques qui pouvaient 
être analogues à la Miscbna, mais qui ne lui étaient pas identiques. 

Une autre preuve de l'existence de baraïtas est fournie par les 

1. Darkê ha-Mischna, 311 et suiv. ; Mehô ha-Yerouschalmi, 2o et suiv. 

2. Dor, II, 239 et suiv. 

3. j. lïalla, 59rf, i. 30 : bv riT û* ni ï"»D-iax?3 "pa^an br> nn iw m» 

'IDT "■p'wj "pn ~73 fcP'na N" 1 " 1 *:"! "jm !"Pr»3H. Sur la raischna de Pesahim, vu, 1 
(rs *y\Tvn ïamr»), le Yerouschalmi, 34a, I. 30, dit: n">37û "nmn ^n ^:n ivn 
r:"-.D K"""n "pim 'run by v»b "nnb y^iz Kinis nr iro^pa. Yoma, 43 d, 
î. 42 : ïrnsnisb y^o» N-ip rr::n'-i nra» '-oi "^n "nsn m» : « Le verset 

confirme notre mischna », c'est-à-dire effectivement la Mischna que nous avons. 



TOSSEFTA, MISCI1NA ET BARA1TA 7 

innombrables citations de celles qu'on ne retrouve pas dans la 
ïossefla. La formule introductive est simplement ^:n, ou bien elle 
est jointe à un nom. On connaît le passage où on rapporte que 
Hilfa s'était déclaré prêt à retrouver dans la Miscbna toutes les 
balacbas enseignées par R. Hiyya et, à cette occasion, on cite des 
enseignements qui ne se trouvent pas dans la Tossefta 1 . Le même 
traité [Kiddouschin) commence par ïr«n 'n ^an et la formule y 
revient fréquemment. De même, on trouve dans ce traité (59£, au 
milieu) : ïrwin '"i w, 59«?, 1. 22, d'en bas : ■•rm p 1"#7jO 'n ^n. 
C'est presque à chaque page du Yerouschalmi qu'on lit des baraïtas ; 
aussi conçoit-on à peine comment notre auteur a pu en venir à sa 
théorie. Comment comprendre, par exemple, Kiddouschin, 61 c, 
1. 20 : *p*ib nr^D» ttmnfti "pib w^de Mmsnw, après quoi notre mis- 
cbna est introduite par p^n kïti, par opposition aux deux baraïtas. 

Il faudrait tout un livre pour rechercher quelles collections de 
baraïtas étaient utilisées par les Arnoras palestiniens. Je voudrais 
seulement examiner ici à ce propos une indication importante, à 
mon avis, une des plus importantes de toutes celles qui se rap- 
portent à l'histoire de la Halacba. Je veux parler de l'histoire sui- 
vante : « Rabbi connaissait treize ouvrages balacbiques, dont il 
enseigna sept à Hiyya. Quand Rabbi, tombé malade, les eut tous 
oubliés, R. Hiyya lui rappela les sept qu'il avait appris de lui; les 
autres six furent perdus. Or, il y avait un foulon qui avait entendu 
Rabbi réciter les ouvrages balacbiques; R. Hiyya les apprit de lui 
et les enseigna à son tour à Rabbi. Quand Rabbi vit le foulon, il lui 
dit : Tu as créé Hiyya et Hiyya m'a créé » [Nedarim, Ma), Les 
mots qui nous importent le plus dans ce texte sont : nbn ,fc i tes 
Krobï-î ^n "no*, que R. Àscber rend en hébreu par mn û^d s"->n 
rrobn toi©. Par «robn (hébreu nisbn) il faut entendre un ouvrage 

T T : • v T -:' l 

halachique complet, comme dans Schebonot, 41 b {Meguilla, 28 6; 
Kiddouschin, 49 a) : amttbn aVm ansaim "nsai anaai an^bn, et 
ailleurs 3 , Quand R. Yohanan déclare que « ceux qui écrivent des 
Halachot sont comme ceux qui brûlent la Tora 3 », il parle de tout 
un ouvrage de Halacba, non de balacbas isolées. De son temps la 
tendance se fit sentir pour la première fois de fixer par l'écriture 
la Miscbna (et d'autres ouvrages, recueils de baraïtas); aussi 

1. j. Kiddouschin, oS d, au milieu ; j. Ket , 31 a, 1. 2 ; b. KeL, 69 b. Dans tous 
ces trois passages, c'est notre Mischua qu'on cite comme misclina. 

2. Voiries textes cités par Bâcher, dans cette Revue, XXXVIII, 211-219 (Agada der 
Tannaiten, l 2 , p. 475-489) et ce que j'en ai dit dans mon travail apud Winler et 
Wiinsche, Mechilla, xviii-xxiv. 

3. Temoura, 14 6 (cf. Guittin, 60 6)-: ÏT1Î1 EpIttîD m^btt 'SmS. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

défendit-il l'ancien usage avec une grande énergie '. Comme le 
mol de a livre » (*iw) ne pouvait pas être appliqué à des œuvres 
orales, il n'y avait pas d'autre moyeu, pour désigner une collection 
complète, que de prendre le pluriel du terme qui désignait la 
matière en question, comme nn» (araméen Knbsa), mcDin (ara- 
méen «nçoin), mcm», quand ou ne pouvait ou qu'où ne voulait 
pas étendre le nom du livre du Pentaleuque, comme û^ïid mm 
(araméen tnso) ou "noo, auMidrasch qui l'expliquait. Seul, le mot 
n:o73 est devenu la désignation technique des « Halachot de 
Juda I er ». Mais ce mot même apparaît au pluriel, nvsctt 2 , là où il 
désigne, comme aujourd'hui encore, un ouvrage de Mischna. — 
Dans notre histoire, il ne peut s'agir, d'après le contexte, de rien 
d'autre que d'œuvres de Halacha. On ne dit pas quels en étaient 
les auteurs, mais il n'est pas douteux que deux d'entre eux étaient 
Akiba et Méir. Ce sont encore les originaux de ces ouvrages qui 
sont cités dans la Mischna dans les passages où se trouvent les 
mots x^py '"i nai ou -pke 'n ■nm. Quand, dans le Talmud, des 
amoras, par exemple Rab ou Yohanan, observent, sur des passages 
anonymes de la Mischna : « Ce sont les paroles d' Akiba (ou de 
Méir) », il faut entendre par là que l'auteur en question avait con- 
servé dans sa mémoire l'ouvrage original d'Akiba ou de Méir, 
c'est-à-dire, pour parler notre langue, qu'il possédait encore cet 
ouvrage. Ces ouvrages n'ont plus cours 3 , mais ils ne sont pas 
oubliés. Les treize ouvrages de Halacha du patriarche peuvent 
n'avoir pas été entièrement oubliés à l'époque de Rab ou môme de 
Yohanan, soit un demi-siècle environ après la mort du patriarche. 
On pourrait soutenir, à la vérité, que le récit du ïalmud est 
une légende, et un critique aussi pénétrant que M. Zuckerman- 
del ne se ferait certainement pas scrupule d'admettre une telle 
opinion. Et pourtant il est le dernier qui puisse l'accepter, car 
comment une légende aurait-elle pu se former dans les cercles 
où, d'après lui, on forgeait soi-même des baraïtas, sur la Baraïta 
si gravement compromise ? Du reste, je crois que si l'histoire est 
légendaire, elle est encore plus probante pour notre but. Si elle 

1. Strack, Einleilung in den Talmud, 4 e éd., p. 11, n'a pas reconnu cette circons- 
tance. Jusqu'au milieu du in e siècle, on n'avait pas eu besoin d'une condamnation 
aussi Révère; une simple défense suffisait (Gui/lin, 60 6 : N;n ':^^C , 7û^Z}' , '"1 "*m 

mabn ama nn« W ams nns* nbs .nb«). 

l. Kohélet r., sur vi, 2 ; Lévit. r., vu (Levy, III, 288 a). 

'\. Sur Kohél.j xn, 3, « les moulins ont disparu », le Midrasch observe : « Ce sont 
les grandes Mischnas, par exemple la Mischna d'Akiba, de Hiyya et de Hoseliaya, de 
Bar Kappara » [I. c). On ne cite naturellement pas la Mischna de Méir, que Juda 1 er 
avait prise pour base. 



TOSSEFTA, MÏSCIINA ET RARAÏTA 9 

est historique, elle ne peut servir de preuve que pour la Palestine, 
tandis que, si elle a été imaginée par les Àmoras babyloniens, elle 
est probante aussi pour la Babylonie. Rn effet, s'il n'y avait pas eu 
d'ouvrages de Baraïtas en Babylonie, les Babyloniens n'auraient pas 
inventé une légende d'après laquelle douze ouvrages de Halacha 
seraient, à une époque pas trop éloignée, devenus, par l'érection 
d'un treizième en ouvrage officiel, tout d'un coup des Baraïtas. 

En faveur de l'existence de nombreuses baraïtas, il y a des indi- 
cations directes, comme la phrase : « des jeunes filles sans nombre 
(Ecclésiaste, vi, 8) : ce sont les baraïtas 1 ». On trouve très souvent 
l'indication : « Quand R. Dimi vint, il apporta une baraïta (de 
Palestine) ». Il doit donc y avoir eu des baraïtas en Palestine. De 
plus, la joie des Babyloniens pour une nouvelle baraïta serait tout 
à fait incompréhensible si eux-mêmes « produisaient » des baraï- 
tas de toutes pièces. Ne se méfiaient-ils pas de leur compatriote? 
Le Yerouschalmi cite des amoras babyloniens, tels que Hisda et 
même Abayè (mort en 337) ; les Palestiniens savaient donc jus- 
qu'aux derniers moments de leur Talmud ce qui se passait dans 
les écoles babyloniennes et ils auraient ignoré le si grave abus qui 
était pratiqué dans ces écoles ! Ils trouvaient des mots de blâme, 
comme « le Talmud des Babyloniens tâtonne dans les ténèbres », 
ils riaient souvent des enseignements babyloniens, et ils n'auraient 
trouvé ni parole de blâme, ni larme de regret pour leurs forgeries 
audacieuses! Zeïra et Jérémie étaient déjà des docteurs mûrs 
quand ils vinrent de Babylonie en Terre sainte; l'un jeûna pour 
oublier son savoir babylonien ; l'autre regardait de haut ses 
anciens compatriotes; mais ni l'un ni l'autre ne trouva à dire que 
les Babyloniens, pour les besoins de leur cause, mettaient leurs 
propres opinions « dans la bouche » de Tannas ! 

Je pourrais encore m'appuyer sur ce que le Talmud de Babylone 
cite souvent quatre à cinq baraïtas contradictoires à la file, sur la 
même halacha 2 , ce qui n'aurait aucun sens si ces baraïtas ne 
figuraient pas effectivement dans autant de recueils de Baraïta. 
Mais c'est assez parler de cette hypothèse, qui ne trouvera certai- 
nement pas de partisans. Venons en à la seconde question. 

1. Schir r., vi, S; Tanhouma, Korah; Nombres r., xviii, 21. M. Schwarz, dans sa 
réfutation de l'hypothèse de Zuckermandel (Die Tosifta des Traktatas Nesikin... 
Das Verhaltnis der ïosifla zur Mise/ma, Vienne, 1912, p. vii-vm), rapporte ce 
Midrasch aux tosseftas. C'est au fond la même chose; il y a des tosseftas sans 
nombre, il y a eu aussi des baraïtas innombrables. 

2. Dans Kiddov.se/ii7i, 48 b, on cite trois baraïtas à la suite, introduites l'une par 
*J33"I 13P, l'autre par J^DP, la troisième par "»5r). D'ordinaire, le terme introductif 
est, la première fois, tt" , :n, ensuite et même plusieurs l'ois à la suite, "p^N N"^r. 
Il n'est pas nécessaire de feuilleter longtemps le Talmud pour en trouver des exemples. 



10 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2. — Notre Mischna, en son fond, a-t-elle été rédigée 
en Bah y lu nie? 

On sait que la Mischna existe sous trois formes : dans les Misch- 
nayot (sans Talmud), dans le Talmud babli et dans le Yerou- 
schalmi, et que les trois textes divergent l'un de l'autre jusqu'à un 
certain point. Mais personne n'ira soutenir pour cela que ce sont 
trois ouvrages différents, et M. Zuckermandel ne le dit pas non 
plus. Son opinion est que notre Mischna a été rédigée, non par 
Juda I er , niais parles Anioras babyloniens. Il n'en a fourni aucune 
preuve historique, aucune donnée directe, car il ne s'en trouve 
pas dans toute la littérature ancienne, qui est assez étendue et qui 
parle de tout pourtant. Ni les Palestiniens, ni les Babyloniens 
n'ont jamais fait la moindre allusion à la non-identité de leur 
Mischna, considérée comme ouvrage entier. On ne se demande 
jamais quelle Mischna est plus exacte; les Palestiniens qui trou- 
vaient à l'occasion, on Ta vu, des mots de blâme pour la science 
babylonienne, n'en ont jamais pour la Mischna babylonienne. Le 
silence est ici, où l'on s'attend légitimement à ce qu'on dise 
quelque chose, une preuve péremptoire. De môme, on ne trouve 
dans toute la littérature historique de l'époque post-talmudique 
aucune allusion, aucune réminiscence, et moins encore des indi- 
cations directes sur ce point capital, ni sur les personnages qui 
ont élaboré le livre fondamental de la législation babylonienne, ni 
sur l'époque où cette œuvre a été constituée. Le petit Séder Olam 
accorde un souvenir aux exilarques, aussi bien qu'à mainte date 
de chronologie, mais il n'en a aucun pour la rédaction de la 
Mischna ni pour l'âge de la rédaction. Aucun docteur, Hoschaya 
par exemple, n'est appelé « le père de la Mischna ». Scherira, des- 
cendant de notabilités babyloniennes et lui-môme chef de l'aca- 
démie babylonienne, connaît l'année de la mort des Amoras baby- 
loniens, comme aussi celle du rédacteur de la Mischna, Juda I er , 
celle du chef d'école palestinien Yohanan, aussi bien que la date 
du retour de Rab en lîabylonie, mais l'année, ou l'époque, de la 
naissance de la nouvelle Mischna babylonienne lui est inconnue. 

Ainsi, l'histoire ne connaît pas de rédaction babylonienne de la 
Mischna, tandis qu'elle connaît fort bien la rédaction palesti- 
nienne. Les preuves que je viens de donner militent d'une manière 
générale contre l'hypothèse d'une rédaction babylonienne de la 
.Mischna. Aux preuves négatives s'en ajoutent d'autres, positives. 
M. Zuckermandel ne nous dit pas à quelle époque la rédaction de 



TOSSEFTA, MISCHNA ET BARAITA M 

la Mischna a eu lieu. Mais comme sa Mischna babylonienne pro- 
vient, d'après lui, de la Miscbna de Rabbi, elle est forcément pos- 
térieure à la mort de ce patriarche. La rédaction fut opérée par 
voie de sélection, en éliminant de la Miscbna de Rabbi beaucoup 
d'éléments, peut être la majeure partie, celle qui s'est conservée 
dans la Tossefta. 11 faut évidemment que cela se soit passé à 
l'époque des premiers Amoras babyloniens, Rab et Samuel. Ce qui 
ne faisait pas l'affaire des Rabyloniens fut ou bien entièrement 
éliminé ou accommodé à leur goût. Dans ces conditions, on ne 
s'explique pas pourquoi on a laissé dans la Miscbna des opinions 
que Rab ne partageait pas, ce qui oblige le Talmud à concéder 
que Rab est un Tanna et discute avec la Miscbna '. Si les Baby- 
loniens ont traité la Miscbna a leur gré, pourquoi y ont-ils laissé 
des opinions qui étaient en désaccord avec celles de leur plus 
grande autorité? Dans d'innombrables cas, le Talmud de Babylone 
débute par un dire de Rab, celui-ci doit donc avoir eu sous les yeux, 
pour ainsi parler, la Miscbna babylonienne ; à vrai dire, c'est lui 
qui devrait en être l'auteur. En tout cas, on est fondé à se demander 
pourquoi, dans une transformation si radicale, dans une épuration 
si foncière, on a conservé des opinions condamnées et abandonnées. 

Certaines lois ne s'appliquent pas identiquement aux deux pays, 
à la Palestine et à la Babylonie. Ainsi, le Nouvel-An diffère en ce 
qui concerna un œuf pondu en ce jour. En pareil cas, le Talmud 
emploie la formule : « ceci est pour nous, cela pour eux » 2 . Si les 
Babyloniens s'étaient taillé la Mischna à leur mesure, ils n'auraient 
pas eu besoin de cette règle à l'égard de la Miscbna. S'étant 
permis tant de coups de ciseaux, pour découper et retrancher, ils 
n'en étaient pas à quelques opérations. Les Babyloniens font une 
Mischna pour la Babylonie et y laissent, sans rien dire, une loi qui 
n'est valable qu'en Palestine ! 

Autre sujet d'étonnement. Pas un seul docteur babylonien, 
parmi les plus grandes autorités, tel que Houna l'Ancien, ou 
Rab, ne se retrouve dans cette Mischna que les Amoras baby- 
loniens avaient créée avec la liberté souveraine que leur prête 
M. Zuckermandel. Une étude approfondie de la Miscbna amènerait 
la découverte d'innombrables passages qui sont incompréhen- 
sibles dans l'hypothèse d'une rédaction babylonienne. Prenons, 
par exemple, la première mischna de Guittin. Elle prescrit que 
celui qui apporte un acte de répudiation de l'étranger doit faire 

1. 3P5S1 Ni; - ; tfjn 3H : Houllin, 122 6; Baba batra, i2 a, etc. 

2. "inb NÏTI "p tf~ : Béça, 5 a et passitn. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

celte déclaration : « L'acte a été écrit et signé devant moi ». Sur 
quoi Rab, déjà, remarque : « Nous nous sommes mis, en ce qui 
regarde les acles de répudiation, sur le môme pied que la Pales- 
tine. » Pourquoi la mischna n'a-t-elle pas été transformée tout de 
suite dans ce sens? 

L'examen de la terminologie de la Mischna permettrait égale- 
ment de conclure que la Mischna n'est pas le produit d'une rédac- 
tion babylonienne '. M. Schwarz a encore fait valoir un argument 
d'un grand poids : c'est que même les vingt-cinq traités de la 
Mischna sur lesquels il n'y a pas de Talmud babylonien auraient 
été remaniés et transformés ; dans la théorie de M. Zuckermandel, 
il n'y avait aucune raison de le faire. 

Si maintenant on se demande quelles sont les preuves positives 
qui établiraient que la Mischna palestinienne a subi un traitement 
si radical en Babylonie, on trouve des discussions dialecLiques sur 
un certain nombre de questions balachiques envisagées indépen- 
damment. Nous mettrons en lumière quelques-unes de ces études; 
mais même si M. Zuckermandel avait raison dans tous les cas 
traités par lui, ce ne serait pas encore une base suffisante pour les 
conséquences d'une si grande portée qu'il en a tirées : les conclu- 
sions ne sont pas en rapport avec les prémisses. Tout au plus 
aurait-on démontré que certains passages de la Mischna ont subi, 
au cours des siècles, une correction, mais nullement que la 
Mischna dans sa totalité a reçu une nouvelle rédaction. M. Zuc- 
kermandel n'a même pas entrepris de tracer le tableau de cette 
rédaction. Pas un mot, ni sur la date, ni sur les auteurs de la 
rédaction. Quelle école ou quelles écoles l'ont menée à bonne fin, 
celle de Sora, de Nehardea, de Poumpedita, Mahouza, ou toutes à la 
fois? La Babylonie est un grand pays et le terme est un peu vague. 

Nous n'avons pas de scrupules dogmatiques — dans les ques- 
tions historiques le dogme n'a rien à voir—, mais nous ne pouvons 
tenir quitte personne de preuves, surtout quand il s'agit d'une 
théorie destructive de fond en comble. Les raisons ne nous appa- 
raissant pas suffisantes, nous ne nous tenons pas pour convaincu. 

3. — La Tossef ta était-elle la Mischna du Talmud palestinien? 

Quand M. Zuckermandel dit que la Tossefta est la Mischna 
palestinienne, il ne faut pas l'entendre à la lettre; il veut dire 
seulement que la Tossefta formait l'élément essentiel de la Mischna 
palestinienne. Notre Mischna s'accorderait avec le Talmud baby- 

1. Voir un exemple dans mon ouvrage Die jiidische Ehescheidung,U, 34 et suiv. 



TOSSEFTA MISCHNA ET BARA1TA 13 

Ionien et tons deux s'opposeraient à la Tossefta et au Yerou- 
schalmi, « en sorte que le Yerouschalmi ne peut être compris que 
si l'on suppose la Tossefta comme la Mischna palestinienne, en y 
ajoutant d'ailleurs les éléments restés sans changement de notre 
Mischna qui sont omis dans la Tossefta, de telle manière que la 
Mischna paleslinienne primitive devrait être reconstituée à l'aide 
de la Mischna et de la Tossefta » (I, p. vu). La Mischna primitive 
n'existe plus, mais le noyau en est conservé dans la Tossefta. De 
cette Tossefta on a éliminé ce qui a été recueilli dans notre Mischna 
(la Mischna babylonienne, d'après Zuckermandel) ». Qui a éliminé, 
pourquoi et quand? Ce sont des questions qu'on ne se pose même 
pas. On ne cite aucun cas analogue dans l'histoire de la littérature 
et de la « librairie ». Il est évident que ce sont les Palestiniens qui 
ont conservé la Tossefta — les parties éliminées de la Mischna pri- 
mitive — et non les Babyloniens, qui l'avaient éliminée de la 
Mischna à cause des contradictions. Mais pourquoi les Palestiniens 
n'ont ils pas gardé de suite leur Mischna, entière et sans mutila- 
tions? Mystère et énigme. S'ils ont été en état de donner leur 
Talmud à la postérité, n'auraient-ils pas eu le pouvoir de leur en 
léguer la base, le texte de leurs débats? Soit dit pour montrer que 
les hypothèses de notre auteur ne se comprennent pas bien histo- 
riquement. 

Mais voici, à mon sens, la difficulté principale qui empêche de 
s'y rallier. Les deux Talmuds sont des commentaires d'un code. 
Commentaires, non dans le sens étroit de ce mot, car ils traitent 
de questions qui n'ont pas de rapport avec le texte commenté ou 
qui, du moins n'avaient pas besoin d'être mises à contribution 
pour l'intelligence de ce texte. Néanmoins, il est de fait que les 
deux Talmuds prennent pour point de départ une proposition de 
la Mischna et que leurs discussions suivent les propositions de la 
Mischna dans l'ordre : proposition première, deuxième, troisième, 
etc. Lors donc qu'on affirme que notre Mischna a été ajoutée plus 
lard en tète du Yerouschalmi, tandis que primitivement c'était un 
tout autre ouvrage qui servait de base à ce Talmud, il faudrait, en 
bonne méthode, démontrer d'abord que le Talmud de Jérusalem 
ne convient pas, comme commentaire, à notre Mischna, qui, 
aujourd'hui, le précède. Le Yerouschalmi étant un ouvrage étendu 
— 260 feuillets, grand in-folio à 4 colonnes serrées — offre des 
matériaux surabondants pour celle démonstration en quelque sorle 
extérieure. Il faudrait pouvoir signaler des centaines de passages se 

1. Die Tosifla des Traktates Nesikin.. , p. xi. 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rapportant à un texte qui n'existe pas dans notre Mischna ou qui 
y Qgurenl dans un autre ordre. Qu'on essaie un peu de mettre à la 
place du Mischné-Tora de Maïmonide le texte du Schoùlhan Aroucli 
et qu'on laisse les « porte-boucliers du Rambam » à leur poste! Le 
premier lecteur venu s'apercevra immédiatement que le texte 
et le commentaire ne s'accordent pas. M. Zuckermandel n'a 
pas essayé de faire cette preuve. Qu'il essaie et il se convaincra en 
moins de cinq minutes que son hypothèse est insoutenable. Voilà 
qui est capital. 

Qu'importe après cela qu'on réussisse, dans une cinquantaine de 
cas sur quelques milliers, de démontrer dialectiquement que le 
Yerouschalmi raisonne comme la ïossefta, tandis que le Babli 
raisonne comme la Mischna? C'est là, en effet, le schéma de 
M. Zuckermandel. Depuis le temps où Méir pouvait « démontrer 
par la Bible » de cent manières différentes que le pur est impur et 
l'impur pur, la dialectique talmudique est un terrain très glissant. 
Que vaut une preuve dialectique qui oblige à admettre que « nn 
peut signifier aussi : il est dit dans la Mischna » (I, 296, n. 6) 
ou que *eiu aman» signifie : il avait une leçon (II, 450)? Je né veux 
pas dire par là que la dialectique soit superflue ou même sans 
valeur, mais encore que notre auteur n'obtienne pas dans ce 
domaine des résultats appréciables, ses mérites doivent être 
pleinement reconnus. Ainsi, son n° 13£, son n° 14a, quelques 
autres points encore me paraissent réussis. Je rends volontiers 
hommage aussi, et très sincèrement, à son érudition talmudique 
et à sa perspicacité. Mais je ne puis dissimuler que je consi- 
dère son ouvrage comme très peu sûr et peu fait pour la science 
historique. Si on me montrait que je me trompe, je serais le pre- 
mier à m'en réjouir. C'était un besoin pour moi d'exprimer ces 
sentiments avant de passer à l'examen de quelques" détails de 
l'œuvre et de me ranger moi-même parmi les prophètes. 



111 

Examen de quelques preuves. 

/. — Le n° 7 (p. 77-86) porte sur Mischna, Teroumot, iv, 1, 2, 
ïossefta, même traité, v, 2, ainsi que sur le Yerouschalmi, ad lac, 
et, sur la base d'une explication du commentaire de la Mischna 
Tiféret Israël, explication développée par quelques remarques de 
l'auteur, une différence est staluée entre le Yerouschalmi et le 



TOSSEFTA, MISCHNA ET BARAÏTA 15 

Babli. Le pivot de la question est la notion de rrvna, que le Babil 
connaît, mais que ne connaît pas le Yerouschaimi. Or, connue 
d'après Zuckermandel, l'opinion de R. Méir dans la mischna n'est 
compréhensible qu'en tenant compte de ladite notion, il en résulte 
que ces paroles n'étaient pas connues du Yerouschaimi et qu'elles 
ont été introduites dans la Mischna en Babylonie. A la place de la 
proposition de R. Méir, éliminée par lui, l'auteur met celle-ci : 
nnN tnp»» aba nna ûiptt b* sôt vb* ab ^-in np*-» p w^ba '-i. 
« Dans la Mischna palestinienne R. Éliézer b. Jacob figurait comme 
contradicteur du premier tanna. Dans laTossefta, les mots wbtt '-i 
-iïïik npsn p sont tombés » (p. 83). C'est que la thèse défendue par 
M. Z. est que notre Tossefta est la Mischna palestinienne, mais 
qu'on en a retiré les morceaux qui se trouvent dans noire Mischna. 
Dans notre cas particulier, la Tossefta constitue aussi la Mischna 
du Talmud palestinien. Mais comme notre Mischna n'a pas la 
phrase « Éliézer b. Jacob, etc. », alors que, d'après M. Z., elle se 
trouvait dans la Mischna palestinienne, c'es dans laTossefLa qu'on 
l'attend, et comme elle n'y est pas, c'est qu'elle est « tombée ». 

Or, quels sont les faits? La Mischna et la Tossefta ne notent pas 
l'opinion de R. Éliézer b. Jacob. Elle est introduite par le Yerou- 
schaimi (Teroumot, 4 U 2 c, eu bas) comme suit : anna -rcrtt w rrjo 
abn vby ab arn» ira 3p:n p w^ba 'n 13m npjn p -iT^ba '1 ^m 
nntf ûipïï by\ « d'aucuns veulent dire comme ce qu'a enseigné 
R. É. b. J., car R. É. b. J. a enseigné, etc, ». Si l'opinion de R. E. 
b. J. s'était trouvée dans la Mischna, la citation de ses paroles était 
entièrement superflue. Le Talmud cite-t-il, au bout de quinze 
lignes, une mischna qu'il est en train d'examiner d'une manière 
aussi détaillée et encore en l'introduisant par ^n (au lieu de 
Iran) ? Je suis donc obligé de déclarer entièrement fausse la thèse 
principale, à savoir que la proposition de R. Méir dans notre 
mischna est une invention babylonienne 2 . Je remarque en passant 
que M. Z. a mal interprété, à mon avis, le passage du Yerou- 
schaimi et pris des réponses pour des questions. 

2. — Dans le n° 9a (p. 95-101), l'auteur étudie la notion de 121 
•pTDE ib 12^, qu'il définit ainsi : elle désigne des objets « dont des 
parties doivent être, d'après la prescription biblique, enlevées dans 
un but donné pour que l'autre partie soit permise ». Les parties 

1. Les mots ""irt£$ D"!p737û N-tf ne se trouvent nulle part et sont le produit de la 
pure perspicacité. 

2. P. 80 : » Parce que le Talmud babli a expliqué la mischna 2 par lieréra dans 
l'hypothèse que R. Méir est l'auteur de la notion de lieréra, il en a conclu que c'est 
aussi R. Méir qui discute dans la mischna 1 ». 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

enlevées sont les "p-pn» pour les antres » (p. 96). Nous trouvons ce 
mot avec ce sens dans Zebahim, iv, S : tnab yz "pTri» *)b w*v bn 
rm^b "pa, et dans d'autres passages, comme ibid., 4, m ma ût 
Menahot, x, 6, "ma irvn, et ailleurs. La définition ne s'applique 
plus tout à l'ait au dernier cas, car le sacrifice n'est pas ici une 
partie de ce qui est, par son offrande, permis à la consommation, 
à savoir du blé nouveau, moins encore pour le rachat des choses 
saintes (onpn) et l'annulation de vœux (o^-na), qui font partie éga- 
lement de ■p-pnE ib ©*na -m, ce qui oblige l'auteur, au cours de sa 
discussion, à donner d'autres définitions de cette notion (p. 98). 
Un historien constaterait ici que le terme en question a son origine 
dans les cas indiqués en première place, mais qu'ensuite il a été 
employé dans un sens un peu modifié. 

Quoi qu'il en soit, l'auteur a réussi à établir que le cas de nacra 
aia DV3 ïtïVwb [Béça, i, 1) ne tombe pas sur la notion en question. 
Mais il aurait pu le démontrer très simplement : il aurait dû invo- 
quer le Talmud palestinien, où, sur cette mischna, on indique 
comme motif de la défense, non pas tt'Vw, mais ïtapitt. Mais si 
l'on examine la discussion de cette halacha dans le Talmud baby- 
lonien en se plaçant au point de vue historique, on s'aperçoit 
aussitôt que les Amoras babyloniens eux-mêmes n'ont allégué la 
notion en question pour expliquer la défense de l'œuf pondu un 
jour de fête qu'au début du v e siècle à peu près, tandis qu'aupara- 
vant, ils avaient motivé cette défense, d'accord avec le Talmud 
palestinien, par nspitt, pour passer ensuite, vers le commence- 
ment du iv e siècle, à la notion connexe de tt3Dtt, puis, non contents 
de cela, à deux autres motifs, pour en venir enfin à celui de tt"b^zn, 
Il n'y a donc pas lieu de parier, comme notre auteur, de « halacha 
babylonienne » tout court, car il s'agit seulement, dans ce cas, de 
la halacha des derniers Amoras, postérieurs à la clôture du Tal- 
mud de Palestine. D'une manière générale, il convient, dans ces 
recherches sur l'histoire de la halacha, de distinguer soigneuse- 
ment les différentes couches des deux Talmuds, tout particuliè- 
rement celles du Talmud de Babylone, si riche en évolutions. 
Comme le point de départ de l'argumentation de M. Zuckerinandel 
est l'explication de ma nra rnb*i:u: rjara par tt'Van, il suffit d'éta- 
blir que ce motif est inconnu même aux Amoras babyloniens jus- 
qu'au v e siècle pour ruiner ses conclusions et dérober le terrain à 
sa classification des différences qui auraient existé entre le Babli 
et le Yerouschalmi au sujet de 53"bnn. Il est vrai que les décision- 
naires ont codifié la dernière phase de l'évolution de la halacha 
babylonienne ; mais dans une investigation historique sur la Halacha 



TOSSEFTA, MISCHM ET BARA1TA 



17 



babylonienne comparée à la Halacha palestinienne, il faut examiner 
les stades contemporains et non celui de la codification ultérieure, 
surtout quand on veut conclure de certaines différences à des modifi- 
cations de baraïtas et à des éliminations pratiquées dans la Mischna. 
C'est que l'auteur admet l'un et l'autre dans notre cas. En effet, 
après avoir développé ce qu'on pourrait appeler la théorie de notre 
halacha, il passe au détail {9 b, p. 101-108). 11 veut reconstituer 
deux misclinas palestiniennes, que le Yerouschalmi trouvait dans 
sa Mischna. « De cette Mischna palestinienne la rédaction baby- 
lonienne a éliminé une mischna pour la reprendre dans la Gue- 
mara, comme baraïta, et lui donner un tout autre sens; la seconde 
mischna a été disposée autrement par elle et ainsi transformée » 
(p. 101). Il s'agit, dans la première assertion, d'un seul et même 
texte halachique qui se retrouve, avec des divergences insigni- 
fiantes, dans toutes les sources qui entrent en compte. Je mets ces 
trois textes en regard l'un de l'autre : 



II 



III 



Tossefla, Teroumot, v, 15 
(34, 1. 24-28) : 

ba •— >73ns "pwa ^a-i . 
■paa •p" pr " 3 1D ^v -m 
onpnn *2xa •— iiBJ>73n basa 
£sna 12PD j-^b ©Tnm 
nai ban -naniB t=p73an 
nbia» pas *;"•— i-t^td nb "pso 
fcpTaan n3P3 aa-ian ^sban 
»bm nb nnTrs mma fcanb 
"p-rnTa nb ps ï-na^aia 
t3a-73an tanb n:n3 t<bn 
mannsj taïlb -iTas wtb 
sbs snnta ba mois rrrs 
rws nbrasb bas w?ab 
• D^^ "jmaa sbs n-iois 



b. Nedarim, 58 a : 

ba -iTsns "pjTaia -m 
■paa p-rn73 nb œ-œ -m 
çnpnn ^aia Ta^rn bâta 
û^73an ana nsna sb mm 
■pfiïO ^a"r *-aan •— nano 
!n73n-in paa p-pr73 "^ 
nbm ■TtDaJ'a J — i7an-nm 
n3P3 D-iam ""N-ran nb-ian 
tî73N ma^a a^aan ana 
nb ps rvana© sbnn nb 
a^aart na nsns sbn p-pn73 
rwoon pm) » marna 
(rwna snrra ba r-nons 

Tn738 Nb TJ8 t|8 pb 1738 

nb"»asb bas mannb sbs 

.D3?a pnaa 



j. Schebiit, 36 d, 1. 57-64 
{=}. Nedarim, 39rf,l. 12): 

J-rniD bban m ->3fn 
ta:va7a -iTans 113*730 13-1 
i23-»i23 -m ba yianrr ^an 
■n-aa'731 basa paa pmn7a nb 
n3D3 sb ta-jm tnpm -oc 
t**bs m*"»» taa-^an pb 
na-wan snrra baa îaraa pa 
-lai ban ara pnaa ns^aa 
n»nn paa pmn?a nb ps*a 
nana a^sban nb-ian nbm 
pTa nis^j aa-^an pb 
pnaa na^aa sran irnaa 
rpanaœ ">"nn "paTin .njsa 
r<bn pmrua nb ps ^~ 
Tas mana '^an nb nana 



r-inons rrrs'a rmanaïaa 
bas ma^aa sbs snna ba 

.a?ra pnaa nb^asb 

1. La phrase que je mets entre parenthèses est, ou va le voir, une iutercalation de 
la Guemara babylonienne. 

T. LXVlll, n° 133. l 



18 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Il saute aux yeux que la version de la Tossefta est plus proche 
de celle du Talmud babil que de celle du Talmud yerouschalmi. 
Si Ton élimine l'intercalation }3m jusqu'à tt^fta, qui n'appartient 
pas à la baraïta, comme les commentateurs en font déjà l'observa- 
tion, mais est une glose explicative de l'amora, les deux versions 
concordent littéralement jusqu'à B|à, car il est certain que les deux 
mots m-rcjJtti mainn sont simplement tombés dans la Tossefta 
avant nbn?. Au lieu de im»« ab ^:n t|», Nissim Gerundi lit : wn t|K 
tton ab. II est évident que les mots Nba &nniz) ba moi» rrra rronanj 
-njr«nb de la Tossefta, qui n'importent pas, du reste, au fond de la 
question, n'ont été omis dans la version du Talmud babil qu'à 
cause de l'intercalation qui les précède immédiatement, rra^anjïi 
moi», et parce qu'il était inutile de les répéter. Cette intercalation 
est encore cause de ce qu'au lieu des mots de la Tossefta anb iek 
moia nra rrçrato, on lit dans le Babli : aba rraK «b on t|« nnb iek 
nrab. Il ne viendrait à l'idée de personne de voir entre ces deux 
baraïtas une différence quant au fond; la constatation s'impose à 
ebacun que toutes deux proviennent, de la môme source ou, pour 
parler plus communément, que le Talmud cite la Tossefta. Au 
contraire, la baraïta du Yerouschalmi se distingue de ces deux 
textes par l'introduction : r i ûn^ïï -roi» }wnv r i mrna bban m 
ytnrp, puis par les additions : ^maa "lî^aa nrNiDi niïiuj bDD irwa }■*» 
nrj et û3>a imaa ir»a Nbujï ir»a )V2 X . Répétons-le : tous les trois 
textes représentent, quant à leur contenu, une seule et même 
baraïta ; quant à la forme, la Tossefta s'accorde avec le Talmud de 
Babylone et non avec celui de Palestine. — M. Zuckermandel, lui, 
voit dans la Tossefta et dans le Yerouschalmi la mischna palesti- 
nienne (non une baraïta), éliminée par le Talmud de Babylone. Il 
reconstitue, en effet, à l'aide des deux textes, la mischna primitive, 
celle qui aurait servi de base au Yerouschalmi, et il lui suffit pour 
cela de détacher de ce dernier, pour les mettre en tète de la Tos- 
sefta, les mots sninrp r n 0112273 -wia )w>2V 'n rrniB bban ru. Mais le 
Yerouschalmi lui-même montre combien il est faux qu'il ait connu 
cette halacha comme sa mischna à lui, puisqu'il l'introduit par 
Wi . /.œnbs ■pmanE, tandis que, pour une mischna, il aurait dû 
dire ir:n ou p^n "pan. Il est possible que le Yerouschalmi ait 
conservé ce texte sous une forme plus originale, mais cela ne 
prouve pas que la rédaction n'en soit pas la même dans la Tossefta 
et dans le Talmud de Babylone. Il apparaît aussi, par cet exemple, 
que notre Tossefta a été définitivement rédigée en Babylonie. 

1. Sur les variantes, voir Rainer, a^baTVI ^VE naïlX, ad loc. (p. 56-57). 



TOSSEFTA, MISCHNA ET BARAÏTA 19 

Quant à l'argumentation de M. Zuckermandel touchant le fond 
de la question quelques brèves remarques suffiront. Il croit qu'en 
mettant en tête les mots wim 'n ûto» n^ia ïwv 'i rrmu bbsn rtî, 
on a voulu marquer que le principe qui suit est reconnu de tous. 
« L'importance de ce principe devait être relevée par le fait que le 
rapporteur avait expressément indiqué l'auteur de la règle, de qui 
il la tenait, lui, R. Simon. R. Josué avait érigé cette règle, qui fut 
reconnue de tous » (p. 102). Ainsi donc, « R. Simon a dit» indique 
une opinion individuelle » ; mais « R. Simon a dit au nom de 
R. Josué » indique une opinion générale. C'est tout à fait étrange. 
Mais quand bien même on accorderait ce point, il n'en résulterait 
jamais, comme l'assure M. Zuckermandel, que la Tossefta est la 
mischna palestinienne, car ces mots ne se trouvent pas du tout 
dans la Tossefta. S'ils y sont tombés, ils peuvent également être 
tombés dans le Talmud. — Pour prouver que notre règle a été 
généralement acceptée, M. Zuckermandel allègue encore que R. 
Simon « a répliqué à une objection qui lui était faite, de telle 
manière que la proposition fût reconnue de tous » (ibid.). Gela ne 
prouve rien, mais en tout cas, le cas est le même avec la tossefta 
telle que la cite le Talmud de Babylone : là, la leçon n'est pas, 
nous l'avons remarqué, ^8 C|N — mots qu'Elia Wilna efface du reste 
— mais "Piïïtt «b un ï|n (p. 107, n. 15). C'est, en effet, sur ce « j'ai 
dit » que notre auteur s'appuie pour soutenir que le Talmud de 
Babylone présente la règle en question comme une opinion indivi- 
duelle, contestée généralement par les « docteurs » : « C'est une 
modification importante que celle de TntoK ab ^n t|tf. De ces mots 
il résulte que le Babli admettait que toute la proposition est l'opi- 
nion individuelle de R. Simon et que les Hakhamim discutent. 
R. Éliézer de Metz explique déjà que les Hakhamim ne sont pas 
d'accord avec toute la proposition ; ils admettaient que seule une 
chose semblable à ma ûts mViara nr*s, où le in-rs vient de lui- 
même, est »"b"W, mais non les choses énumérées par R. Simon, 
pour lesquelles il faut de la peine et des frais pour permettre la 
chose, etc. » (p. 107). Ce peut être l'opinion de R. Éliézer de Metz, 
qui ne poursuivait pas des études de halacha historique et qui 
admettait par conséquent comme norme l'opinion dernière du 
Talmud, avec laquelle tout devait s'harmoniser. Mais nous avons 
déjà fait ressortir plus haut que c'est seulement au v e siècle que 
l'oeuf fatal a été mis en rapport avec notre règle, tandis que la 
discussion de Nedarim, 58, a eu lieu à la fin du m e siècle. R 
résulte d'ailleurs encore du fait que R. Ami veut résoudre un 
doute (ar^ma) à l'aide de la baraïta de R. Simon que l'opinion de 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ce dernier n'était pas traitée comme une « opinion individuelle ». 

En se basant sur l'examen auquel nous venons de procéder, on 
écartera purement et simplement la plupart des différences qui 
sont réunies en huit points aux pages 99-100. Mais l'important est 
d'avoir établi que notre Tossefta est justement d'accord avec le 
Babli, non avec le Yerouschalmi ; par conséquent, la Tossefta 
n'est pas, sur ce point, la Mischna du Yerouschalmi, comme 
M. Zuckermandel voulait le démontrer au point de la reconstituer. 
Quelles violences il fait aux textes, on le voit, si les exemples pré- 
cédents ne suffisent pas, par celui-ci : au cours de son argumenta- 
tion, il est obligé de traduire la formule îib* tjp, employée par le 
Yerouschalmi après une citation de la Mischna, par « et il est dit 
ensuite dans la Mischna » (p. 103) ou « la Mischna dit ensuite » 
(p. 106). Pauvre critique « supérieure », qui a besoin de traduc- 
tions si « inférieures ! » 

3. — La dissertation 42 a et 42 b (p. 294-324) étudie la notion com- 
plexe de «rOEo«, « assurance », c'est-à-dire qu'une des parties 
contractantes promet beaucoup plus qu'on s'y attend normale- 
ment. Un précieux résultat de cette étude est de montrer que ce 
mot ne figure pas dans le Talmud palestinien. Il est vraisemblable 
aussi que les Palestiniens ne faisaient pas la différence entre 
W3?n et non -nas*», tout au moins pas partout où les Babylo- 
niens la faisaient. Mais il est épineux d'admettre — opinion for- 
mulée au t. II, p. 315 — qu'une autre différence faite par le 
Talmud de Babylone a été « corroborée par une baraïta formée sur 
nouveaux frais ». 

Il en est de même de cette opinion-ci (p. 318) : « C'est ainsi que 
des circonstances locales et temporaires du milieu dans lequel les 
Juifs vivaient ont exercé leur influence sur la Halacha ». On pour- 
rait souscrire à cette opinion exprimée en termes généraux, mais 
non dans le sens où notre auteur l'entend. Voici, en effet, ce qu'il 
dit : « Dans les pays chrétiens, en Allemagne et en France, la lex 
commissoria était interdite par l'Église, et ce à cause de l'intérêt 
de l'argent. C'est pourquoi R. Guerschom et Raschi ont tenu la 
lex commissoria pour une an^ttON... De France l'explication de 
NnsttDK est venue en Espagne, où la lex commissoria était déjà 
défendue aussi par la loi. Ainsi s'explique l'ardeur que mettent les 
rabbins espagnols (Raschba, R. Aaron Halévi, Nimoukê Yossef) à 
écarter l'explication de «rottoa représentée par R. Haï et Maïmo- 
nide ». Il est difficile de croire que le milieu chrétien ait influencé 
l'interprétation de textes halachiques du Talmud. 

Je crois que M. Zuckermandel a réussi à montrer que la mischna 



TOSSEFTA, MISCHNA ET BARAITA 21 

de Pesahim, n, 2, est parvenue aux Babyloniens sous une l'orme 
fautive. Il a parfaitement raison de dire que l'explication d'Abayè 
comme celle de Raba est très forcée et ne peut être introduite qu'à 
grand peine, et en lui faisant violence, dans le texte de la mischna. 
Il s'agit de la question de mmrr, c'est-à-dire lorsque le créancier 
prend en dépôt le gage et que la Pâque passe sur ce hameç 
(Pesahim, 31). Toutes les difficultés disparaissent si l'on interver- 
tit, dans la Mischna, les deux termes corrélatifs de -îm» et de tidn. 
Une confusion de termes corrélatifs, comme n^n et Tias ou positif 
et négatif, l'addition ou l'omission du petit mot ab ou d'autres 
accidents semblables sont bien compréhensibles quand il s'agit 
d'études poursuivies de mémoire. Pour ces raisons, rien n'empêche 
d'admettre que dans la première phrase de la mischna en question 
il y avait primitivement ^noa au lieu de irma et que dans la seconde 
phrase il y avait primitivement nm» au lieu de -p,dk. A ces raisons 
de fond s'ajoute la citation du Yerouschalmi (Pesahim, 29 #, 1. 25). 
Ainsi à la critique « supérieure » se joint ici la critique « infé- 
rieure », — que je considère pour ma part, soit dit en passant, 
comme « supérieure » dans les questions talmudiques où la pers- 
picacité a fortement troublé le sens historique. Notre auteur 
invoque également cetle citation, après quoi il continue : « Les 
commentateurs disent que c'est une baraïla, non : c'était la 
mischna palestinienne » (p. 323). Il faut ajouter que ce ne peut être 
une baraïta, car dans ce cas, le Talmud palestinien n'aurait pas 
dû dire qu'elle contredit l'interprétation de Rab, mais qu'elle 
contredit la Mischna. Ce qui est plus décisif et ce que l'auteur ne 
dit pas, c'est que la Mischna éditée par Lowe présente effective- 
ment la lecture que donne la, citation du Yerouschalmi et que 
M. Zuckermandel exige. Le texte de la mischna y est ainsi conçu : 
mbrrca bantm rp-om * ton nosrï nnab ir^n b* ban^ na mibra "nsa 
îT'wa ima no^n nnab ysrmn b? i-oki n«. Si l'on considère, en 
outre, que les controversistes sont Abayè et Raba, chefs d'acadé- 
mie vers 330, et, non par exemple Rab et Samuel, on ne sera pas 
surpris d'une faute de mémoire aussi naturelle que l'interversion 
de deux termes tels que ton et -im», si souvent réunis, surtout 
quand, dans la règle qui précède immédiatement, il y a aussi im» 
d'abord et ton ensuite, et que la seconde règle a pu ainsi être 
influencée par assimilation. 
Sur le fond de la question, je suis donc d'accord avec M. Zuc- 

1. Dans la mischna du Babli, im73 et "noN respectivement. On aurait là une 
belle preuve de l'opinion qui voit dans la Mischna éd. Lowe la recension palestinienne, 
opinion dont M. Zuckermandel ne veut rien savoir. 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

kermandel : la mischna en question était à l'origine conçue autre- 
ment. Mais je ne puis me rallier à la conclusion qu'il en tire, à 
savoir que la mischna aurait été « modifiée » consciemment en 
Babylonie ou, pour employer une autre de ses expressions, régu- 
lièrement employée par lui, que la mischna palestinienne a été 
« rédigée à nouveau » en Babylonie. Il s'agit simplement d'une 
faute de mémoire, rien de plus et rien de moins. Je considère de 
même comme erronée la reconstitution de la mischna palesti- 
nienne, donnée à la p. 323 et qui n'est pas autre chose que la 
combinaison de notre mischna avec la tossefta de Pesahim, i, 21 
et 22 (p. 156, 1. 21-27). Car la règle de la tossefta, qui à vrai dire va 
de soi, pourrait avoir été omise déjà par le rédacteur de la Mischna, 
qui tient aune grande concision. D'une manière générale, M. Zuc- 
kermandel a totalement négligé le dicton : « on doit enseigner à 
ses élèves brièvement » \ dicton qui appartient, d'après une leçon 
au moins, à Méir, celui auquel nous devons le fondement de notre 
Mischna. 



#*# 



Etant donnée l'étendue de l'ouvrage de M. Zuckermandel, mon 
devoir ne pouvait être d'examiner les dissertations dont il se com- 
pose une à une et dans l'ordre — ce qui aurait fait un nouveau 
livre — mais seulement de caractériser l'orientation de son travail 
et d'en examiner les résultats avec les yeux de la critique. C'est ce 
que j'espère avoir fait. Même rénumération des titres de toutes les 
dissertations prendrait trop de place. Qu'il suffise donc d'observer 
d'une manière générale que la matière est prise en majeure 
partie dans le premier séder de la Mischna (Zeraïm). Là où ce 
n'est pas tout à fait le cas, le point de départ au moins est fourni 
par Zeraïm. Les questions talmudiques ne sont pas rigoureuse- 
ment distinguées les unes des autres et il en résulte qu'il n'est 
pas rare de trouver une question examinée à propos d'une autre. 
Le livre porte bien un litre « homogène », mais l'ouvrage ne Test 
pas : il est dans sa plus grande partie un recueil de dissertations 
publiées une à une au cours de plusieurs dizaines d'années. Ce 

1. Boullin, 63 b : m^p ^Yl "PTWnb 2"TN H 3 18^ ab"l3>b (voir Dikdouké 
Soferim, ad loc). 



TOSSEFTA, M1SCIINA ET BARAJTA 23 

n'est pas un blâme que j'exprime, c'est une contestation que je 
lais pour achever de caractériser l'œuvre. 

Je ne suis pas an bout de mes notes ; mais je ne crois pas devoir 
entrer dans de plus menus détails an sujet d'un problème aussi 
important que celui qu'a étudié M. Zuckermandel. Quelle que soit 
l'attitude qu'on prenne dans la question « ïosscfta et Mischna », 
on devra savoir gré à l'honorable auteur d'avoir soulevé à nouveau 
ce problème considérable de l'histoire de la Halacha et de l'avoir 
traité si largement. C'est le devoir dont j'ai tenu à m'acquitter. 

Budapest. 

Ludwig Blau. 



ÉTUDES SUR LA MISCHNA 



Les prophètes dans la chaîne de la tradition. 

La critique a en général tendance, en présence d'oeuvres dont 
l'âge n'est pas fixé, à les considérer plutôt comme jeunes que 
comme anciennes. Mais dans les études sur la Mischna, un mou- 
vement s'est fait sentir dans ces derniers temps qui constitue sans 
doute un progrès : on s'applique à établir l'ancienneté des tradi- 
tions consignées dans la Mischna. Il faut distinguer soigneusement 
entre le fond de la Mischna et sa rédaction ; les matériaux mis en 
œuvre peuvent être très anciens quand bien môme les textes 
auraient été rédigés — oralement ou par écrit — à une époque 
relativement récente. C'est avec raison que M. D. Hoffmann 1 place 
le noyau de la Mischna encore avant la destruction du Temple ; 
M. I. Bassfreund 2 ne croit môme pas devoir s'arrêtera ce terme, 
et M. L.-À. Rosenlhal 3 décrit d'une manière si frappante les par- 
ties primitives de la Miscbna, qu'on peut, pour ainsi dire, les tou- 
cher du doigt. 

C'est qu'au fur et à mesure que le travail de la critique recons- 
truit la formation de la Mischna et, au lieu de la marquer d'un 
cachet uniforme, en décèle les éléments hétérogènes, il permet 
aussi d'avoir des preuves certaines de l'âge de ses différentes par- 
ties. Mais si la Mischna elle-même nous fournit des indices sur 
son origine, à plus forte raison doit-on pouvoir y trouver des 
assertions qui attestent l'âge reculé de ses éléments traditionnels. 

De ces assertions celles qui présentent tel ou tel point comme 
une tradition des ancêtres remontant jusqu'à Moïse n'ont, à la 
vérité, qu'un intérêt général, en nous faisant connaître l'esprit qui 

1. Die ersle Mischna und die Controversen der Tannaim (Berlin, 1882), p. 25. 

2. Zur Rédaction der Mischna, dans la Monalsschrift, LI, 305. 

3. Ueber den Zusammenhany der Mischna, 2 e éd., Strasbourg, 1909, p. 42 et suiv. 



ÉTUDES SUR LA MISCHNA 25 

remplit toute la Mischna. Mais je crois que la Mischna recèle, en 
outre, des témoignages qui, même si Ton se place au point de vue 
de l'histoire, fournissent des conclusions certaines sur l'antiquité 
de la tradition. C'est un témoignage important de ce genre que je 
vois dans le fait que certaines traditions sont rapportées aux trois 
derniers prophètes, à Aggée, Zacharie et Malachie, et principale- 
ment au premier. Dans chaque cas, maint détail concomittant fait 
sortir cette indication du domaine de l'imagination pour la faire 
entrer dans la vivante réalité. 

Sans doute, il ne faut pas faire grand fond sur ce que la Mischna 
{Abot, i, 1) insère les prophètes en général dans la chaîne de la 
tradition. C'était remplir avec des noms le vide d'une longue 
période 1 , sans introduire tant soit peu de vie dans ce vide. Il en 
va autrement quand on sépare des prophètes les trois derniers, 
Aggée, Zacharie et Malachie, pour en faire un anneau distinct de 
cette chaîne. C'est effectivement le cas dans le traité que l'on 
considère communément comme le développement de la Mischna 
iïAbot, je veux dire dans Abot de R. Natan 2 . Là, les Prophètes 
reçoivent la Tora des Juges; Aggée, Zacharie et Malachie la reçoi- 
vent des Prophèles ; les membres de la Grande Synagogue la 
reçoivent d'Aggée, Zacharie et Malachie (on ne donne pas de nom 
spécial à ces trois prophètes). De même, semble-t-il, qu'on voyait 
les trois derniers prophètes Jérémie, Ézéchiel et Baruch h. Nériya 3 
opérer à l'étranger — ou pensait avant tout à la Babylonie, — de 
même on voulait que les trois prophètes encore postérieurs eus- 
sent déployé leur activité dans l'esprit traditionnel en Palestine, 
comme par compensation et pour assurer l'hégémonie à ce pays. 

A l'exemple iïAbot, on devra se dire que, dans d'autres pas- 
sages de la littérature traditionnelle, la mention des prophètes 
désigne également Aggée et ses collègues. Ainsi, dans Péa, n, ô, 
Nahum le « libellai* » dit : « Je le sais par tradition de R. Méascha, 
qui le tenait de mon père, qui le tenait des Couples (zougot), qui 
le tenaient des Prophètes comme loi de Moïse sur le Sinaï, etc. » 
Si par « Prophètes », on entend simplement Aggée et ses collè- 
gues, on a une chaîne de la tradition assez complète au moins par 



1. Dans son introduction au Mischné Tora, Maïmonide énumère les prophètes un à 
un dans l'ordre chronologique. Dans la préface de son Commentaire de la Mischna 
(appelée vulgairement introduction au Séder Zeraïm), il donne le tahleau suivant : 
Siméon le Juste a reçu la Tora d'Ezra, celui-ci de son maître Baruch b. Nériya, celui-ci 
de Jérémie. Voir aussi Heilprin, Séder ha-T)orot, au mot Kzra. 

2. Édition Scliechter, p. 2 (dans les deux versions). 

3. Voir j. Sanh., i, 1 (19a, 1. 6) et j. Nedar., vi, 13 (40 a, 1. 34). 



26 HKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le bas, car les « Couples » peuvent se rattacher directement à ces 
derniers prophètes 1 , tandis que par le haut, la chaîne, passant 
par- dessus les Anciens, les Juges et Josué, offre dans tous les cas 
une solution de continuité. On voit bien que l'auteur de ce dire, 
regardant devant lui, court droit au but, car ce qui lui importe 
évidemment, c'est de pouvoir invoquer les autorités les plus 
anciennes possibles à l'appui de sa tradition. 

Quand on voulait vraiment faire remonter une disposition ou 
une institution jusqu'aux premiers temps du prophétisme, on ne 
manquait pas de dire qu'elle avait été édictée par les premiers 
Prophètes. Ainsi, l'on dira que le second jour de la fête du Nouvel 
An fait partie des institutions des premiers Prophètes 2 , que la 
pierre dite fondement (ében schetiya) se trouvait dans le sanc- 
tuaire de Jérusalem depuis les temps des premiers Prophètes 3 , ou 
que « depuis la mort des premiers Prophètes il n'y a plus de 
Ourim et Toummim » ; dans ce dernier cas, le Talmud assure en 
propres termes que par « premiers » Prophètes on entend Samuel, 
David et Salomon 4 . Donc, quand il s'agit de choses qu'on fait 
remonter aux c« Prophètes » tout court, on a parfaitement le droit 
de penser à Aggée et à ses collègues, surtout si ce sont des choses 
qui très vraisemblablement ne sont apparues qu'au cours de la 
période du second Temple et n'étaient en usage qu'au sanctuaire 
de Jérusalem. Ainsi, le « battage des saules » (rarv anan), le sep- 
tième jour de Souccot, est appelé « usage (minhag) des Pro- 
phètes » 5 , c'est-à-dire sans doute introduit par eux; le mieux est 
ici de penser à Aggée, Zacharie et Malachie. L'opposition du pré- 
sent et du passé était formulée en termes exprès dans les céré- 
monies de la fête du puisement de l'eau, car ceux qui y partici- 
paient disaient notamment : « Nos pères qui étaient en ce lieu 
avaient le dos tourné vers le Temple et la face vers l'Orient, et ils 

1. Comp. T. Yadayim, n, 16 : )ft brrptt ^fipï "p pnv p"l» nbliptt 
'13 Î-Dbn (nï3»73 D^N-aSl) DWStf) 1» tlUim manTn. Les deux mots que 

j'ai mis entre parenthèses me paraissent redondants, car Moïse figure sans cela dans 
la phrase ">:^D72 n©735 HDbrî. Dans la Mischna de Yadayim, iv. 3, la phrase est 
heaucoup plus courte. — Entre « Premiers Prophètes » et « Derniers Prophètes »,dans 
le sens donné à ces désignations par les éditions de la Bible, la littérature tradition- 
nelle ne fait aucune distinction ; v. Blau, Zur Einleilung in die heilige Schriff, 
p. c 27, et comp. Lambert, dans R. Ê. J., LXVI, 137. 

2. j. Eroubin, in, ad /'. (21 c, 1. 15). 

3. Yoma, v, 2 (Babli, 53 b; voir Raschi). 

4. Sola, ix, ad fin. (Babli, 48 a). Telle est la leçon dans En Yakob ; dans les éditions, 
l'ordre est : David, Samuel et Salomon, et, d'après la citation de Raschi sur Yoma, 
53 6, on peut conjecturer que primitivement il y avait David et Samuel, — lire Salomon. 

5. Soucca, iv, 3 ; Babli, 44 6; cf. Mahzor Vilry, p. 429. 



ETUDES SUR LA MISCHNA 27 

s'inclinaient du côté de l'Orient devant le soleil, mais nous — c'est 
vers Ya que nos yeux sont dirigés » (Soucca, v, 4). 

Dans la relation tannaïtique si importante touchant la dîme en 
Babylonie et dans d'autres pays, la mention des prophètes ne peut, 
pour des raisons historiques, indiquer qu'une disposition des der- 
niers Prophètes, attendu qu'auparavant il n'y avait pas de Dias- 
pora. On oppose là ' l'Egypte, « chose » des Anciens (d^pt tojw), 
et la Babylonie, « chose » des Prophètes (o^^aa nvyn), ou bien 
encore on dit que l'Egypte est en cela de date plus récente et la 
Babylonie de date plus ancienne. Si Maïmonide a raison d'ob- 
server que les « Anciens » qui ont pris cette mesure sont les 
docteurs après Ezra, nous pouvons, nous, soutenir tout aussi rai- 
sonnablement que par « Prophètes », il faut, par conséquent, 
entendre Aggée, Zacharie et Malachie. Sur le fond de la question, 
il suffit de citer ces mots de Winer 2 : « Des domaines juifs, en 
dehors de la Palestine (et de la Syrie), ceux de la Babylonie, de 
l'Ammonitide, de la Moabitide et de l'Egypte étaient seuls soumis 
à la dîme ». Il n'est pas douteux qu'une disposition de ce genre 
s'explique uniquement au début du second Temple. 

D'après la conception des rabbins, Aggée, Zacharie et Malachie 
s'insèrent dans la chaîne de la tradition tout comme les membres 
de la Grande Synagogue — parmi lesquels ils sont du reste sou- 
vent comptés — ou comme les Sopherim et les Pharisiens en 
général. On dit même d'eux qu'ils siégeaient dans la salle des 
pierres de taille (mran roœb), où Mardochée se rencontrait avec 
eux 3 . On ne peuL écarter purement et simplement cette concep- 
tion. Elle cesse, dès que nous trouvons dans nos sources des 
détails et des souvenirs bien attestés qui se rapportent directe- 
ment à ces prophètes, d'être une phrase ou une fantaisie; elle 
doit être mise au rang des faits conslatables et des phénomènes 
réels. En Orient et particulièrement au sein du peuple juif, si 
conservateur, ces choses se maintiennent avec une ténacité et une 
précision ineffaçables. C'est là une loi avec laquelle la critique ne 
devrait pas manquer de compter A . 

1. Yadayim, iv, 3. (Dans l'éd. Lowe, il y a aussi WZ'pi niI53>7a la première fois, 
pour la Babylonie, mais c'est certainement une faute; puis il y a ici aussi plus loin TVQyft 
D"\X-a3). Dans T. Yad., n, 16 (p. 683, Zuckermaudel) on cite le verset TNT'b ,m l "HO 
pour faire allusion aux Anciens, et D'WDjH TH3y ?tt "niC! nba pour les Prophètes. 

2. Biblisches Realwôrterbuch, 3 e édit., II, 724. 

3. Targoum II sur Estlier, m, 1 (éd. Lagarde, p. 249). 

4. En se plaçant à ce point de vue, on accordera quelque attention au dire commun 
à R. Yohanan et à R. Eléazar, qui assurent que Job était parmi les Judéens revenus 
de l'exil et que son école se trouvait a Tibériade (Baba Batra, 15* a en bas) : nous 
pouvons parfaitement nous représenter qu'on montrait encore son école de leur temps. 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

De ces trois prophètes, A.ggée est, chose singulière, le seul dont 
on ait gardé des réminiscences. Le fait a déjà été remarqué par 
Zacuto ' ; nous devons le constater sans pouvoir l'expliquer. Il se 
trouve justement que Schammaï l'Ancien rapporte une halacha au 
nom du prophète Aggée 2 ; il faut pourtant que la chose ait paru 
possible. Un savant moderne, J. Levy 3 , remarque à ce propos : 
« On ne peut méconnaître une certaine tendance de l'école scham- 
maïte à faire remonter ses halachot jusqu'aux temps les plus 
anciens » : comme si l'indication elle-même devait être révoquée en 
doute et que nous eussions à faire à une simple « tendance » ! Les 
tannaïtes, qui désignent avec une minutie si scrupuleuse les noms 
des auteurs de leurs traditions, auraient justement inventé ce fait 
et ils auraient abouti a confirmer la tradition suivant leur désir, 
alors que n'importe quel contradicteur, n'importe quel élève aurait 
pu leur objecter : oui, mais il n'y a, il ne peut y avoir aucune tra- 
dition provenant du prophète Aggée! Il est donc évident que les 
contemporains savaient qu'il n'était ni impossible, ni absurde, ni 
extraordinaire d'attribuer des traditions à Aggée. 

On en trouve un autre exemple à propos de la halacha de « la 
rivale de la fille » (nnn mat) 4 . Ici, c'est Dosa b. Horkinas, un tan- 
naïte ancien et considéré, qui dit : « J'atteste le ciel et la terre 5 
que sur ce mortier avait pris place le prophète Aggée et enseigné 
ces trois règles : la rivale de la fille est interdite; les Ammonites 
et les Moabites doivent donner dans la septième année la dîme des 
pauvres 6 et on reçoit des prosélytes de chez les Cordouéniens (?) et 
de chez les Palmyréniens ». Ce R. Dosa, observe J. Levy, semble, 
à en juger par ses autres halachot 7 , avoir été un élève de Scham- 
maï, quoique dans cette question de la rivale de la fille, il se soit 
prononcé en faveur de l'école de Hillel ; c'était aussi un schammaïte 

1. Youhassin, éd. Londres, 10 b : ■nJttZJHE "^n *>L12 "\^yîl im\ 

2. Kiddousckïn, 43 a : W2ZT> "»an D1C72 "I721N pT" *N73w). La règle qui suit a 
été également formulée, comme on le remarque à la marge de l'édition de Wilna, 
par Schammaï d'une manière indépendante, et on se demande pourquoi elle a été 
rapportée ici au nom d'Aggée. Mais par cela même on voit qu'on aimait à remonter 
aux Prophètes quand c'était possible. 

3. Monatsschrift, IV (1855), 355. 

4. Yebamot, 16 a; cf. j. Yeb., i, 6 (3a, 1. 69). 

5. Cette formule solennelle se trouve aussi dans le texte, que nous invoquerons 
souvent, de Yad., iv, 3. 

6. Nous savons déjà que cette disposition remonte effectivement à peu près à 
l'époque d'Aggée. 

7. Yadayim, iv, 3 ; Edouyot, ni, 1-6. Le Séder ha-l)orot, éd. Maskileison, p. 95, 
explique que Dosa n'a naturellement pas vécu plus de quatre cents ans et qu'il n'a 
pas connu personnellement Aggée, mais qu'il avait reçu ce qu'il relate par le moyen 
de la tradition. 



ÉTUDES SUR LA MISCUNA 29 

que R. Yohanan le Hauranite' ; mais dans les deux cas la dépen- 
dance vis-à-vis de l'école de Scliammaï n'est pas prouvée 2 et elle 
n'est pas nécessaire à notre objet. Mais J. Levy a raison de rap- 
peler que le même R. Dosa, apercevant R. Éiéazar b. Azaria, 
s'écria qu'il le connaissait comme descendant d'Ezra à la dixième 
génération et que ses traits étaient semblables à ceux de son 
aïeul 3 . Ainsi, on savait encore, en pleine époque tannaïtique, 
quels étaient les traits d'Ezra; pourquoi donc n'aurait-on pas pu 
avoir des traditions d'Aggée? Le soutenir, ce serait de l'hyperciï- 
tique. 

Le détail du mortier sur lequel Aggée siégeait lorsqu'il formula 
ces trois règles est particulièrement intéressant. Ce trait ne peut 
pas avoir été inventé. On veut sans doute dire que le fait s'est 
passé dans une cour. Ustensile souvent employé, le mortier était 
placé, vraisemblablement, à la disposition de tous les occupants de 
la maison, dans la cour''; c'était, du reste, un usage général, 
quand la chaleur était accablante en été, de s'asseoir dans la cour 
sur quelque meuble non recouvert 5 . Le mortier doit s'être prêté 
particulièrement à cet usage à cause de sa forme ; autrement on 
ne s'expliquerait pas qu'une selle portât le nom spécial de « mor- 
tier médique » 6 . 

Il n'est pas sans intérêt pour la science juive en général, mais 
plus particulièrement pour l'exégèse biblique, de voir qu'à l'époque 
tannaïtique on se trouvait encore en possession de souvenirs qui 
retenaient certains traits de tel ou tel personnage biblique. Rap- 
pelons à ce propos le conduit appelé du nom de Jéhu (mrr* npiiz)), 
qui se trouvait à Jérusalem et qui, bien qu'il ne fût que peu percé 
et mal relié à la source vive, servait à toutes les purifications qu'on 

1. Yebamot, 15 6. 

2. Frankel, Darkê ha-Mischna, p. 53, n. 8, compte également ce Yohanan parmi 
les « anciens » de l'école de Scliammaï et cite à ce propos Soucca, n, 7. Mais de ce 
passage non plus il ne ressort pas qu'il appartenait à cette école. Voir, d'ailleurs, 
Weiss, Dor, I, p. 177, n. 2. 

3. j. Yebamot, i, 6 (3 b en haut). 

4. V. T. Baba batra, m, 1, p. 401 ; baratta dans le Babli, 65 6, et dans le Yerou- 
schalmi, iv, 3 (14 c), où il est question de npTpn rv^rOTD, comparable à nD"n73. 

5. V. ma Talm. Arch., I, 60, et la note, p. 381. 

6. n"H?2rï rDVTO : Kélim, xxm, 2; cf. Talm. Arch., II, 12 5. — D'après une 
autre explication, due à I.-L. Brill et citée par L. Blau, dans la Monalsschrift, XLI, 
75, on s'asseyait sur le mortier parce que, cet objet étant placé au milieu, l'orateur 
pouvait être entendu de tous les assistants. Cette explication n'est pas exacte, parce 
qu'on s'attendrait, dans ce cas, à ce que l'orateur se tint debuut sur le mortier, au lieu 
d'être assis. Brill allègue Ketoubot, 79 b, mais là il y a vraiment N72"ibn DT^bl, 
« qu'il se mette debout (dessus) et parle ». Brill n'ose affirmer qu'il faille expliquer de 
même les mots fcTDTlE tZJVIS dans Sola, 21 b. 



30 REVUE DES ETUDES JUIVES 

était obligé do faire dans la ville sainte ; encore fnt-il pourvu par 
les Schammaïtes, pour des raisons d'ordre halachique, d'une plus 
grande embouchure, qui la mettait mieux en communication avec 
la source '. Quoiqu'on ne dise pas que ce Jéhu soit le célèbre roi 
d'Israël, la chose est néanmoins vraisemblable, et dans ce cas, 
nous aurions ici un vestige de l'époque antérieure à l'exil. On 
trouve toujours des choses anciennes sur place et Jérusalem avait 
aussi ses antiquités, plus que nous ne pouvons conjecturer. Quand 
ce Jéhu serait un des personnages nommés dans les Chroniques 
(I, ii, 38 et iv, 35) ou même un inconnu, notre observation n'en 
demeurerait pas moins exacte : tous les porteurs du nom de Jéhu 
doivent être anciens, ce nom n'ayant plus été usité postérieure- 
ment, que nous sachions. 

Le cas est le même pour un jardin qui devait son nom à un cer- 
tain Sisera (fcODm Nm^a) 2 . Il ne faut pas penser au Sisera cha- 
nanéen de l'époque des Juges ; mais nous pouvons fort bien 
penser à la famille de Sisera qui faisait partie des serviteurs du 
Temple, des netinim (Ezra, n, 53; Néhémie, vu, 55). Un jardin qui 
avait été en leur possession doit avoir gardé leur nom pendant des 
siècles. Ici, il est presque impossible de songer à des porteurs de 
ce nom qui auraient vécu plus tard, à moins de contester la qualité 
d'Israélite de ce Sisera et de le tenir pour un Chananéen ou quel- 
qu'autre païen postérieur, toutes hypothèses invraisemblables. Ce 
ne pourrait plus être un Juif, car d'après un Midrasch connu, il 
serait inouï de voir quelqu'un donner à son fils le nom de Pharaon, 
de Sisera ou de Sanhérib 3 . Pour expliquer que ce nom soit porté 
par des Judéens revenus de l'exil, le Midrasch dit : « Des noms 
laids, mais de belles actions : voilà les rapatriés de l'exil, comme 
les fils de Barkos\ les fils de Sisera, les fils de Témah 3 ». Il est 
probable qu'on eut à se louer même plus tard de la famille de 
Sisera, ce qui explique qu'on nomme sans animosité leur pro- 
priété. 

Deux des soi-disant privilèges de Jérusalem, l'absence de tom- 
beaux et d'arbres, souffraient des exceptions : il y avait dans la 
ville les tombeaux des rois davidiques ainsi que celui de la pro- 
phétesse Houlda, et d'autre part, un jardin de roses. Le jardin 

1. Mikwaot, iv, 5. Cf. Talmud. Arch.,l, 425. 

2. j. De?naï, 11, 1 (22 c, I. 61). Cf. Talm. Arch., Il, 581. 
:;. Gen. r., xlix, 1, p. 497 éd. Theodor. 

4. L'édition de Wilna ;i p*n, leçon fautive. Voir du reste le commentaire du 
Y'T iriTD ad loc. 
.;. Sombres r.j xvi, 10. Cet exemple manque dans Gen. r., lxxi, 3. Cf. Sota, 31 h. 



ÉTUDES SUR LÀ M1SGHNA 31 

comme les tombeaux existaient « depuis les jours des premiers 
Prophètes » '. Il n'y a pas lieu d'être surpris que ces tombeaux se 
fussent conservés, car ils jouissaient à coup sûr d'une grande 
vénération. Nous connaissons d'ailleurs un certain nombres 
d'autres tombeaux remontant à l'antiquité sur le sol de Jéru- 
salem. Il en est autrement du jardin de roses, qui, malgré les 
nombreuses destructions et autres catastrophes qui frappèrent la 
ville, fut toujours restauré et maintenu : témoignage non douteux de 
la ténacité avec laquelle certaines choses se conservent en Orient. 

Ce sont encore des prophètes en général, sans nom individuel, 
qui figurent dans l'histoire d'une certaine famille à laquelle fut 
reconnu le droit de pourvoir toujours l'autel d'offrandes de bois. 
C'était, la relation le dit expressément, après le retour de l'exil; 
on n'avait pas trouvé de bois dans la salle du Temple, lorsque les 
membres de cette famille s'offrirent et fournirent le bois à leurs 
frais. Alors les prophètes qui vivaient au milieu d'eux stipulèrent 
que dorénavant les sacrifices collectifs seraient toujours consumés 
avec le bois offert par cette famille 2 . On ne fait pas fausse route 
en pensant, ici aussi, aux prophèles Aggée, Zacharie et Malachie. 

Nous avançons simplement ici une hypothèse qui, ailleurs, est 
formulée par Raschi. R. Yohanan rapporte, en effet, que « trois 
prophètes revinrent avec la gola », etc. 3 , indication que Raschi 
glose par ces trois noms, qui sont tout à fait en situation : Aggée, 
Zacharie et Malachie. L'un de ces prophètes se serait prononcé 
sur les mesures de l'autel, l'autre sur son emplacement; le troi- 
sième aurait déclaré que des offrandes pouvaient se faire même 
sans temple 4 et aussi, d'après une autre version, que la Tora pou- 
vait être écrite en écriture « asyrienne » (cette transcription est 
ailleurs attribuée à Ezra :i ). Nous laissons ici de côté le dernier 
point, en retenant seulement qu'Ezra apparaît ici aussi comme un 
contemporain et un collaborateur de ces prophètes de la Restau- 

1. T. Negaïm, vi, 2, p. 623. J'ai examiné longuement ce texte dans cette Revue, 
LUI, 32 et s. Mais je retire maintenant l'hypothèse que je formulais en pensant, mal- 
gré l'expression « premiers prophètes », aux prophètes postexiliu.ues Aggée, Zacharie 
et Malachie. Gomp. D^DViBN-in a^BPM P3pn H"n TO D'OIE DV2"* '3, j. Eroub., 
m. i. f. (21 c, 1. 15) cité plus haut. 

2. Meguillat Taanlt, ch. v (p. 10, éd. Neubauer) : Û"*&r3:r; tirifty *l"nn *]D1 
D^rM. Cf. Tos. Taan., iv, 5 (p. 219); Yerouschalmi, iv, 6 (68 6); Babli, 28 a. 

3. La même tradition est rapportée sous une forme peu différente par le tanna 
R. Eliézer h. Jacob, Zebahim, 62 a. Une des phrases se trouve, d'ailleurs, dans 
Edouyot, vin, 6, où elle est mise dans la bouche de R. Josué : "pD-npT^tfJ Ti^TJŒ 
rP3 'pNTIÎ ""D^N (noter l'expression : « j'ai entendu »). 

4. Voir la bibliographie de cette question dans Schiirer, GescJvchte, I 3 , p. 653. 

5. Voir Talm. Arch., III, 136-7. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ration. Si A.ggée se prononce, comme nous l'avons vu, dans une 
question de droit matrimonial (la question de la rivale de la fille), 
cette décision rentre dans les réformes auxquelles sont mêlés, 
dans la Bible, les noms cTEzra et de Nébémie. 11 en est de même de 
l'innovation dans l'écriture; elle ne pouvait être due à personne 
mieux qu'à Ezra. Il faut bien se dire que ces traits cadrent parfai- 
tement avec le tableau que la Bible nous a fait de ces person- 
nages. Or, c'est surtout la famille, le Temple et les sacrifices qui 
constituent les domaines des « derniers Prophètes » et on ne rap- 
porte guère d'eux des traditions d'un autre ordre. 

il est évident que le peuple et spécialement les Pharisiens, qui 
étaient à cette époque les chefs et les représentants du peuple, 
devaient éprouver une vive satisfaction à se dire que la Restaura- 
tion s'était opérée sous les auspices des Prophètes et avec leur 
collaboration. Il était facile de piquer par là le parti adverse des 
Sadduçéens. Mais nous nous plaisons à constater qu'on savait 
garder ici la mesure. On dit formellement i : « Jusque-là (jusqu'à 
Daniel, c'est-à-dire jusqu'à l'époque d'Alexandre'le Grand, comme 
il est expliqué), les propbètes prophétisaient par la vertu de 
l'esprit saint; à partir de ce moment, « incline l'oreille et écoule 
les paroles des sages » 2 . En d'autres termes, la prophétie a pris 
fin à l'époque gréco-macédonienne. Dans l'esprit de la tradition 
rabbinique, il serait donc totalement impossible d'assigner une 
date postérieure à certains textes prophétiques, comme le font les 
critiques bibliques. Du reste, Josèpbe place également la fin du 
prophétisme sous le règne d'Artaxerxès 1 3 , ce qui concorde avec la 
conception rabbinique. C'est ce dont Sira a conscience aussi, 
quand il parle d 1 « épancher la doctrine comme la prophétie » 4 , 
donnant à étendre par là que l'enseignement des sages a désor- 
mais pris la place de la prophétie. Les nombreux prophètes qui 
figurent dans le Nouveau Testament devaient, en tout état de 
cause, apparaître aux Juifs du temps comme un phénomène étrange 
et inaccoutumé. 

1. Séder Olam rabba, ch. xxx (p. 65, éd. Neubauer ; p. 70 6, éd. Flatner). 

2. Proverbes, xxn, 17. Dans la suite on cite aussi le verset du Deutér., xxxn, 7 : 
« Interroge ton père et qu'il te raconte, tes anciens et qu'ils te disent. » Le terme 
« père » fait penser aux «pères du monde » (obiyn ni3N). appellation donnée aux 
plus anciens docteurs de la période des Sopherim (d'où le titre du traité d'Abot), 
tandis que les « aocieas » s'opposent aux « prophètes » tout comme d;ins Yad., iv, 3 
(voir [dus haut). 

:;. Pour plus de détails, v. Zunz, GollesdiensLlicke Vortrâge, 2 e éd., p. 14. 

4. Sira, xxiv, X> : ïxi 6ioaTxa).tav w; TipoçYjxetav èxyeo). L'original hébreu manque. 



ÉTUDES SUR LÀ M1SGUNA 33 

II. 

MlDR ASCII ET GOLA (ExiL DE BaBYLONe). 

Le Talmud assure que les noms des anges et des mois remon- 
tent à l'époque de l'exil de Babylone et qu'ils sont venus en même 
temps que les exilés. Cette indication talmudique est acceptée par 
la science moderne, qui la considère comme pleinement l'ondée, 
car bien des indices des derniers livres de la Bible et d'autres i'ails 
d'histoire religieuse en confirment l'exactitude. Mais on ne va pas 
plus loin et toute donnée attribuant au peuple juif quelque acqui- 
sition lors de l'exil de Babylone semble réduite à néant par le 
scepticisme. Nous croyons cependant qu'après les développements 
qui précèdent sur les derniers Prophètes dans la chaîne de la tra- 
dition, ce scepticisme ne se justifie pas. Assurément, il ne faut pas 
prendre pour argent comptant toutes les traditions qui nous sont 
rapportées dans ce domaine; mais nier par principe tout ce que 
les sources traditionnelles présentent comme provenant de la 
Gola, c'est assurément aussi aller trop loin. 

Le terme de Midrasch nous est suffisamment connu par les 
livres des Chroniques 1 . Lors donc que le Talmud de Jérusalem 2 
dit à propos du nazirat et de l'impureté lévitique du Temple que 
la halacha en question est un midrasch formulé par les docteurs 
de la bouche d'Aggée, Zacharie et Malachie, pourquoi douterait-on 
de la possibilité d'un midrasch dans la bouche de ces prophètes? 
N'est-il pas possible qu'ils aient eux aussi, cité un verset du Pen- 
tateuque à la manière midraschique, et si simplement que ce lût, 
afin d'en déduire quelque décision importante pour le culte du 
Temple? En vérité, la notice du Talmud de Jérusalem est aussi 
sèche et d'une allure aussi peu tendancieuse que possible ; elle 
mérite, dans sa totalité, pleine confiance. 

Les Juifs de Babylone s'intéressaient particulièrement à l'inter- 
prétation du livre des Chroniques. On disait en Palestine : « Si 
tous les docteurs de la Palestine se réunissaient pour apporter les 
Chroniques (avec les interprétations) de Babylonie en Palestine, ils 
ne le pourraient pas 3 ». Ce dire s'accorde parfaitement avec cet 

1. Voir Weillmusen, Prolegomena, 5 e édition, p. 226-7; Scliurcr, Geschich/e, II, 
4 e édit., p. 402.; Bâcher, Terminologie der jûdischen Schrif%auslegung , I, 104. 

2. j. Nazir, vu, 2 (56c, 1. 33) : ^SKb»1 mDT i3n ^D» miEN ©'"Vin. On 
n'indique malheureusement pas de verset biblique, ni aucune déduction. 

3. V. Funk, Die Entstehung des Talmuds (Leipzig, 1910), p. 67. Cf. Pesahim, 
62 6 : WDTn 13733 HN72 'l n3"»3>X3 hXT$h bjTN f-a. 

T. LXVIIl, n° 133. 3 



34 REVUE DES ETUDES JUIVES 

autre, bien connu, de Rab : « Ezra n'a pas quitté la Babylonie 
avant de s'être inscrit dans le livre des généalogies (c'est-à-dire 
dans le livre d«^s Chroniques) * ». Une conception qui domine dans 
le Talmud, celle de la plus grande pureté des familles juives de 
Babylonie, peut avoir quelque rapport avec ces enseignements. 

L'attribution d'un « midrascb » aux derniers Prophètes concorde 
bien, d'autre part, avec le l'ait qu'on connaît et qu'on cite des 
aggadot provenant de Babylonie. La phrase : « ce midrascb nous 
est venu de Babylonie 2 » a été rapprochée avec raison du Midrascb 
cité dans les Chroniques 3 , de telle manière que l'une de ces indi- 
cations est appuyée et éclairée par l'autre. En tout cas, ce dire, 
qui est rapporté au nom d'Eléazar de Modiim, ne peut que gagner 
à ce rapprochement. 

Cette phrase elle-même, avec le dire y relatif, reparaît ailleurs 
avec deux variantes qui ne manquent pas d'intérêt pour notre 
étude. Une fois on dit : « Ce midrascb nous est venu de la Baby- 
lonie * » , tout de même — Bâcher l'observe déjà — qu'on dit : 
« Les noms des mois leur sont venus de la Babylonie », ou, comme 
on peut traduire aussi, « sont venus en même temps qu'eux de la 
Babylonie » ;i . Une autre fois on dit : « Nous tenons celte chose 
comme tradition (rmott) des membres de la Grande Synagogue 6 ». 
A cette forme de la même pensée on trouve également des paral- 
lèles dans d'autres passages 7 , comme Bâcher l'indique; mais il 
faudrait rechercher si, dans la phrase solennelle : ceci ou cela est 
une tradition en nos mains, etc., on ne sous-entend pas en même 
temps que c'est une tradition qui remonte à la Gola, à l'époque 
des derniers Prophètes ou au cercle de la Grande Synagogue. — 
Dans un autre passage, aggadique aussi, on va jusqu'à dire : « Ce 
traité est venu avec eux de Gola et ils y ont enseigné. . . » 8 . 

1. Baba Batra, loû, après le passage bien connu de labaraïta : Ezra a écrit son livre 
et la suite des générations jusqu'à lui-même (*)b 1? Û^n ^131 btfî Dm, v. Raschi). 

2. Gen. r., xlii, 3 : ,m \D nbiatt p ïr»V3 nb^ IDllH HT (ch. xli dans l'éd. 
Theodor, p. 400, où l'on trouvera une longue liste de passages parallèles). Dans 
Lévit. r., xi, 7, ou dit : TÔM71 \D irT3 nb* Hin EJTï72n. 

3. Note ajoutée par N. Briill dans Zunz, Goltesd. Vorir., 2 e éd., p. 38. M. Bâcher ne 
donne cette référence ni dans son Aggada der Tannaiten, I 2 , p. 192, ni dans sa Ter- 
minologie, p. 103. 

4. Pesikta Rabbati, v (19 6, éd. Friedmann). 

5. Rosch ha-Schana,i, 2 (56d, 1. 61). Cf. j. Meg., i, 11 (71 6,1. 68): b. Sanh., 22a : 
-nU5N53 DVa nbyQ D'«2 hy (en parlant de la langue et de la littérature « assyriennes»)- 

(i. Meguilla, 10 b. 

7. Yoma, 21 a. V. Bâcher, Aggada der Tann., I. c. 

8. Cant. r., sur i, 2 : "D nbisr» )12 3V3 ~nb" NP2372. Voir le commentaire 
Maftenol Kehounnd. 



ÉTUDES SUR LÀ MISCHNA 35 

Une phrase du même genre se trouve en plusieurs endroits du 
Midrasch ' ; c'est celle qui est généralement ainsi conçue : « au 
nom des docteurs de la Gola » (nbun^ irmm tniDtt). On la trouve, 
par exemple, dans la chaîne traditionnelle suivante : R. Bérechya 
le prêtre au nom de son père, R. Hiyya, qui l'a dit au nom de 
R. Juda fils d'Ézéchiel, dont les maîtres Font dit « au nom de nos 
docteurs de la Gola » 2 . L'objet dont il est question n'est en aucune 
façon assez important pour mériter d'être introduit par une for- 
mule aussi solennelle ; il doit donc s'agir d'un fait ou, comme 
disaient les Anciens : rrn *p ïtto mu*». Mais même si l'on con- 
cède que cette indication ne garantit pas que cette aggada provient 
de la Gola, on ne peut s'expliquer l'idée d'une telle indication et 
l'origine d'une telle phrase que si le fait lui-même existait de 
quelque manière. 

Dans un autre cas, on est frappé par l'insistance avec laquelle 
on appuie sur l'ancienneté et la provenance particulièrement 
importante d'une aggada. Deux explications sont données des 
mots n^nm ûTiba a^ (Psaumes, lxviit, 18) : d'après R. Abdimi de 
Haïl'a, Dieu est descendu sur le Sinaï sur vingt-deux mille merka- 
bot d'anges. Or, cette explication est introduite par ces mots sin- 
guliers : Tatattn watt, ce qui signifie ou bien : j'ai appris dans la 
Mischna qui se trouve entre mes mains, ou bien : j'ai enseigné 
dans mon discours ce qui suit. La première interprétation nous 
paraît convenir seule au sens, car on veut, comme le montre la 
suite, faire ressortir l'ancienneté de l'interprétation et le crédit 
qu'elle mérite. On lit ensuite : « Au nom d'une compagnie (ro) qui 
est venue de Babylonie, on a dit : il y avait quarante-deux mille 
merkabot, etc. », et voici la fin : « ainsi a enseigné (nato) Élie 
d'heureuse mémoire » 3 . Ce qui nous intéresse ici, c'est l'expres- 
sion « une compagnie venue de Babylonie ». On peut admettre 
comme certain, après les exemples que nous avons énumérés, 
qu'il ne s'agit pas de voyageurs de l'époque des Tannaïm et Amo- 
raïm, mais d'exilés du temps d'Ezra. Tous les doutes sont du reste 
levés par la phrase suivante, introduite par la formule que nous 

i. Ils sont signalés par Theodor, l. c. 

2. Tanhouma, Hayyê Sara, cli. vi. 

3. Nous reproduisons dans le texte la version du Midrasch Tehillim, ad loc. (p. 318, 
éd. Buber), qui concorde assez bien avec celle de la Pesikta Rabbati, cb. xxi (102 6). 
Dans la Pesikta de R. Cahana, p. 107 b, la première phrase est anonyme et le nombre 
de vingt-deux mille y figure comme dans celle qui parle de la compagnie venue de 
Babylonie. Dans le Tanhouma, Vitro, ch. xiv (éd. Buber), la « compagnie » babylo- 
nienne manque. V. encore, touchant les auteurs et les versions, Bâcher, Ag. d. pal. 
Amor.. III, 537. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

connaissons bien déjà : « Dans la tradition (miott) qui revint avec 
eux de la Gola, ils trouvèrent écrit : Deux myriades de ime) ^cba 
et d'anges descendirent avec Dieu sur le mont Sinaï pour donner 
à Israël la Tora ' ». Après cela, il ne saurait être douteux que ce 
sont là des spéculations d'une haute antiquité. R. Eléazar b. Aza- 
ria et R. Éliézer de Modiim — ce dernier cité également plus haut 
— s'étaient déjà occupés de ce verset des Psaumes et avaient dis- 
cuté à ce sujet, raison suffisante pour nous empêcher de penser 
pour cette aggada à une importation tardive de la Rabylonie. 

On ne saurait le méconnaître : ces spéculations appartiennent à 
l'ordre de Maassê Merkaba, dont la Mischna (Hagiiiga, n, 1) a 
soin d'interdire l'étude publique ; ceux qui se sont adonnés à cette 
science troublante — on les retrouve cités dans les deux ïalmuds 
sur ce texte de la Mischna — appartenaient tous aux anciennes 
générations de Tannaïtes. D'après l'aggada qui nous occupe, on 
peut admettre que cette science était un produit de l'exil de Raby- 
lone. Le Midrasch lui-même ne laisse pas de sous-entendre que les 
Merkabot ici nommés doivent être mis en parallèle avec ceux du 
prophète Ezéchiel, et dès lors il nous met en droit de placer en 
Rabylonie l'origine de cette aggada. Cette aggada et la vision 
d'Ezéchiel plongent leurs racines dans le sol delà Rabylonie, dans 
la terre classique de ces puissantes figures de dieux ailés, dont le 
spectacle devait éveiller l'imagination de ceux qui les contemplaient 
el donner des ailes à leur esprit. La mischna de Haguiga, selon 
toute apparence fort ancienne, peut être considérée comme un ana- 
Ihème jeté directement à cette spéculation babylonienne débridée. 
On sait que, ce texte à part, on ne trouve rien sur cette science 
secrète dans la Mischna : elle la condamne par son silence comme 
par son interdit. La Mischna ne souffle mot d'un autre cadeau de 
la Rabylonie, la doctrine des anges — au 'grand avantage de cette 
production de l'esprit juif. Mais alors il est permis de supposer que 
l'ancienne Aggada babylonienne avait en général un caractère 
extrême, peut-être même ésotérique, et nous nous expliquerions 
ainsi pourquoi on en parle si peu. 

On trouve effectivement une sorte d'interdit, non pas tant contre 
l'Aggada babylonienne, avec une tendance que nous venons de 
caractériser, que contre l'enseignement de l'Aggada à un Rabylo- 
nien. Quand Simlaï arriva auprès de Jonathan b. Éléazar pour 



1. Dans la Pesikta Babbati seulement (l. c.) : 3["l]rO 1fc«ï73- La phrase qui suif 
est pour moitié araméenne. V. à ce sujet l'article de Ph. Bloch dans les Mélanges 
Hermaun Cohen, Judaica. 



ÉTUDES SUR LA MISCHNA 37 

apprendre de lui l'Aggada, il fut repoussé en ces termes * : « Je pos- 
sède une tradition qui remonte à mes pères et d'après laquelle on 
ne doit instruire dans l'Aggada ni un Babylonien, ni un originaire 
du Darom (sud de la Palestine), parce qu'ils sont orgueilleux et 
peu savants ; or, tu es l'un et l'autre : tu est originaire de Baby- 
lonie (Nehardea) et tu demeures dans le Sud (Lydda) ». La pre- 
mière des raisons alléguées manque de clarté, car on ne voit pas 
ce que l'orgueil a à démêler avec l'Aggada. Mais elle reçoit une 
signification s'il est vrai que les Babyloniens développaient l'Ag- 
gada dans le sens ésotérique, comme nous l'avons indiqué, et 
qu'ils prenaient les allures orgueilleuses de savants occultes. Le 
texte parallèle porte, d'ailleurs, que Simlaï avait voulu être instruit 
dans le Livre des Généalogies, c'est-à-dire dans le livre biblique 
des Chroniques, — et nous aurions ainsi découvert un trait abso- 
lument sur de l'enseignement des Babyloniens. 



III. 

MlSCHNA BABYLONIENNE. 

Quelques textes, peu nombreux, de notre Mischna, ceux dont la 
langue a une couleur araméenne, pourraient nous avoir été trans- 
mis dans la forme où ils avaient été exposés par leurs auteurs en 
Babylonie même. Car de même que des mots persans, par exem- 
ple, permettent d'induire l'origine babylonienne d'un passage tal- 
mudique, de même la présence de phrases araméennes dans le 
corps de notre Mischna, qui est presque entièrement en hébreu, peut 
servir, je crois, d'indice de ce que le tanna en question ne se bornait 
pas à parler plutôt en araméen, mais enseignait aussi dans cette 
langue. Quand il s'agit de docteurs originaires notoirement de 
Babylonie, la chose s'explique sans peine. 

C'est d'abord Hillel, l'illustre transfuge de la Babylonie. Les 
maximes que les Pirkê Abot (i, 13; n, 6) nous transmettent de lui 
en araméen — ce qui n'est jamais le cas pour son grand antago- 
niste, Schammaï — ne sauraient prouver, à raison même de ce 
fait, qu'en Palestine, on parlait de préférence l'araméen parmi les 
docteurs, mais seulement que c'était Hillel qui le faisait, et Hillel 
le faisait précisément parce qu'il était Babylonien. La source 

1. j. Pesahim, v, 3 (32a en bas); cf. Babli, 62 6. Voir Bâcher, Terminologie, I 
107; Ag. de?' pal. Amor., I, 60. 



38 REVUE DES ETUDES JUIVES 

annexe dit formellement de ces quatre sentences conçues en ara- 
méen, qu'il les a dites en langage babylonien, allusion évidente à 
son origine '. A ce point de vue, il est curieux de remarquer que 
l'autre phrase araméenne rapportée dans Abot (v, i. f.) et mise 
au compte de Fénigmatique Ben Hé-Hé 2 , est attribuée par la môme 
source annexe à Hillel 3 , qui l'aurait prononcée à une occasion 
déterminée, à propos de laquelle on ne manque pas de le désigner 
en toutes lettres comme un Babylonien '\ Ben Hé-Hé pourrait donc 
avoir été non seulement un disciple, mais encore un compatriote 
de Hillel \ 

Le texte si difficile et si souvent commenté de la Mischna 
CCEdoayot, i, 3 — voir Maïmonide et Rabad — dans lequel Hillel, 
expliquant la forme de la règle énoncée par lui, dit que « l'homme 
doit parler la langue de son maître 6 » s'éclaire ainsi quelque peu. 
Ce n'est pas Schemaya et Abtalion qu'il y désigne comme ses 
maîtres — leur halacha, telle qu'elle y est établie à dire de témoins, 
est différente — mais quelque inconnu babylonien, dont il doit 
avoir beaucoup appris, puisqu'il était armé d'un grand savoir 
quand il parut en Palestine. Du môme coup, nous aurions décou- 
vert ici une piste d'une activité scolaire en Babylonie à celte 
époque 7 . 

Plusieurs indices donnent à penser que des enseignements 
exposés ainsi dans la langue populaire, l'araméen, étaient désignés 
par BTnri "pizib « langue commune ». C'est de Hillel justement qu'on 
rapporte qu'il tenait compte du « langage commun » des gens — 
cette fois il s'agit de ceux d'Alexandrie 8 . 11 ne s'agit pas forcément 
de la langue du vulgaire inculte 9 , puisqu'il s'agit, au contraire, de 

1. Abot de R. Natan, version i, ch. xn, p. 28 a Sehechter : pïî53 ^?2"IN Nin Di< 
Û"H31 "^mN ''bas. Cf. version n, eh. xxvn. 

2. V. sur lui Bûcher, Ag. d. Tann., I 2 , 8. 

3. Abot de R. Natan, ibid., dans les deux versions. Dans la première version, la 
phrase r,n fiîbl!3"l na ^psm rïDSin, dont la Mischna l'ait le début du dire de Ben 
Bag-Bag, est également attribuée à Hillel. Dans la seconde version, la sentence w\D0 
N"13î* NHyiw n'est pas mise dans la bouche de Hillel, mais donnée comme suivie et 
confirmée par lui : 'idt D^pîJ bbn rr~V NT". 

4. TîNCDÛÛ ~K?D3, mais dans la première version seulement. Dans cette version, 
le nom de Ben Hé-Hé n'est pas du tout donné à propos de la maxime Nl^y Û1D2 
N-iSN, mais il l'est dans la version n. 

5. Comme aussi Ben Bag-Bag, qui n'est qu'un doublet de Ben Hé-Hé : 33 a la même 
valeur numérique que n. 

(i. Le mot itfbK manque avec raison dans l'éd. Lowe, ce qui diminue sensiblement la 
difficulté. 

7. Conf. Isaac Halévy, Dorol ha-Rischonim , II, i, 166. 

8. Baratta dans Baba Mecia, 104 a, et parallèles. On eu dit autant d'autres tannaïtes. 
Cf. I.-n Weiss, dans Bçt-Talmud, IV. (ri. 



ÉTUDES SUR LA MISCHNA 30 

la langue des documents ; mais la langue des documents était jus- 
tement l'araméen parce qu'elle devait être comprise du peuple. 
Quand on considère que la technique des documents est en rap- 
port avec l'ancienne civilisation assyro-babylonienne, ce procédé 
de Hillel peut être rattaché à son origine babylonienne. Si d'autres, 
qui n'étaient pas Babyloniens, faisaient de même, c'est qu'ils imi- 
taient sur ce point, comme sur bien d'autres, leur modèle. 

Je considère encore comme une mischna babylonienne, princi- 
palement à cause du coloris araméen de la langue, le passage de 
Kiddouschin, iv, 1 : ^banœ^ "mb ^ro bas» nb? 1 forn mu», etc.; 
il y a là dix noms qui sont affectés de la terminaison araméenne 
du pluriel, telle que nous la connaissons notamment par le Talmud 
de Babylone 3 . Le contenu de cette mischna, qui nous apprend 
que dix catégories de lignées sont revenues de Babylonie, est de 
nature à faire supposer que Hillel en est l'auteur. Mais à part 
cela, il importe d'insister sur ce que ces noms ne peuvent être 
considérés que comme des pluriels araméens, et non comme des 
adjectifs en iy. La traduction que se permet un auteur récent k : 
& Des ressortissants du prêtre, du Lévite, d'Israël, du profane, de 
l'étranger, de l'affranchi, du mamzêr, du nâtin, du schdtoûq, du 
âsoûph », cette traduction est absurde, car comment peut-il y 
avoir des « ressortissants » du mamzêr, du schdtoûq et du 
âsoûph ? C'est qu'on n'a pas tenu compte du coloris araméen de 
la langue de cette mischna, ni — d'après nous — de son origine 
babylonienne. 

Vienne, octobre 1913. 

S. Krauss. 



1. Leçon de l'éd. Lowe et variante marginale dans les Mischnaïot, éd. Romm. Édi- 
tions : "poi-rn. 

2. Leçon correcte des éditions ainsi que du manuscrit de Munich (éd. Strack, 212 b) ; 
incorrectement dans l'éd. Lowe : btf-W^. Autres remarques de moi dans Monats- 
sc/irift, LI, 153. 

3. On la trouve aussi, à la vérité, dans l'araméen palestinien, v. Dalman, Gram- 
matik des Palàstinisch-Aramàisch, l re édit., p. 151. 

4. Albrecht, Neuhebr. Grammalik (Munich, 1913), p. 77 : « Zugehorige zum Pries- 
ter », etc. 



UN DOCUMENT 

SUR L'HISTOIRE DES JUIFS EN ITALIE 



Le fragment que je publie ici provient de la Gueniza de Fostàt 
et est en ma possession (dans le manuscrit 215(3). Il paraît avoir 
appartenu à une collection de lettres adressées au célèbre Hasdaï 
ibn Schaproût et est propre à jeter une lumière nouvelle sur l'his- 
toire des Juii's en Italie au x e siècle. 

La seconde lettre, celle de R. Juda b. Jacob de Rome, est 
adressée en propres termes à won n-i». Le destinataire de la 
première est qualifié de gaon, de chef {manhig) et de maître 
[moréh), tjtres qui conviennent assez à ce Mécène juif. Les deux 
lettres sont trop anciennes pour pouvoir être rapportées à Hasdaï 
Grescas; quant aux exilarques de ce nom \ ils auraient été décrits 
autrement. Nous savons qu'Ibn Schaproût était passionnément 
curieux de tout ce qui avait trait aux Juifs de son temps, et la 
notice de la Jewish Encyclopaedia parle d'une collection de 
manuscrits qu'il avait fait venir « de l'Est ». Il faudra ajouter : et 
de l'Ouest si notre conjecture est exacte. 

Le premier correspondant est un notable de Rari (ou de 
Tarente?); il décrit des persécutions qui ont duré deux jours 
dans sa ville et à Otrante. A Otrante, R. Isaïe et R. Menabem, 
ainsi que leur disciple, R. Éliya, ont été martyrisés ; mais y sont 
restés : R. Hodiab 2 , avec son fils R. Amittai (?) et son gendre 
R. Hiyya ba-Gohen, R. Mordekhaï, R. Léon et R. Sabbataï b. Abra- 
ham b... Dans la communauté de Fauteur de la lettre sont 
restés : R. Abraham b. Josaphat, précédemment rabbin d'Oria, 
R. Samuel b. Juda et son fils Abraham, R. Élia b. Abraham, 
R. Moïse ha-Cohen b. Ephraïm et R. Ébiatar b. Ézéchiel, ainsi 



1. On en connaît trois : les deux premiers exercèrent leurs fonctions respective- 
ment vers 670 et 880; le dernier porta ce titre au xm e siècle et fut le maître de David 
Al roi. 

2. Pour ce nom voir plus loin. Il se rencontre en 1154; v. Catal. Bodl., 2874 3i . 



UN DOCUMENT SUR L'HISTOIRE DES JUIFS EN ITALIE 41 

que le chef laïque de la communauté, le médecin R. Abraham b. 
. . .Sasson. Ces noms sont bien caractéristiques pour l'Italie méri- 
dionale, notamment ceux de Sabbataï, de Léon l et d'Amittaï -. Je 
ne saurais, du reste, identifier aucun de ces personnages, si ce 
n'est peut-être en retrouvant dans le dernier de ceux d'Otrante le 
célèbre Sabbataï Donnolo, qui fut tout à fait le contemporain 
d'Ibn Schaproût. Encore le nom du grand-père, tout en étant illi- 
sible dans notre texte, ne paraît-il pas être Joël ; mais était-ce le 
grand-père paternel de Sabbataï qui s'appelait de ce nom 3 ? 

Le post-scriptum de la lettre est plus intéressant encore. Il 
excuse un certain Samuel qui, ayant été chargé par Ibn Scha- 
proût (?) de copier le livre de Joseph b. Gorion et y ayant consacré 
neuf mois de travail pénible, eut ensuite le malheur d'être atta- 
qué, à douze milles de Naples (?), par des bandits qui lui dérobèrent 
son précieux Yosippon et tous ses papiers. Si notre conjecture 
est fondée, nous avons là la plus ancienne mention du Yosippon 
et elle confirme l'opinion d'après laquelle cet ouvrage a été com- 
posé en hébreu dans l'Italie méridionale pas plus tard qu'au 
x e siècle. 

Pour ce qui est des noms géographiques, je suis tenté de voir 
dans orna* le génitif du nom de Oria. M. Marmorstein me fait 
remarquer que cette forme se trouve dans Geiger, Melo Hofnaïm 
(Berlin, 1840), p. 29 de la partie hébraïque. Ce o final faisait 
hésiter encore Luzzatto [Kérem Hémed,Vl\\^7b). Mais le manus- 
crit de Paris de l'ouvrage de Donnolo (n° 770) porte également 
DTW. — Je crois que le nom rrsa désigne Naples, quoique Benja- 
min de ïudèle écrive ■«bicas. 

Le style du fragment est la prose rythmée qui caractérise les 
ouvrages de Donnolo et la Chronique d'Ahimaaç, écrite en 1055 et 
éditée, d'après un manuscrit de Tolède, par Neubauer 4 . Amittaï, 
le fils de Hodia, pourrait-il être l'ancêtre de Ahimaaç 3 ? 



1. Comp. J. Q. R., XIV, 111, dans les épitaphes dé Tarente publiées par H. M. 
Adler. 

2. Med. Jew. Chr., II, 127, et I. Lévi, Bari dans la Pesikta Rabbati, dans R. É. J., 
XXXII, 281. 

3. Melo Hofnaïm, p. 31 : bîlT 1 '"\ "Opïb 3T"ip (dans l'introduction du i31733n 
de Donnolo) ; cf, Hérem Hémed, VIII, 97 6, n. 3. 

4. Med. Jew. Chr., Il; voir particulièrement p. 127. Voir aussi Steinschneider, 
Geschichtsliteratur, p. 35 et p. 175. 

o. Entre Ahimaaç et Amittaï il y a sept générations. Notre lettre ne pourrait pas être 
ancienne de plus de cent vingt ans que la Chronique. Le prince de Galles Edouard est 
le descendant à la sixième génération de Georges III et il n'y a que soixante-quinze 
ans entre sa naissance et la mort de son ancêtre. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Wertheimer a publié, en 1901, dans ses a^biam naa, II, 17,3, une 
lettre provenait de la congrégation de Kairouan. Cette lettre est 
maintenant en ma possession, dans le ms. 2567. Elle se rapporte à 
Sabbataï b. Hodia b. Amittaï, ({ui est certainement apparenté à 
notre Amittaï b. Hodiah. Celui-ci est peut être identique à Sabbataï 
de la famille d' Amittaï qui demeurait à Bénévent et dont le petit-fils, 
nommé Samuel, mourut en 1008ivoir, Revue, XXXII, 146, le savant 
compte rendu du regretté Bâcher des Anecdota Oxoniensia). Si 
cette hypothèse se vérifie, et notre fragment et la lettre de Kai- 
rouan seraient du x e siècle. 

De la seconde lettre, il ne reste que l'introduction. Elle est éga- 
lement en prose rythmée, mais d'un hébreu plus difficile à com- 
prendre. Je ne saurais identifier ce Juda b. Jacob de Rome, qui 
écrit en ce style monté sur des échasses. Ce n'est certainement 
pas le même que le Juda b. Jacob de la famille de Lattes, cité dans 
le Kiri/at Se fer d'Isaac Lattes '. 

Nous sommes maintenant fondés à rompre le silence méprisant 
que gardait Graetz à l'égard de ces rabbins italiens ôrba^K ^an, à 
son sens médiocres ou non existants. Quand il écrivait, on savait 
bien peu de chose sur l'histoire des Juifs en Italie. 

E.-N. Adler. 



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«bi .mNBna 131D7D ■"■»... lanpb ana?: m*nfcn . .."^b [ma] 

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*pna njn ûnca ans?: '-n .ïmwa natan maa ^nuî:n îa-naa 

ib"»D« bab rmm .nnnp to»id ^a imfina pana mb» 'ai .rman 

npoin vnvja n3«ni» "*sb mwiri «b ara min p nna m» 

V- îaT^&a "pai mn» anb navr wnirn nnoa la-ia^ai .ma>a 

.rmab nb^ctfa 13émf 'an D*pa . ...maa 'Ta** 130 n* ïnxn am^a 

-rrn?:! ien 7,-nma w atzm .rrvnn «nbao won faip ■paôb rnna ia 

lab nsrÔD la^nb» *^ pn» nann nn^n *an na^an .nvranb nnisinrr 

rmb 3*1 rrnn owffp la orna» 'n nw»a na^bnpai .îTpwpnb 

1 Med, Jçw. Chr., II. 2.'H. 



UN DOCUMENT SUR L'HISTOIRE DES JUIFS EN ITALIE 43 

hi mai nm lama^a T£&* rmrn p binaïïJ'n mnsyan a-nô* 
-imaa hi d^isn na pan niaw '-n om:8 p mb« 'm laa dïtd« 
■ 'm n^mn h n«»3 i^nn^i # mian *mnbn -i«;si bapïm "in 
mt: 'm ii»ib 'm "orva '-n nann pD- w^n 'm nnnn "'an 133 viîa[N 
Tcib-a a^rnaoi n?3 maa o"napn73 abiai .(?) n-it* na omaa ha 
•»3©5 nbnri .&oi3 bttb a"<3:n73 nnbiïîtJTS inm inbn[a 
iab aroia n?ab p nnxi .rmapa oaba irons 
owan wm i3a»?aa «bu? ma .minai mari n[73an 

finp733 

pN3 baitta n?3 ht m-nx ..miTD no fifiob amia nyi 
la^an ^3373 [ ] payn73i rrnun nrrvoab nna'v3ai_ lanb naya 
[û^snn B(?aib'n?) m-«73n nms nK?3ia73 vjbran nnto .mttia 
b^73 3"^ nfirsab nnp mn ijoa3i .ni™;:: 'ma p rpv nso ainab 
ito iwN3373"c n?:i mnaan bai ncon 1:7:73 ibasi TBO^b 13 i jsd .n-pson 
ba ^:d sas ma -1731N1 naia .ma invn q^T:i na mn sa-n .mnn iban 
mmb [ne ? im« ba rpiij mm .niD3 «2:73» maai -ans 
mm nbnpn ta an aainn K3ïjiz;[ ] omaa -,73 m-n -173 nanSTai 
nnan . ..minaa a^Ta [ l«im vœaKi «in idio by 3ami g 
inNMm ly-aD N3 «or mia-an i[npii:] ^ab -173 173 niopna u 
amoral .nT3':n m rua nan ^baa ma ^n mai73 idio ^a .mpaa*n u 
■^a nart«m moi"' -TJ3D3 bna "ôaa û^aitai tax "nnaa nain ^ 
in-pm a^n- mn^ai nmboi nb^riTa Niarm rnatp Kb wm ban bao p r 
i3m73i i33^n:73 nbna -ibép «ia lann i7abi3M» ■'tdi ...minas nvn g 
lybarnbi rraan:> .mroanb ayiaa vmaïai aiiaa vw mbab .mpaanb 
û^praiy a^aa ^:ai a^33 ib p-'bi .rriTrb ib naiam nnam ni<3a 
bai .nnrï ^iz baa D^pbariTai mi "^TtaTa -mp^ a^3^3D73a 
miaan ^3D73 liitn "»m p 'k pN .maa aiaa «bw vmb&«j;o 

y"3 ^NlOn 31735 b"T ^731173 3pj^ p HTIT '"I 3n3 

[v]a" , a tt)U3Nnb 13^3» oat^nb -naon tan«i73 o^nnaa "itieh 3ht iin 

ni3n i7:a i3a bar a^asnb mr^n "nami [sic) mana;p7:n ^nacpa no^n 

]3n3 a^73^n[a] n-jTabi ïwnb a^Tan niT7 «b ">-i^a: ^ai33 "^anb 

]-i3 ]vinb ïJNi na^Da ba "•m'isb ^3373 nnn33 ps 

iinb pa^nb ûtth ^3 ^aan y^a: ,, 733 mbrbi ^373 

a p ]U57373 3ipn IffiN TJ133 ^Dîlb 

■>^]i7ay aa:n ib nn^na ,niD ma-ia»3 173a» ivarno 



NOUVEAUX DOCUMENTS 
SUR LA DISPUTE ENTRE REN MÉIR ET SAADIA 



Il semblait qu'il n'y avait guère à ajouter à la dissertation si 
complète de M. A. Epstein au tome XL1I de cette Revue \ où se 
trouvent groupés, discutés et commentés les divers textes publiés 
tour à tour par Firkowich, Neubauer, Israël Lévi, Schechter, 
Broydé et moi 2 . Cependant, j'ai découvert, dans les fragments que 
je possède, trois documents nouveaux qui jettent un surcroît de 
lumière sur le sujet. 

Le premier est un autre feuillet du manuscrit du Se fer Moadim 
de Saadia déjà publié par M. Broydé et moi dans la Revue (XLI, 
p. 224). Ce fragment appartenait probablement au commencement 
de l'ouvrage, tandis que le feuillet ci-après semble provenir de la 
fin. Nous en donnons la traduction. On y voit Saadia opposer aux 
chiffres des Quatre Portes de Ben Méir ceux que suivent les auto- 
rités babyloniennes, et le texte aide à mieux comprendre les frag- 
ments déjà publiés. Un passage du verso nous a paru quelque peu 
obscur, soit en raison du style, soit que le texte soit défectueux. 

Le second document consiste en deux petites feuilles de parche- 
min oblongues : la première contient des déclarations de Ben 
Méir touchant la primauté de Jérusalem sur Babel, puis vient le 
salut adressé (aux Babyloniens) par Ben Méir en son nom et au 
nom de tous les sages, magistrats, disciples, etc..., qui vivent 
« dans le sanctuaire de Dieu » (Jérusalem) et en Palestine. C'est 
le même « salut » qui se lit au début du texte publié par M. Israël 
Lévi (Revue, t. XL, p. 261). Mais notre texte est plus correct. Il 
confirme la supposition faite par M. Lévi, à savoii* qu'Isaac était 
Ab-bet-din de Ben Méir. 

L'autre feuillet émane également de Ben Méir et contient des 
calculs déjà connus relatifs à la mémorable polémique. 

1. 171-210. 

2. Voir aussi, pour les textes, Bornstein dans le bn"pn HDD publié en l'honneur de 

.N. Sokolow. 



DOCUMENTS SUR LA DISPUTE ENTRE BEN MÉIR ET SAADLA 4$ 

Nous donnons la traduction du premier feuillet. 

Le troisième fragment est particulièrement intéressant. Le texte 
en est écrit au dos d'une lettre en judéo-arabe et nous est pré- 
senté comme un extrait d'une épigramme de Ben Méir en per- 
sonne, épigramme vraisemblablement dirigée contre Saadia. 
L'acrostiche nnba établit péremptoirement le nom exact de Ben 
Méir \ Salomon. 



Recto. 

[•H©n ba] (ïanaa) 'ii^n wptB r-:7a nnn ^^V: p^n nnab-ibia uni "p-pon 

■■*»« a*ra rpanian n^ran vpbn '«'x'n a*np nbiai *na^ ia ara 

y\y*y na "pa uni ana am : "pn^ba p^n nnab ib*ù a an ynan 

naiEJcn n3>an "ppbn 'a'n'n'n'n a-np ibiai nawn naïaa «bi 

-îyapan nmnn "p^ba p^n -in&*b ibia dnt "p-pon "»T3ï3 ^b"»ba 

■ppbn 'n'n niip nbiai n^an naaa sbi ma -y na "pa as a^nan 

■pnibia pra nnsb -ibia aai "pman naa ^b^ba nava&n na>cn 

■ppbn 'n'n'n'n amp ibiai ma^y nsan n:a mm ajn ana am 

■pn^ba p"»» nnab ibu oan *p-pon ^ibio ^b-ôa nn 1 ^ rwan 

•ppbn 'Ya'n amp ibiai ma^r na ana ^nan ba ^aa m*a ana n:i 

•pn^ba pna nnsô ib-ia d&o "p-pon ^anai ara naifcî&n nyan 

'«'at'-i'n amp mnai mr? ia ana "nan baa 'an irapan rnn 

•pn^ba p^n "inab mna aai 'pmon -^a-i r^ba 'a'-* nran "ppbn 

rn-pa* nran Vpbn 'n'n'n'n amp nbiai nr; ia 'pa aai ana aai 

lanpii}» rimnn *pn^ba pna nnab mna Dan "jmaa na^nn "wa 

■^ba m-ino* n^an "ppbn n'n amp T-bnai ma^ ia "pa aao 'an 

ûnanaa ana man : ■pnraa pna nnab mna a.m piaa 'nanan 

pi-pio* ïijidw "ppbn 'a 'a anp mnai ma*** ia ana mon ba ibbn 

ia>apan nnn "pn^bo p^n nn»b mna û&n "pman naaa -ma ava 

ma'nan nyan 'ppbn 'N'at'n amp mnai na^ la ana man ba 'an 

aao ana aai ^n^bia p^n nnab ibia a^i pn^on naaa m.x û^a 

nn^ "»b^ba n'Tiay nran rpbn 'n'n'n'n a"np nbiai na^ na ^s 

'an i^apan rmwn : ^aba p ba> -i\n-« ibna aw\i ^non naaa 

na^ba n-^-i^ay n^an ^pbn n"n anp "rbiai ma^y ia -jinu) "man ba 

^nan ba ana iv pn^ba p^n nnisb -jbia a&o -j^nan naaa nnx 

1. Il se retrouve, d'autre part, dans un fragment à Cambridge, T. S. 13. I. 16.16, 
signé : 

nann nnba n^a [nbijia [■jnjmaaa nann pn^ 'n^a ncian non 

.apyi i"iNa na^a^ a^n T»Mn n^a 'na 'naaa 

2. Lire i^nn. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

'^ra û"na rra^aia r>yw 'n'n'»'» anp ibiai na^ "la la^ta 

na^j ia cia "nian ba 'an ^yn^p'o n:a ba> raann pioai "TO^bo nn» 

aai ara aai p-ioai ■«■ôa nn« ■ncbc avs ma^ao nya anp nbiai 

ic^btt nn» ■rçpbo ^ba m-rusa» ïi^tûe 'n'M'n'n amp nrr ia "p» 

pnoai ■ns^an Tin» ^a^n dvd im» nm p ba» -nm fnoan 

m-p;aa> ny©73 'trtt'n'n a-np nbiai nr? nn *p» a&n ara aai 

■na^nn avb ipn nm p ba> tii^ p-ioai *s^bia nn» ic^ba i^ba 

"ia^r îa *p» d»i 'an ijapc» "EnbTi pioai "no^n m» 

■rç^bia nn» ^bra ■'b^bdl nn^y na»ta?a 'ppbn 'i'n anp nbiDi 

Verso. 

ana -nan pioai ■na'W Tins ^a^an D*rb in» rmi p ba> *pm pnoai 

mcnon na*'a?a "ppbn "jp nn» "ïbnai ma* ï-nayia n;iD3 mn a»i 

■[nbw] nb^ba niaa» pnaai lœ^btD nn» ">tt^bia orb ins rrm "oia ova 

menb 

a*na rmiï3»n nyu573 aan iy abn nra?a biaan »mia "na mua b;* 

"nn nE»^ iy»a"i ^ba 'a'i ny©» 'a'b'p'n'n N^n "nn mbiTai "pnan ^aran 

nraTa 'H'tt'n'n n^ 'Vb"i naœ» 'anaan ri" 1 - -1 pi "pnan nvmb raatDE 

mTiaa» na»tt57a '»'7a'n »irs ^n mbiîai 3 nm[?]b ^aibia ^b"»ba mTiaa» 

n»»^ 5, a'b'n naian C|»n ^mn Dnp»b [y ^b] f^ 1* n»»"n iurbœ "^ba 

rroya nia» ba» n»7a nain iab -im m*iD *a\a iy "ppbn 'n'n'îa'» rpna »b "nrs 

nyaia vi »b ^a naan "pnn»m ïTOÉnïi bpn D">aîa»nïi p -pm nb»n 

zrwiBtt n» bbnb amarna nia» b»nia^ nazpttb nbbn n->aiz5 rab^aa 

D">»an û*ianjcn pk bbnb b»-^ ^aai ^jina nuta ^nan ny^b upn NbN nb^rr 

■;:n lapida ai'n rurabi mina a^in b^aanbi ym nsan ba> q^ainbi 

an^bnm a^anm csibMm a^a^nn isowi "ia"»-iac pai t^h-d uj^r Nb 

T*ttynb n^N» p n^n- niDN rar> bnan bca»b miojb ^73 13^^121 

bw^ TN73 1^ 3P ^ "^^^ ûTîoan ba n« nyab bais «b "in?2N^i inaty 

^iw\n ba« arn ^:na T^mnaN inaaa ^a n^a^ ma*i nwp»n b^ n?:N 

rrarTa n« ayninb asmo^ :a ^inn inarb invnb hth noar: n« annab 

ba 13 om« rmatbi p^ninbi û"Ponbi qia na»T nb-nn» nTn n\N7a p 

a^pbn 'a': n^ffl nu aman a^n anpn iniNi:?a^ nta» na:i amai aciû 

l'a'-i na"a in 'n'n aipTan 6 'a'7a'n'n in 'n'n aipTaa 'n'Ta'n'n ijî '«'at'n aip?aa 

nn^a-a-' »bi p^b^ ia7aa^ »b 'ta's'p'n aip?an "j'p na?ia i» 'n'a'n'n aip?an 

(i«)ba» D^anïîsnr! "dt: »bn nistn na*a iab7a »^a n^»7a p T"a pa 

1. Lire "•cbc. 

2. Je lis ainsi d'après 1»; texte rléjà publié (Revue, XLII, p. 193, ligne 31). 

3. Texte peu clair. Fout-il lire —ni"' frïb ? 

4. Ici encore le texte est obscur. Le sens paraît être : il n'y a pas lieu à ajourne- 
ment. 

5. Lire sang doute 'a'b'n. Les lignes qui suivent sont également peu claires. 

6. Lire 'aWn'n. 



DOCUMENTS SUR LA DISPUTE ENTRE BEN MÉIR ET SAADIÀ 47 

"ixdn bsrna'' "^n hs ^pro û^iat» rron nœ« n?3Nn d"hjid rum» 

n*o m-nam 'Yn 'n'n 'a'arn yaîn "i*E nvrioB ma^inn baa 

mnorn 'V-n myo isid ^arbiû -iyx mnosi 'T'm 'rrsr'n'n ■rçœ 

irmm ^d» i3b dt-oe toks 'a's'p'n'i '"j'-n 'N'ar'n ijnan "i*ia 

p-rnoTan pn 121172b -raba niBJHb nabna «bi rv^wb robna 

1 irmm i3Ti72"'b p ^a ^y pb w TiTabpn "p- &|N n':n nbsn 

-Mb»» 'm 3 naa mb 'n nb-ia i-ibiab 2 rrapnb N5b">ai banaa *ien 

masn Diip nbiD na^n * qioa &»nn «nb^M nh -it: jt bsmcb 
^•onD7:i 6 n72 jt «b 5 «m7ai ïr»b 'tt« «b mb 'en msn inx in 

'a'B'p'm 'n'at'i'm 'N's'n n'rn Vn «ramn» ^73 iri33 ■wa pan 

Traduction. 

Elles sont déficientes, et si le Nouvel An tombe après, elles sont 

complètes, au lien de ce que nos sages ont établi : « Toute année embo- 
lismique où le Nouvel An tombe vendredi, 8 h. (du jour), 491 scr. 8 est 
déficiente, et si le Nouvel An tombe après, complète ». Et il (Ben Méir) a 
écrit aussi : « Si l'année n'est pas embolismique, ni l'année suivante, et 
que le Nouvel An tombe avant vendredi, h. (de la nuit), 1049 scr., l'année 
est déficiente, et s'il tombe après, complète », au lieu de ce qu'ont établi 
les sages : « Si Tannée n'est pas embolismique, ni l'année suivante, et que 
le Nouvel An tombe vendredi, h., 408 scr. 9 , elle est déficiente; s'il tombe 
après, elle est complète ». Et il a écrit aussi : « Si l'année suivante est 
embolismique, et que le Nouvel An tombe avant vendredi, 9 h. (de la nuit). 
845 scr., elle est déficiente, et après, complète ». Et il a écrit encore la 
II e Porte : « Quand le 1 er Tisri d'une année embolismique tombe avant 
mercredi, h du jour, 256 scr., Tannée est déficiente ; après cette date 
elle est complète », au lieu de ce qu'ont établi les sages : « Quand le 
1 er Tisri d'une année embolismique tombe avant mercredi 11 h. (delà nuit), 
695 scr., c'est une année déficiente ; après, c'est une année complète ». 

1. Rosch Haschana, 20 b. 

2. R. H. : mpnb. 

3. R. H. : add. ÏTDK. 

4. R. H. : -ncn. 

5. R. H. : ^la. 

6. R. //. ajoute ici : ntt J*T Nb*l Nn^nntt 13173 fiCW et il faut évidemment 
suppléer ces mots dans notre ms. 

7. Cf. Revue, XLII, 196 et note. 

8. Pour tous les chiffres donnés par Saadia comme étant les règles des Hakhamin 
modifiées par Ben Méir, voir la traduction des Quatre Portes de Naharwani par 
M. Epstein {Revue, t. XLII, p. 205). Vendredi, S h. 491 scr., est le premier cas de la 
Première Porte, sauf qu'au lieu de 8 li. du. jour, Naharwani met 20 b., car il compte 
de 1 à 24, tandis que Ben Méir compte 12 heures de la nuit, puis 12 heures du 
jour. 

9. Ibtd. p. 20o, 1. 15, lire U h. au lieu de 1 h. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il a écrit encore : « Si Tannée n'est pas embolismique et que le Nouvel 
An tombe avant jeudi, 9 h. (de nuit), 845 scr., l'année est simple; s'il tombe 
après, c'est une année complète »,au lieu de ce qu'ont établi les sages : 
« Si l'année n'est pas embolismique, et que le Nouvel An tombe avant 
jeudi, 9 h., 204- scr., c'est une année ordinaire; après, c'est une année 
complète ». Et il a écrit encore dans ces Portes : « Quand le Nouvel An 
tombe avant dimanche 9 h. du jour, 52 scr., l'année est déficiente, et 
après, elle est complète », au lieu de ce qu'ont fixé les sages : « Quand 
le Nouvel An d'une année embolismique tombe avant dimanche, 8 h. 
du jour, 491 scr., l'année est déficiente; après, elle est complète ». Il 
a écrit aussi: « Si l'année n'est pas embolismique et que le Nouvel An 
tombe avant dimanche, 9 h. de la nuit, 845 scr., l'année est déficiente; 
s'il tombe plus tard, c'est une année complète ». au lieu de ce qu'ont 
fixé les sages : « Si le Nouvel An d'une année simple tombe avant diman- 
che, 9 heures de la nuit, 20i scr., l'année est déficiente ' ; après, elle est 
complète». Il a écrit encore : « Une année embolismique où le Nouvel 
An tombe avant mardi 2 , 6 h. du j., 641 scr., retiens le mardi et c'est une 
année ordinaire » ; c'est une addition à ce qu'ont fixé les sages : « Quand 
le Nouvel An d'une année embolismique tombe avant mardi, 6 h. du jour, 
retiens mardi et c'est une année ordinaire ». 

Et il a écrit encore: « Si l'année est simple, et que le Nouvel An tombe 
avant mardi, 9 h. de la nuit, 845 scr., retiens le mardi et Tannée est ordi- 
naire ; passé ce moment, ajourne-le au jeudi, fixe le Nouvel An au jeudi, 
et l'année est ordinaire ». 

Et il a écrit encore : « Si Tannée est simple, et que le Nouvel An tombe 
avant mardi, 9 h. de nuit, 945 scr., retiens le mardi, et c'est une année 
ordinaire ; passé ce moment, ajourne le Nouvel An à jeudi, fixe-le ce jour- 
là et Tannée est ordinaire », au lieu de ce qu'ont fixé les sages : « Si Tannée 
est simple, et que le Nouvel An tombe mardi, 9 h. de la nuit, 204 scr., 
retiens la date du mardi, et Tannée est ordinaire ; passé ce moment, 
ajourne le Nouvel An à jeudi; retiens ce jour, et Tannée est ordinaire ». 

Et il ajoute : « Si Tannée précédente était embolismique et que cette 
année-ci le Nouvel An tombe après lundi 4 h., 150 scr , remets-le à mardi, 
et c'est une année ordinaire». Il a imaginé pour couvrir son erreur de 
fixer la limite extrême de Tannée 233 (922) à mercredi, heure du jour, 
257 scr., et d'en faire une année déficiente, alors que le Nouvel An y 
tombait mercredi II h. 933 scr. 3 , et il aditque telles sont ses règles pour 
le déplacement (du Nouvel An) des années déficientes (?) ; et de même que 
la limite pour Tannée 234 (923) serait mardi, 9 h. 845 scr 4 ., sans ajourne- 

1. Naturellement le Nouvel An est reporté au lundi. Dans l'art, de M. Epstein, p. 206, 
1" lk'iie, lire 9 h. au lieu de h. 

2. Le rns. porte par erreur lundi (T£ au lieu de iCblB). 

3. C'est-à-dire, d'après les Babyloniens, de 238 scr. au-delà de la date où elle pou- 
vait être déclarée déficiente. 

4. Déliassant donc de 137 scr. la date à partir de laquelle il faut ajourner le Nouvel 
An du mardi au jeudi. 



DOCUMENTS SUR U DISPUTE ENTRE BEN MÉTR ET SAADU 49 

ment (?), or sa férié tombait mardi, 9 h., 441 scr., et il a dit qu'il n'y a pas 
lieu de reculer le Nouvel An. Et aussi pour Tannée 233 (235 ?J (924) il a dit : 
nous n'ajoutons les 641 scr. qu'après 6 heures (c'est-à-dire 18 h.) (?) Et 
nous avons été très fâchés qu'on ait ajouté ces choses à ce qu'ont fixé les 
premiers. Le premier a facilité et le dernier aggrave * (?) 

Car non content de s'être trompé pour ces trois années pour la fraction 
d'Israël qui est dans son entourage en profanant les fêtes de ces années-là, 
il a cherché encore à implanter ses erreurs au milieu des enfants d'Israël 
de façon à profaner les fêtes futures, à accumuler p^ché sur péché et à 
faire trébucher le grand nombre dans la Loi et à placer dans le peuple 
une pierre d'achoppement dont les effets fâcheux ne cesseront pas. 

C'est pourquoi nous avons donné l'ordre que se réunissent les chefs et 
les nobles et les sages et leurs disciples et nous avons délibéré sur ce 
qu'il fallait faire quant à cette grosse pierre d'achoppement apportée par 
Ben Méir pour faire prévaloir son avis, et ils dirent : « Nous ne pouvons 
détruire toutes les copies erronées écrites par Ben Méir en divers lieux, et 
puis il est possible que ses lettres aient été copiées parmi le peuple; mais 
il convient d'écrire ce livre qui sera un souvenir au milieu de tout Israël 
pour leur faire connaître cette affaire de Ben Méir du commencement à la 
fin, pour les avertir, les mettre en garde et leur prescrire de ne se fier et 
de n'accorder d'attention à aucune copie, aucun écrit ou formulaire qu'ils 
trouveraient parmi le peuple portant (ces chiffres) : 1 h. 52 scr. au lieu de 
491, ou 845 au lieu de 204, ou 1049 au lieu de 408, ou 1 heure 256 au lieu 
de 695, ou 1 heure 150 au lieu de 589, car Ben Méir a inventé ces règles de 
nos jours et il ne les tient pas de la bouche des Anciens, mais le livre 
des « Quatre Portes » (de Yosé Al Naharwani) contient la vérité, et on le 
trouve parmi tous les enfants d'Israël dans toutes les provinces. 

Les traditions de la première Porte sont 491, 408 et 204, les traditions 
de la seconde Porte sont 695 et 204, les traditions de la troisième Porte, 
6 heures et 204, et les traditions de la quatrième Porte, 491 et 204 et 589, 
ainsi qu'il nous a été transmis de la bouche de nos Babbins comme une 
règle de fait, et ils ne nous les ont pas apprises seulement comme règles 
de fait, mais ils en tiennent le principe du Talmud, car ainsi nous ont 
enseigné nos maîtres (Rosch Hasch., 20 b) : Samuel dit: « Nous pourrions 
établir la Loi pour tout l'Exil ». Abba (père) de R. Simlaï répondit à 
Samuel : « Mon maître sait il ce qui a été enseigné à la fin de l'embolisme, 
quand la férié tombe avant ou après midi? Samuel lui dit: Non. Abba lui 
dit : « Si mon maître ne connaît pas cela, [il y a d'autres choses encore 
qu'il ne connaît pas 2 ]. Et nos rabbins expliquent ce que sont ces autres 
choses : 204 et 408, 491 et 695 et 589 ». 



1. Cela veut-il dire que les anciens ont fait des règles aisée* et que Ben Méir est 
venu compliquer les choses ? 

2. Restitué d'après B. Hasek., 20 6. 

T. LXV1II, n° 133. 4 



&0 REVUE DES ÉTUDES JUÎVES 



Recto. 

3 -inan pN onpa 'omann 'as*' raan o^an d^ama • û^aipn 

D^apinw d'Hawaii ams ban d^aan d^a** di-iaa>73n a^avanpn 

-maa Dïrbyia d^aic&n biaa ;ncnb b&n^Ta Dixb mon vk 

d^:a:73n ■'a» vn '73N pia a"opt ^d ba> nv«aa»b mattti * a^aaa narçvri 

'inaai urnpn -pa> d^bsîvv «ba bfinia^bttî ïnata vni «pian» d^apra 

ma nrnaïaa risn «bto ^73 a'b'T 'an iaia *pta ruinai nbvtt 

flrrp»n 

û^bovva a^N "jb Nbu mwan ma nmarc nmn nai 6 mwzîrt 

bâta Nba ma» «bi "pa» &oiaa na atavn [aa>n] (ma»n) 'arc pa» vnai 

wicni biïm na-ian nmn a-»*p snpign s a ïvma wn* 

ttrraattan npbnoa 'p7an '->a annia» bas "juann baa 'nan abiya 

Verso. 

'ai 8 mon ab na«n "«a 'a*7 niTBn aaa>u bradai naia bsa in" 1 »bi 

Dnab a^a-in v»ma n"apn ansviaai 9 :a3>73 «am nann ana»-iT 

dna ■'a 'nai 'p7an '-»a nrraœa n'dn p7au)7ai pnaTa ira 'c n« 

•pabara sa^av 1731a p73b ncy^i D^amn ba*a mina l0 ivat 

iiav onb îzîTm vavin ûipa bbarav vabiNi irva naav va? 

ri ma as pn^ pi 1:7373 Dibia îso" .i7aia •pa* 1 mwam 

d"»73ann pi vasb naiovn 'arap 'inaai 'bvra 'Tînao liai labo 

'ciorn 'oiam a^apTn 1731 "pmTabn w " ■pmnbsÈi û'rçram 

tairai 'a/v«i »"ipna DTrn m-iNt» w oa> bb»i 'aaom v-nnn i?ai 'amm 

d-'DDinorD ia« imaN bran û^van ia« lanatv ■•Tannai maria 

nan i3*na?»i obijb aran «b ^a D^aanaa iaN "non ban 

i. Cf. Schechter, Saadyana, 16, 3. 

2. cf. Ecci., xn, h, naama. 

3. Cant., vu, 3. 

4. Cant., vin, 13. 

5. Ps., cxix, 100. 

6. Soucca, 51 a. 

7. Isaïe, xxxm, 24 . 

8. Habac, m, 17. 

9. Aggée, i, 6. 

10. Isaie, li, 3. 

11. Cf. Revue, XL1I, 181, 1. 43. 

12. Ibid., I. 44 : pin bD»l ! 



DOCUMENTS SUR LA DISPUTE ENTRE BEN MÉIR ET SAADÎAf bl 

Recto. 

ba» rmajnb ris rwan nàion ^asa imn n^ai 'nom naia av 

maia»a naia ibna *p 3 ^ 'n"v»'K Kim 'n D*na 'pbn 'K'a'n'n nyœ \dtd 

'a'a naia nnwaa 'pbn 'ta'a'p'ri ma»© '«'s aw 'n rmnabto naïab 

Dr 1 *" 1 *» 'pbn 'B'a'p'n ruo 'N'a a*^ 'n 'i ava '■> na»i»a 'pbn 

ût^]73 imrnb bav sbi 'n ava 't nyvn 'pbn 'n'-Ta'N rpob 

] 'œn ican (?) "p im 'n pbna 'n'n'K'» ba» nbiwrt naa> ab -»d 

] ïTnnribtt naiics nbnm na;a av maua nbnn Niraa 

] naïaaa 'a^a -pu: : 'on 'aia»aa aw maïa-i d^3-« 'i ntb ït vai 

] naian av "aab "paarj ht "ja nnxb -rbv as titjn dai YVn 

biaa -pn^uï Tian p^a nau: ••ob cnbuj da>i3 'a^bian naia av 

narab nb-ia ma* pbn p^a may awa nsan mia nain nban nara 

Verso. 

HNan 

in» dTn (?) nmaa dm 'pbn 'n'a 'a»ia uîuît 'h ava naiûn 

rp-inabia '^n iû«-n nau: maiya idin Nira^ na;a avb 

ia>ap 'prc 'arsra m ma»» a aw 'm a^a" 1 'n "«an [ 

ïiatttt nmaa mm «b dN 'a« dai 'n'Yia a'an 'an [ 

'pbn 'sa'a'-i'n'n amp nbiai mara» !-r«an misa «bi [ 

nann da»ui '^cm naia Dr Tin» toc rvba mitaen [ 

m>u;a 'pbn a'annn na'T ^a-»an ara n'n'a'N'i 'yv 't viaa» [ 

np^a>i mnnN b\a a^aia tiizj nann arai 't ^b^ba naiiaan [ 

natta ma»ia 'a '73 qbaa nana nnNiaa n-^bia nau: aa>un 

nia-iiaan pn^ 'pbn Yn'ri m.*» 'n ow 't 't ">b^ba naiaan 

Traduction. 



...les Sages d'Israël qui ont fixé les fêtes et les anniversaires, qui sont 
les aiguillons de la coupe ronde, les anciens qui intercalent jours et 
années, sur l'avis desquels les fêtes sont fixées. Il n'est permis à personne 
en Israël de déplacer la limite fixée par les premiers, dont il est dit : 
« toi qui te tiens, dans les jardins ». C'est notre devoir d'agir conformé- 
ment à la parole des Anciens, car ainsi disait David, le père des chantres : 
« Je veux apprendre la sagesse des vieillards » L'unique gloire d'Israël 
est Jérusalem, la Ville sainte, et le grand Sanhédrin qui s'y trouve, car 
ainsi ont enseigné nos Sages : « Celui qui n'a pas vu les réjouissances du 
puisement de l'eau, etc., qui avait lieu dans le Temple et [il est enseigné 
encore] : « Nul ne passait la nuit à Jérusalem en état de péché », comme 
il est dit : « Le peuple qui habite dans la ville est absous de ses péchés », 
et, de plus, tout le temps que le Temple fut debout, il y eut bénédiction, 



$2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

facilité de vivre, aisance et abondance dans l'univers, car il est dit : 
« Comme la rosée du Hermon », mais quand le Temple fut détruit la joie 
disparut, la rosée des bénédictions ne tomba plus, et toute saveur fut 
enlevée aux fruits 1 , comme il est dit : « Le figuier n'aura pas de fleurs ». 
« Vous sèmerez beaucoup et vous recueillerez peu ». Mais quand le 
Tout-Puissant dans sa miséricorde consolera Israël, il les consolera et les 
réjouira seulement par les joies d i Temple, comme il est dit : « Le Sei- 
gneur consolera Sion », car le Seigneur de miséricorde parlera et agira 
pour l'amour de son nom, il considérera l'opprobre de son peuple, il 
reconstruira sa maison et son Sanctuaire, il préparera la place de son 
escabeau, il bâtera son heure et fera prospérer celui qui est appelé Yinon 
(le Messie). 

Paix soit avec vous de notre part et de la part d'Isaac, notre Ab-Beth-Din, 
et de la part du grand Sanhédrin et du petit Sanhédrin qui siègent devant 
nous et des savants et des hommes instruits dans la Mischna et du Palhe- 
drin (le Temple?) et des disciples et des anciens et des juges et des scribes 
et des hazzanhn et des nobles et des substituts et de tout le reste du peuple 
du Seigneur qui demeurent dans le Sanctuaire de Dieu et dans la fleur 
des pays (Palestine), où parla grâce de notre Créateur, nous habitons et 
nous réfugions à l'ombre de son aile, nous reposant sous son immense 
bonté, confiants qu'il ne nous abandonnera jamais, ni nous, ni notre 

demeure. 

III 

TN73 p bip 1» 



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3b înnaâït onrsa 


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Traduction. 

De la parole de Ben Méir le Juste, notre Maître. 
La bête estropiée ou aveugle 
Comment serait-elle agréée en holocauste ? 
L'oftrira-t-on en offrande d'odeur agréable? 
L'apportera-t-on même mutilée ? 
Ceux qui agissent comme Zimri 
Peuvent-ils se réjouir du secours de Dieu ? 
Lèvera-t-il une bannière pour eux? 
Seront-ils admis dans son alliance de paix*? 

Elkan N. Adler. 
i. Mischna Sota, ix, 12. 

2. Cf. Nombres, xxv, 12. Ben Méir aurait-il eu dans l'esprit le passage de Sota, 22b, 
sur les Pharisiens qui agissent comme Zimri et recherchent la récompense de Phinéas ? 



CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME F\ PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 

(1213-4291) 

(suite 4 ) 

ACTES DE PEDRO III (1276-1285). 

1377. — Pedro III fait parvenir le règlement à Açach, fils de Samuel 
El Cuerno, et à son associé, qui est délégué à la cour par l'aljama de Luna ; 
« districleur » : Garsias Alatras, justice d'Egea. — Même date. 

Reg. 56, f- 128 r. 

1378. — Pedro III fait connaître à son fidèle Galaciân de Tarba, mérine 
de Saragosse, qu'il a imposé sur les deux aljamas de Saragosse et d'Alagôn 
une « pécha » de deux sous et demi pour livre par an; il lui mande de 
faire cautionner cette peite à Saragosse par Juçaf Folluf, Mosse Abullamin 
et Juçaf Almocaci, Juifs de cette ville, et à Alagôn par Juçaf Avendino et 
Açacli Aldemaxet, Juifs d'Alagôn ; les cinq répondants devront jurer de 
bien s'acquitter de leurs fonctions; le roi a aussi mandé aux deux aljamas 
en question de prendre caution chacune en sa synagogue, de lancer 
l'alatma, de jurer aux répondants ou collecteurs [cogedores) qu'il sera 
procédé à une juste estimation des biens; enfin, que le mérine reçoive 
le serment de la part des collecteurs. — Au col de Panissars, 1 er juin 1285. 

Expédition d'un exemplaire du mandement ci-dessusaux sept personnes 
suivantes: à Eneret Lopez de Jassa, avec mission de contraindre les 
aljamas de Huesca, Barbastro et Montclûs; à Juân Çapata, chanoine de 
Tarazona, qui devra contraindre les aljamas de Tarazona, Borja etTauste; 
à P. Ganart, justice de Jaca : les Juifs de cette ville; à Garsias Alatras, 

1. Voir Revue, t. LX, p. 161 ; t. LXI, p. 1 ; t. LX1I, p. 38 ; t.ÈLXIII, p. 245 ; t. LXIV, 
p. 67 et 215 ; t, LXV, p. 161 et 252. 



54 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

justice d'Egea: les Juifs d'Egea, de Luna et d'Uneastillo ; à Pascaso 
Dominguez de Pamplona, justice de Galatayud : les Juifs de cette cité; 
à Garsias Garcez de Arazur, alcaide de Daroca : les Juifs de sa résidence; 
à Martin de Scroch: les Juifs deTéruel. 

Reg. 56, f° 129 r° et v°, en langue catalane. 

1379. — Pedro III informe son cher commandeur de la milice du 
Temple de Huesea qu'il a imposé une peite sur l'aljama des Juifs de cette 
ville sous la caution de Mosse Avinardut, Fide Jaffia, Vidal Avengaton et 
Juçaf Abalbacham, Juifs de Huesea, qui ont reçu l'ordre de placer dans la 
maison du Temple une arche munie de trois serrures et destinée à rece- 
voir chaque semaine l'argent qui aura été recueilli ; le roi prie le com- 
mandeur de faire choix du local et de bien veiller au coffre qui doit y 
être installé. — Même date. 

Lettres semblables aux commandeurs de Saragosse, de Tarazona et du 
château de Villel, ce dernier en ce qui concerne la maison de la ville de 
Téruel. 



1380. — Pedro III notifie au viguier et au baile de Barcelone, avec 
prière de s'y conformer, que, sur les prières des envoyés sarrasins du roi 
de Tunis, il a dispensé Abraham Amiel et Mardohay Gorayef, Juifs barce- 
lonais, de l'obligation de recevoir des hôtes chrétiens dans leurs maisons 
à rencontre de leur volonté. — Au col de Panissars, 3 juin 1285. 

Reg. 56, f« 122. 

1381. — Pedro III mande à l'alcayde et au procureur du roi à Tunis 
de permettre que le Juif Salamon Abenzahit prélève pendant deux ans la 
moitié du produit de la vente des droits qui reviennent au roi sur les 
« alfondiques » de Tunis, et cela en vertu de la concession qui a été faite 
audit Juif sur les instances des Sarrasins envoyés par le roi de Tunis à la 
cour d'Aragon ; toutefois, il n'a pas été de l'intention du roi d'octroyer à 
Salamon un pouvoir de justice sur les alfondiques; la concession se limite 
a un partage de revenus. — Au col de Panissars, 5 juin 1285. 

Reg. 56, f° 121 v°. 

1382. — Pedro III mande au viguier et au baile de Barcelone de ne 
pas entraver Abraham Mosse et Abraham Sachar, son associé, dans le 
voyage que ces deux Juifs de Bircelone sont sur le point de faire en 
Sicile, à moins qu'ils n'emportent avec eux des marchandises prohibées, 
et pourvu qu'ils acquittent leur quote-part, concurremment avec leurs 
coreligionnaires barcelonais, des sommes qui sont exigées présentement 
par le roi, ainsi que des peites ou quêtes qui seront levées pendant leur 
voyage, ou encore des sommes qu'ils peuvent devoir sur les contributions 
déjà perçues. — Même date, 

Reg. 56, f 122. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALPIIONSO III 55 

1383. — Pedro III, informé que Bonjuda d'en Mercadel, Vidal de 
Clarmont et Issaeh de Torre, Juifs de Girone, détiennent une partie des 
ci albàrans » relatifs à leurs coreligionnaires de Besalû, qui ont été 
adressés à la cour, mande aux trois intéressés de lui faire parvenir ces 
papiers dans un sac scellé de leur sceau. — Au col de Panissars, 6 juin 
1285. 

Reg. 56, f 122. 

1384. — Pedro III demande aux aljamas des Juifs de Catalogne, en 
vue de faire face à de grandes dépenses de guerre, de s'imposer pour 
200.000 sous barcelonais exigibles en juillet, dernier délai; il les avise 
de n'avoir pas à lui envoyer de délégués pour solliciter un sursis. — 
Même date. 

Reg. 56, f° 122 v°. 

1385. — Pedro III fixe à 30.000 sous la somme qu'auront à fournir les 
aljamas juives du royaume de Valence. — Même date. 

Reg. 56, f- 122 v°. 

1386. — Pedro III informe Galaciân de Tarba, mérine de Saragosse, 
que, si l'un des Juifs que le roi a établis garants de la « pécha » à Sara- 
gosse et à Alagôn venait à tomber malade ou à s'absenter, il devrait lui 
trouver un remplaçant, de manière que la perception soit terminée dans 
les huit semaines et sans que les nouveaux répondants puissent se faire 
excuser. — Même date. 

Mandements semblables à tous les « districteurs ». 
Reg. 56, f° 130, en langue catalane. 

1387. — Pedro III mande aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de 
Valence d'indemniser complètement leur coreligionnaire et compatriote 
Jucef Abenacrency, qu'ils ont délégué comme procureur pour rendre des 
comptes au roi, de toutes les dépenses qu'il a dû assumer, en suivant la 
cour dans ses déplacements. — Barcelone, 20 juin 1285. 

Reg. 56, f° 132 v°. 

1388. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs de Lérida d'avoir à 
verser sa part des 200.000 sous qu'il est en train d'exiger des commu- 
nautés juives de Catalogne, à Bartolomé Sartre, changeur de Lérida. — 
Même date. 

Reg. 58, f° 97. 

1389. — Pedro III mande aux aljamas juives d'Aragon de répondre à 
Muça de Portella pour la peite et Pc arcane » f qu'elles doivent remettre 
au roi. — Barcelone, 22 juin 1285. 

Reg. 58, f° 97 v°. 

1. Arcane : sans doute, le tribut conservé dans le coffre {arca). 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1390. — Pedro III informe ses officiaux que la présente guerre a obligé 
les Juifs de Girone à sortir de la ville avec leurs familles; s'il leur arrive 
de rencontrer quelques-uns de ces fuyards dans la campagne ou dans les 
lieux habités, qu'ils ne leur créent aucune entrave, qu'ils n'exigent d'eux 
ni leude, ni péage, bien plus, qu'ils les protègent et veillent à leur entière 
sécurité. — Barcelone, 29 juin 1285. 

l'ne expédition de ce mandement est adressée à Mosse Ravaya, à sa 
mère et aux autres membres de sa famille qui sont en route pour Valence; 
une deuxième à Maimô de San Celoni, qui doit se rendre avec sa femme 
et quelques compagnons dans le royaume de Valence. 

Reg. 57, f° 139. — Indiq.: Carini, Gli archivi e le bibliothece di Spagna, II, 89. 

1391. — Pedro III a été informé par Nicolas de Samares que Salamô, 
fils de feu Abraham de Adret, Bonhom Vives, Gresches Astrug et Bonafos 
Vidal s'étaient obligés pour certaine somme, du temps où ils étaient 
secrétaires du call judaïque de Barcelone; il mande à ses fidèles Vidal 
Malet, Vidal Perfeit, Gracias, Issac Vives, Bonafos Vidal, Adret Issach, 
Cresches Astrug et Issach Tahuel, secrétaires du call judaïque, de se 
préoccuper auparavant du payement de leur part de contribution aux 
200.000 sous qu'il est en train d'exiger desjuiveries de Catalogne. — 
Barcelone, 30 juin 1285. 

Reg. 57, f° 139 v°. 

1392. — Pedro III a appris que sans juste motif P. de Moncada avait 
arrêté et dépouillé Abraham, fils de Jucef Grater, Jucef Abenxar et Vidal 
El Rabi, Juifs de Huesca, et quelques autres qui se rendaient au devant 
du roi ; il lui mande de remettre tous ces Juifs en liberté et de leur 
restituer l'argent et les montures qu'il leur a enlevés. — Barcelone, 1 er juillet 
1285. 

Mandement semblable au viguier de Tarragone. 
Reg. 57, f° 142. 

1393. — Pedro III mande aux Juifs du royaume de Valence de 
répondre à P. de Suria, portier, pour 30 000 sous réaux qu'ils doivent 
lui verser en vue des dépenses de guerre ; il enjoint, par la même occa- 
sion, a P. de Suria d'user de contrainte à l'égard desdits Juifs. — Barce- 
lone, 2 juillet 1285. 

Reg. 58, f° 100. 

1394. — Pedro III accorde un sauf-conduit à Provençal Salandin, Juif de 
Girone, à sa femme et à ses enfants, pour leur permettre de se rendre à 
Valence. — Barcelone, 3 juillet 1285. 

Des saufs-conduits semblables sont délivrés à Bonjuda Habib et à sa 
famille, qui doivent partir pour Solsona; à Bonjuda, fils de Jucef Elen et 
à sa famille qui vont s'établir dans le royaume de Valence; à Abraham 
tils de M e Biona, à son fils et a sa fille, qui doivent aussi se rendre dans 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME l° r , PEDRO 111 ET ALPHONSO III 57 

ce royaume; enfin à M e Issach et à sa famille qui se proposent d'aller à 
Lérida. 

Reg. 57, f° 142. 

1395. — Pedro III rappelle à Galaciân de Tarba, baile et mérine de 
Saragosse, qu'il lui a déjà mandé de ne pas permettre que des Juifs de 
Saragosse ou d'Alagôn viennent à la cour solliciter un délai pour le paye- 
ment de la peite jusqu'à ce que les aljamas juives de ces deux villes aient 
acquitté cet impôt; certains Juifs appartenant à ces deux juiveries sont 
venus devant le roi pour lui demander un sursis, cedontilse montre très 
étonné; que le baile ne permette pas ces démarches, mais qu'il pousse les 
Juifs et leurs biens à payer leur quote-part de la peite. — Même date. 

Semblables mandements aux sept autres « districteurs » des Juifs. 
Reg. 57, f° 144. 

1396. — Quittance donnée par Bernardo Scriba à G. P. de Gardonet, 
portier, de 10.000 sous barcelonais qui ont été versés par l'aljama des 
Juifs de Barcelone pour le subside de 200.000 sous que le roi a demandé 
aux communautés juives de Catalogne. — Même date. 

Reg. 58, f° 100. 

1397. — Pedro III informe le baile et le mérine de Calatayud que les 
aljamas des Juifs d'Aragon lui ont signifié par écrit que Aaron Abennaffia, 
Mosse, son fils, et Vidal Çaporta doivent respectivement verser, pour 
certaine demi-arche, 130, 80 et 40 sous de Jaca; comme la peite que 
l'aljama de Calatayud doit lui fournir comporte 30 demi-arches, soit 
15 complètes, le roi mande au baile et au mérine de cette ville de 
contraindre Aaron, Mosse et Vidal à contribuer avec les aljamas aux 
30 demi-arches. — Barcelone, 5 juillet 1285. 

Reg. 57, f 144. 

1398. — Pedro III a écrit à tous ses officiaux de ne pas contraindre les 
Juifs de Huesca au payement de leurs dettes jusqu'à ce qu'ils se soient 
acquittés de leur quote-part de subside, et d'attendre en tout cas jusqu'à 
la lin du mois d'août. — Même date. 

Reg. 57, f° 145. 

1399. — Pedro III mande à toutes les aljamas des Juifs d'Aragon de 
remettre à son boutciller Dalmaso de Villarrasa le produit de la présente 
peite; Dalmaso devra les contraindre au payement par voie de saisie. — 
Même date. 

Reg. 58, f° 100. 

1400. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs de Lérida de verser au 
boutciller Dalmaso de Villarrasa la part de contribution qui lui incombe 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



en raison de la peite de 200.000 sons qui a été imposée sur les Juifs de 
i. — Même date. 
Retr. 58, f° 100 v°. 



Catalogne. — Même date 



1401. — Pedro III a été informé par l'évêque de Vallès (?) que Bernardo 
de Tunis et Pedro de Coiron, son fils, avaient volé au Juif Bonmassip deux 
clamides de « rosseta avec syndon », une clamide de camelot, une Sarra- 
sine, des enseignes et des ustensiles de ménage; le roi mande au viguier 
de Vallès d'obliger les deux agresseurs à restituer audit Juif et à tous 
autres qu'ils peuvent avoir dépouillés les objets qu'ils leur ont enlevés, 
sinon de procéder judiciairement contre eux et leurs biens. — Barcelone, 
6 juiletl285. 

Reg. 57, f 146. 

1402. — Pedro NI a été instruit de la part de l'aljama des Juifs de Cala- 
tayud que des habitants de cette ville contraignent certains Juifs à prêter 
serment contre la teneur du privilège précédemment concédé par le roi 
aux Aragonais; il mande, en conséquence, au justice de Galatayud de 
veiller à ce que ce privilège soit observé. — Barcelone, 8 juillet 1285. 



1403. — Pedro III mande au justice, aux jurés et aux prud'hommes 
de Galatayud de ne pas troubler l'aljama juive de cette ville ou l'un quel- 
conque de ses membres dans les ventes de vin et de victuailles, pourvu 
qu'il ne soit pas porté atteinte dans ces opérations au statut du roi 
Jaime I er sur le taux de l'intérêt et au privilège concédé aux Aragonais 
par Pedro III, lui-même. — Même date. 

Reg. 57, f° 146. 

1404. — Pedro III mande aux aljamas des Juifs de Tarragone, Villa- 
franca, Cervera, Monblanch, Monzôn et aux communautés de la collecte 
de Barcelone, la ville non comprise, de répondre à Berenguero de Manso 
pour leur part de contribution au subside de 200.000 sous. — Même date. 

Reg. 58, f° 101. 

1405. — Pedro III mande à toutes les aljamas juives d'Aragon de 
répondre à son bouteillerDalmaso de Villarrasa pour l'argent des 15 arches 
qu'elles doivent verser au roi dans les huit semaines. — Même date. 

Reg. 58, f» 101. 

1406. — Pedro III manifeste son étonnement à Muça de Portella de ce 
que, sans sa permission, ce dernier ait osé recevoir la lettre de la chan- 
cellerie royale, sous prétexte que les aljamas des Juifs d'Aragon ont à 
répondre à lui, Muça, de l'argent des arches; il lui fait connaître qu'il 
délègue son bouteiller Dalmaso de Villarrasa pour recueillir cet argent 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALPHONSO III 59 

et lui défend de s'entremettre à sa place; bien pins, il lui mande de resti- 
tuer les sommes qu'il peut avoir recueillies et de libérer les Juifs qui se 
sont obligés à son égard. — Même date. 
Reg. 58, f° 101. 

1407. — L'infant don Alfonso a été informé par Bondia Berczelay, Juif 
de Girone, que ce dernier avait remis en dépôt à Girone au baile de Vich 
B. Barrât huit charges d'objets de ménage, avec mission de les faire 
apporter à Vich et de guider ledit Juif et sa famille jusqu'à cette ville, à 
charge d'une rétribution de 200 sous barcelonais; le baile refusant de 
restituer le dépôt, l'infant lui mande de remettre Bondia Berczelay en 
possession de ses huit charges, pourvu que ce dernier lui acquitte le prix 
convenu de 200 sous barcelonais. — Même date. 

Reg. 62, f° 155. 

1408. — Pedro III, ayant à cœur de faire protéger les Juifs de sa terre 
contre les attaques de malfaiteurs qui peuvent se produire « par suite de 
la rumeur et commotion des gens », recommande ses Juifs au viguicr, 
au baile, à la cour, aux pair.ierset aux prud'hommes de Lérida, enjoignant 
à ces derniers de les protéger, eux et leurs biens, afin qu'ils puissent 
vivre en sécurité. — Barcelone, 10 juillet 1285. 

Reg. 57, f° 147. — Indiq. : Carini, Gli archivi e le bibliothece di Spagna> 
II, 95. 

1409. — Pedro III mande à Dalmaso de Villarrasa de concentrer chez 
Bartolomé Sartre, changeur à Lérida, tout l'argent qu'il a reçu del'aljama 
juive de Lérida. — Barcelone, 11 juillet 1285. 

Reg. 58, f» 101 v°. 

1410. — Pedro III mande au baile de Lérida de contraindre tous les 
Juifs de Lérida à payer les dettes pour lesquelles ils se sont obligés à 
l'égard de quelques habitants de cette ville; ce paiement devra se faire 
selon la forme accoutumée, par exemple suivant le mode observé dans la 
perception des 60.000 sous que le roi vient de lever sur les aljamas des 
Juifs de Catalogne. — Barcelone, 12 juillet 1285. 

Reg. 57, f° 149 ?•. 

1411. — Pedro III accorde sa rémission à Abraham Dusduque, David 
Eyne, Jucef El Milano et Abrahi Abdale, Juifs de Saragosse, qui ont con- 
trevenu à ses ordres en se rendant par devers lui sans son autorisation 
pour lui adresser des réclamations au sujet de la répartition de la peite 
qu'ils doivent lui verser incessamment; il mande à ses tidèles mérine, 
baile et autres ofticiaux de Saragosse de ne pas procéder contre lesdits 
Juifs et leurs biens, pourvu qu'ils s'acquittent de leur quote-part de peite 
conformément à l'ordonnance royaley relative.— Barcelone, 15 juillet 1285. 

Reg. 57, f° 152 v». 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1412. - Pedro III fait connaître à Juan Gili Tarin, justice d'Aragon, 
et à tous les fonctionnaires royaux de Saragosse que, bien qu'il ait inter- 
dit récemment aux Juifs par mandement général d'exercer certains offi- 
ces, il veut que les procès pendants pour règlement de comptes entre 
Mosse Costanti, d'une part, Bonastruga, femme d'Alçar Alphaquim, et 
David de Mahir, ses enfants, ou Mosse fils de Salamon Alcostanti, d'autre 
part, soient définis selon l'usage par l'açuna hébraïque ; le roi est trop 
absorbé par d'autres affaires pressantes pour pouvoir s'occuper lui-même 
de ces procès. — Barcelone, 18 juillet 1285. 

Reg. 57, f° 155. — Indiq. : Carini, Gli arc/uvi e le bibliothece di 
Spagna, II, 95. 

1413. — Pedro III a appris qu'au moment de quitter Perelada, le Juif 
Astrug de Perelada avait confié certains objets à R. Balaguer et B. Carnicer, 
avec prière de les apporter à Girone, et qu'au lieu de les transporter dans 
cette ville, les dépositaires avaient remisé leur dépôt à Conesa ; il écrit à 
son cher Bernardo de Conesa qu'il comprend que ce changement de 
destination est le fait d'une saisie opérée par lui ; il le prie de restituer le 
dépôt à Biona, fils de feu Astrug, porteur des présentes, et de se rendre 
compte si d'autres personnes n'ont pas retenu des objets provenant du 
même dépôt. — Barcelone, 27 juillet 1285. 

Reg. 57, f» 163 v°. 

1414. — Pedro III mande à tous ses offtciaux d'arrêter Çulema, fils 
de Mosse Front, Juif de Calatayud, qui a tué traîtreusement son coreli- 
gionnaire Jento à Almaçan, et de procéder contre lui comme de droit. — 
Barcelone, 31 juillet 1285. 

Reg. 57, f° 169 v». 

1415. — Pedro III informe le baile de Barcelone que Maymon de Forn 
possède une partie de maison et un cellier qu'il habite à l'intérieur 
du call judaïque; or, Astrug Addeo alias Astrug de Manresa prétend 
avoir un droit sur ces constructions ; étant donné que Maymon se déclare 
prêt à faire complément de justice si Astrug vient à porter plainte contre 
lui, le roi mande au baile de Barcelone de ne pas permettre que Maymon 
soit molesté dans la possession de ses immeubles. — Barcelone, 2 août 
1285. 

Reg. 57, f<> 174. 

1416. — Pedro III a été informé par son fidèle G. de Rocha, habitant 
de Barcelone, que Vidal de Gervera, adjudicataire des revenus de Moncortès 
pour l'année présente, avait arrêté Salomon Issach de sa propre autorité 
comme s'il eût été baile du lieu ; il mande à P. d'Agramuntell et à P. G. 
Ça Rocha, collecteurs des revenus royaux dans les lieux de la viguerie de 
Cervera, d'arrêter Vidal de Cervera. — Même date. 

Reg. 57, f° 174 v°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I c, \ PEDRO III ET ALFONSO III 61 

1417. — Pedro III a été informé par le maître de la milice du Temple 
que, en exécution de la circulaire royale enjoignant à tous les officiaux 
de contraindre les seigneurs de Cabanes à payer au Juif Salomon Bafiel, 
Therbage ou carnage depuis l'année 1282 à laquelle ledit Salomon s'en 
rendit adjudicataire dans le royaume de Valence, — le lieutenant du 
procureur royal dans le royaume de Valence faisait exécuter les habitants 
de la bailie de Gantavieja et Castellote, bien que cette bailie fasse partie 
du district d'Aragon : le roi mande au lieutenant du procureur royal en 
question de ne pas contraindre lesdits habitants, lesquels, si Salomon 
porte plainte contre eux, auront à comparaître devant le justice d'Aragon. 
— Barcelone, 3 août 1285. 

Pteg. 57, f° 176 V 

1418. — Pedro III informe P. de Muntayola qu'il a suspendu les paie- 
ments que l'aljama des Juifs de Valence et autres communautés juives 
avaient à faire pour leurs dettes et les tailles ; or, il a appris que posté- 
rieurement à cette suspension, une ferme (alcheria) appartenant aux 
héritiers d'Icçach Argenter avait été vendue à P. de Muntayola par le 
justice de Valence en vue d'amortir une dette pour laquelle ledit Içcach 
s'était obligé avec d'autres Juifs vis à vis de P. de Muntayola, au lieu 
et place de l'aljama de Valence; puisque les héritiers d'Icçach Argenter 
sont prêts à rembourser P. de Muntayola, le roi mande à ce dernier de 
restituer la ferme et les titres d'achat. — Barcelone, 6 août 1285. 

Reg. 57, f° 180. 

1419. — Pedro III mande au justice de Valence de contraindre P. de 
Muntayola à restituer la ferme et les actes qui en portent aliénation. — 
Même date. 

Reg. 57, f° 180. 

1420. — Pedro III a déjà ordonné aux aljamas juives de la ville et du 
royaume de Valence de ne pas procéder jusqu'à nouvel ordre au rem- 
boursement de leurs dettes collectives et à la répartition de leurs tailles ; 
or, il apprend que des remboursements ont été exigés ; il mande aux 
justices de Valence et des autres lieux de ne pas contraindre les aljamas 
ni ceux qui en font partie à payer leurs dettes, et, s'ils ont fait des sai- 
sies de ce chef, il leur enjoint de les restituer. — Barcelone, 6 août 1285. 

Reg. 57, f° 180. 

1421. — Pedro III rappelle au justice et aux autres officiaux de Valence 
qu'il leur a écrit plusieurs fois, tant en général qu'en particulier, d'user 
de contrainte, chacun dans son ressort, à l'égard de tous ceux qui étaient 
obligés, au principal ou à titre de répondants, vis à vis de l'aljama juive 
de Valence ou envers l'un des membres de cette communauté; or,à plu- 
sieurs reprises, des Juifs se sont présentés à la cour pour se plaindre au 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

roi de l'impossibilité où ils se trouvaient de recouvrer leurs créances et 
de se taire rendre justice à ce sujet ; le roi est très 'étonné de ces prati- 
quas ; il mande une seconde fois à ses'oftieiaux, attendu surtout que les- 
dits Juifs n'ont pas d'argent à leur disposition pour lui remettre, défaire 
exécuter tous les débiteurs des Juifs, ainsi que leurs cautions. — Même 

date. 

Reg. 57, f° 180 V. 

1422. — Pedro III mande au procureur du royaume de Valence de con- 
traindre les Juifs de cet Etat qui ne se sont pas encore libérés de leur part 
de contribution aux deux subsides de 30.000 sous qu'il est en train d'exi- 
ger des aljamas juives du royaume de Valence ; si quelque Juif refusait 
de payer, le procureur devrait enjoindre aux secrétaires de Taljama de 
jeter l'alatma et le « nitduy » sur le contribuable récalcitrant, exception 
faite des héritiers d'Astrug Jacob Sixo et des Juifs de Morella, San Mateu 
de Alcira et Liria. — Même date. 

Reg. 57, f° 181. 

1423. — Pedro III mande à P. de Suria de pousser Taljama juive de 
Segorbe et chaque Juif séparément, dans sa personne et dans ses biens, à 
contribuer au payement des deux subsides de 30.000 sous et à acquitter 
les arrérages des peites et autres exactions passées. — Même date. 

Reg. 57, f° 181. 

1424. — Pedro III a appris par la plainte de David Mascaran que les 
secrétaires et l'aljama des Juifs de Valence ont extorqué de Jahuda Ala- 
•zar, tenancier des biens dudit David et de sa sœur Fabona, certaines som- 
mes d'argent en raison des peites et exécutions passées, ? à rencontre des 
privilèges royaux concédés audit David Mascaran et à ses prédécesseurs ; 
le roi mande à R. de San Licer de contraindre les secrétaires et l'aljama 
de Valence à restituer audit David et à sa sœur tout ce qu'ils ont exigé à 
tort de Jahuda Alazar ; s'il y a procès, l'aljama devra en confier l'examen 
à trois prud'hommes juifs. — Même date. 

Reg. 57, f 181. 

1425. —Pedro III informe P. de Suria que certains Juifs de Valence 
n'ont pas encore acquitté leur quote-part d'anciens tributs et d'anciennes 
peites vis à vis des secrétaires de leur communauté ; il mande, en consé- 
quence, à Berenguero de Conques, baile de Valence, d'user de contrainte 
a L'égard de ces Juifs retardataires, et à P. de Suria de porter au compte 
de l'aljama toutes les sommes que Berenguero de Conques aura reçues à 
titre de participation aux 30.000 sous que le roi est en train d'exiger des 
aljamas juives du royaume de Valence. — Même date. 

Reg. 58, f° 45 v". 



CATALOGUÉ DES ACTES DE JAÎME I er , PEDRO III ET ALPFIONSO III 63 

1426. — Pedro III mande à G. P. de Gardona de contraindre Laljama 
juive de Barcelone et celle de Lérida à payer par sou et par livre la som- 
me qui leur a été assignée comme contribution aux 200.000 sous que le 
roi a imposés sur les aljamas de Catalogne ; l'aljama de Barcelone devra 
prêter serment et faire les déclarations de biens selon la forme observée 
par l'aljama de Lérida. — San Celoni, 12 août 1285. 

Reg. 57, f° 183 v°. 

1427. — Pedro III mande au justice de Valence ou à son lieutenant de 
contraindre l'aljama des Juifs de Valence et les personnes obligées pour 
ladite aljama au principal ou à titre de répondant à payer à Jacob de Trus 
ou à son mandataire les sommes qu'elles lui doivent, conformément à 
l'ordonnance royale qui prescrit aux Juifs de payer leurs dettes aux chré- 
tiens ou à leur faire complément de justice. — Hostalrich, 23 août 1285. 

Reg. 57, f° 200 v°. 

1428. — Pedro III mande à son portier G. Serra de forcer les Juifs de 
la ville et de la collecte de Barcelone à lancer l'alatma et à se présenter 
devant les procureurs des Juifs de Lérida et de Barcelone, en vue de leur 
déclarer sous serment la valeur de leurs biens par sou et par livre selon 
les statuts des Juifs de Lérida ; il lui mande également de contraindre 
les Juifs de Barcelone et leurs procureurs à recevoir le serment des Juifs 
de la ville et de la collecte {culila) de Lérida ; par la même occasion, le 
roi prescrit aux deux aljamas de se conformer au présent mandement 
dans le délai de six semaines. — Barcelone, 27 août 1285. 



1429. — Pedro III donne plein pouvoir à David de Tarragona, Çadia 
Anmanucha,Jucef Abnizmel et Salema Abenermoch, adélantades sortants 
de l'aljama juive de Lérida, de nommer leurs successeurs pour l'année 
suivante. — Même date. 

Reg. 57, f° 187. 

1430. — Pedro III a été informé par les Juifs de la collecte et de la 
ville de Lérida qu'ils n'osent pas sortir de Lérida ou de quelque autre 
ville pour recouvrer leurs créances dans les campagnes par crainte des 
malfaiteurs qui leur tendent des embuscades et les rançonnent; il mande 
à ses officiaux de poursuivre les détrousseurs de, créanciers juifs et de 
les punir, de telle façon qu'ils perdent l'envie de voler et servent 
d'exemple aux autres ; il leur enjoint également de veillera la sécurité 
des Juifs qui se rendent dans la campagne pour procéder à des recouvre- 
ments.— Même date. 

Reg. 57, f° 187. 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1431.— Pedro III mande aux bailes de Lérida, présents et futurs, de 
ne pas permettre aux scribes de la cour de la bailie de Lé rida de 
recevoir quelque Juif de la ville ou de la collecte de Lérida, un plus 
fort salaire pour la rédaction des actes que celui qui est exigé des Juifs 
par les scribes des autres cours de ladite cité. — Même date. 
Reg. 57. f 187. 

1432. — Pedro III mande à tous ses officiaux de contraindre, chacun 
dans son ressort, tous les Juifs de la collecte de Lérida à payer la part 
de contribution qui leur a été assignée par les adénantades de l'aljama; 
il autorise les adénantades à lancer l'alatma et l'excommunication sur 
tous les Juifs et leurs familles qui négligeront de s'acquitter de leurs 
obligations. — Même date. 

Reg. 57, f° 187. 

1433. — Pedro III fait remarquer à Dalmaso de Villarrasa que le délai 
fixé pour le versement des quinze arches qui ont été imposées sur les 
aljamas des Juifs d'Aragon est venu à expiration ; il le prie de lui faire 
connaître le total des sommes que lui ou Muça de Portclla a recouvrées et 
de lui transmettre le livre des sceaux de chaque aljarna; il lui prescrit, 
en outre, de charger deux chrétiens et un Juif de chaque aljarna de pro- 
céder à l'estimation de toutes les maisons juives et des revenus de leurs 
biens-fonds, en spécifiant ce que vaut chaque maison en sus de 600 sous; 
ces renseignements devront être transmis sous le sceau secret de Dalmaso ; 
le roi informe par les présentes les chrétiens et les Juifs qui seront 
commis à cette évaluation qu'ils ne pourront se dérober à leur mission 
sous quelque prétexte que ce soit; Dalmaso fera jeter l'alatma dans 
toutes les communautés juives d'Aragon, pour qu'elles lui fassent 
connaître les noms des adénantades et des secrétaires, ainsi que ceux des 
personnes qui ont tenu les clés et qui ont assisté à l'ouverture des coffres; 
que Dalmaso envoie le tout scellé à Lérida, à David Mascaran, qui le 
transmettra au roi. — Même date. 

Reg. 57, f° 187 v°. — En langue catalane. 

1434. — Pedro III fait savoir à Dalmaso de Villarrasa qu'il est fort 
étonné que Dalmaso lui ait envoyé dire qu'il ne pouvait rien recueillir 
de la part des aljamas juives d'Egea, de Borja, de Uncastillo et de Luna, 
sous prétexte qu'elles se déclaraient très pauvres ; il lui mande d'user de 
contrainte à l'égard de ces communautés, tout en accordant aux pauvres 
la faculté de se libérer par quart et par semaine, dans le délai d'un mois ; 
si à l'expiration de ce terme, les pauvres ne peuvent s'acquitter de leur 
quote-part, les riches devront faire l'appoint. — Même date. 

Reg, 57, f° 187. — En catalan. 

1435. — Pedro III mande à tous ses officiaux de pousser tous les Juifs 
de leur ressort à payer leurs dettes à Mosse Alcostanti ou à lui faire 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALPHONSO III 65 

complément de justice selon l'açuna hébraïque ; dans ce dernier cas, 
Mosse choisira un juge et ses débiteurs un second; les deux juges, s'ad- 
joignant un troisième, régleront alors l'affaire selon l'açuna. — Même date. 
Reg. 57, i'° 191 v°. 

1436. — Pedro III mande à tous ses officiaux de ne pas contraindre 
ni de laisser contraindre Abrafim Alphahnel, Juceft" Abnescofîar, Hahim 
Abenhalegua, Assach Abincala, Vidal Curtavin, Ahuahna, Abrafim Alla- 
quef, Juifs de Huesca, qui ont élé arrêtés par Périchon de Moncada, en 
raison de quelque obligation qu'ils avaient assumée sous serment pour 
des Juifs d'Egea ou de Luna; ces derniers, débiteurs de Périchon ou de 
ses sujets, se trouvent détenus en même temps que leurs répondants; 
le roi prescrit à ses officiaux de protéger lesdits Juifs, qu'il estime devoir 
être déliés de ladite obligation ou dudit serment. — Même date. 

Reg. 57, 4° 199. 

1437. — Pedro III mande à Dalmaso de Villarrasa d'accorder un délai 
d'un mois aux Juifs pauvres de Jaca pour leur permettre de se libérer de 
semaine en semaine ; des Juifs riches seront chargés de les contraindre, à 
peine de payer à leur place, ainsi qu'il a été ordonné pour toutes les 
aljamas d'Aragon. — Même date. 

Reg. 57, f° 199. 

1438. — Pedro III autorise les adénantades de l'aljama juive de Jaca, 
dont le mandat est sur le point d'expirer, à nommer leurs successeurs 
pour l'année à venir, selon la coutume. — Même date. 

Reg. 57, f° 199. 

1439. — Pedro III prend, en faveur des Juifs de Jaca, la même mesure 

qu'il a concédée à ceux de Lérida (voy. plus haut, n° 1430). — Même 

date. 

Reg. 57, f° 199, v°. 

1440. — Pedro III informe Dalmaso de Villarrasa qu'il accorde un 
sursis d'un mois aux Juifs pauvres de Huesca. — Même date. 

Reg. 57, f° 199 v°. 

1441. — Pedro III a écrit à tous ses officiaux de saisir tous les biens 
des Juifs de Navarre qu'ils pourraient trouver dans les limites de ses 
Etats et de mander de sa part aux secrétaires des aljamas de lancer la 
tacana contre les Juifs qui n'ont pas révélé incontinent les biens de leurs 
coreligionnaires de Navarre; ordre aux officiaux de déclarer ces biens à 
David Mascaran, Juif de Saragosse, et de les tenir sous séquestre jusqu'à 
nouvel ordre. — Même date. 

Reg. 58, f» 106 v°. 
T. LXVU1, w 132. 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1442 - Pedro III a été informé par Aaron Abinafia, par le fils de ce 
dernier Mosse et par Vidal de Porta que les taxateurs des aljamas juives 
d'Aragon qui avaient fait les tailles à Alagon, les avaient taxés arbitraire- 
ment et sous une autre forme que celle qu'ils avaient appliquée à leurs 
coreligionnaires; il mande à ces taxateurs de ne pas soumettre les plai- 
gnants à une taxation spéciale, sinon d'avoir à comparaître par devant 
lui quinze jours après la réception des présentes, s'ils ont de justes raisons 
d'assujettir les trois protestataires à une taxation spéciale.— Barcelone, 
28 août 1285. 

Reg. 37, t° 188. 

1443. — Pedro III enjoint à Martin Ferrando de Sayas, qui a fait une 
démarche auprès du baile royal de Galatayud pour obtenir, en faveur des 
Juifs de cette ville, une commutation de la peine de sang prononcée 
contre eux en une peine pécuniaire, de ne plus s'entremettre à l'avenir 
à ce sujet, mais de laisser le baile recevoir lui-même directement les 
demandes en commutation de peine ; le roi adresse un mandement 
semblable à P. de Vera, alcaide de Farisa, au sujet des Juifs de cette loca- 
lité. — Barcelone, 31 août 1285. 

Reg. 57, f° 197 v°. 

1444. — Pedro III donne quittance à Bartholomé Sartre, changeur de 
Lérida, de 34.623 sous, 6 deniers de Jaca, provenant de la collecte des Juifs 
d'Aragon ; cette somme a été remise au trésorier royal Bernardo Scriba, 
puis déposée sur la table de change de Bartholomé Sartre par Dalmaso de 
Villarrasa. — Même date. 

Reg. 58, f° 106 v°. 

1445. — Quittance donnée par Bernardo Scriba à Bartolomé Sartre, 
changeur à Lérida, de 34.623 sous, 6 deniers de Jaca, représentant le pro- 
duit de la collecte des Juifs d'Aragon, que Dalmaso de Villarrasa avait fait 
placer sur la table dudit changeur. — Même date. 

Reg. 58, f° 106 v°. 

1446. — Pedro III a écrit à Domingo de la Figera de procéder contre 
Açach Alpazcan , qui n'a pas déposé dans l'arche les sommes qu'il était tenu 
d'y verser. — Même date. 

Reg. 58, f- 107. 

1447. — Quittance donnée par Bernardo Scriba à Pedro de Suria de 
8.400 sous réaux, provenant de l'impôt qui a été perçu sur les aljamas 
juives du royaume de Valence. — Barcelone, 2 septembre 1285. 



4 448. — Pedro III rappelle à Estebân de Gardona, baile de Lérida, qu'il 
Ta chargé d'ouvrir une enquête contre Bonadona, veuve de Jahuda de 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIMË 1 èr , PEDRO lll ET ALPHONSO III 6? 

Limos, Juif de Lérida, et contre ses complices, soupçonnés d'avoir fraudé 
le testament dndit Jahuda ; or, il a appris qu'au mépris de la prestation de 
serment, inculpés et témoins hésitent et varient dans leurs dépositions, 
se laissent même suborner; la vérité est à tel point «ensevelie» que ledit 
baile ne peut mener à bonne fin son enquête en cette affaire ; le roi mande 
à Estebân de Gardona de s'assurer si les accusés ont eu recours à la fraude 
et à la subornation de témoins ; s'il acquiert cette certitude, qu'il inter- 
roge à nouveau les inculpés et les témoins, et qu'il procède sans délai à 
la recherche de la vérité jusqu'au prononcé de la sentence définitive. — 
Barcelone, 5 septembre 1285. 
Reg. 57, f° 198. 

1449. — Pedro III mande à Berenguero del Mas d'ouvrir une enquête 
contre Içach Sullam, Juif de Villafranca, fermier du bovage et de certains 
autres droits royaux, au sujet de sa gestion et notamment au sujet du 
payement de son droit de fermage. — Même date. 

Reg. 58, f° 107 v°. 

1450. — Pedro III a été informé qu'Estebân de Cardona, baile de Lérida, 
se prévalait d'un ordre royal pour pousser Çadia Alfaquim, de Lérida, et 
Vivones, fils de feu Jafuda de Limos, à faire complément de justice, selon 
l'açuna hébraïque, à Bonadona, veuve dudit Jafuda, qui a porté plainte 
contre eux; bien plus, ledit baile, repoussant les explications des défen- 
deurs, les aggrave contre la justice ; le roi mande à Estebân de ne pas 
grever les défendeurs et de rapporter toute mesure illégale qu'il peutavoir 
prise contre eux. — San Celoni, 19 septembre 1285. 

Reg. 57, f° 204. 

1451. — Pedro III mande aux justices et aux jurés de tous les lieux 
d'Aragon où les Juifs de Saragosse possèdent des immeubles de ne pas 
contraindre ces Juifs à contribuer aux peites et exactions imposées par les 
conseils de ces localités, attendu que lesdits Juifs paient leurs contribu- 
tions à Saragosse pour les biens qu'ils possèdent là et ailleurs. — Darnius, 
20 septembre 1285. 

Reg. 57, f°204 v°. 

14!>2. — Pedro III mande à ses fidèles aljamas des Juifs de Villafranca, 
Tarragone, Montblanch et Gervera de constituer, sous l'obligation du ser- 
ment et sous peine d'alatma, deux ou trois prud'hommes par aljama, qui 
seront chargés de régler les comptes avec les secrétaires de l'aljama de 
Barcelone au sujet des tailles, répartitions et dettes; les prud'hommes 
délégués se rendront à Barcelone quatre jours après la réception des pré- 
sentes, et une fois que les comptes auront été réglés par eux et par les 
secrétaires juifs de Barcelone, aucun membre desdites aljamas ne pourra 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

y contredire sous peine du serment et de l'alatma. - Barcelone, 16 octobre 
1285. 

Reg. 57, f° 215. 

1453. — Pedro III mande aux adélantades et à l'aljama des Juifs de 
Lérida d'envoyer à Barcelone Jaffia Abemmeleha et David d'en Juccff, 
porteurs de l'arche ou coffre de la communauté, qui devra renfermer les 
déclarations faites par les contribuables juifs de la ville et de la collecte 
de Lérida ; si ledit Jaffia est absent de Lérida ou s'il ne peut venir à Bar- 
celone, que Açach Achaz vienne à sa place, ou que David d'en Juceff 
vienne seul se joindre aux délégués de l'aljama de Barcelone ; le coffre 
sera muni de quatre serrures; les délégués juifs de Lérida recevront deux 
clés ; les deux autres demeureront entre les mains des délégués de Barce- 
lone ; le roi spécifie que ces délégués devront être constitués comme pro- 
cureurs, pour qu'ils puissent s'occuper de leurs déclarations et vérifier en 
même temps celles des Juifs de Barcelone. — Barcelone, 18 octobre 
1285. 

Reg. 57, f<> 214 v°. 

1454. — Pedro III mande aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de Villa- 
franca de payer à Issach de Mercadel 750 sous barcelonais, que ledit Issach 
avait prêtés pour l'aljama, à l'époque où lui et Salomon de Béziers en 
étaient les secrétaires. — Même date. 

Reg. 57, f° 217 v°. 

1455. — Pedro III informe ses fidèles de l'aljama des Juifs de Monzôn 
que, se trouvant dans la nécessité de défendre ses Etats, il avait enjoint à 
toutes les aljamas juives de lui rendre des comptes ; il leur mande donc 
de lui déléguer, le sixième jour après la réception du présent mandement, 
deux prud'hommes munis d'un acte de procuration et prêts à répondre 
aux questions qu'il leur posera ; en cas de résistance à ses ordres, le roi 
se verra dans l'obligation de sévir contre leurs personnes et leurs biens. 
— Même date. 

Expédition de mandements semblables aux Juifs de Tortose et de 
Fraga . 

Reg. 57, f— 226 v°-227. 

1456. — Pedro III a appris que, sur l'instance de Solam de Porta, Juif 
de Villafranca, le viguier du Panades avait cité par devant lui et fait saisir 
F. de Vallflor, Benstela, Uget de Villa, David de Gastelmontmacel, etc., 
habitants de Villarrodona; il a aussi été informé que ces habitants s'étaient 
obligés à l'égard dudit Juif pour l'évêque de Barcelone, et comme le roi 
n'est pas sûr que cette dette doive être amortie sur les biens épiscopaux, 
il mande au viguier de surseoir aux poursuites engagées contre lesdits 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALPHONSO III 69 

habitants et leurs biens, bien plus, de faire mainlevée des saisies déjà 
faites ; le viguier devra enjoindre au Juif Solani età quelques autres dignes 
de foi et bien informés de comparaître par devant le roi à Barcelone. — 
Barcelone, 21 octobre 1285. 

Reg. 57, f<> 219. 

1457. — Pedro 111 mande à son procureur dans le royaume de Valence 

de contraindre Aaron Abinafia à contribuer, en proportion des biens qu'il 

possède dans la cité, le terroir et le royaume de Valence, à l'impôt de 

60.000 sous qui vient d'être octroyé à la couronne par les secrétaires de 

l'aljama de Valence ; si ledit Aaron ne se libère pas de sa quote-part, le 

procureur devra permettre que les secrétaires lancent l'alatma sur lui. — 

Barcelone, 22 octobre 1285. 

Reg. 57, f° 222 v°. — Indiq. : Carini, Gli archivi e le biblioteche di Spa- 
gna, II, 108. 

1458. — Pedro III mande à son procureur dans le royaume de Valence 
de contraindre l'aljama des Juifs de Jàtiva à contribuer avec l'aljama des 
Juifs de Valence au payement de ce qu'il leur reste à verser pour solde des 
30.000 sous que les Juifs du royaume de Valence ont accordés au roi par 
acte hébraïque. — Même date. 

Reg. 57, f° 222 v°. — Indiq. : Carini, ut supra, II, 108. 

1459. — Petro III mande à ses fidèles de l'aljama des Juifs de Valence 
de désintéresser Samuel Abenvives, MayrAlbeç et Jahuda Alazar de ce 
qu'ils dépensèrent en victuailles et autres achats pour remplir la mission 
dont la communauté les avait chargés auprès de lui. — Même date. 

Reg 57. f° 223. 

1460. — Pedro III, ayant appris que Guillemonde Rabassa avait blessé 
Jahuda Alazar, Juif de Valence, mande à son justice de Valence d'exiger 
de l'agresseur des répondants idoines et solvables, et de ne le mettre en 
liberté provisoire que contre l'exécution de cette garantie. — Même date. 

Reg. 57, f° 223. 

1461. — Pedro III mande à son procureur, à ses bailes, justices, jurés 
et autres officiaux du royaume de Valence, de garantir aux femmes juives, 
toutes les fois que des procès seront intentés à leurs maris dans la cité 
et le royaume de Valence, tout le droit qui leur revient sur les biens de 
leurs époux en raison de leurs dots et de leurs douaires, et de ne pas 
permettre qu'il soit porté préjudice auxdites femmes à rencontre du for. 
— Même date. 

Reg, 57, P 223. 

1462. — 11 aété concédé un sursis d'un an sous la forme accoutumée, 
jusqu'à concurrence de 1.U00 sous, à Maymon Cerdan, Juif deGirone, pour 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le payement de ses dettes, eu égard aux dommages par lui soufferts lors 
de la dernière invasion des Français (Franc igenarum). — Barcelone, 24 
octobre 1285. 



1463. — Pedro III a été informé de la part de Jahuda Alazar, Juif de 
Valence, que la sentence prononcéecontrece dernierparGeraldo deAlba- 
lato, chanoine de Valence, àl'issue du procès qui s'était élevé entre ledit 
Jahuda et dame Bonasies, veuve de Bertrân de Villanova, avait été rendue 
contre le droit et en violation du for de Valence; le roi mande à Rodrigo 
Jimenez de Luna, procureur du royaume de Valence, on à son lieute- 
nant, de faire une enquête à ce sujet et de révoquer la sentence, s'il y a 
lieu à revision. — Même date. 



1464. — Pedro III mande à son fidèle G. de Rocha, citoyen de Barce- 
lone, de faire exécuter la sentence arbitrale rendue par les Juifs Issach 
Cap, Abrafim Amiel et Issach Algeyni dans le procès qui avait été intenté 
par David Mascaran, de lamaison royale, àJacob, fils d'IssachDaray, pour 
coups et injures infligés par Jacob Astruget, employé dudit David ; les 
arbitres ont homologué un compromis consenti sous certaine peine par 
David Mascaran et par Issach Daray, au nom de son fils ; que G. de Rocha 
exige l'amende insérée dans ce compromis, à moins que ledit Issach ne 
propose de justes raisons contre l'exécution de la sentence; dans ce der- 
nier cas, l'examen du nouveau procès sera confié à Salomon d'en Abra- 
ham. -- Même date. 

Reg. 57, f» 224. 

1465. — Pedro III, après avoir fait saisir tous les biens de David Mas- 
charan et ceux de son frère Issach Mascharan, a découvert que quelques 
débiteurs se trouvaient obligés à l'égard des deux frères ou de leur père 
Abraham ; il mande à ses fidèles jurés, justice, baile, çalmédines, junte- 
ros, sobrejunteros et à ses autres officiaux ou sujets de contraindre ces 
débiteurs et leurs biens a payer leurs dettes, en son nom, au Juif Issach 
Alnet ou à lui faire complément de justice. — Même date. 

Semblable mandement au justice de Valence. 
Reg. 57, f° 224. 

1466. — Pedro III mande à ses officiaux de ne pas grever ni de faire 
saisir Astrugon Durand, Juif de Barcelone, non plus que les biens de son 
frère défunt David Durand, en raison des instances qui ont été introdui- 
tes contre eux, pourvu que ledit Astrugon prenne l'engagement de faire 
aux plaignants complément dejustice. — Barcelone, 25 octobre 1285. 

Reir. 57, f° 225. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO 111 ET ALPHONSO 111 71 

1467 — Pedro III rappelle à son fidèle Galaçan de Tarba, mérine de 
Saragosse, que le pouvoir royal avait dispensé les Juifs francs de partici- 
per à la constitution des quinze arches imposées sur l'aljamajuive de Sara- 
gosse ; mais par suite des fortes dépenses qu'il a dû assumer, le roi est 
obligé de demander quinze arches et demie; il mande donc au mérine 
d'enjoindre à l'aljama de satisfaire à cette augmentation, de jeter l'alatma 
et de faire jurer par les Juifs francs, entre les mains de David Alazar et de 
Jucef Golluf, de fournir une exacte déclaration de leurs biens; les arches 
devront être constituées dans le délai de deux mois, à raison de deux par 
semaine ; le roi mande à L'aljama de Saragosse, ainsi qu'à David Alazar et 
à Jucef Golluf, de se conformer, sous peine de 5.000 maravédis d'or, à 
tout ce que le mérine leur ordonnera. — Même date. 
Keg. 57, f° 226 r° et v°. — En langue catalane. 

1468. — Pedro III a été humblement supplié de la part des Juifs de 
l'aljama et de la collecte deGirone et Besalû au sujet des pertes de biens 
et de titres qu'ils avaient subies par suite de l'invasion française et en 
particulier par suite du siège de Girone ; il ordonne que les actes qui 
n'ont pas été encore livrés par les notaires et dont les minutes se trouvent 
entre leurs mainssoientà nouveau grossoyés, pourvu que lesdits notaires 
jurent qu'ils n'avaient pas remis les premières grosses aux intéressés et 
qu'ils les ont perdues depuis ; quant aux titres de créance qui furent pro- 
duits par les Juifs à la cour du roi, à partir de la mi-avril passée, et qui se 
trouvent sous forme de minutes cancelées dans les registres de notaires, 
ils feront l'objet de nouvelles expéditions, à la condition que les Juifs 
intéressés jurent qu'ils ont perdu les premières grosses. — Villafranca, 31 
octobre 1285. 

Reg. 57, f° 228 r° et v e . — Indiq. : Carini, Gli archivi e le biblioteche di 
Spagnà, II, 109. — Publ. : Pièces justificatives, n° XIX. 

1469 — Pedro III mande à tous ses offîciaux de faire publier, chacun 
dans sa circonscription, que quiconque détient des titres de créances juives 
« barrigiées » ou des actes relatifs à des immeubles juifs de l'aljama et 
collecte de Girone et Besalù, ait à les restituer à leurs propriétaires dans 
les quinze jours qui suivront la criée ; passé ce délai, les détenteurs seront 
poursuivis pour vol. — Même data. 
Reg. 57, f° 228 v<>. 

1470. — Pedro III informe tous ses offîciaux qu'il a ordonné de faire 
restituer à leurs légitimes propriétaires tous les livres hébraïques et autres 
objets ayant appartenu aux Juifs de l'aljama et collecte de Girone et Besalù 
qui seraient trouvés entre les mains de quelques Juifs de sa terre ; il leur 
mande de faire procéder à cette restitution, pourvu que les détenteurs 
primitifs remboursent le prix qu'ils avaient reçu des détenteurs actuels. 
— Villafranca, 1 er novembre 1285 . 
Reg. 57, f° 228 v°. 



72 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ACTES D ALFONSO III (1285 1291) 

1471. — Alfonso III mande à toutes les aljamas juives d'Aragon de 
verser le produit de leurs contributions à Dalmasode Villarrasa. — Major- 
que, 25 novembre 1285. 

Reg. 65, f° 2 v. 

1472. — Alfonso III mande à R. de San Licer, lieutenant de son procu- 
reur dans le royaume de Valence en deçà du Juchar, de mettre en liberté 
Abrafim, fils de Muça Avayar, Juif de Majorque, que ledit lieutenant a 
arrêté et dont il a confisqué tous les biens et marchandises dans le 
royaume de Valence; tout ce qui a été saisi à Abrafim devra lui être res- 
titué, attendu que cette confiscation cause un grave préjudice aux Maillor- 
quins sujets d'Alfonso III. — Majorque, 5 décembre 1285. 

Reg. 63, f° 8 v°. 

1473. — Alfonso III mande aux adélantades des Juifs de Galatayud de 
solder le montant de l'assignation qui a été faite par feu Pedro III à noble 
P. Çappata sur la recette de leur tribut. — Majorque, 25 décembie 
1285. 



1474. — Alphonso III mande à trois officiaux de restituer à Astrug de 
Montpellier les charges d'alun, de cire et de poudre de « grana * » qu'ils 
lui ont enlevées injustement. — Majorque, 27 décembre 1285. 

Reg. 63, f° 12 v°. 

1475. — Alphonso III a appris que R. de San Licer avait arrêté Muça, 
fils d Issach Thomaçets, Juif de Majorque, en raison de la marque ou 
représaille que ses sujets et les habitants du royaume de Majorque s'infli- 
geaient mutuellement; il lui mande de restituer audit Muça la prise qu'il 
avait faite sur lui. — Majorque, 4 janvier 1285-6. 

Reg. 63, f°16. 

1476. — Alfonso III mande au justice de Valence de contraindre Alatzar 
Zolar, Juif de Valence, ainsi que la sœur et le bea'i-frère de ce dernier, à 
indemniser les enfants de Bias Maçe de tous les dommages que lesdits 
Juifs ont causés auxdits enfants dans leur cour, leur alfondique et leur 
jardin. — Majorque, 7 janvier 1285-6. 

Reg. 63, 1° 17. 

1477. — Alfonso III mande au justice de Valence de ne pas contrain- 
dre, ni de permettre qu'on contraigne, les Sarrasins de Villamarchante, 

i. Grana, plaote tinctoriale servant à produira la couleur écarlate, 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I' r , PEDRO 111 ET ALPHONSO 111 73 

qui sont obligés pour dettes à l'égard de quelques Juifs, à payer à leurs 
créanciers des intérêts supérieurs au taux légal ; et s'il constate que des 
intérêts usuraires ont été exigés, il devra les faire restituer aux dits Sar- 
rasins. — Même date. 
Reg. 63, f° 17. 

1478. — Alfonso III confirme à l'aljama des Juifs de Majorque tous les 
privilèges qui lui ont été concédés par Jaime I er les 11 juillet 1231, 8 mai 
1252,11 décembre 1255,15 septembre 1254,21 juillet 1269 et 25 août 1273. 
— Majorque, 9 janvier 1285/6. 
Resr. 63, f° 23 r° et v°. 



1479. — Alfonso III, roi d'Aragon, de Majorque et de Valence, comte 
de Barcelone, désirant faire participer les Juifs de la cité et de l'île de 
Majorque aux privilèges qu'il a octroyés aux prud'hommes et à la com- 
munauté du même territoire, leur accorde les concessions ci-dessous : 
1° liberté du pesage et du mesurage;2° confirmation de leurs biens meu- 
bles et immeubles ; 3° faculté pour le Juif qui aura été incarcéré dans la 
prison de la cour de la cité de Majorque d'acquitter le carcelage selon la 
franchise de la cité ; 4° protection royale pour les Juifs et leurs biens ; 
5" exemption pour toutes marchandises véhiculées à travers le territoire 
de la couronne, des droits de leude, péage, poids et mesurage ; 6° limi- 
tation à la cinquantième partie du prix de vente ou d'achat pour le droit 
de lods prélevé sur leurs biens fonds qu'ils tiennent du roi, et exemption 
de tout droit de « fatica » ; 7° liberté d'exporter du royaume et de l'île de 
Majorque des Sarrasins et des Sarrasines sans être tenus de payer aucune 
taxe de sortie ; 8° usage des eaux pour l'arrosage de leurs jardins ; 9° 
exemption en faveur des drapiers et courtiers juifs de tout droit qu'ils 
pourraient avoir à payer à la cour royale pour la présente concession ; 
10° faculté de payer les cens selon la coulume; 11° limitation à dix draps 
de lit pour le prêt en literie qu'il y aura lieu de fournir au roi pendant 
les séjours qu'il aura l'occasion de faire dans la cité de Majorque.— Même 
date. 

Reg. 63, f° 30. — Publ. : Pièces'justificatives, n° XX. 

1480. — Alfonso III accorde sa rémission à tous les Juifs et à loule 
l'aljama de Majorque pour les poursuites qu'il pourrait exercer contre eux, 
au civil ou au criminel, en raison de prêts usuraires. — Majorque, 13 jan- 
vier 1285/6. 

Reg. 63, f° 31. 

1481. — Alfonso III notifie à ses officiaux du royaume d'Aragon, du 
royaume de Valence et de la Catalogne qu'il a exempté des droits de 
leude, péage, pesage et mesurage, tous les Juifs delà cité et de l'île de Ma- 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

orque et leur mande de tenir compte de cette exemption à l'égard des 
Juifs majorquins qui se rendront dans les parties d'Aragon, de Valence 
ou de Catalogne. — Même date. 
Reg. 63, f\31 v°. 

1482. — Alfonso III mande à son fidèle Bernardo Dalmau, jurispérite 
de Majorque, de connaître de l'appel, qui a été interjeté à son oncle 
Jaime, d'une sentence rendue entre G. Renull et le Juif Muça Abenfar- 
raig. — Majorque, 14 janvier 1285/6. 

Reg. 65, f° 27 v. 

1483. — Alfonso III a concédé aux prud'hommes et à la communauté 
de la cité de Majorque que tous les Juifs de ladite cité devraient habiter 
le même quartier; il ordonnedonc auxdits Juifsde se grouper enjun lieu 
déterminé dans le délai de cinq ans ; ces Juifs seront dotés d'une bou- 
cherie spéciale. — Andraitx, 18 janvier 1285-5. 

Reg. 63, f« 33. 

1484. — Alfonso III mande aux membres du conseil de Téruel de main- 
tenir Jafuda Nagi, Juif de cette ville, en possession des maisons qu'il 
affirme avoir achetées à Jacob Avenrodrich, pourvu qu'il se déclare prêt à 
faire à tout demandeur complément de justice. — Alcira, 28 janvier 1285-6. 
Reg. 63, f° 34 v°. 

1485. — Alfonso III rappelle à R. de San Licer, lieutenant du procu- 
reur royal dans le royaume de Valence en deçà du Juchar, qu'il lui a déjà 
mandé de remettre en liberté Muça, filsd'Issach Thomaçetz, Juif de Major- 
que, qui avait été emprisonné en raison des représailles exercées entre 
Aragonais et Majorquins ; il lui ordonne de restituer audit Muça toutes 
ses marchandises et tous ses biens. — Valence, 1 er février 1285-6. 

Reg. 63, f° 37. 

1486. — Alfonso III vidime l'acte concédé par le roi défunt, son père, 
à Astruga, veuve de Jucef Ravaya ; il était dit dans cet acte que le roi 
Pedro III et la reine avaient donné certaine somme à ladite Astruga, en 
retour des bons services qu'ils avaient reçus et espéraient recevoir encore 
d'elle, pour lui permettre d'acheter dans le royaume de Valence le domaine 
deBenimaclet, ainsi que certaines maisons etdes censives; bien que ces 
immeubles eussent été vendus nominativement à Jucef Ravaya, Pedro III 
avait voulu qu'Astruga les possédât francs et libres de toute peite, quête, 
servitude, tribut, contribution communale, juive ou chrétienne, exaction 
royale et locale ; Alfonso III confirme ladite concession et mande à toutes 
les aljamas juivesde sa terre de ne lancersurladite veuve aucune alatma, 
vet ou nitduy ; il enjoint également à tous ses officiaux de faire respecter 
la présente confirmation. — Même date. 

Reg. 63, f°40 v°-41. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALPIIONSO III 75 

1487. — Alfonso III informe Enego Lopez de Jassa qu'il a enjoint aux 
aljamas d'Aragon de répondre pour le payement du tribut à Muea.de 
Portella ; si donc Enego Lopez a reçu quelque argent de ce chef à partir 
du mois de janvier dernier, il devra le remettre à Muça de Portella. — 
Même date. 

Mandement semblable à R. deRiiissec au sujet des aljamas du royaume 
de Valence- 
Mandement aux aljamas juives du royaume de Valence, leur enjoi- 
gnant de répondre pour le tribut à Muça de Portella. 
Mandements semblables aux aljamas de Catalogne et à celles d'Aragon. 
Reg. 65, f° 39. 

1488. —Alfonso III a appris par le rapport de Maymô Santon, Juif de 
Jâtiva, que, sur la plainte de son coreligionnaire David Mascharan, ledit 
Maymô Santon avait été arrêté l'année précédente par le baile de la cour 
de Lérida en raison des emprunts que Maymô aurait contractés à l'égard 
du frère de David, bien que ledit Maymô eût été autorisé à sortir de pri- 
son moyennant la présentation de bons répondants ; le roi mande au 
baile de Jâtiva de tenir quittes les répondants de leur caution, pourvu que 
ledit Maymô prenne l'engagement écrit de faire complément de justice, 
selon l'açuna hébraïque, à David Mascharan et à son frère. — Valence, 3 
février 1285-6 

Reg. 63, f° 39. 

1489. — Alfonso III mande au justice de Murviedro de maintenir 

Astrugo, fille de feu Astrug de Girone, Juif de Murviedro, et Astruguet, 

son cousin, en possession des biens que leur père et oncle leur a légués ; si 

ces deux pupilles sont dépouillés de leurs biens sans jugement, le baile 

devra les leur faire restituer selon le for ou l'açuna des Juifs. — Même 

date. 

Reg. 63, f° 39 v. 

1490. — Alphonso III mande aux adélantades et à l'aljama des Juifs de 
Valence de lancer l'alatma sur tous les membres de la communauté qui 
détiennent des biens ayant appartenu à Samuel Abenmanaçe et à son 
frère, et de les contraindre à en faire la déclaration et la remise à son 
fidèle Jaime de Gliens, qu'il a chargé de recueillir tous les biens des 
deux frères. — Même date. 

Reg. 63, f° 40. 

1491. — Alphonso III a été informé par la plainte des courtiers juifs 
de Valence qu'ils étaient grevés indûment dans l'exercice de leur profes- 
sion par le justice et les jurés de la Ville, à rencontre du for de Valence 
et des privilèges concédés par Pedro III à la communauté valencienne ; 
le roi mande au justice et aux jurés de Valence de ne pas troubler les 
courtiers juifs dans l'exercice de leur métier. — Même date. 

Reg. 63, f° 43. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1492. — Alfonso III mande au Juif Vidal de Cervera d'avoir à compa- 
raîtra de lundi en huit à Barcelone, par devant lui, prêt à ouïr la sen- 
tance qui doit être rendue en suite de l'enquête faite par Bernardo 
Emperez. — Monastère de Santa Creu, 15 février 1285/6. 

Reg. 63, f° 56 v°. 

1493. — Alfonso III rappelle aux aljamas des Juifs d'Aragon qu'il leur 
a déjà mandé de répondre pour le tribut de la Saint-Jean à Muça de 
Portella. — Barcelone, 12 février 1285/6. 

Reg. 65, f° 50 v°. 

1494. — Alfonso III mande au baile de Barcelone, au viguier et au 
baile de Cervera, de contraindre, chacun dans son district respectif, les 
Juifs Biona Alcolf et Issach Saporta, exécuteurs testamentaires d'Astrug 
de Porta, Juif de Besalû, décédé à Barcelone, où il avait sa résidence, a 
rendre compte de leur gestion aux enfants ou aux héritiers d'Astrug de 
Porta par devant les curateurs qui administrent les biens du défunt. — 
Barcelone, 21 février 1285/6. 

Reg. 63, f° 67. 

1495. — Alfonso III rappelle à Estéban de Gardona, baile de Lérida, 
la commission d'enquête que Pedro III lui avait confiée contre Bonadona, 
veuve de Jahuda de Limos, Juif de Lérida, et consorts, inculpés de falsifi- 
cation de testament et de subornation de témoins ; le roi mande à Esté- 
ban de procéder dans ladite affaire jusqu'au prononcé de la sentence 
définitive. — Barcelone, 25 février 1285/6. 

Reg. 63, f<> 68 v». 

1496. — Alfonso NI a appris qu'en raison de son mariage avec Sancha 
de Mollet, Bertrân de Banyeras, chevalier, s'était obligé à l'égard des 
frères Issach et Senton Cap, Juifs de Barcelone, fils de feu Samuel Gap, 
pour une dette que le frère de la mariée, feu P. de Mollet, avait contractée 
vis-à-vis des deux créanciers ; le roi mande au viguier, au baile de Barce- 
lone et à tous autres officiaux de faire restituer aux deux Juifs les pre- 
miers actes d'obligation consentis à ladite Sanche ou à son frère, de 
faire remettre audit Bertrân l'acte de l'obligation assumée par lui et de ne 
pas permettre que ce dernier ou ses répondants puissent être grevés, 
— Barcelone, 1 er mars 1285/6. 

Reg. 63, f° 89 v\ 

1497. — Alfonso III mande à son procureur dans le royaume de Valence 
d'assigner un juge impartial à Jucef Avençaprut, Juif deMurviedro, qui se 
dit sur le point d'être grevé, contrairement aux fors, par les anciens jus- 
tices de Murviedro pour les injures qu'il avait proférées contre eux 
• lins un procès de dettes relatif à la vente de se» biens. — Même date. 

Reg, 63, f 9b. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ETALPIIONSO III 77 

1498. — Alfonso III a appris que Bonadona, fille de feu Astrug Escan- 

daran, voulant se séparer de son mari, le Juif Issach de Porta, lui avait 

demandé un libelle de répudiation (en hébreu guel/i), et que le mari 

s'était refusé à donner satisfaction à la requête de sa femme ; le roi mande 

au baile de Barcelone de l'y contraindre ou à ester en justice; l'affaire 

devra être examinée par deux ou trois Juifs de Barcelone, savants dans 

leur loi, que le baile choisira lui-même, avec mission de faire exécuter 

la sentence que les juges croiront devoir rendre. — Barcelone, 3 mars 

1285-6. 

Reg. 63, f° 83 v°. 

1499. — Alfonso III mande à G. Ebri, baile de Majorque, de ne plus 
exiger des Juifs pauvres qui se rendent à Majorque pour s'y adonner au 
commerce, la taxe de 10 sous par tête qu'il leur réclamait injustement. — 
Girone, 15 mars 1285-6. 

Reg. 66, f c 6 v°. 

1500. — Alfonso III, ayant appris que les Juifs de Majorque étaien 
inquiétés par quelques-uns dans la jouissance de leurs privilèges, 
mande à Arbert de'Mediona de ne pas permettre ces avanies. — Même 

date. 

Reg. 66, f° 6 v°. 

1501. — Alfonso III confirme, en faveur de l'aljama et de la collecte des 
Juifs de Girone et Besalû, la charte que leur avait concédée le roi Pedro III 
relativement à la réfection des actes perdus, et, de plus, leur proroge jusqu'à 
la Saint-Michel le délai dont le roi défunt avait fixé l'expiration à la Saint- 
Jean de l'année 1286, pour le dépôt des livres et des albarans de la «scri- 
banie » de Girone. — Girone, 19 mars 1285-6. 
Reg. 64, f° 17. 

1502. — Alfonso III, considérant les dommages et les pertes subis par 
ses fidèles Juifs de l'aljama et collecte de Girone et Besalû en raison de 
l'invasion française, leur remet la quête des cinq années à venir, excep- 
tion faite toutefois pour le tribut annuel. — Même date. 



1503. — Alphonso III autorise ses fidèles Juifs de l'aljama et collecte 
de Girone et Besalû à se servir, pour la répartition des tailles et pour le 
fait de leurs secrétaires, de leur « baronim » ; il mande à ses officiaux 
d'observer la présente concession et de contraindre les contribuables juifs 
à payer leur part de contribution. — Même date. 

Reg. 64, f° 17 v°. 

1504. — Alfonso III mande à ses fidèles Juifs de l'aljama et de la col- 
lecte de Girone et Besalû de payer chaque année au comte de Ampurias 
sur la recette du tribut 5.000 sous barcelonais, et au vicomte de Cabrera 



*8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

5.000 sous melgoriens, en vertu des assignations que Pedro III leur avait 
consenties; il les autorise, déplus, a se rembourser des 20.000 sous 
qu'ils avaient prêtés àPedroIHJpourla constitution de l'armada. — Girone, 
19 mars 1285-6. 

Reg. 64, f° 17 v°. 

1505. — Alfonso III informe son fidèle Bernardo del Prado, juge 
ordinaire de Girone, qu'il a autorisé l'aljama des Juifs de Girone à recons- 
tituer les chartes latines ou hébraïques qu'ils avaient perdues ; il lui 
mande spécialement de faire grossoyer à nouveau ceux des actes qu'on 
retrouvera consignés dans les minutes (capbreus) ou les notules des notai- 
res. — Même date. 

Reg. 64, f» 18. 

1506. — Alfonso III mande aux aljamas des Juifs d'Aragon de répon- 
dre, pour les deniers des quinze arches, à Bernardo de Segalar, bien qu'il 
leur ait déjà ordonné de répondre pour le même objet à Dalmaso de Vil- 
larrasa. — Barcelone, 22 mars 1285-6. 

Rear. 65, f° 98 v°. 



1507. — Alfonso III informe ses fidèles G. Durfort et G. de Montjuich 
de la double enquête qui a été faite contre le Juif David Mascaran, inculpé 
de nombreux crimes et délits, la première par le viguier et la cour de 
Lérida, la deuxième, selon le droit hébraïque, par Salamon d'en Habraam. 
maître en loi hébraïque, Zarch Malet et Saltel Astruch ; le roi mande à ses 
fidèles de rechercher les trois commissaires juifs pour leur demander de 
leur faire connaître leurs conclusions. — Même date. 

Reg. 66, f° 9 v°. 

1508. — Alfonso III mande à ses fidèles Salamon d'en Habram, maître 
en loi hébraïque, Zarch Malet et Saltel, Juifs de Barcelone, de se pro- 
noncer dans l'affaire d'enquête engagée contre David Mascaran. — Même 
date. 

Reg. 66, f° 9 v°. 

15C9. — Alfonso III mande à P. de Suria de contraindre les Juifs qui 
relèvent de la collecte de l'aljama de Barcelone à payer leur part de la 
contribution que les Juifs ont promis de payer au roi, selon les réparti- 
tions qui ont été faites par les secrétaires de la communauté juive de 
Barcelone. — Barcelone, 24 mars 1285-6. 
Reg. 66, f° 16. 

1510. — Alfonso III informe toutes les aljamas des Juifs d'Aragon et de 
Catalogne qu'il a assigné à son fidèle A. de Bastida 250.000 sous barcelo» 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALPHONSO III 70 

nais à prendre sur le subside de même rendement qu'elles doivent verser 
au roi, la moitié à la mi-carême, l'autre moitié à la Pentecôte ; il leur 
mande de satisfaire à ladite assignation. — Barcelone, 25 mars 1286. 
Reg. 65, f° 104. 

1511. — Alfonso III mande à Bernardo de Libian de faire observer la 
charte par laquelle Pedro III a autorisé les Juifs de l'aljama et de la col- 
lecte de Girone et Besalû à reconstituer leurs actes perdus. — Barcelone, 
26 mars 1286. 

Reg. 64, f° 18. 

1512. — Alfonso III adresse un mandement semblable au précédent à 
tous ses officiaux. — Même date. 

Reg. 64, f> 18. 

1513. — Alfonso III mande à son cher Bernardo de Viriols de faire 
observer la charte de Pedro III relative à la réfection des actes perdus par 
les Juifs de Girone et Besalû. — Même date. 

Reg. 64, f° 18. 

1514. — Alfonso III mande à P. de Libian de faire remettre, dans la 
cité de Majorque, par P. de Don a Benjuceff, au Juif Abengalel, à son frère 
et à leur famille des vêtements convenables, 100 doubles pour leurs 
dépenses, 2.000 sous pour l'amortissement des arrérages de leurs dettes, 
1.000 sous réaux pour l'installation de dix fours, bref tout ce qu'il jugera 
nécessaire pour l'armement d'une galée, ainsi que pour la solde et l'en- 
tretien des hommes de l'équipage. — Barcelone, 29 mars 1286. 

Reg. 67, f<> 141. 

1515. — Alfonso III mande au drapier Abrafim Ahoel, Juif de Huesca, 
qu'il sait détenir une mule et 17 livres et demie de Jaca ayant appartenu 
à David Mascaran, de remettre le tout à Jaime del Val, fidèle du roi. — 
Barcelone, 30 mars 1286. 

Reg. 65, f° 123 v°. 

1516. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Barcelone de payer 
chaque année sur le tribut à dameSibilade Saga 5.000 sous par exécution 
de l'assignation qui a été faite en faveur de ladite dame. — Même 
date. 

Reg. 65, f° 124. 

1517. — Alfonso III a appris que Valerio de Gualit intente des procès 
à tous les Juifs uniquement par esprit de haine; il mande à tous ses 
officiaux d'imposer le silence audit Valerio. — Même date. 

Regv 66, f° 27 v°. 



80 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1518. — Alfonso III autorise toutes les aljamas juives d'Aragon à 
employer leurs adelaulades et autres ofticiaux pour les peites et les tributs 
selon la coutume. — Même date. 

Semblables autorisations aux aljamas de Catalogne, à eelles de Cala- 
tayud, Huesca, Murviedro et Saragosse. 

Reg. 66, f° 28. 

1519. — Alfonso III mande aux aljamas des Juifs d'Aragon de payer 
sans retard leur quote-part des 75.000 sous barcelonais que les délégués 
de Saragosse, Huesca etCalatayud lui ont avancés, y compris les frais que 
les délégués ont été obligés d'assumer pour recueillir pareille somme ; 
les délégués sont pour Saragosse : Baron Almalin, Mosse Abuljami ; pour 
Calatayud: Jafuda El Calbo et Genton Quatorçe ; pour Huesca : liabi Baf- 
fiel, Almerierot et Zechri Abulbacha. — Même date. 

Reg. 66, f° 28 v°. 

1520. — Alfonso III a été informé par Castell, Juif de Tarragone, que 
noble B. de Angularia a fait remettre ledit Juif en possession de la rente 
de 100 migères de froment et de 120 migères d'orge, fournie par les habi- 
tants d'Angularia, pour payement de 1.000 sous à valoir sur les 2.000 que 
ledit noble avait empruntés à Castell; le roi mande au viguier de ïarrega 
de ne pas permettre que ledit Castell soit troublé dans la perception de sa 
rente. — Même date. 

Reg. 66, f° 28 v°. 

1521. — Mention de l'envoi d'une lettre à l'aljama des Juifs de Huesca, 
lui enjoignant de donner 1 .000 sous de Jaca pour la cena et d'en répondre 
à Juân P. de Pertusa. — Huesca, 8 avril 1286. 

Reg. 68, f e 6. 

1522. — Alfonso III autorise l'aljama des Juifs de Valence à employer 
leurs adélantades et autres officiaux pour la perception des peites et des 
tributs, ainsi que le comporte la coutume. — Saragosse, 10 avril 
1286. 

Reg. 66, f° 28. 

1523. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Saragosse de payer 
à Bernardo de Segalar la somme que Dalmaso de Villarrasa a assignée à 
ce dernier sur la recette des 25 arches, etde maintenir le « niduy » contre 
les pauvres, jusqu'à ce qu'ils se soient acquittés de leur quote-part. — 
Saragosse, 17 avril 1286. 

Reg. 65, f° 136. 

1524. — Alfonso III mande aux aljamas des Juifs d'Aragon de rendre 
compte, à toute réquisition présentée parB. de Segalar, de la constitution 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME V T , PEDRO III ET ALPHONSO III 81 

des quinze arches, avec pièces à l'appui: livre des majeurs ou livre des 
mineurs. — Même date. 
Reg. 65, f° 138. 

1525. — Alfonso III rappelle à l'aljama des Juifs de Saragosse qu'il lui 
a déjà écrit de répondre pour le tribut de la Saint-Jean à Muça de Portella 
et lui mande d'acquitter le prix de draps qui ont été achetés par ledit Muça 
à certains Juifs de Saragosse pour l'usage de la maison royale. —Saragosse, 
18 avril 1286. 

Reg. 65, f° 140 v°. 

1526. — Alfonso III mande au procureur du royaume de Valence, aux 
justices, jurés, portiers et aux adélantades des aljamas juives de faire 
observer le privilège de franchise concédé par Pedro III à Astruga, veuve 
de Jucef Havalla, et confirmé par son successeur. — Saragosse, 19 avril 
1286. 

Reg. 64, f<> 32. 

1527. — Alfonso III mande à tous ses officiaux de faire observer, en 
faveur de Mosse Abendahvet, neveu de Salamon Habendavet, le privilège 
concédé à ce dernier et à sa descendance par Pedro III relativement à la 
perception journalière en espèces ou en nature faite sur le macel des 
Juifs de Saragosse, de deux livres de viande de bélier. — Même date. 

Reg. 64, f° 47. 

1528. — Alfonso III a appris que Pedro Perrey, habitant deCalatayud, 
avait frappé et blessé injustement un de ses concitoyens le Juif Ffamif 
dans la boutique de ce dernier, et qu'il avait encouru de ce chef la peine 
de 500 morabotins ; le roi mande aujuge et aux jurés de Galatayud de citer 
Pedro Perrey à comparaître par devant lui dans les dix jours. — Même 
date. 

Reg. 66, f° 42. 

1529. — Alfonso III avise ses fidèles de l'aljama des Juifs d'Aragon et 
tous les Juifs du royaume de Valence de la décision qu'il a prise, avec 
l'avis de son conseil, de faire payer par sou et par livre les 150 000 sous 
barcelonais qu'ils lui ont octroyés à Barcelone. — Même date. 

Reg. 66, f° s 43 v" et 44 r». 

(^1 suivre.) 

Jean Régné. 



T. LXVIll, ir 132. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 

(suite *) 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



xvi ». 

Responses aux causes et moyens d'appel que met et baille pardevant 
vous nos seigneursdu Conseil souverain d'Alsace Moyse Jacob Juif demeu- 
rant à Ribeauvillé inthimé deffendeur et demandeur en requestes. 

Contre Samuel Levy Rabin appeJlant, demandeur et deffendeur en reques- 
tes et en intervention. 

... A quoy parvenir le conseil est très humblement supplié de remar- 
quer que deux Juifs particuliers l'un demeurant à Biessen et l'autre à 
Ribeauvillé ayant eu difficulté ensemble au subjet d'une société qui avoit 
esté contractée entre eux et qui estoit finy, et voulant sortir d'affaires à 
l'amiable, choisirent pour arbitre l'inthimé et encore un autre Juif, on 
passa un compromis par escrit, par lequel il est porté, que la partie qui 
contreviendrait à la sentence arbitrale, payeroit une amande de 100 
ducats applicable le tiers au Roy, un tiers a Mons r le prince de Birken- 
feldt et l'autre tiers aux pauvres juifs, en conséquence de ce com- 
promis les dits deux arbitres rendirent une sentence arbitrale au consen- 
tement des parties. 

Mais pour lors arriva en cette province l'appellant, qui avoit esté choisi 
pour Rabin par les Juifs de cette mesme province, il obtint des lettres 
patentes de sa Majesté, qui le confirma dans ce caractère, ces mesmes 
lettres patentes furent enregistrées au conseil, il se mit en teste que ce 
compromis et la sentence arbritrale qui avoit esté rendue en consé- 
quence, donnoit atteinte a son authorité, qu'il n'estoit pas libre aux 
Juifs de choisir des arbitres et que luy en sa qualité de Rabin debvoit 
seul terminer tous les differens des Juifs, c'est pourquoy il demanda 
a l'inthimé s'il n'avait point entre ses mains le dit compromis, et en 
ce cas, il luy ordonna de le luy remettre, l'inthimé luy respondit qu'ef- 
fectivement il avoit ce compromis, et qu'il estoit tout prest a le luy 
remettre, pour cet effet il alla chez luy pour le chercher et ensuite le 
luy porter, par ce que l'un et l'autre demeurent à Ribauvillé. 

Voir Revue, t. LXV, p. 274; t. LXVI, p. Ul et t. LXVR p. 263. 
2. Arch. dép. de Colmar E. 1627. 



SAMUEL LËVY, RABBIN ET FINANCIER 83 

En chemin faisant il rencontra le nommé Barouch Weil, qui est préposé 
des Juifs audit Ribauvillé, auquel il raconta ce que l'appellant luy avoit 
dit et ordonné, ce Barouch Weil prétendant quece procédé donnoit atteinte 
a sa qualité de préposé des Juifs, fit deffensesa l'inthimé de remettre a 
l'appelant le compromis en question, et cela soub peine d'une amande, il 
en avertit mesme les officiers de chancellerie deMons r le prince de Bir- 
kenfeldt, qui tirent pareillement deffenses a l'inthimé de remettre ce 
compromis a la partie adverse, au contraire luy ordonner de le remettre 
entre les mains de Mons r Bartmann, Bailly de Ribauvillé, c'est ce qu'il 
fit, ainsi qu'il est justiffié par le receu dudit Mons r Bartmann. 

L'appellant impatient d'avoir ce compromis le demanda de rechef a 
l'inthimé, lequel luy dit les deffenses qui luy avoient esté faites tant par 
ledit Barouch Weil que parles officiers de Mon s r le prince de Birkenfeldt. 
La dessus il ordonna au produisant de luy remettre ce compromis a peine 
de 100 livres d'amande et sur son refus il luy ordonna la mesme chose 
a pein« du ban, effectivement quelques jours après il le mit dans le ban 
delasynagogue. L'inthimé se voyant ainsi maltraitté présenta sarequeste 
au Bailly de Ribauvillé par laquelle il demanda d'estre receu appelant de 
ce bannissement, invertissant son appel en opposition et y faisant droit, 
luy permettre de faire assigner la partie adverse pour voir déclarer ce 
mesme bannissement nul, injurieux, tortionnaire et déraisonnable, le 
condamner en 1000. 1. de dommages et interests et en tous les despens, 
et cependant par provision ordonner que l'inthimé frequenteroit libre- 
ment la synagogue, tout de mesme et ainsy qu'il avoit fait avant ce ban- 
nissement avec deffenses de l'y troubler. Le juge décréta cette requeste le 
10. juillet de l'année dernière 1702, il permit simplement a l'inthimé de 
faire assigner Samuel Lévy le Rabin, en vertu de ce décret il fut effective- 
ment assigné. 

Mais au lieu de comparoistre il présenta sa requeste au conseil, par 
laquelle il demanda d'estre receu appellant de la permission d'assigner, 
tenir son appel pour bien relevé, luy permettre de faire inthimer sur 
iceluy l'inthimé et tous autres qu'il appartiendroit, ordonner par provision 
au produisant de luy remettre le compromis en question, luy donner acte 
de ce qu'il prend pour trouble en sa fonction de Rabbin les deffenses 
faites par le nommé Barouch Weil a l'inthimé de remettre a la partie 
adverse le dit compromis ou entre celles des parties dénommées, luy 
permettre de faire assigner ledit Barouch Weil, pour luy voir faire def- 
fenses de le troubler en sa fonction de Rabin des Juifs d'Alsace, ny de 
prendre aucune qualité de préposé des Juifs de Ribauvillé, et pour l'avoir 
fait le condamner en ses dommages et interests etdepens, en telle amende 
qu'il plairoit aud. Conseil arbitrer, et cependant par provision et sans 
préjudice du droit des parties en principal faire deffenses tant a l'inthimé 
qu'au dit Barouch Weil et au Bailly de Ribauvillé et a tous autres 
qu'il appartiendroit de troubler l'appellant dans ses fonctions de Rabin 
a peine de 1000 1. de dommages et interests et de tous les despens. 

Sur celte requeste le conseil rendit son arrest le 12. du mois 'de juillet 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par lequel il récent le dit Rabin appellant du décret du 10 du mesme mois, 
tint son appel pour bien relevé, luy permit de faire inthimer sur iceluy le 
produisant et tous autres qu'il appartiendroit, et ordonna par provision a 
rinthîmé de remettre es mains de la partie adverse ou en celles des par- 
ties y dénommées le compromis en question, luy permit pareillement de 
faire assigner aux fins de ladite requeste le nommé Barouch Weil pour se 
voir faire detfenses de troubler à l'advenir l'appellant dans les fonctions 
de Rabin des Juifs d'Alsace, et par provision et sans préjudice du droit 
des parties au principal fit deffenses a l'inthimé et tous autres de le trou- 
bler dans ses fonctions de Rabin a peine de 1000 1. d'amande et de tous 
despens, dommages et interests. 

En vertu de cet arrest le produisant fut inthimé surcet appel, et on luy 
fit en mesme tempscommandement de représenter le compromis en ques- 
tion, la dessus il fit signiffier a l'appellant un acte le 24 duditmois de 
juillet, par lequel il luydeclara, que conformément aux ordresde Barouch 
Weil et des officiers de la chancellerie de Ribauvillé il avait remis ce 
compromis entre les mains de M e Barthman Bailly de Ribauvillé suivant 
son receu,ensuitte il présenta sa requeste au conseil le 28 aoust de la mesme 
année, par laquelle il demanda d'estre receu opposant a l'exécution dudit 
arrest du 12. juillet, sauf a la partie adverse de se pourvoir contre ledit 
Bailly, qui est encore actuellement chargé dudit compromis. Gomme le 
produisant estoit toujours dans le ban de la synagogue, il présenta sa 
requeste au conseil, par laquelle il demanda a ce qu'il luy plût ordonner 
par manière de provision et sans préjudice du droit des parties au prin- 
cipal que l'inthimé fut relevé du ban de la synagogue; sur cette requeste 
le conseil rendit un arrest le 22 septembre de ladite année, par lequel il 
ordonna que le produisant seroit relevé de ce bannissement, dont estoit 
question, et cela par provision et sans préjudice du droit des parties, cet 
arrest fut signiffié a l'appellant, lequel en effet mit l'inthimé hors du ban, 
mais 24 heures après par un mespris formel a l'authorité du conseil le 
remit dans le ban, où il est encore actuellement. Le produisant voyant ce 
procédé injuste, et pour mettre les choses en règle, présenta sa requeste 
au conseil, par laquelle il demanda d'estre receu appellant de ce bannis- 
sement, et en adhérant a son premier appel, déclarer iceux nuls, inju- 
rieux, tortionnaires et déraisonnables et le surplus, ensuitte Mons r le 
prince de Birkenfeld a aussi présenté sa requeste au conseil, pour estre 
receu partie intervenante, et a prendre le fait et cause de Barouch Weil, 
la cause portée à l'audiance les parties furent appointées pour le tout. 

Voicy Testât de la présente instance, de la part de la partie adverse: il y 
a un appel principal, et une demande principale, de la part du produisant 
il y a deux requestes. Avant que d'entrer dans la discussion de ces appel, 
demande et requeste l'inthimé establira trois principes qui serviront 
beaucoup a la décision de cette instance, le premier est que l'appellant 
n'a point de juridiction contentieuse. En effect l'on sait, que le peuple 
judaique est un peuple sans chef, dispersé, vagabond et errant, qu'il est 
l'ennemi capital du christianisme, qu'il porte sur son front la marque de 



SAMUEL LEVY, RABBIN ET FINANCIER 85 

malédiction et de réprobation, que par la disposition du droitescrit toutte 
jurisdiction et administration de la justice est interdite aux Juifs, en un 
mot suivant un usage observé dans la chrestienté les Juifs n'osent exercer 
aucune jurisdiction contentieuse. 

Cependant l'appellant prétend hardiement et soutient qu'il a une juris- 
diction contentieuse et pour l'establir il se sert de cinq moyens, le pre- 
mier est fondé par différentes lettres patentes etarrests d'enregistrement, 
remise des privilèges, savoir du 24 mars 1603, 18 octobre 1604, 14 janvier 
1614, 5 septembre 1624, 24 janvier 1632, 16 avril 1647, 21 septembre 1617, 
21 janvier 1618, 21 juin 1682, 12 mars et 7 septembre 1695, 20 janvier et 
11 février 1702, qui sont des lettres patentes accordées à l'appellant et 
l'arrest d'enregistrement d'icelles ; toutes ces pièces ne sont point de 
preuve en faveur de la partie adverse, elles ne disent rien autre chose 
sinon que le Roy permet aux Juifs d'Alsace d'avoir un Rabin pour faire 
les mesmes fonctions que celuy de Mez, elles confirment les Rabins qui 
ont esté nommés par ces mesmes Juifs et enfin ces mesmes pièces confir- 
ment et authorisent le privilège qui a esté donné aux Juifs de Mez par 
Mons r le duc de la Vallette le 1 er septembre 1624. Il faut donc examiner 
la teneur de ce privilège, qui est le seul titre que l'appellant puisse avoir, 
ce Gouverneur de province accesde auxdits Juifs le pouvoir de faire 
décider, juger et terminer tous les differens, qui peuvent naistre entre 
eux touchant leur Religion et police particulière en cas civil seulement, 
voila la jurisdiction de l'appelant limitée et bornée au fait de la Religion 
des Juifs et de leur police particulière, il est visible que ce titre ne 
donne aucune jurisdiction aux Rabins des Juifs, soit contentieuse ou autre. 

Le second moyen de la partie adverse est fondé sur deux décrets du 
s r de la Grange cy devant Intendant en cette province par luy rendus sur 
deux requestes que les Juifs de la province lui avoient présentées; le 
premier de ces décrets est du 30 avril 1685, par lequel il ordonne que les 
differens qui naissent entre les Juifs, de quelque nature qu'ils puissent 
estre, seront réglés et terminés par leur Rabin, faisant deffenses au 
s r Scherer Bailly de la ville mesme d'en prendre connoissance en aucune 
manière, à peine de nullité des jugements, quiserontpar luy rendus, pour 
raison des differens a la reserve du fait de police; le second décret est du 
17 juin 1694 par lequel il est deffendu a tous les Juifs establis dans tous 
les lieux de la Basse Alsace généralement quelconques de se servir d'autre 
Rabin que de celuy qui a esté establi à Brisach par les Juifs de la Haute 
Alsace pour régler et terminer les differens, qui surviennent entre eux de 
même que ce qui se pratique à Mez. Le premier décret comme injuste a 
esté cassé par un Arrest du Conseil d'Estat obtenu contradictoirement par 
ledit M r Scherer, parce que Mons r de la Grange en sa qualité d'Intendant 
estoit establi pour exécuter les ordres du Roy et non pas pour attribuer 
une jurisdiction a des gens qui n'en ont point et qui n'en peuvent point 
avoir sans blesser le christianisme ; le second décret ne donne aucune 
jurisdiction aux Juifs, il est conforme aux dites lettres patentes, arrests 
d'enregistrement et privilège. Ainsi l'appellant a tort de se servir de ce» 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

deux décrets. Ce second moyen est encore fondé sur un décret rendu 
par Mons r de la Houssaye le 12 aoust 1700 au bas d'une requeste a luy 
présentée par les Juifs de cette province, par lequel il est ordonné que 
tout ce qui estoit réglé par le Rabin de juif a juif conjointement avec les 
préposés, seroit exécuté, ce décret n'est point encore favorable a la partie 
adverse, car outre qu'il n'y a que le souverain qui puisse attribuer une 
jurisdiction contentieuse, c'est que ce décret se rapporte aux susdites 
lettres patentes et privilège. 

Le troisiesme moyen est fondé sur une délibération des Juifs de la 
province du 16 novembre 1700 qui est la pièce la plus insolente qui ait 
jamais esté faite et demenderoit d'estre bruslée publiquement, car par 
icelle les dix juifs attribuent a l'appellant tout pouvoir, autborité et juris- 
diction, mesme ils deffendent a tous Juifs de contredire ces jugements et 
de se pourvoir contre iceux, cette pièce ne mérite que l'indignation du 
conseil, en effet ces misérables peuvent ils attribuer unejurisdiction, eux 
qui n'en ont point, ne sait on pas qu'il n'y a que le souverain qui le 
puisse faire, et peuvent ils deffendre de se pourvoir contre les jugemens 
de leur Rabin, n'est ce pas donner atteinte a l'authorité du conseil, ou 'est 
le chrestien assés hardy, qui oseroit faire une pareille délibération et les 
Juifs ce faisant impunément, et encore se servent ils de cette pièce pour 
establir la jurisdiction de leur Rabin. 

Le quatriesme moyen est fondé sur un certifficat du Lieutenant Général 
du presidial de Mez, ce certifficat ne parle que de jugemens rendus sur 
faits de la Religion des Juifs et non pas sur des affaires civiles conten- 
tieuses, ainsi il ne peut servir de rien a l'appellant, d'autant plus que ce 
certifficat ne peut point renverser les lettres patentes de sa majesté, le 
privilège de Mons r le duc de la Vallette, la disposition du droit escrit 
et le christianisme. 

Enfin le cinquiesme et dernier moyen est fondé sur le sentiment des 
autheurs, mais l'inthimé soutient, qu'il n'y en a pas un qui donne une 
jurisdiction contentieuse aux Rabins, ils disent seulement, que lesquels 
Juifs les choisissent pour arbitres, ils peuvent juger en cette qualité, de 
sorte qu'il demeure pour constant que la partie adverse n'a aucuue juris- 
diction contentieuse n'y autre. 

Le second principe est que les Juifs doibvent estre jugés suivant les 
lois Romaines non seulement pour les affaires civiles et contentieuses, 
mais encore pour ce qui concerne la superstition de leur Religion, suivant 
la disposition dela8.au code de judaeis et coelicolis, judaei communiiure 
Romano viventes in his causis, quae tam ad superstitionem eorum quam 
ad forum et leges ac iura pertinent, adeo solemni moreiudicia omnesque 
Romanis legibus conférant et excipiant actiones, le droit escrit et le droit 
naturel de la province, ainsy cette loy y doibt estre observée tandis 
qu'elle n'est point abolie par la volonté contraire du prince, et par consé- 
quentles Juifs doibventcstrejugéssuivantla disposition desloix Romaines. 

Le troisiesme principe est, qu'il est libre aux chrestiens en matière 
civile et contentieuse de choisir des arbitres, ou bien de se pourvoir par- 



SAMUEL LÉVY, KAliBIN ET FINANCIER 87 

devant les juges ordinaires, les juifs ont par conséquent cette mesme 
liberté, car on deffit l'appellant de faire voir en aucune manière, que 
cette liberté leur soit osté, d'où il suit qu'il estoit libre aux susdits deux 
juifs particuliers de choisir l'inthimé pour .., et en cette qualité il a esté 
en droit de décider de leur différent sauf l'appel au conseil, et pour l'avoir 
fait il n'a mérité aucune peine, comme le soutient mal a propos Alexan- 
dre Doderlé et quelques autres juifs par leur certiffieat du 28 juin 1702 
qui est une pièce fabriquée aussi bien que la prétendue procuration 
donnée par Pinthimé audit Alexandre, de ceux (?) il requeste encore que 
l'appellant ne peut point prétendre la qualité d'arbitre né et universel de 
tous les ditferens des Juifs, car dès ce moment sa jurisdiction ne seroit 
plus volontaire, mais elle serait contentieuse. 

Ces trois principes ainsi posés il est aisé de faire voir que le Rabin est 
mal fondé en son appel, en effet il a décerné les bannissemens en question 
contre l'inthimé a la réquisition d'aucune partie, il l'a fait de son propre 
chef, parla il a outragé le produisant, ainsi il se voit en droit de se pour- 
voir contre luy pardevant le Bailly de Ribauvillé, qui est le juge naturel 
de l'appellant, car il n'a point ses causes commises au conseil, d'ailleurs 
l'inthimé n'a point interjette appel du premier bannissement, il a seu- 
lement formé opposition contre iceluy, ainsi la procédure estoit dans les 
formes, mais il est inutile de s'arrester a cette formalité, puisque le con- 
seil est saisi par appel du fond, c'est a dire delà validité ou invalidité des 
bannissemens, dont est question. 

Il est encore aisé de faire voir, que le Rabin est mal fondé en sa demande, 
il demande la restitution du compromis en question, jammais prétention 
n'a esté plus extraordinaire, ce n'est point luy qui a passé ce compromis, 
il n'y a aucun interest directement n'y indirectement, ne voit on point, 
qu'il estsans qualité, et qu'il n'y a point parties, qui l'ont fait, qui peuvent 
le repeter. L'appellant prétend que le compromis et la sentence arbitrale 
ont esté annullées par les parties intéressées, et qu'elles l'ont requis 
d'ordonner a l'intimé de rendre ce mesme compromis suivant l'acte du 
5 e juillet 1702, cet acte est fabriqué et fait du depuis l'appel, la seule 
lecture d'iceluy le fait cognaistre ainsy, il est supposé à respect, que les 
parties intéressées ayent jamais répété ce compromis, mais quand elles 
l'auraient fait, cela n'authoriserait point la demande de la partie adverse, 
en effet les parties luy ont demandé en qualité de juge, il devoit rendre 
sa sentence la dessus, et c'estoit a elles a en poursuivre l'exécution et le 
bien jugé, de mesme que lors qu'une partie forme une demande pardevant 
un juge inférieur, c'est a elle a la poursuivre pardevant un juge supérieur, 
d'où il suit, que les parties qui ont fait le compromis en question, sup- 
posé qu'elles ayent demandé a l'appellant, dévoient aussy le demander 
en cause d'appel, mais l'intimé soustient que les parties mesmes ne peu- 
vent point le demander, car ce compromis doivt rester pardevant les 
juges arbitres pour leur décharge, ainsy cette demande est tout a fait 
injuste, d'autant plus que suivant les ordres des officiers de la chancelle- 
rie ce compromis a esté remis a M r Bartman le Baillif. 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

A lYsgard de deux requestes du produisant, par la première d'icelle, 
il demande d'estre receu opposant à l'exécution de l'arrest obtenu par 
requeste par le Rabin, qui ordonne que le compromis en question luy 
seroit remis, cette requeste dépend de la décision de la demande formée 
par la partie adverse. Par la seconde requeste il demande d'estre receu 
appellant des bannissements en question, et a ce qu'ils soient déclarés 
nuls ; les fins de cette requeste sont justes, car il est très constant que 
pour des affaires civiles et contentieuses le Rabin ne peut pas mettre un 
Juif dans le ban, cela ne souffre pas la moindre difficulté, et l'appellant 
ne pourra par aucun endroit faire voir le contraire, or dans le ban pré- 
sent il s'agissait d'une matière purement civile, scavoir de la représenta- 
tion d'un compromis, ainsy il ne pouvoit point mettre l'Intimé dans le 
ban, d'autant plus que les juifs doivent estre jugés suivant la disposition 
des lois romaines et de mesme que les Chrétiens, celte nation malheu- 
reuse doibt regarder cela comme une grâce particulière, or parm y les Chres- 
tiens on ne se sert point de l'excommunication pour matière civile. 

L'appellant objecie que l'Intimé luy a manqué de respect, c'est pour- 
quoy il l'a mis dans le ban, le contraire est prouvé par l'exposé de sa 
propre requeste du 12 e juillet dernier, mais supposé que cela soit 
véritable, neantmoins son procédé seroit injuste, en effet, en ce cas il 
n'auroit eu que la voye ordinaire, c'est a dire d'intenter son action en 
réparation d'honneur, et il ne luy estoit pas permis de se servir de ce 
remède violent pour se faire justice luy mesme, de mesme que lorsqu'un 
Chrestien injurie un Ecclésiastique, on ne le met point dans le ban, mais 
l'injurié a la voye de se faire rendre justice, il ne faut pas que les Juifs 
soient d'une condition plus heureuse que les Chrestiens. L'Intimé sous- 
tient qu'il n'a point injurié l'appellant et qu'il ne luy a point manqué de 
respect, que s'il a esté mis dans le ban ça a esté, pour avoir refusé de 
remettre a la partie adverse le compromis en question, ou pour mieux dire 
l'impossibilité dans laquelle il a esté de le remettre. 

D'ailleurs, la Jurisdiction de l'appellant est contentieuse ou volontaire. 
Au premier cas, son procédé est entièrement irregulier, car les pariies 
intéressées dévoient faire assigner l'Intimé pardevant luy, pour se voire 
ordonne)* a leur remettre le compromis en question, la dessus, l'appel- 
lant devoit rendre une sentence, de laquelle il auroit esté libre aux 
parties d'interjetter appel, mais auparavant le baillif des lieux devoit 
permettre l'exécution d'icelle, car il est plus que certain que la sentence 
d'un Rabin ne peut point estre exécuté selon (sans) la permission du juge 
Chrestien, ce qui fait cognaistre que les Rabins ne sont que juges 
arbitres, de sorte que, soub prétexte que l'intimé a refusé d'exécuter ses 
ordres ou sa sentence verbale, il ne pouvoit point le mettre dans le ban, 
ny luy faire porter aucune peine, de mesme que les Chrestiens ne sont 
point punis pour l'inexécution d'une sentence. 

Au second cas, tout le procédé de l'appellant est nulle de toute nullité, 
en effect, n'ayant qu'une jurisdiction volontaire les parties interressés ne 
pouvoient point se pourvoir pardevant luy pour la représentation du 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 89 

compromis en question, a moins que les deux parties n'eussent été 
consentantes, car de ce moment qu'une des deux parties ne veut point 
reconnoistre le Rabbin, il faut que la difficulté soit portée pardevant le 
juge ordinaire, il est constant que l'Intimé dans ce cas n'a point voulu 
reeognaistre l'appellant, d'où il suit que celuy cy ne pouvoit prendre 
aucune coynaissance de ce differens, il devoit renvoyer les parties parde- 
vant le Baillif, supposé qu'il y ait eu des parties, d'où il suit encore, qu'il 
ne pouvoit rien ordonner, ny encore mettre l'intimé dans le ban; ainsy 
tout ce qui a esté fait par l'appellant est nul de toutte nullité et doibt 
estre déclaré tel a moins de luy attribuer une jurisdiction contentieuse, 
cela fait voir que le produisant est bien fondé dans les conclusions de 
cette requeste d'autant plus qu'il pose un fait et offre de justiffier par les 
Juifs, que les loix judaiques et l'usage observé parmis eux veulent 
expressément que lorsque le juge Chrestien est saisi d'un différend, que 
le Rabin ne peut plus prétendre de cognaissance, il est certain que la 
chancellerie de Ribauvillé estoit saisi du différend agité entre les parties 
avant le Rabin, par ce conséquent il ne pouvait plus rien ordonner la 
dedans, ny encore moins de se servir de ce remède violent, pour s'ériger 
en petit maistre et s'attribuer une jurisdiction qu'il n'a point et qu'il 
serait honteux pour le Christianisme de luy souffrir. 

L'Intimé finit en suppliant le Conseil de faire une reflexion, que cette 
instance est d'une très grande conséquence, car si le procédé de l'appel- 
lant est approuvé, il s'érigera en juge souverain et on ne pourra jamais 
appeller de sentences arbitrales qu'il rendra, car de ce moment que la 
partie condamnée refusera d'exécuter la sentence il se servira de ce 
remède violent et mettra celuy qui voudra en appeler dans le ban, de 
sorte que par ce moyen ces sentences passeront toujours en forme des 
choses jugées, cependant de touttes les sentences rendues par les juges 
arbitres ou ordinaires, on peut appeller, et pourquoy nepourroit on pas le 
faire d'une sentence rendue par un Juif; pour ces raisons et autres a 
suppléer du droit et d'equitté l'Intimé espère de la Justice ordinaire du 
Conseil, qu'il luy adjugera ses fins et conclusions par luy prises cy dessus 
dans lesquelles il persiste. Signé Voegtlin. 



XVII 1 

Inventaire de Production que met et baille par devant vous nos seigneurs 
du conseil Souverain d'Alsace Messire Christian prince de Birckenfeld 
demandeur en requeste afin d'intervention contre Samuel Levy Rabin des 
Juifs de la haute et basse Alsace appellant et deffendeur en intervention. 

Pour satisfaire a l'arrest du 24 e décembre dernicrpar lequel sur l'appel 
interjette par le Rabin les parties sont appointées au conseil et sur sa 
demande en intervention en droit et joint. 

1. Arch. dép. de Colm. E. 1627, 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Et obtenir a ce qu'il plaise au conseil recevoir monsieur le prince de 
Birkenfeld partie intervenante en la cause dudit Rabin et Moyse Jacob Juif 
ayant égard a son intervention et y faisant droit luy donner acte de ce qu'il 
prend formellement le fait et cause de Barouch WeilJuifsur la demande 
dudit Samuel Levy, en conséquence sans s'arrester a icelle maintenir 
Monsieur le prince en la possession ou il est tant par luy que par ses 
autheurs depuis plus de trois siècles d'establir un préposé des Juifs dans la 
ville deRibauvillé et comté de Ribaupierre pour la conservation de ses 
droits, faire deffenses audit Levy et a tous autres Juifs de l'y troubler et 
pour Favoir fait le condamner en ses dommages interests et aux dépens, 
le recevoir en tant que besoin seroit opposant a l'exécution de l'arrest 
surpris sur requeste par ledit Levy en ce qu'il ordonne quele compromis 
dont il est question luy sera remis en main. 

A ces fins et pour y parvenir produit premièrement les Lettres 
patentes de l'empereur Louis IV données à Nuremberg le vendredy 
des quatre temps et le mardy de la semaine sainte de la même année 
1331 par lesquelles il engagea Jean de Ribaupierre les Juifs A. 

2° Jugement de la Régence de Ribauvillé du 5 juillet 1702, par lequel 
il est ordonné à Moyse Jacob de remettre au greffe dud. Rib. le compromis 
passé entre Scheullen et Joseph et de se pourvoir par devant les Juges 
contre le Ban prononcé contre luy par le rabin B. 

3° Arrest sur requeste par le dit Rabin le 12 juillet dernier quile receoit 
appelant de la permission d'assigner décernée par le Bailly de Ribeau- 
villé et par laquelle requeste il conclue a ce que deffense soit faite 
audit Barouch Weil de prendre la qualité de préposé des J. de Rib. . C. 

4° Requeste présentée par le prince par laquelle il prend le fait et cause 
dud. Barouch Weill D. 

5° Arrest du conseil d'Estat obtenu par M. Scherer en 1698 contre les 
Juifs qui prétendoient que led. Scherer ne pouvait connaître des diffé- 
rends des Juifs E. 

6° Copie des provisions de préposé données à Barouch Weill le 19 
décembre 1699 F, 

7° Escriturcs deMons r le prince G. 

8° Sommation de fournir de contredits H. 

9° Le présent inventaire. (15 mars 1703 J. 

Signifié à M c Nithard et a M Klein ce lîi e mars 1703. 

Gallinger. 

Escritures que met et baille pardevant vous nos Seigneurs du Conseil 
Souverain d'Alsace Messire Christan palatin prince de Birkenfeld deman- 
deur en requeste a fin d'intervention contre Samuel Levy Rabin des Juifs 
delà haute et Basse Alsace appellant et deffendeur en intervention l . 

Pour satisfaire a l'arrest du vingt quatriesme décembre dernier par 
lequel sur l'appel interjette p*vr le Rabin les parties sont appointées au 
Conseil et sur la demande en intervention en droit et joint. 

1. Arch. dep. CoJmar E. 1627. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 91 

Et obtenir ace qu'il plaise au conseil recevoir Mons r le prince de Bir- 
kenfeld partie intervenante en la cause d'entre ledit Rabin et Moyse Jacob 
ayant égard a son intervention et y faisant droit luy donner acte de ce 
qu'il prend formellement le fait et cause de Barouch Veil Juif sur la demande 
dudit Samuel Levy;en conséquence sans s'arrester a icelle maintenir 
Mons r le Prince en la possession ou il est tant par luy que par ses autbeurs 
depuis plus de trois siècles d'établir un préposé des Juifs dans la ville de 
Ribauvillé et conté deRibaupierre pour laconservation de ses droits, faire 
deffenses audit Levy et a tous autres Juifs de l'y troubler et pour l'avoir 
fait le condamner en ses dommages interests et aux dépens, le recevoir 
en tant que besoin seroit opposant a l'exécution de l'arrest surpris sur 
requeste par ledit Levy en ce qu'il ordonne que le compromis dont est 
question luy sera remis en mains. 

A ces fins et pour y parvenir le demandeur représente au Jconseil que 
le Rabin ne pouvoit paroistre avec plus de présomption qu'il a fait dans 
cette cause soit a l'audiance soit dans ses escritures, il a extraordinairement 
relevé la sainteté de sa religion non seulement par rapport a ce qu'elle 
estoitil y a deux ou trois mille ans mais il a voulu que cette mesme sain- 
teté en soit encore inséparable aujourd'huy, il veut de plus s'attribuer 
une authorité despotique et souveraine, il prétend disposer en maistre et 
estre en droit de se faire obéir parles Juifs comme s'il estoit leur souve- 
rain et qu'il vécut encore dans cet ancien temps ou le peuple Juif n'avoit 
point de Roy estoit soubmis entièrement au Gouvernement des Juges qui 
en avoient la conduitte. 

Encore y a-t-il cette différence a faire que les juges n'etoient point souve- 
rainsny absolus et indépendants comme le Uaby prétend estre, ils donnoient 
leur jugement sur les difficultez qui se presentoient mais lorsqu'elles 
estoient trop épineuses, que leur lumière estoit trop bornée pour en décider, 
alors le peuple avoit recours aux prestres, leur décision estoit une loy sou- 
veraine qu'il falloit suivre a peine de mort; c'est ce que nous voyons dans 
le chp. 17 verset 8 et ss, mais ce pouvoir indefiny n'appartenoit qu'aux 
preslres. Les juges n'avoient point cette authorité ny mesme approchante. 

On scait de quelle qualité estoient ces prestres de l'ancienne loy, ils ne 
dependoient point de l'élection du peuple, la naissance seule les eslevoit 
a cet illustre rang, il s'en manque bien que le Rabin d'aujourdhuy soit 
dans ce cas, il doit son élévation, s'il peut y en avoir, a la fantaisie des 
préposés des Juifs, il n'y est point entré par la voye ordinaire de l'an- 
cienne loy et on ne peut dire de luy qu'il soit prestre mais bien qu'il est 
simple Juge choisy par les Justiciables, encore suivant son aveu n'est-il 
autre chose que juge arbitre, il n'a point de jurisdiction contantieuse et 
enfin il ne peut prendre la qualité de prestre pour dire comme il fait 
qu'il est en droit déjuger souverainement et sans appel. Cette préten- 
tion est chimérique, plaine d'un orgueil insuportable dans des gens qui 
sont le rebut de tout le monde, qui portent un caractère de réprobation 
et qui dans toute la Terre sont considérez comme des bannis et exilez 
que l'on tolère plustost par compassion qu'autrement. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Que ce Rabbin efface de ses prétentions cette authorité souveraine, ce 
prétendu pouvoir absolu de juger ceux de sa loix sans appel sans qu'ils 
osent se plaindre et sans qu'ils soient en droit de le faire, d'où auroit-il 
eu ce pouvoir luy qui reconnoit n'en avoir point d'autre que celuy que 
les autres Juifs luy ont donné de les juger et de connoistre de leurs dif- 
férons. 

Ce pouvoir qui est porté par le résultat judaïque du 16 e novembre 
1700, lequel il a produit sous la cotte E. qu'il ne se donne point les qua- 
lités qu'il usurpe dans le préambule de sa pièce d'escritures, qu'il se 
contente de ce qu'il dit vers la fin qu'il n'est que juge arbitre choisy et 
estably par les préposez des Juifs et confirmé par lettres patentes de Sa 
Majesté. 

Cela estant, comme il n'en faut pas douter, il ne peut en aucune 
manière empescher Monsieur le prince de Birkenfeld d'avoir un préposé 
des Juifs pour sa comté de Ribaupierre, il en est Seigneur haut justicier, 
moyen et bas, personne ne partage sa jurisdiction avec luy et le Rabin 
bien moins encore que d'autres. 

Ce droit est juste et favorable, il est émané de Louis 4 e empereur qui, 
en 1331, engagea a Jean de Ribeaupierre, auteur de Monsieur le prince 
palatin de Birkenfeld, les Juifs qui appartenoient a l'empereur et a l'em- 
pire et qui estoient establis dans les villes de Ribauvillé ou qui s'y esta- 
bliroient dans la suitte pour en jouir par ledit Jean de Ribaupierre et 
ses successeurs, de la mesme manière et en tout droit de propriété que 
l'empereur en pouvoit jouir, depuis ce temps les comtes de Ribeaupierre 
ont toujours eu des préposés des Juifs de leur comté, ces préposés en ont 
fait toutes les fonctions sans opposition et sans trouble. L'avant dernier 
qui fut establi estoit le nommé Jakle dont la fille a épousé le fils d'Alexan- 
dre Doteriez. Barouch Veil a succédé a celuy cy et la jalousie et l'envie 
ont porté un des principaux Juifs a tacher de le détruire, n'ayant pu en 
venir a bout, ce Juif fit présenter une requeste sous le nom collectif de 
la communauté des Juifs, sur un faux exposé il obtint arrest portant 
défense a Barouch de prendre la qualité de préposé. Monsieur le prince 
présenta sa requeste affin d'opposition, il prit le fait et cause de Barouch. 
Les principaux Juifs donnèrent une déclaration qu'ils n'avoient point de 
part a l'instance et celuy qui en avoit esté l'instigateur suppplia Mon- 
sieur le prince de ne plus faire de poursuittes l'assurant que son préposé 
seroit tranquile a l'avenir, qu'on ne l'inquieteroit plus et que l'on le 
laisseroit jouir paisiblement des attributs de sa fonction. Monsieur le 
prince, par sa bonté naturelle, défera a ses prières, il n« fit faire aucune 
poursuitte, Baruch Veil jouit paisiblement jusqu'à l'année dernière qu'il 
a esté troublé a l'occasion que l'on va le dire. 

Seheulen et Joseph, tous deux Juifs, ayant difficulté ensemble passè- 
rent un compromis par lequel ils nommèrent pour arbitre Moyse Jacob 
et Samuel Werth, avec promesse d'acquiescer a leur jugement sous peine 
de cent ducats payables par le contrevenant, un tiers au profit du Roy, 
un tiers au profit de Monsieur le prince et le dernier au profit des pau- 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 93 

vres de la sinagogue. Les arbitres jugèrent, et après le Uabin fâché que ce 
compromis luy eut osté des espices ou vacations ordonna a Moyse Jacob 
de luy remettre le compromis. Barouch luy fit deffense de le remettre a 
peine de vingt escus d'amande et luy ordonna de s'adresser à la chan- 
cellerie de Ribauvillé. 

Moyse fit récit de la chose au Rabin, il entra en fougue sur ces def- 
fenses, fit commandement a Jacob de luy remettre sur le champ, ne 
l'ayant pu faire a cause des defïenses, le Rabin le mit au ban de la sina- 
gogue. Moyse Jacob en donna avis aux officiers du demandeur par leur 
décret du cinquiesme Juillet 1702, ils luy ordonnèrent de remettre le 
compromis au greffe de Ribeauvillé et de se pourvoir pardevant les juges 
des lieux contre ce ban de la sinagogue, il a satisfait a ce décret. Le 
Rabin assigné a demandé d'estre receu appellant de la permission d'assi- 
gner, il a pris pour trouble les deffenses de Barouch et conclu a ce que 
deffenses luy soient faites de prendre la qualité de préposé des Juifs, il a 
obtenu arrest qui permet d'assigner et ordonne par provision que le 
compromis sera remis audit Rabin. Monsieur le prince a présenté 
requeste, il a pris le fait et cause de Barouch et la cause portée a l'au- 
diance, les parties ont esté appointées, le Rabin agite trois questions 
qui sont importantes à Monsieur le prince de Birkenfeld, la première est 
de dire que les Juifs n'avoient pu nommer des arbitres, voulant insinuer 
par la que la peine de cent ducats etoit nulle, et Monsieur le prince de 
Birkenfeld dans l'interdit de la pouvoir demander. Cette proposition est 
un paradoxe étrange et injuste tous les plaideurs peuvent nommer des 
arbitres, passer des compromis, stipuler des peines contre le contreve- 
nant. Cette maxime est authorisée par les loix et par les Ordonnances, 
par l'usage de tous les estats et surtout parmy les Juifs. Le fameux Léon 
de Modene, tant cité par l'appellant dans son traité des cérémonies des 
Juifs le dit particulièrement, la loix 8° au cod. de Judeis et caelicolis 
nous apprend que les juges des Juifs ne sont que de simples arbitres, 
nous voyons mesmes que dans l'escriture sainte les arbitres n'estoient 
point inconnus, il en est parlé dans l'exode, chap. 21, vers. 22. 

Cela estant, comment ce Rabin voulait-il que ces Juifs ne peussent 
compromettre et par quelle raison soutenir que Monsieur le prince ne 
pouvoit prétendre la peine qui avoit esté stipulée par le compromis 
puisque ces deux Juifs avoient pu le faire comme on l'a montré cy dessus. 

La seconde proposition est de dire qu'il n'estoit pas tenu de repondre 
par devant le Bailly de Ribauvillé et, neantmoins, il ne montre pas par 
ou ny en vertu de quoy il n'a point ses causes commises, il n'a ny carac- 
tère ny privilège pour ce sujet, par conséquent il est obligé de repondre 
pardevant le mesme Bailly. Monsieur le prince a encore interest pour la 
chose en ce que ce Rabin veut se soustraire de sa jurisdiction, on ne 
peut pas prétendre que les Baillys ne soient juges des Juifs et ne puissent 
connoistre de leurs differens lorsqu'il en est requis par l'une ou l'autre 
des parties, car s'il est vray, comme il n'en faut pas douter et qu'il est 
prouvé par la loix huit au cod. de Judeis et par l'aveu mesme du Rabi n 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que les Rabins ne soient que juges arbitres, il s'en suit que les parties 
peuvent renoncer au compromis et s'adresser au juge ordinaire, on ne 
peut douter de cette vérité après Tari-est fameux que maistre Scherer a 
obtenu contre la communauté des Juifs, le huitième Janvier 1698. La 
communauté pretendoit l'empêcher de connoistre des differens de Juif à 
Juif, elle pretendoit que le Habin estoit seul juge competant et neant- 
moins par arrest du Conseil d'Etat la communauté des Juifs futdebouttée 
de sa prétention, ordonné que Maistre Scherer, Bailly de la ville neuve 
jugeroit et cette communauté Judaïque condamnée en tous les dépens, 
Messieurs les conseillers d'Etat n'ayant point voulu avoir égard a ces 
décrets et aux ordonnances que le Rabin avoit rendu en grand nombre 
et qui sont mentionnez dans ce mesme arrest, qui prouve aussy que pour 
lors les Juifs avoientaussy un Rabin en Alsace. 

C'est errer que de dire comme fait l'appelant qu'estant juge arbitre on 
ne peut appeller de ses jugements ailleurs qu'en cours souveraine, cela 
est bon quand ses sentences sont dans les règles, qu'il y a un demandeur 
et un deffendeur qui ont bien voulu le reconnoistre pour juge, icy il n'y 
en avoit point, il a jugé sans estre requis il a esté juge et. partie, car pas un 
Juif ne luy avoit demandé la restitution du compromis bien moins encore 
que Moyse Jacob fut mis au ban de la sinagogue, ainsy le Bailly a esté 
juge competant, il a pu le faire assigner, il pouvait connoistre du différent 
sans opposition et sans empêchement et la difficulté que le Rabin fait a 
cet égard ne vaut rien et vient d'une fausse délicatesse par laquelle il 
voudrait se soustraire de la Jurisdiction ordinaire. 

La troisiesme proposition est de dire que Barouch n'a pu deffendre a 
Moyse Jacob de rendre le compromis. L'appellant avoit contesté la qualité 
de préposé mais par ses causes et moyens d'appel il consent que Monsieur 
le Prince de Birkenfeld continue d'en avoir un comme il a tousjours eu 
et il y ajoute cette restriction que ce préposé sera pour les affaires de son 
Altesse purement et simplement. Monsieur le prince trouve cette proposi- 
tion choquante et injuste, il est Seigneur haut et justicier moyen et bas de 
la comté de Ribaupierre, il n'y a aucune autre jurisdiction que la sienne, 
ses officiers l'ont tousjours exercé en son nom sans contradiction, sans 
opposition, il a sur les Juifs de sa comté tous les droits que l'on peut 
avoir, non pas seulement un droit de protection comme les autres Sei- 
gneurs de la province l'ont sur les Juifs qui demeurent dans leurs terres, 
mais encore tous les droits que l'empereur et l'empire pou voient avoir. 
Cela est prouvé par les deux contrats de 1331, il a tousjours eu un préposé 
des Juifs qui a connu des differens en la manière qui est portée par la 
commission qu'il adonnée a Barouch le 19 e décembre 1699, tous les autres 
Seigneurs ont de pareils préposés, comme Monsieur l'Eveque de Stras- 
bourg, Monsieur le Comte de Hanau et autres. Les Juifs s'en font bien 
eux mesmes, cela parait par leurs propres pièces par le Résultat du 
16 e novembre 1700 cotté E, qui est celuy par lequel Samuel Levy a esté 
establi Rabin, par la sentence du 28 e juin 1702 cottée H, par la requeste 
présentée a Monsieur Le Pelletier de la Houssaye le 12 e aoust 1700 cottée J. 



Samuel lévy, rabbin et financier §5 

S'ils ont le pouvoir d'en faire, pourqtioy un Seigneur n'auroit il pas dans 
ses Terres. . . 

Ces malheureux Juifs pouront donner a une personne la qualité 
de Rabin et de Juge, le pouvoir de leur commander de jour et de nuit, 
leur donner tout pouvoir et jurisdiction entre autres celuy de condamner 
a des amendes, d'en appliquer la moitié aux Seigneurs des lieux et l'autre 
aux pauvres de leur Religion, et un prince ne pourra pas establir un pré- 
posé? Quelle raison d'inégalité et quelle disproportion de pouvoir y a-t-il 
entre un Seigneur qui outre sa haute Justice a encore les mesmes droits 
qui appartenoient a l'empereur et a l'empire et qui pourroient competera 
Sa Majesté par le Traité de Munster, et entre des vagabonds, des errants, 
qui ne sont que tolérés ? La seule pensée choque le bon sens. Il en est de 
mesme de la restriction que le Rabin veut faire que ce préposé soit seule- 
ment et uniquement pour les affaires de son Altesse, comme si cet homme 
estoit en droit de limiter et de borner le pouvoir de Monsieur le Prince. 
Ce n'est point que le demandeur prétende que son préposé prenne 
connoissance des affaires du Roy, il ne s'en est point mcslc et Monsieur 
le demandeur ne l'entend pas, aussy il en laisse la connoissance au Rabin, 
mais il soutient que son préposé doit continuer d'exercer la Jurisdiction 
comme il a fait jusqu'à présent, en quoy il n'y a rien d'injuste, sa qualité 
de Seigneur et de propriétaire des droits que l'Empereur et l'Empire 
avoient sur les mesmes Juifs ne laissent pas lieu de douter un moment 
du bon droit de Monsieur le demandeur. 

Quand cela ne seroit point il a la possession non pas de 20, de 30 ou de 
40 années mais d'un temps immémorial et mesme depuis 1331. Cela seul 
suftiroit pour establir son bon droit, on scait la faveur de la possession, 
elle vaut titre, elle vaut privilège. Mais a quoy bon tant etaller sa fer- 
veur contre un homme qui n'a ny titre ny possession, qui n'en peut avoir 
aucune, qui n'a mesme point de qualité pour cela. 

Ainsy estant prouvé que Monsieur le prince est en droit et en posses- 
sion d'avoir un préposé des Juifs de sa comté de Ribaupierre il est sans 
difficulté que ce préposé a pu faire les deffenses dont il s'agit. La chose 
regardoit les interests de Monsieur le prince, il estoit en droit d'en con- 
noistre suivant l'aveu mesme de Samuel Levy et d'ordonner comme il a 
fait, ainsy mal a propos l'appellant a pris pour troubles les deffenses et 
encore plus mal a propos a t-il conclu a ce que deffenses soient faites a 
Barouch Weil de prendre la qualité de préposé des Juifs de Ribauvillé. 
Monsieur le prince de Birkenfeld estoit obligé d'intervenir pour soutenir 
ses intérêts et son bon droit et la simple déclaration de l'appellant faite a 
contretemps et après coup ne peut parer de la condamnation que Ton 
demande contre luy. 

La prétendue révocation du compromis ne fait rien a la cause, elle est 
a ce qu'on dit du 5 e juillet, mais qui doute qu'elle a esté antidatée pour 
favoriser l'entreprise du Rabin contre la Raison et contre la Justice, quoy 
qu'il en soit, cette revocation ne peut rien faire a la cause, puisqu'elle n'a 
point esté signifiée a temps et qu'on en a eu connoissance seulement depuis 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'appel introduit au conseil et après que toutes les parties ont constitué 
procureur. 

D'ailleurs il parait que toutes les deftVnses faites parBarouch sont anté- 
rieures a cette révocation prétendue et ainsy elle n'est d'aucune consé- 
quence en la présente cause. 

On objecte encore que le décret des officiers de la chancellerie de Mon- 
sieur le prince de Birckenfeld est antidatlé par cedit Rabin, que le 5 e juillet 
n'estoit point encore mis au ban de la synagogue, il n'en a pourtant 
aucune preuve, car il faut observer qu'il n'a point mis par escrit la sen- 
tence par laquelle il le condamnoit au ban, ainsy il croit avoir bien aisé 
de déguiser la vérité, mais il se trompe, et il n'est rien plus facile que de 
le convaincre de mensonge, a cet égard il dit que ce Moyse fut mis au ban 
de la sinagogue tant pour luy avoir desobéy que pour avoir dit des paro- 
les injurieuses au Rabin, il paroit parce qu'il dit qu'aussitost après cette 
désobéissance et ces paroles injurieuses il prononça la peine du ban, 
c'est a dire qu'il la prononça dans le mesme instant sans donnera Moyse 
Jacob le loisir de se reconnoistre, il est prouvé par la pièce mesme du 
Rabin que cela s'estoit fait avant le 5 e juillet. Cette pièce est la prétendue 
revocation du compromis laquelle est dattée dudit jour 5 6 juillet et qui 
porte que pour lors Moyse Jacob avoit desjà désobéit et prononcé des 
paroles injurieuses, par conséquent le Rabin l'avoit desja mis au ban de 
la sinagogue et le décret de la chancellerie n'est point antidatté comme 
on le dit faussement (a respect), il n'y a point d'implicance du tout ny 
dans les dattes ny dans aucuns autres faits. 

Mais quand il y en auroit, ce qui n'est pas, cela n'empecheroit pas la 
Justice delà cause de M. le prince de Birkenfeld et que son Bailly ne peut 
connoistre du différend d'entre Moyse Jacob et Samuel Levy, puisqu'il 
est vray qu'en qualité de Rabin il n'est point juge en matière contentieuse 
mais seulement des affaires qui regardent la police et la religion des 
Juifs, sa jurisdiction n'est fondée que sur le privilège de M. le Duc de la 
Valette qui ne lui donne autre pouvoir que celuy la, on supplie le Conseil 
d'y faire attention. 

Le certificat que l'on a obtenu au presidial de Metz ne prouve pas d'avan- 
tage, il dit que l'on considère les jugements des Rabins non pas comme 
d'un juge ayant caractère, il y auroit beaucoup a dire sur cette pièce, on 
ne s'y arrestera pas et on supplira seulement le conseil d'observer que 
les Juifs en avoient produit au conseil d'Etat, il est énoncé dans l'arrest 
dont on a parlé cy devant un certificat des mesrnes juges et en mesmes 
termes et neantmoins le Roy en son Conseil d'Etat ne laissa pas de con- 
damner les Juifs, on espère que le conseil ne suivra pas une autre juris- 
prudence que celle que sa Majesté et son Conseil ont establit. 

Enfin Monsieur le Prince de Birkenfeld est en droit et possession 
d'establir un préposé des Juifs de sa comté, il ne demande autre chose 
que d'estre maintenu dans la possession ou il est d'un temps immémo- 
rial. Ce préposé a tousjours fait les mesmes fonctions que celles que 
Barouch VVeil a fait, tout ce que ce dernier a pu faire ne regardoit autre 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 97 

chose que les interests de Monsieur le Prince de Birckenfeld, aussy le 
Rabin a eu tord de conclure contre luy, comme il a fait, et c'est trop tard 
qu'il déclare empêcher que Monsieur le prince n'ait un prépose. C'est 
une chose qui ne dépend point de son pouvoir, il n'est pas en droit de 
l'empêcher et il ne peut pas apporter la restriction et limitation contenue 
dans ses conclusions par ce que ce préposé doit jouir, comme ont t'ait 
tous ceux qui l'ont précédé dans cet employ. 

Au moyen de ces raisons et autres qu'il plaira au conseil suppléer de 
droit et équité le demandeur espère qu'il luy adjugera ses fins et conclu- 
sions avec dépens. 

Gammille. 

Signifié à M Klein et Nithard ce 15 e mars 1703. 

Gallinger. 

XVIII 1 

A Nosseigneurs du conseil souverain d'Alsace 

Supplie humblement Samuel Levy Rabin des Juifs de la haute et basse 
Alsace appellant deffendeur en opposition inthimé incidamt, et défen- 
deur en intervention contre Moïse Jacob Juif demeurant à Ribauvillé 
opposant et appellant et encore contre M r le prince de Birgenfeld demand r 
affin d'intervention, disant que loin que l'indignité avec laquelle on le 
traite dans les escritures luy fasse marquer quelque sentiment de ven- 
geance et de représailles, elle ne fait que redoubler la tranquilité avec 
laquelle il attend de la justice du cons 1 un arrcst qui impose dorénavant 
silence a la bouche rebelle et irreverente d'un homme qui en s'écartant 
comme il fait par ses escritures de son devoir confirme l'idée que le 
suppléant avoit donné avec modération de sa personne et autorisé la 
justice de deux différentes prononciations qui ont estées rendues contre 
luy p r le mettre dans le ban de la sinagogue, et au regard de M r le prince 
de Birgenfeld ou plustost de ceux qui abusent de son nom il regardera 
les invectives que ses escritures contiennent comme venantes de la mesme 
source et dictées par les mémoires qu'en a sans doute donné l'intimé qui 
a eu le secret de ménager a l'avantage du nom de M r le prince pour la 
rendre plus favorable mais qui néantmoins n'opérera rien iceluy n'ayant 
aucuns interest a la décision qui doit intervenir. 

L'on a commencé par une supposition dans le fait lorsque l'on a dit 
que les arbitres rendirent leur sentence arbitralle au contentement des 
parties qui les avoient nommées, pour connoistre le contraire il n'y a 
qua lire l'acte qu'ils donnèrent le 29 e may 1702 par leq. on verra que 
loing que ce soit un jugem* c'est une simple déclaration de sentiment et 
non pas une prononciation cet acte portant, de plus que quand les parties 
se pourvoiroient par devers le Rabin qu'elles seroient jugées de mesme 
qu'ils le déclaraient, circonstance qui justifie qu'ils reconnoissaient d'eux 
la nécessité d'aller pardevant le Rabin suivant et conformément à l'usage 

1. Arch. dép. de Colmar E 1627. 

T. LXVIH, N° 133. 7 



98 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

particulier entre eux et générale dans touttes leurs communautés. Joint 
à cela que ce compromis et ce qui pouvoit s'en cstre ensuivy a esté révo- 
qué par toutes les deux parties qui sont venus trouver le rabin p r se le 
faire rendre par celuy qui en estoit chargé, a quoy les parties avoient 
d'autant plus dinterest, que quoyquc la revocation qui en avoit estée 
faite eut deu mettre hors d'estat de pouvoir de la part de la seigneurie 
estre demandé le tiers de la paine, il y avoit lieu de craindre que le pro- 
cureur fiscal homme vigilant et curieux d'amande ainsy que l'on le voit 
tous les jours en des cas plus innocents ne forme la demande pour raison 
du tiers de cette peine stipulé par les parties; aussy voit on bien par 
les conclusions de la requeste que l'on a présenté soub le nom de M r le 
prince que l'on a cela en vue puisque l'on demande d'estre reçeu oppo- 
sant a l'arrest qui ordonne que le compromis sera rendu, on voit encore 
quel est le motif qui fait retenir ce compromis par l'acte de deffenses et 
du prétendu dépôt qui en a esté fait en la chancellerie duquel le con 1 est 
supplié de prendre lecture p r connoistre aussy que Baruch Veil ne se 
reconnoissoit competant que pour les droits de la Seigneurie qui est la 
seule qualité qu'il peut avoir. On juge encore que l'on veut avoir cette 
peine par les escritures de M r le prince lorsqu'il parle de la première des 
trois questions qu'il propose, il y a encore a réfléchir, sur cette requeste 
d'intervention que Barouch Veil n'etoit point assigné et ainsy que mal 
aproposlonen a pris le fait et cause, en second lieu que ce qui adonné occa- 
sion a la contestation présente et aux irrévérences par lequel l'intimé a 
esté mis a ban c'a d'abord esté la restitution du compromis a lequel 
Baruch Veil ne devoit prendre aucuns interests car il faut considérer que 
quand dans le droit Baruch Veil seroit celuy qui devoit rendre la Justice 
aux Juifs, ce qui n'est point et qui seroit contre ce qui s'observe générale- 
ment dans toutes les sinagogues, iceluy n'ayant pas été requis par les 
parties de faire rendre ny retenir le compromis, il ne pouvoit s'immiscer 
ni faire d'office des deffenses a Moise Jacob qui convient luy mesme par 
ses escritures qu'il vouloit exécuter l'ordre du Rabin rendre le compromis 
et qu'il alloit a cet effet le chercher ; le suppléant ne rapporte pas cette 
dernière circonstance comme étant véritable dans le fait car bien loin que 
Moise Jacob eut voulu remettre ce compromis il a insulté le Rabin et 
s'est echapé en irreverance contre la loix sur les remontrances qui luy 
estoit faittes mais il s'en sert pour faire voir que dans les déclarations 
mesme des parties adverses quoy que fausses on peut en tirer davantage. 
La chancellerie de Ribeauvillé n'avoit encore point fait de deffenses et 
ce ne fut quapres le Ban prononcé ce qui est facile a connoistre par l'acte 
mesme donné parla chancellerie qui examiné dans son énonciation fait 
juger qu'il est suspect en la datte pour ne pas dire plus puis qu'il parle 
de chose qui ne devoit pas encore estre arrivée lors d'iceluy, le suppliant 
a remarqué dans ses premiers escritures les différentes raisons de suspi- 
tion il suffit seulement dans cet endroit de se servir de cet acte p r justif- 
fier que le Ban estoit desjà prononcé avant les deffences puis qu'ils por- 
l-nt que l'on se pourvoira devant le juge ordinaire de premier instance 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 99 

p r raison dudit Bannissement, ces termes de première instance dénotent 
encore que Ion a voulu faire quadrer ces deffences a la procédure 
que Ion avoit effectivement desia commancé en premiereinstance, ce n'est 
point dans la veue d'interest ny d'épices ny en ayant point entre eux que 
le suppliant a prononcé les bans dont on se pleint, cest pour soutenir son 
employ et pour sacquitter de son devoir de directeur et supérieur des 
Juifs qui ne luy permettoit pas qu'un de ceux qui compose la sinagogue 
s'eehapa impunément en sa présence a des irreverances envers les loix 
et envers luy mesme car il faut considérer que c'est principalement le 
motif qui a fait agir, aussy le second ban n'a pour fondement que de nou- 
velles plaintes auxquelles ce Moise Jacob donna lieu et que le secret que 
doit le suppliant a son ministère ne luy permet pas de publier; il n'y a 
dans le second Ban aucun interest civil de meslé, cest purement correc- 
tion de mœurs ou personne ne peut toucher. Autrement l'exercice de leur 
Religion dans laquel ils sont tolérés ne pouroit plus se faire, et l'on ver- 
roit tous les jours des mécontants et des refractairs ne pas se soucier de 
porter au tribunal en action l'appel d'une punition de faute qu'il n'auroit 
point eu honte de commettre a ce incité par l'espérance qui flatte aujour- 
dhuy Moise Jacob que la différence des mœurs et de Religion fera trou- 
ver impunité d'une faute qui souvent ne lest point parmy nous. 

Le premier des trois principes que pose l'inthimé principal est capta- 
toire et de pure cavillation l'appelant ne prétend pas avoir une iurisdic- 
tion, un tribunal ouvert et réglé comme sont ceux de sa Majesté et des 
seigneurs mais prétend avoir droit de juger entre Juif; il estfondé en titre 
et possession, sa possession est tant par luy que ses prédécesseurs soit en 
Alsace soit ailleurs ou il y a Rabin estably;ces faits sont incontestables les 
priyileges et lettres patentes produites dans l'instance y sont formels et 
quoy que l'on veuille equivoqucr sur les termes et dire que ce n'est que 
pour la religion et police particulière, il ne faut que lire pour voir que 
c'est pour les différends qui peuvent naitre en matière civile seulement 
le pouvoir du Rabin n'est pas borné au fait de Religion seulement d'ail- 
leurs icy il sagit de discipline et direverance surtout dans le second appel 
du second Ban. 

L'arrest intervenu au con 1 d'estat du Roy ne décide rien pour la con- 
testation présente; ce qui a fait tomber le décret de Mons r lintandant de 
la Grange est parce qu'il ny avait point de Rabin en titre et qui eut des 
lettres pattentcs comme l'appellant en a de sa majesté, ce qui est néces- 
saire pour pouvoir agir avec autorité puisque leur exercice n'est qu'une 
tolérance qui demande l'interprétation du souverain dont ils dépendent, 
sans quoy ils ne peuvent faire aucun acte valide quoy qu'il soit conforme 
au rituel qu'ils observent et a lusage gênerai de tous les Juifs. 

La délibération de la communauté des Juifs du 18 e novembre 1700 ne 
mérite point les termes d'aigreur dont on se sert, loin de mériter blâme 
elle doitestre louéedela soummission et de la subordination exemplaire 
que marque les Juifs pr leur supérieur; ce qu'il y a, cest de les plaindre 
de leur aveuglement et a mesme temps d'estre édifié de leur disposition 



100 REVUE DES ETUDES JUIVE 

de cœur et de leur obéissance, cette pièce ne contient autre chose que ce 
que leur usage authorise, et s'il estoit vray que les Juifs ne dussent avoir 
aucune espèce de Jurisdict n pourquoy Mons r prince de Birgenfeld sous- 
tient il que son préposé au Juifs doit continuer a exercer jurisdietion, ce 
sont les termes de ses escritures sur la fin. 

Le certifficat de notoriété de ce qui se pratique a Metz ne souffre pas de 
reponsse il explique quel est l'usage, lusage est interprétatif de la loix 
lorquelle est observée, ici il ny auroit pas lieu de douter car suivant les 
lettres patentes et les permissions donné par Mons r le duc de la Valette 
confirmée par sa majesté les Rabins ont pouvoir de terminer les diffé- 
rents qui naitront entre Juifs, en fait civil seulement. 

Le second principe posé par lintimé fait (?) pour lappellant, car il 
demande que Ion doit juger les affaires des chrestiens suivant leur usage 
et les coutumes establies entre eux l'on doit aussy en user de mesme 
envers les Juifs qui sont toléré par la bonté de sa Majesté dans leur loix 
et usages particuliers, ce qui estant le 3 e principe tombe puisque lusage 
des Juifs est de se faire un juge arbitre de toutes leurs affaires, chose qui 
na jamais esté en contestation nulle part. 

Quand a la procédure Ion ne pouvoit assigner le suppliant pardevant 
le juge de Ribeauvillé; l'on ne prétend pas cela pour avoir les causes 
comises au cons', il scait qu'il ne les a point, mais parceque supposé que 
Ion pourroit appeler de ses jugements ce devrait estre recto au cons' ce qui 
est expliqué suffisamment dans les causes et moyens d'appel, et on recon- 
noit la chose tant parce que l'on convient par les escritures que les Ra- 
bins sont arbitres que par le second appel d'un second ban. 

Et par la conclusion que l'on prend sur le premier cas p r soutenir de la 
part de l'intimé que l'on devait plaider en premier instance, il ne fallait 
pas qu'il conclut a ce que les bans fussent déclaré nulle, il auroit fallu 
uniquement conclure a ce que l'appellant fut mis au néant, l'appel nes- 
tant que de la permission d'assigner au fond le premier ban et le second 
sont bien et valablement édictés ; l'on ne répétera point les motifs, le 
su pliant ne peut estre dans l'obligation de révéler ce qui y a donné lieu, 
il suffit qu'il ait trouvé en sa qualité de Rabin des raisons suffisantes de 
mépris de la loix et de sa personne, le résultat des Juifs l'authorise a cela 
et l'usage sy rapportant et cela parce qu'ils n'ont point d'autres peines. 

Le parallelle que l'on fait à l'excommunication chrétienne et du ban 
de la sinagogue a la vérité a peu près semblable effect, on sen sert aussy 
contre nous lorsque le cas y echet en matière de religion comme dans le 
cas présent ou il y a correction de mœurs et discipline pour ainsy dire 
esclesiastique. 

La demande du compromis a esté faite a la réquisition des deux parties 
intéressées, ainsi l'objection cesse à cet égard et l'appel qui a esté interjette 
par Moise Jacob en premier instance n'est pas de ce qu'il a esté ordonné 
que l'on rendroit le compromis mais uniquement du ban prononcé. 

Quant à M r le prince de Birkenfeld l'on auroit pu soutenir qu'il ne 
pouvoit avoir de préposé aux Juifs, mais on s'est déjà expliqué que 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 101 

puisquil avoit assé de confiance a Ja nation p r se servir du ministre de 
quelqiuin dentre eux p r ses affaires que l'on ne l'en empêchait pas, 
mais il ne faut pas sous ce prétexte qu'il empêche l'exercice d'un 
ernploy que Sa Majesté veut bien donner au Rabin, il ne doit traverser 
un usage observé générallement partout, il ne doit pas supprimer la qua- 
lité et la fonction de Rabin, l'object est de juger les différends, il ne peut 
repondre a cela, car s'il ne peut empêcher qu'il y ait un Rabin c'est une 
conséquence nécessaire qu'il ne peut lempccher de juger estant un de 
ses attributs individuels, la veine ostentation de l'engagement des Juifs 
fait en 1331 par l'empereur Louis quatre a Jean de Ribeaupierre, fut 
lesclavage qui estoit autrefois en usages mais la France ne connoit point 
cela, c'est un pays de liberté et de franchise et quoyque l'Alsace ait esté 
à l'empire avant son heureuse réduction soub la domination de Sa 
Majesté, cependant on n'a aucun esgard à ces sortes de despendances 
entières et absolues, ce ne peut estre d'aucun autre effect que les rendre 
ses iuridiciables et non pas ses sujets, car il n'y a que le Roy qui ait des 
sujets, M r le Prince n'ayant aucun droit de souveraineté mais seulement 
le droit de jurisdiction, ce qui n'implique pas avec la prétention du 
Rabin, Mons r le Prince aiant touiour la juridiction sur eux en matière de 
police ou en matière criminelle ou mesme civille, quand un cretien y a 
interest, de mesme que dans la ville de Metz ou quoy que le Roy ou 
plustot la ville soub son bon plaisir soit haute moyenne et basse justi- 
cière sans part d'autruy, néant moins le Rabin ne laisse pas d'exercer son 
droit lorsqu'il y a procès de Juifs, la possession que l'on pose de temps 
immémorial d'avoir esté parle préposé par Mr le Prince juge des affaires 
des Juifs ne peut estre prouvé et Ton n'en peut rapporter d'exemple et 
ne s'accorderait pas d'ailleurs avec la premier instance que l'on veut 
attribuer au bailly, il faut encore faire cette attention que Mr le prince 
ne pourroit d'ailleurs sans la permission du Roy faire un nouveau degré 
de jurisdiction, son autorité ne devant pas avoir plus d'estendue que 
celle d'un seigneur de paroisse et a moins qu'il ne veuille briguer le titre 
de grand bailly a Baruch Veil, il ne peut réussir. 

Ce considéré, Nosseigneurs, il vous plaise donner acte au suppliant de 
ce que pour réponse aux contredits il employé ce qu'il a dit, escrit et 
produit cy devant et contenu en la présente requête et en jugeant luy 
accorder ses fins et conclusions et ferez bien. 

Signé : Keller Mathieu. 

Ayt acte et soit signiffié aux parties pour y repondre dans le temps de 
l'ordonnance fait a Colmar, ce 18 e juin 1703. 

TOUMET p r NlTHARD. 

Signifié et donné copie aucl. conseil de M r le prince de Birgenfeld, ce 
20 e juin 1703. 

Gallinger. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



XIX 1 

A Nosseigneurs du Conseil souverain d'Alsace, 

Supplie humblement Luc Barttman, bailly du conté de Ribeaupierre. 
Disant qu'il y a instance au Conseil entre le nommé Moyse Jacob, Juif et 
le Raby de la Communauté des Juifs en laquelle ce dernier prétend avoir 
droit de jurisdiction sur les différents de contestations qui arrivent entre 
les Juifs, a l'exclusion du suppliant, qui est juge en première instance sur 
les subjets de Sa Majesté dans le dit comté, ce qui l'oblige d'intervenir 
dans la cause qui est preste a juger, et pour moiens d'yntervention il dit 
que les Rabys n'ont aucune jurisdiction en matière civile ny criminel, 
qu'il n'ont authorité sur les Juifs que dans le for interne, mais qu'en 
matière civile et criminel ils n'en ont aucunes, que celle qui est arbi- 
traire aux Juifs lorsque d'un commun consentement, ils laissent la déci- 
sion de leurs différents a larbitrage de leur Raby, qu'il n'y a aucune loy 
ny ordonnance qui leur attribuent aucune jurisdiction, que l'usage y est 
encore contraire, puisque les Juifs ont esté obligez de se soumettre mal- 
gré eux à la jurisdiction des juges des lieux, qu il y a mesme arrest du 
conseil d'Etat rendu en pareil cas qui suprime un usage fondé sur labus 
et entreprise de jurisdiction, qu'enfin il faut considérer que les Juifs 
qui sont sous la domination du Roy sont ses subjects comme les autres 
particuliers, qu'ils luy doivent le serment de fidélité, et qu'étant une fois 
receus au nombre des autres subjects il importe aux juges des lieux de 
veiller a leur conservation aussy bien qu'a les punir lorsqu'ils commet- 
tent quelque dérèglement, mais que les Rabys n'ont aucune authorité de 
leur permettre ny de leur deftendre a quoy les autres subjects du Roy 
sont tenus. 

Ce considéré, Nosseigneurs, il vous plaise recevoir le suppliant partie 
intervenante en la cause d'entre le dit Moyse et le Raby desd. Juifs 
avant egart a son intervention et y faisant droit, sans s'arretter a l'appel 
interjette par ledit Raby, maintenir et garder le suppliant dans le droit 
et possession ou il est de juger les differans et contestations, tant en 
matière civile que criminel qui surviennent entre les Juifs, de mesme 
qu'il le fait entre les autres sujets du Roy dans ledit comté de Ribeau- 
pierre, et condamner ledit Raby aux dépens et pour le voir ainsy dire 
ordonner que les parties en viendront au premier jour et vous ferez 
bien. 

MlLLY. 



Viennent les parties a demain, fait à Colmar a la prem re Chambre du 
Conseil souverain d'Alsace, le einq e 7 hr0 1703. 

i. Arch. dép. de Colmar, E. 'l 627. 



SAMUEL LÉVY, RARBIN ET FINANCIER 103 

XX 2 

10 septembre 1703. 

A Nos Seigneurs du Conseil souverain d'Alsace, 

Supplie humblement Christian prince Palatin de Birkenfeld, deman- 
deur, afin d'intervention contre Samuel Levy, rabin des Juifs appellant et 
deffandeur disant que la modestie affectée de l'appellant a ne point 
repondre a ce que l'on a dit de sa nation et de sa religion est moins un 
effet de sa retenue et de sa modération que de l'impuissance ou le réduit 
la vérité des choses que Ion luv objecte, la manière dont il a fait plaider 
sa cause dément son silence, en effet, la nation Juife estoit une nation 
souveraine, une nation sainte exempte des moindres delfauts bien loing 
d'estre sujette aux crimes et aux vices c'est a quoy aboutissoit tout son 
plaidoyer, il fut mesme assez hardy que d'insulter ceux qui plaidoient 
les vérités dont il ne s*offence pas aujourd'hui, patience admirable dans 
un juif si elle procedoit d'un bon motif et si elle n'estoit pas l'effet de 
cette espèce de léthargie dans laquelle nous jette une vérité connue et 
establie dans tout son jour. 

Le suppliant a esté nécessité et contraint d'intervenir, on ne vouloit 
point qu'il eut un préposé des Juifs, le Rabin y concluoit par sa requeste. 
Ce préposé demembroit son authorité.C'estoit choquer sa vanité et atten- 
ter a ces droits Cette requeste a donné lieu a toute cette procédure, elle 
a contraint Monsieur le Prince de se plaindre. On ne peut nier qu'il ait 
eu raison d'agir puisque son droit est juste et bien establit, prouvé par 
pièces authentiques et par sa possession. 

Les titres sont les engagements de mil trois cent trente et un faits par 
un empereur, ils ont toujours eu leur effet, ils sont mesme confirmés par 
le traite de Munster, Sa Majesté s'estant contenté des mesmes droits que 
l'empereur et la Maison d'Autriche avoit sur l'Alsace ; ores ny l'empereur 
ny ces princes nont jamais troublé ny empêché les comtes de Ribeau- 
pierre dans la jouissance des droits énoncez auxdits engagements et Sa 
Majesté n'a point encore donné d'atteinte a ce fameux traité de Munster. 
On espère que le Conseil n'y changera rien non plus et que la considéra- 
tion d'un rabin ny celle d'une nation malheureuse fugitive et haye par 
toute la terre habitable ne l'emporteront pas sur la vérité et sur la justice. 

Quant a la possession de Monsieur le prince elle est encore plus consi- 
dérable. Son bailly a toujours jugé des différents de juif à juif lorsqu'il 
en a esté requis. Les Juifs n'ont jamais déclinez sa jurisdiction, c'est un 
fait que le suppliant offre de prouver si tant est qu'il soit nécessaire, ce 
qu'il n'estime pas. 

La raison est que le rabin convient qu'il est seulement juge, arbitre et 
volontaire, ainsy cela n'impose point nécessité aux parties de recon- 

1. Arch. dép. de Colmar, E. 1627. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

noistre sa jurisdiction; elle ne peut devenir contentiense qu'autant que 
les parties le voudront, et par conséquent des le moment qu'une partie 
ae voudra pas s'y soumettre, le rabin ne peut point l'y contraindre parce 
que non habet forum neque territorium. 

Cette vérité estant constante et certaine il faut conclure de nécessité 
que les Juifs establis dans un endroit ne peuvent avoir d'autres juges 
que les juges ordinaires. La chose ne reçoit point de difficulté. Cette 
maxime est conforme a la loy huit au code de Jucleis, car si cela n'estoit 
point, il faudroit absolument que les Juifs eussent des juges particuliers, 
que ces juges eussent encore une jurisdiction contentieuse et le pouvoir 
d'exécuter leur sentence. C'est ce qui ne convient point au Rabin suivant 
son propre aveu ; ainsy il ne peut contester la jurisdiction qui appartient 
a Monsieur le Prince et dont il a confié l'administration a son bailly, car 
le Rabin estant juge arbitre, comme il en convient luy mesme, ne peut 
juger d'aucuns différents, si non de ceux que les parties portent volon- 
tairement pardevant luy; ainsy si l'une des parties ne veut point recon- 
naistre sa jurisdiction il ne peut point l'y obliger ny l'y contraindre. 

De la il resuite qu'il a mal procédé contre Moyse Jacob. Ce particulier 
ne l'avoit point choisy pour arbitre; par conséquent il ne peut rien luy 
ordonner sur tout dans le cas particulier ou les juges du suppliant 
avoient prévenu le Rabin. 

On ne peut s'empêcher de se plaindre de son insolence de taxer ces 
mesmes officiers de fausseté. C'est une imposture a respect et il faut un 
front comme le sien pour le soutenir. 

Le préposé estably par le suppliant a toujours connu de toutes les 
matières qui concernoient les Juifs et ou Monsieur le prince Birkenfeld 
pouvoit prendre quelque interest, il a taxé et réglé les amendes, con- 
damné les Juifs au payement des droits seigneuriaux ; ils ont esté exé- 
cutez en conséquence de ses jugements, le Rabin n'est point partie 
capable pour les contester et encore moins pour en empêcher l'exécution 
par sa qualité de juge arbitre, que si sa qualité de juge arbitre estoit suf- 
fisante pour cela, le suppliant offriroit de prouver sa possession, mais il 
n'estime pas qu'il soit nécessaire puisque le Rabin ne peut point con- 
noistre des différents a moins qu'ils ne soient portez volontairement par- 
devant luy. Monsieur le Prince ne souffrira point que ses officiers recon- 
noissent une jurisdiction pareille. Ce préposé est en possession de taxer 
et régler ces amandes, de condamner les Juifs au payement des droits 
seigneuriaux. Cela s'est observé d'un temps immémorial et il espère que 
le Conseil ne luy ostera point un droit qui luy appartient a juste titre 
dont il a jouy par un temps plus que suffisant et qui ne peut luy estre 
contesté, le Rabin nayant aucune qualité pour cela. 

Ce considéré, Nos Seigneurs, il vous plaise donner acte au suppliant 
de ce que pour contredits il employé le contenu en la présente requeste, 
ordonner qu'elle sera communiquée a partie pour y repondre incessam- 
ment et sans retardation du jugement de l'instance et vous ferez bien. 

Cammille. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 105 

Ait acte, soit signifié a partie pour y repondre incessamment et sans 
-etardation du jugement de l'instance, fait à Golmar, le 10 7 bre 1703. 

(Signature illisible). 
Signifié au s r Nithard, ce 10 7 bre 1703. 



XXI 



Mon Révérend Père, 



J'ay appris de plusieurs endroits que le Cmseil de Son Altesse Royale 
l'aurait portée à recevoir quelques familles juives à Nancy. Gomme c'est 
la p ule ville de ses Etats et la première aussi de mon diocèse, je ne puis 
me dispenser de lui faire sur cela mes très humbles remontrances. Je 
vous les adresse dans la lettre ci-jointe que vous aurés la bonté, s'il vous 
plait, de lui p ler de ma part et vous joindrés vos prières aux miennes 
pour détourner cette resolution préjudiciable a la religion et a mon 
église, qui par la protection de l'auguste Maison de Lorraine, quoiqu'elle 
soit la plus grande et la plus étendue du monde chrétien s'est toujours 
conservé dans la pureté de la foi sans que ni les hérétiques ni les Juifs aient 
eu aucun exercice, et il m'est bien triste de voir que sous le règne d'un 
Prince aussi pieux et d'une aussi grande religion qu'est S. A. R. et durant 
mon Espicopat que cette pureté de la foi et cette intégrité de mon église 
soit altérée. Joignes, je vous prie, vos prières aux miennes pour détour- 
ner ce calice. J'espère au commencement de l'année prochaine aller sou- 
haiter une heureuse année à leurs Altesses Royales et profiter de cette 
même occasion pour vousasseurer qu'on ne peut avoir une plus parfaite 
considération que j'ay l'honneur d'être Mon Révérend Père. 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 
•J- François, Ev. de Toul. 

A Toul, xxin x bre 1707. 

Lettre escritte par Monseigneur l'Evêque de Toul, De Gamilly a son 
Altesse Royale Leopold I er pour empescher l'establissement des Juifs dans 
ses estats 2 . 

Monseigneur, 

Je suis pénétré de la plus vive douleur que puisse ressentir un prestre 
de Jesus-Christ et un évêque successeur des apôtres ; il s'est répandu un 
bruit que le Conseil de V. A. R. l'a porté à recevoir quelques familles de 
Juifs dans la ville capitale de ses Estats et à leur permettre d'y faire 
l'exercice de leur Relligion. Cette nouvelle m'est confirmée par tant 
d'endroits, qu'il est de mon devoir de plaider la cause de Dieu devant un 
prince qui reconnaît que c'est par Luy qu'il règne, je le fais, Monsei- 

1. Bibliothèque Nationale. Collection de Lorraine 470, p. 124 et ss . 

2. Bibl. Nat. Coll. de Loir. 470. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

goeur avec une ferme espérance que V. A. R. escoutera un pasteur et un 
evêque qui a pour Elle tous les sentiments de rattachement le plus 
tendre et de la vénération la plus respectueuse qui fut jamais; qu'elle 
playde, Monseigneur, pour l'Eglise et pour la Relligion ! 

Depuis que Saint Mansury et les hommes Apostoliques qui luy ont 
succédé et que lui-même avait formé ont annoncé et etably la foy que 
vous professé, les augustes Princes vos ayeuls, dont vous occupés le 
trosne, et dont vous réunisses le sang et les grandes qualités que tout le 
monde a respecté en eux ont conservé ce sacré depost avec tant de zèle 
que par les effets singuliers de la miséricorde de Dieu sur eux et sur 
leurs sujets le feu et le glaive de l'hérésie employés pour embraser et 
diviser les estats voisins ont respecté les vostres ; la robe de J.-G. n'a 
point été déchirée; vos peuples avoient la même foi de reconnaissance, 
la même église et le mesme souverain ; seroit-il possible, Monseigneur, 
que sous un règne aussy sage et dans un estât aussy florissant qui jouit 
du bonheur de la paix au milieu des agitations de toute l'Europe, la 
pureté de la foy se trouve altérée et que ce fust soubs Leopold Premier 
que les ennemis et les bourreaux de J.-G. élevassent une synagogue 
opposée au Temple du vray Dieu. Pendant plus de quinze cent ans on a 
veù couler au milieu de vous les eaux d'une foy pure, sera-t-on exposé 
dorénavant de boire des eaux bourbeuses des citernes? Je ne représente 
point à V. A. R. les préjudices que les Juifs aveugles causeront en rui- 
nant vos peuples par les usures; ce n'est point à moy, Monseigneur, à 
vous faire faire sur cela aucune réflexion; la Relligion sainte dont Dieu 
vous a estably vous, Monseigneur, le protecteur, et moy le faible ministre 
dans l'Eglise de Toul est le seul objet que je doibs envisager : c'est pour 
ne pas manquer à la fidélité que je luy doibs, que je prends la liberté de 
supplier très humblement V. A. R. par tout le respect et l'attachement 
qu'elle a pour Dieu et pour l'Eglise de ne pas permettre que cette nation 
réprouvée vienne establir sa demeure et son culte impie dans la Terre 
des saints et dans un diocèse que la providence a bien voulu par la pro- 
tection de vostre illustre maison conserver dans sa pureté : J'ose, Mon- 
seigneur vous demander cette grâce au nom de cette église qui vous a 
enfanté en J.-G. Je me flatte, Monseigneur, que vous escouteréz une 
mère pleine de tendresse qui paVle à un enfant plein de piété. Daignez, 
Mons., la consoler en refusant aux Juifs la permission qu'on demande à 
V. A. R. pour eux, comme je plaide la cause de J.-G. je suis persuadé 
que V. A. R. ne désaprouvera pas la liberté que je prends, qu'EUe voudra 
bien agréer les très humbles remontrances que je luy fais et écouter 
J.-C., l'Evêque de nos âmes dans celuy qu'il a estably, l'Evèque de la 
plus grande partie de vos peuples et qui est avec un attachement infiny 
et un profond respect, 

Monseigneur, de V. A. R. le très humble 
et très obéissant serviteur, ***. 

A Toul, ce 23 Décembre 1707. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 107 

XXII 1 . 



A Rome, le 17 mars 1708. 



Monseigneur 



Gomme j'apprends par un billet de M r Sauter, du 23 février, que cet 
ordinaire la n'avoit point apporté de mes lettres, je dois dire à V. A. R. 
que j'eus pourtant l'honneur de luy écrire le 4 février, et ma lettre avoit 
du arriver à Lunéville, le 23. Je l'aurois dupliqué si elle avoit été bien 
essentielle, et si je n'avois cru que c'étoit les mauvais chemins de ces 
tems là qui auroient retardé les postes, et qu'elle sera arrivée du depuis 
comme firent mes lettres de ce tems la icy. 

Notre Congrégation pour Remiremont ne s'est point tenue cette 
semaine. On la promet pour Jeudy de la prochaine qui sera le 22 du 
mois. M r le Cardinal Nerly se porte bien à présent. Mardy dernier M r de 
Solignac, auditeur de Rhodes pour la France, et qui se mesle icy avec 
M» - le Cardinal de la Tri mouille des affaires de cette Couronne aiant 
rencontré M r l'abbé de Mahuet, lui dit qu'il étoit survenu une nouvelle 
difficulté entre V. A. R. et M r l'Eveq. de Toul au sujet d'un établissement 
de juifs qu'on vouloit faire à Nancy, auquel M r l'Eveq. s'opposoit, qu'il en 
avoit écrit à Rome, et y avoit envoie copie d'une lettre qu'il avoit écrite 
sur ce sujet à V. A. R. M r Sauter m'avoit parlé dans sa lettre du 19 x bre 
de cet établissement des Juifs, et dans son billet du 23 février, il me dit 
qu'il n'y a plus d'apparence que V. A. R. le permette. Si dans la pre- 
mière il ne m'avoit dit la chose comme résolue, j'aurois pris la liberté de 
remontrer à Y. A. R, ce que je sais de ces gens la, et le danger qu'il y a 
de les introduire dans un Etat. Leur établissement a Metz n'a d'abord été 
que pour quatre ou six familles, et aujourd'huy il y en a une infinité, 
qui sont autant de pirates, ou de sangsues aux gens de la campagne, 
comme j'ay vu quantité de leurs affaires étant avocat a Metz, je sçais par 
expérience qu'ils ne vaillent rien que pour désoler le pauvre peuple par 
des usures qui font horreur quand on les connaît. L'on voit en effet 
aujourd'huy, tous les paysans voisins de Metz ruinés par les Juifs au lieu 
que les nôtres de Lorraine qui en sont éloignés sont commodes. Les 
nôtres trouvent à soulager leurs besoins à cinq pour cent par obligation, 
parceque nos sujets commodes ne peuvent faire valoir autrement leurs 
deniers. Au lieu qu'à Metz les gens se sont fait l'habitude de donner leur 
argent aux Juifs à dix pour cent. Les Juifs le prennent parcequ'ils y trou- 
vent leur compte : Ils en tirent 20, 30 et plus; quelquesfois même jus- 
qu'à doubler dans un an sur le peuple. Je sais même des gens à Metz qui 
se font un revenu considérable en empruntant de quelques gens d'Eglise, 
ou d'autres gens du lieu à cinq pour cent, et qui prêtent les mêmes 
deniers aux juifs à dix et à douze. C'est cette facilité du voisinage des 
Juifs qui cause ce désordre. 

1. Bibl. publique de Nancy, ms. 165, p. 56. 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Quoique avec raison les gens d'Eglise ne puissent résister à de pareils 
établissemens, puisqu'il y a Synagogue ouverte à Rome, dans plusieurs 
villes d'Italie, d'Allemagne, et en France même, cependant je suis bien 
aise que V. A. 11. à la fin ne donne point d'entrée à ces sortes de gens là 
dans sa capitale, puisque j'en connois à fond le désordre. 

Je me suis informé si cette lettre dont j'eus l'honneur de parler à 
V. A. R. dans ma dernière étoit à cette occasion. On m'a dit que non ; 
ainsi apparemment que ce sera à ses amis, ou protecteurs seulement que 
M r l'Eveque de Toul en aura écrit icy. 

On renvoie en Lombardie quatre mils chevaux Impériaux, qui sont 
dans le Royaume de Naples; on y renvoie en leur place quatre mils 
hommes d'Infanterie. 

J'espère que V. A. R. aura la bonté de presser la consommation du 
code pour être la deffiance de ces gens cy. 

J'ai 1 honneur, etc. 

Lefebvre. 



XXIII 



Monsieur, 

Ayant veû la bonté et charité que vous avez eu pour Salomon et safam- 
mille ie prend la liberté Monsieur de vous escrire ces lignes au subjet de 
l'affaire en question sur ce que vous avez eu la bonté de me dire en pré- 
sence de Messieurs Alliot et Marichal de la part de S. A. R. qui veut bien 
maccorder sa grâce de me donner ces lettres patente dans les forme amoy 
seul et. que ie pourrois prendre Salomon pour commis, comme aussi le 
frère Samuel le Raby. 

Il est vray que jay consenty pour lors ce que ie fais encor, mais jay de 
depuis fait reflection quil mestoit impossible de pouvoir soutenir bouti- 
que et faire la banque a moinz queie n'ay un homme de confiance auquel 
je pourray confier mon bien. Vous est (sic) sage et prudent Monsieu'r pour 
concevoir ce qui en est, quand il faudera passer par les mains de com- 
mis et leur confier son bien tant pour lemplette qu'autre chose, mais 
quand on a parens et qui a interest Ion fait ces affaire sans inquiétude, 
mon frère le Raby ne demande point dalterér la volonté de S. A. R. puis- 
quil ne veut donner ces lettres patente qu'a moy seul, mais seulement le 
suplier très humblement de vouloir accorder s'il luy plait destre mon 
commis et de pouvoir demeureur (sic) et sa fammille avec moy dans une 
mesme maison ce que jesper que sad. altesse Royal aura la bonté de 
luy accorder. 

Il ne m'est pas permis de dire que ie suis capable de servir ce grand 
prince, mais soyez persuadé Monsieur que ie ferez mes effort pour avoir 
l'honneur de luy plaire et a toute son illustre cour suivant mes faculté et 

1. Archives impériales de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 109 

force. Jay pris la partie de quitter mon establissement qui estoit grâce a 
Dieu assez tranquille pour avoir l'honneur de me mettre sous la protec- 
tion de ce grand et aimable prince, auquel ie vous suplie très humble- 
ment de vouloir sil vous plait me recommander en sa protection contre 
gens mal intentionné qui ne manquerons pas a chercher de me mettre 
des piège, ma conduitte ne sera jamais blasmé, ie tascherez de donner 
satisfaction a un chacun, Jay toujour vécu dieu mercy en honnest homme 
et de bien ainsi jesper sil luy plait daugmenter ma réputation dans cette 
Cour Royal, ie ne peu assez louer vos bonté et peine que vous avez pris 
ayez donc la bonté encor s'il vous plait de les achever et faire expédier le 
tout et les bonté serons complette. Après cette lettre escrit ie reçois un 
express de Salomon qui me mande que S. A. R. a eu la bonté de vous 
dire diffmitivement de nous faire expédier les Brevet ou patente et que 
vous luy avez dit de nous rendre incessament à Luneville. Par ce mau- 
vais temps il est impossible de ce risquer à ce mettre en chemin a cause 
des eaux. Daillers, je ne peu quitter mes affaire ne me les permettant 
pas parceque ie suis presse pour quelque affaire et mon absance de 
15 jours ma donné un peu doccupation cependant dans peu de jour mon 
frère Samuel ne manquera pas de se rendre a Luneville aussi tost que le 
temps permettra. Si jestois assez heureux destre digne et capable de 
vous pouvoir rendre mes très humble service il ny a rien que ie ne sacri- 
fierez pour vous plaire et vous rendre service. Permettez sil vous plait 
que jay lhonneur de dire que ie suis avec un très profond respect 
Monsieur, 
Votre très humble et très obéissant serviteur, 

Isaye Lambert. 
A Mez, ce 29 Janvier 1709. 

Monsieur, 

J'ay pris la liberté de vous avoir escrit Monsieur, il y a environ quinze 
jours. Le temps estoit si fascheux qu'on n'a osé se mettre en chemin, 
pardon Monsieur s'il vous plait que ie prend la liberté encor une fois de 
me donner lhonneur de vous escrire de rechef, comme Salomon m*a 
de depuis escrit que vous avez pris la peine de luy dire de me rendre a 
Luneville pour me délivrer le Brevet ou patente en question ce pourquoy 
j'ay fait partir mon beaufrere Samuel pour avoir l'honneur de vous voir. 
Il m'a esté impossible de partir a cause que Mons. Koenig, Banquier de 
Strasbourg est icy avec lequel j'ay des compte a finir qui seront réglé 
aujourd'huy pour qu'il part demain et passera par Luneville. le travaille a 
force pour mettre tout en ordre a excuter la parolle que j'ay eu l'hon- 
neur de vous donner. Si vous jugé a propos Monsieur de me rendre a 
Luneville, ayez la bonté sil vous plait de me faire escrire un mot et ie ne 
manquerez pas de suivre vos ordre pour my rendre aussi tost. Mon d. 
beaufrere Samuel pourra peutestre faire quelque difficulté a ne vouloir 
accepter le Brevet a moing qu'il ne soit dénommé aussi bien que 



UO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

moy. Si cela se peut faire je vous serez très oblige, si non je l'accepte de 
la manière que vous m'avez t'ait l'honneur de me la proposer. La grâce 
que je vous demande Monsieur est de ne rien tesmoignér s'il vous plait 
and. Samuel ny a Saloinon ce que jay l'honneur de vous escrire la pour 
ne les \ pas donner ombrage de chagrin contre moy. Je suis assez persua- 
de de toutes vos bonté que vous avez pour moy. Jesper la grâce de la 
continuation. Permette sil vous plaît de prendre la liberté de vous oftïire 
mes très humble serviee si vous me jugé capable. Jesper un jour d'avoir 
cette honneur, en attandent vous voullé bien me permettre que je me 
donne l'honneur de dire que je suis avec un très profond respect 
Monsieur, 
Votre très humble et très obéissant serviteur, 

Isayé Lambert, 
Banquier Juif à Mez. 
A Mez, ce 6 fev. 1709. 

XXIV 1 

Luneville, 3 me May 1709. 

J'ay fait veoir vôtre lettre du 24 du moy dernier on a ete fort content de 
vôtre attention et offre de service. Si vous voules que la recompençe 
suive il faut me marquer de quelle manière vous pouvez faire pour reve- 
nir dans vos achapts de bleds de quel endroit vous les tirerez et les prix 
vendu icy soit au poid du sacq ou à la messure pour ce qui est de la 
quantité l'on en pourra prendre jusqu'à trente mils sacqs et plus. La dite 
affaire presse, il faut redoubler vos soins et quand vous nous aurez mis 
en estât daehepter l'on vous envoyera un homme qui travaillera conjoin- 
tement avec vous, qui se rendra an lieu que vous marquerez avec des 
passeports s'il en faut des princes étrangers il faut nous le dire pour 
éviter toutes difficultés et surtout ne m'engagez pas dans une affaire de 
cette nature, si vous prevoyé qu'elle ne puisse réusir. J'y prend beau- 
coup de part parcequ'elle contribuera a soulager les peuples et a vous 
rétablir dans le crédit des gens qui peuvent vous rendre service. 

Je suis, Monsieur, vôtre très humble serviteur, 

Alliot. 

Il faut réponse sur tous les articles sans rien obmetre de toutes les 
circonstances afin de faire cognoitre si l'on peut sassurer sur vos propo- 
sitions, qui peuvent contribuer à vôtre fortune et si Ion n'engage rien 
mal apropos. 

Accepté à Metz. Luneville. 

A Monsieur Salomon Levy chez le S. Samuel Schweich Juife (Metz.) 

(à Trêves). 

1. Archives impériales de Vienne 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER Hl 

J'ay répondus a la vôtre première et vous ay marqué Monsieur, que 
vous feriez plaisir à S. A. R. de lny marquer en Inscrivant la Province 
d'où vous prétendez tirer vos bledde, le prix du Hezalde cette ville ou par 
le poix des sacqs. 

11 faut aussi observer de m'envoyer un estât de lieux ou les blcddes 
passeront alin de prendre des lettres addressantées a ceux qui pouroient 
en empêcher le transport. S'il y a abondance dans cette province Ton en 
prendra jusqu'à trente mil sacqs du poix de cent quatre vingt livres l'un. 

L'on prendra indifferement, frommcnt, seigles, orges et spelz que l'on 
acheptera pour le compte de S. A. R. que l'on fera mettre a Nancy et a 
cette ville. 

Quand on sera certain de tout ce que j'ay l'honneur de vous escrire S. 
A. R. envoyera un homme de confiance avec des lettres d'échanges pour 
payer les pris qui aura soin de vous reconnoitre de sa part : Vous assu- 
rant que vous aurez lieu d'être content de la recompençe, qu'il a fixé sur 
le rapport, que je luy ay fait de vôtre lettre, outre que je vous puis 
assurer, si vous voulez venir dans ses Estats vous y trouverez toute la 
protection que vous souhaiterez pour vôtre Establissement. Je suis, Mon- 
sieur, votre très humble serviteur. 

Luneville, 13 e maye 1709. 

DHadlenville. 

Monsieur Alliot estant occupé m'a chargé de vous rendre cette responçe 
je suis Lient. Gén. en cette ville, ainsi quand vous voudrez nous agirons 
de concert pour le service de S. A. R. à mon égard j'auray soin de vos 
interest. 

A Monsieur 
Monsieur Salomon Levi Juife 
a Trêves. 



XXV 1 

J'ay fait voir vôtre lettre à Son Altesse Royale elle approuve fort ce que 
vous marques et elle donnera ses ordres à le Sieur lors qu'elle le trouvera 
à propos, mais ne vous engagez à rien que vous n'en ayez un ordre exprès, 
voila tous ce que je puis vous mander quant a présent. Je suis Monsieur 
tout a vous. 

Alliot. 

A Luneville, ce 20 e may J709. 

A Monsieur Monsieur Salomon Levi juif. 
1. Arch. imp. de Vienne. 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



XXVI 



Monsieur, 

Comme monsieur Pourcien vienne de passer en battau pour La Hay jay 
eu l'honneur de luy parler et a veu de la manier que je sui pressé pour 
prendre ou saisir les grains assuré. Apres luy avoir rendu compte dé 
toutes il ma dit qui me fera al'aduenir tous les plaisire qui depandera de 
luy etilrendera compte a son A. R. des soins et plaisire que ie fait a la 
cour et ma assure qu'on m'envoyera un homme pour payer et travvaillier 
conjointement avec moyquil say très bien ce que son A. R. a dit a mon- 
sieur le premier présidant et a M. Verigalle avant sa départe de travvailler 
en sorte quil vienne de grains. Il ma mesme ordonne de ne pas lasser 
pour les depance que j'encaisserai tousjours et qui croye que je ne pas- 
seray pas cette sepmaine quil y aura un person icy. Mais que je doibt tous- 
jour escrire et envoyer des couriers exprès en Cour et que j'endonne advis 
de tout ce quil ma ordonne et dit, ce qui moblige de vous prier très hum- 
blement de rendre comptes a son A. R. pour mordonner ce que je doibt 
faire car M. Alliot mordonne expresement de ne mengager en rien juis- 
qu'a un ordre exprès de son A. R. En attendant il faut que jattend donc 
icy cette ordre qui men faict un peux de la paine a causse le beaux temps 
qui est a présent pour les voittur outre les grosse dépense en cette payz a 
présent ce que auons suplie de faire intension. En attendant je suis avec 
un profond respect et soumission. 
Monsieur, 
Vostre humble et très obéissant serviteur, 

Salomon Levy. 

A Coblance, ce 27 May 1709. 

Reponce s'il vous plaist pour la prem. adresse a ma femme a Metz pour 
me l'envoyer incessement. 

Prix des grains de Coblance et Mayence. 

Le Maldre de fromant qui pesé 150 1. couste la Somme de 
15 1. ce qui revient pour Le Rezal a 17 1. 10 s. 

Le Rezal Dorge couste sur les lieux onze livres cy 11 1. 

Le Maldre de Seigle couste sur les lieux 15 1. 

N a qu'il faut scavoir si la livre de Mayance et de Coblance estcomposee 
de seize onze poid de marque. 

Il faut aussy sexpliquer sur la valeure des Monnoyes et veoirce que 
cousterontles voitures et les droictsquil faudra payer dans tous ces dif- 
férent estats ou lesd. grains doivent passer. 

N" que Salomon Levy en a achepté 6.000 maldre aux prix cy dessus sous 

Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 113 

le bon plaisir de V. A. R. et a donné pour ars 4b0 1. que le Marchand offre 
de luy rendre en lassant le traicté. 

Ce. juif ne demande quun envoyé pour finir sans que Ion deslivre 
aucuns deniers. 

XXVII * 

Le soubsigné Samuel Levy Juif de la cour de son altesse Royale fait la 
proposition à S. A. H. et s'offre de Luy vendre et livrera Coblence dans 
deux ou trois mois six mil malters de Mayence de bled bonne marchan- 
dise et vallable, scavoir les trois quart de la ditte somme de bled en seigle 
et un quart en froment mesure de Mayence chacque malters pesant cent 
quatre vingt livres à raison de sept fïorains et demy monoye d'Allemagne 
pour chacque malters, moyennant que S. A. R. se charge d'obtenir le pas- 
port nécessaire pourachepter et transporter le dit bled et de faire rece- 
voir le dit bled à Coblence aussy tost que le dit Levy sera prest de com- 
mencer a livrer le dit bled et pour le payement de la ditte somme pour 
le dit bled il plaise à Vostre Altesse Royale de donnerpar avance la Somme 
de • et le reste de la ditte Somme se 

payera dans trois termes dans un mois la Somme de 

dans deux mois la Somme de 
Et dans trois mois la Somme de 

Et s'offre le dict Levy défaire son possible a fin que le prix pour trans- 
porter le dict bled soit réglé avec les batteliers au meilleur marché quil 
poura néant moins pour le compte et risque de son Altesse Royale, fait 
a Luneville le vingt quatriesme Juillet mil sept cent neuf. 



XXVIII 2 

Trêves, 4 septembre 1709. 
M. Sautter à Luneville. 

Monsieur, 

Je suis obligé de prendre la liberté de vous escrire ces lignes pour vous 
rendre compte en quelle ettate et situation sont les affaire. Eestand ari- 
vez icy le 29. du passe et ayant appris que Monsieur de Gessner est sur 
ses biens du comté de Zayféld. je luy ay envoyez un exprès pour luy faire 
scavoir qu'il y avoit icy des ordre de son Altesse Royal qui l'attendoit. Le 
dit masagé le trouva indispossc et cepandans il se tist aménner dans cette 
eslalte icy pandant la nuit du 31 et arivayez ici a porte ourant je luy ay 
remis le pacquest et après avoir leu la lettre il me dit quil est prest de 
quitter au perille de sa vie sil faloit les ordre de S. A. R. mais que voye 

1. Arch. imp de Vienne. 

2. Arch. imp. de Vienne. 

T. LXVIII, u° 13:$ . 8 



114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bien par ce qu'on 1 1 1 \ donna que la cour n'avoit pas este informulé de la 
situation des affaire de cette payez icy et en eft'eet elle ne pouvoit pas 
lestre que ainsy il i'aloit trouver les moyen de l'en in formuler persuadé 
quant elle seroit, elle commaneerait par luy envoyer un passeport dans 
des termine requis. 

Les Français ont trouvé apropos depuis quelque jour et quelque nuit 
de vider les gerniers diey et mesme enfonsser les portes juisqua le Palais 
de son A. E. de Trêve et denlevver generallement toutes les grains jus- 
qu'à mesme cens que son A. E. avoit destigne pour aumonne. 

Vous est trops eclevé monsieur pour ne point voir que cette circons- 
tance ne fasilitera pas nullement le succède nos affaire et ce pour que 
von* soyez informmé que je vous envoyé un exprès et par ce que le 
poste de toutes consté sont intcrscpte et nous somme a présent icy sans 
aucun commerce de lettres. Je suis mesme forte en pain comment vous 
faire tenire celuycy par ce que comme on ne veut lesser sortir personne, 
il faudera des pratique extraordinaire pour vous envoyé mon exprès 
dautant plus je ne point des parsporte a luy donner. 

Comme on ne pouvoit pas avoir des communications dans le conjonc- 
tur présent que par des exprès, cette a vous de voir Monsieur, sy il ne 
pas a propos denvoyer quelque jeans quon peux envoyer, en cas de 
besoign ou en tous cas envoyer sil vous plaist a mons. de Gessner des 
passeporte, pour envoyer des jeans dans un temps que toutes est pleins 
des party. 

Et comme on a besoign de Monsieur Le bady Brigadier des arrnmés des 
etatte generau et leurs Gouverneur a Trarbach vous trouve aparement 
a propos d'envoyer aussy un lettre a Mons. de Gessner pour luy mayant 
dit que dans le pacquest que je luy ay remis il ny en est point pour le d. 
Général. Un autre inconvegnent pour nous qui est Tabsance de ce General. 
On dit que le lendemain de son retour de La Haye ou il deboitavoirassisté 
en grand conseille de geur, il est sorty de Trarbach avec le gros de sa 
gernison sans quon sache encore possitivement ou il est allé. Mais soule- 
mentquapresson départe les portes de la ville de Trarbach ont este ferm- 
mé le jour comme la nuit de sort que celte costé la encore neul com- 
mcrse. Autre obstacle très fâcheux qui me semble encore plus grand ce 
lindispossition de mons. Gessner qui me semble telle. Dans la conjoinc- 
tur présent il en abandonneray toutes sesinteréspourcourire alapoursuitle 
de nos passeporte. 11 seroit a craindre quil ne fust oblige de garder le lit, 
quant il sera besoign dagirc. Dans ces entrefaict pour ne rien négliger, 
Monsieur de Gessner a trouvé a propos en attendant que vous pussié 
donner ordre, a toutes chose de aller a Trarbach. Sy je peux sortir dicy 
et delà a Coblance pour en attendant prendre saisi de burau aTrarbach et 
Coblance et de scavoir sy effectivement mondit Seigneur Le Bady est 
dehors, pour ensuitte donner lesadvis exzactement par des exprès sil est 
possible a Mondit Seigneur de Gessner. Je travailleray a toutes chose pour 
le service de son A. H. et ne negligeray aucune chose. Je ne doubt neule- 
rnentce blad duy font beaucoup de changement et que les grains seron 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 415 

renchéris encore sy on le peux avoir, mais je fera y mon posiblc en toutes 
chose pour rcuissér, pourveux quon ne me laisse pas dans aucun 
embaras. 

Je vous prie aussy très humblement monsieur de considérer et de pui- 
nestré que depuis six mois que jeslois tousjours dans les frais et advances 
toutes hors de ma povre bource qui se trouvé fort léger a présent et 
qui faut continuellement par des exprès de parte et d'autre vous plaira, 
sil vous plaisl considérer a me ne pas lesser a labandonne puis que ces 
exprès coust beaucoup plus dans la conjonctur présent encor je suis bien 
aise de le tennir et soyez persuadé que je nen envoyé point sans quil est 
nécessaire et que son A. R. trouvera dans la suitte toutes les advantage 
quant il sera possible. Ce pour quoye je vous suplie de me faire toucher 
quelque argent par mon frer Samieul Levy a Coblance, pour pouvoir four- 
nire un exprès que je seray oblige dexpedier au endroit ou il sera 
besoign. En attendant larivaiz de mondit Seigneur de Gessnér ou telle 
qui plaira a son A. R. en attendant je suis avec toutes soumissions 
possibles 

Monsieur, 

Vostre humble étires obéissant serviteur, 

Salomon Levy. 

A Trêve, ce 4 novembre 1709. 

Escrit a Mons. le barron de Mahie indandan de finance de son altesse 
Royal Le mesme chose et au d. de reban (?) mon addresse est a Coblance 
chez Le Sieur Simon Wallich docteur en medicin a Coblance, 

Dans ce moment Monsieur de Gessnér menvaye cherger et me dit que 
les battaux du sieur Iabaux sont arrivez et que Monsieur Le bady de 
Trarbach les a arestez a vosserbilich l deux lieux dicy pendant quatre 
jours, mais quil se fait escuissé de les avoir aresté de peure les Français 
le prendera et a promis de donner des passeporte pour monter tous les 
grains que partien a Son A. R. ce que le dit Sieur Iabaux ma dit luy 
mesme, ainsy jespere en envoyant un lettres a Mondit sieur Le Bady et 
les autres passeporte a Monsieur de Gessnér ou a telle qui plaira a son A. 
R. envoyé il ny auroit point defigelté du conté de Trarbach pour Coblance 
il ira des mesme que jespère cepandantje part dans ce moument et donne 
toutes les advis nécessaire. 

XXIX 2 

Francfort septembre 1700. 
Monsieur, 

Je prens l'hardiesse de vous escrire ces ligns que j'ay eu ma liberté 
avec juistice. 

1. Wusserbilliu-. 

2. Arcli. imp. de Vienne. 



H6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais comme le Juif de Coblanee outre quil ne meveille rendre les 
450 1. quil a pour aire des grains il prestant encor du caution et de moy 
des gros dommage et intré. Au supjette jestais obligez de prier Monsieur 
Rendant résidant de son A. H. icy de me conseiller comme je me doit 
gouverner. Ils ma conseillez de me juetter au pied de son A. H. et elle 
rendre compte les consequances de cette traictez quant on recuoit les 
grains présentement et mesme il ma promis de vous escrire aussi a cette 
supjette, car je me porte forte de trouver les somme qui faut pour son 
A. K. et encore plus quant ils en faut. Outre des affaire de très grand con- 
sequance et fortes advantageux que jauré l'honneur de rendre compte, 
mais comme vous scavez Monsieur que mes affaire son un peux broullez 
je vous prie très humblement de me faire la charitez de me faire 
avoir sil vous plaist un sauf conduitte pour trois mois seulemant de 
son A. 11. pour que je peux venire en surté a Lorain pour mestre ordre 
en mes affaire. Car je trouve des amy icy qui me veille tirrer d'affaire et 
maider en toutes chose soit en marchandisse ou autre chose. Mais je ne 
veux comance jusque que jaure réglez premièrement tout chose pour ne 
plus tomber en des enbras.Sy vous trouvez que trois mois sont tropsfait 
me l'avoir pour deux. Car je suis persuadé que son A. H. sera blesse de 
apprendre biens des affaire et très avantageux. Je ne peut lexprimmer 
en lettre autrement je Taure fait. En me faissant cette grâces et sy son 
A. R. nous fait la charitez je vous suplie de l'envoyer a ma femme a Metz 
pour me lenvoyer incesement, pour que je my rende en diligence. Ce 
aussy le sentement de Résidant de my rendre en diligence. Vour plaira 
aussyde menvoyer sil vous plaist un passeporte pour revenir en Lorain. 
En attendant je suis avec soumissions etc. 
Monsieur, 
Vostres humble et très obéissant serviteur, 



Salomon Levy. 



A Francfort e, ce septembre 1709? 

XXX 



Metz, 8 octobre 1709. 



Monsieur, 

En arivent icy ma femme ma rendu compte de plaisire que vous luy 
avoit fait et de la manier que vous auucz est informé touchant les grains 
que jay achcple et donne des aire ainsy que son A. R. a estez informe 
jauré lhonncur de vous dire que vous auuez sans doubt reçue le mesmoir 
et ma lettre de Monsieur Gessnér a (mil je remis la dite mesmoir et lettre 
a Trêve. Vous aurez veue les prix, jay vou peux a présent asnré que jay 
trouve un personne quil vaille faire a son A. R. toutes les advance neecs- 
saires soit pour trois mois ou six mois. Ils fournira toutes les lettres 

1. Arcli. imp. de Metz. 



SAMUEL LÉVY, BABBIN ET FINANC1EB 117 

dechange nécessaire. Jayle traicte en original avec moy signé du 15 may 
dernier les bled sont prest jay eu les ordre pour lesachepter pour la service 
de son A. R. mon august maistre. Jay donne les aire de 250 florins outre 
les 1res que jay fait, les paines que jay souffert. Ce pourquoye je vous prie 
très humblement de faire en sorte sil vous plaist que son A. R. le fasse 
recevoir audit Coblancc ou ils sont actuelement. Pour que je me retire 
de l'enbras. javai envoyez depuis le 15 moy dernier plus que dix exprès et 
jamais on est fait en sorte, que ny vous ny son A. R. a etsez avertis de la 
veritez et mon frère est cause de toutes chose snivans que jaivé l'honneur 
de vous rendre compte de toutes les sirconstance je vous conjur que je 
n'oublieray de ma vie sy vous me fera la plaisire de massister en cette 
affaire pour les grains outre que son A. R. fera encor un proffy consi- 
dérable sur la dite quantitez, enfin vous mavez tous jour témoigne vostre 
amitié jespere la continuation de vostre protection et jespere de trouver 
l'ocasion a estre capable a vous témoigner mes inclinations que jay a 
vous rendre service et a tout vostre famil. Je suis avec somissions 

Monsieur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur. 

Salomon Levy. 
A Metz, ce 8 octobre 1709. 

Je vous prie très humblement davoir la bonté de menvoyer un passe- 
porte pour que je né riens a craindre des portes dicy a Luneville. Jespere 
que son A. R. sera satisfait, estant son sujyette. 

(A suivre). 



LES JUIFS DE NICE 

ET LE DÉCHET DE 1808 



On sait que le décret de Napoléon du 17 mars 1808 apportait de 
graves restrictions à la liberté commerciale dont jouissaient alors 
les israélites de l'Empire français, puisque, aux termes de ce décret, 
les juifs, pour se livrer au commerce, devaient être munis d'une 
patente du préfet du département; seuls, les juifs des départements 
de la Gironde et des Landes étaient exceptés de cette mesure de 
défiance. 

Les juifs de Nice furent désappointés de n'être pas compris dans 
cette exception, eux qui avaient constamment joui de privilèges 
spéciaux accordés par les gouvernements français ou italien sous 
la domination desquels ils s'étaient trouvés tour à tour, eux qui 
étaient du rite portugais, eux qui enfin vivaient entourés de 
l'estime et de la sympathie de leurs concitoyens non juifs. Aussi 
ne se soumirent-ils pas de bonne grâce à l'édit impérial et récla- 
mèrent-ils la même faveur que leurs coreligionnaires de la 
Gironde et des Landes. Les quelques rares documents que l'on 
trouve aux Archives départementales des Alpes-Marilimes nous 
permettent de suivre pas à pas les démarches faites par les juifs 
de Nice pour obtenir satisfaction *. 

Emus d'un décret qui, non seulement pouvait leur porter préju- 
dice dans leurs affaires, de jour en jour plus considérables, mais 
qui les piquait au vif dans leur amour propre, ils ne perdent pas de 
temps. Le 3 mai 1808, il font parvenir au préfet des Alpes-Mari- 
times, Dubouchage, une adresse accompagnée de deux pétitions. 
Une de ces pétitions était adressée à S. M. impériale et royale 
et l'autre à S. E. elle-même (le ministre de l'Intérieur Crétet). 
Les pétitions ne se trouvent pas à Nice, mais les arguments 

1. Dans une étude parue dans la Revue il y a deux ans. M. J. Bauer, a déjà 
signalé la pénurie de documents concernant les Israélites à Nice. Cette pénurie est 
due, paraît-il, à ce que les archives de l'époque italienne ont été transportées à 
Turin en 1800 lors de la cession de Nice à la France. 



LES JUIFS DE NICE ET LE DÉCRET DE 1808 H9 

ne doivent guère différer de ceux de l'adresse conservée aux 
Archives de cette ville'. Il est à remarquer que les Israélites de 
Nice s'intitulent « portugais », quoiqu'ils ne le soient que de rite, 
et ils pensent que ce titre doit leur valoir la faveur accordée aux 
autres juifs de la Gironde et des Landes, également « portugais » 
de rite et d'origine. 

Les députés de la congrégation des juifs portugais à Nice 
rappellent au préfet qu'il est notoire que les juifs de cette ville 
n'ont jamais donné lieu à des plaintes leur reprochant d'avoir 
fait ou de faire un trafic illicite, ce que la calomnie seule a pu 
inventer contre eux pour les rendre coupantes et odieux aux yeux 
du plus juste des souverains, quoique par leur commerce ils 
contribuent à l'avantage de leurs concitoyens et du pays. Ils font 
remarquer, en outre, que les juifs de Nice se sont enrôlés dans les 
armées impériales et que, pour soutenir le commerce qu'ils font 
tant par terre que par mer, ils ont besoin de toute la liberté néces- 
saire. Les juifs de Nice n'ont jamais pratiqué l'usure. 

N'est-ce pas leur bonne conduite qui leur valut, le 23 sep- 
tembre 1648, un privilège exclusif sur toutes les autres congré- 
gations et états ? Aussi les députés des juifs de Nice prient le 
préfet de vouloir bien transmettre leur pétition et de demander en 
leur nom à l'Empereur que les juifs de Nice soient compris dans 
l'exception qui a été faite au décret du 17 mars 1808, en faveur 
des juifs de Bordeaux, de la Gironde et des Landes. Cette adresse 
est signée par : Salomon, Moïse, Abraham Vita Moïse, membres 
du Conseil municipal ; Joseph Avigdor, le député de Nice au 
Sanhédrin, ex-secrétaire de cette assemblée ; Sabato Viterbo, 
Zuriel-Vita Maquis, officier municipal. 

Les israélites de Nice, en s'adressant au préfet, avaient remis 
leurcause en de bonnes mains. Ce fonctionnaire ne se contente pas 
de recommander la pétition, il se fait leur avocat et plaide leur 
cause avec chaleur. C'est le 6 mai 1808 que le préfet transmet au 
ministre l'adresse des juifs accompagnée d'un rapport fait par lui. 
Ce document, des plus intéressants, a dû peser dans la balance du 
ministre, il montre dans quelle estime étaient tenus par les auto- 
rités les israélites des Alpes-Maritimes. Voici, du reste, quelques 
extraits de ce rapport. 

L'exposé de ces pétitions, qui n'est que la pure vérité, fera connaître 
que la conduite morale et commerciale des Juifs de Nice a été de tout 
temps aussi libérale que celle de leurs corréligionnaires des Landes et 

1, Archives départementales, série V, liasse 34 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la Gironde. En effet, les Juifs de Nice admis par les rois de Sardaigne 

à faire toute espèce de commerce ne partagent point l'état d'avilissement 
et d'opprobre dans lequel se trouvèrent leurs confrères des autres pays et 
ne sont point dans le cas de recourir aux commerces illicites pour 
assurer leur subsistance. Ils en furent de tout temps si éloignés 
qu'aucune maison de prêt n'a été tolérée parmi eux et que la loi les a 
autorises à toute espèce de commerce honnête et libéral de spéculation, 
d'industrie, de manufacture même que la ville de Nice peut offrir cet 
exercice avec intelligence et probité en général. C'est à cette intelligence, 
à cette probité dans le commerce que doivent leurs fortunes les familles 
juives un peu aisées et qui jouissent de quelque considération, dont le 
nombre est assez fort proportionnellement à celui de la population 
juive qui n'est en totalité que de trois cents personnes, comme c'est par 
un effet de cette considération justement méritée que plusieurs d'entre 
eux ont été appelés par la confiance de leurs concitoyens à des places 
importantes telles que le Conseil municipal, le Tribunal de commerce, etc. 

Le commerce cependant n'est point leur occupation exclusive. Sur une 
population de trois cents individus, on compte déjà dix-huit familles 
propriétaires foncières, ce qui prouve que cette classe n'est point ici 
comme dans beaucoup d'autres pays occupée uniquement à un sordide 
intérêt et étrangère aux idées libérales. 

Je me plais à dire qu'aucune réclamation n'a été portée contre 

les Juifs de ce département surtout en fait d'usure et de commerce illi- 
cite. Si des plaintes contre la conduite de quelques individus ont pu être 
portées, elles ne doivent point rejaillir sur la masse de leur classe qui est 
étrangère à l'inconduitc générale de la nation juive, qui a motivé les dis- 
positions du décret impérial du 17 mars. Je me fais un devoir de recom- 
mander à la bienveillance de V. E. la demande que fait la Congrégation 
des Juifs de mon département, d'être assimilés à leurs confrères de Bor- 
deaux, des Landes et de la Garonne. 

Les paroles du préfet ne pouvaient manquer de faire impression 
sur le ministre de l'Intérieur, et la demande des juifs de Nice 
allait être prise en considération. Mais Avigdor, qui avait apposé 
sa signature à la pétition de ses coreligionnaires, qui les avait 
peut-être poussés à agir auprès de l'Empereur, prend les devants 
et tente une démarche personnelle, peut-être dans la crainte que 
la demande collective ne soit repoussée. 

Dès le 30 mars 1808, il adresse au préfet une demande d'excep- 
tion au décret du 17 mars, avec prière de la transmettre au ministre 
de l'Intérieur. Ce qui frappe dans cette requête d'Àvigdor, c'est le 
ton. Nous sommes loin du langage obséquieux du juif soumis à 
des lois restrictives et demandant quelque adoucissement au 
régime qu'il subit. 

Voici en quels termes il parle de lui-même s 



LES JUIFS DE NICE ET LE DÉCRET DE 1808 121 

Nommé député à l'Assemblée hébraïque, par arrêté de M. le 

Préfet du Département du 26 juin 1800, j'obtins, le 26 juillet suivant, la 
pluralité des suffrages pour le Secrétariat. Je fus successivement nommé 
membre de la commission des neuf et du Grand Sanhédrin. Dans ces 
différentes charges parmi lesquelles il y avait des tâches assez délicates, 
j'ai toujours rempli mon devoir envers l'Etat et envers ma conscience. 
Parmi le grand nombre de députés qu'il y a eu aux deux assemblées, 
j'ai été le seul, je crois, qui ait renoncé aux dédommagements fixés alors 
par son Exe. Monseig r de Champagny, pour les frais de voyage et de sé- 
jour à Paris. 

. ... L'honneur, cette richesse si précieuse à ceux qui, par des senti- 
ments élevés, en connaissent la valeur ne permet pas, Monseigneur, à un 
négociant probe l'assujettissement établi par l'art. 7 du dit décret. 

L'homme qui a mérité la confiance des principales maisons du com- 
merce et de la banque de l'Empire de France, du Royaume d'Italie, doit 
être à l'abri du besoin des certificats exigés par ledit article. Et s'il pou- 
vait être soupçonné d'être susceptible d'un pareil besoin, il devrait cesser 
de poursuivre une carrière dans laquelle il avait acquis toutes les qua- 
lités nécessaires. 

Par un retard inexpliqué, cette lettre n'est transmise à Oétetpar 
les soins du préfet, que le 11 mai, c'est-à-dire cinq jours après 
l'envoi de la pétition collective de la communauté. Dubouchage 
accompagna la demande d'Avigdor de quelques mots de recom- 
mandation. Mais, comme nous allons le voir, cette démarche isolée 
d'Avigdor n'aboutira pas et le ministre ne fera pas d'exception pour 
lui. La réponse à la pétition commune ne se fait pas attendre; elle 
parvient à la préfecture des Alpes Maritimes le 16 mai 1808. Elle 
n'est ni favorable, ni défavorable. Avant de statuer sur la pétition 
des juifs, le ministre veut savoir s'ils sont dignes de la faveur qu'ils 
sollicitent. Il invite le préfet à répondre à cinq questions; il désire 
savoir: 1° le nombre d'hommes que les juifs de Nice ont fourni à 
la conscription ; 2° le nombre de commerçants juifs ; 3° le nombre 
d'enfants juifs fréquentant les écoles publiques; 4° le nombre de 
juifs ayant exercé des fonctions publiques ; 5° le nombre de 
juifs établis en France depuis la Révolution. 

Notons, en passant, les réponses fournies par le préfet, car si 
elles ne sont pas indispensables pour suivre la marche des événe- 
ments, néanmoins elles nous permettent de jeter un coup d'œil sur 
la véritable situation des Israélites de Nice. Un état nominatif des 
juifs de cette ville, daté du 24 juin 1808, nous apprend que trois 
cents juifs sont domiciliés dans le chef-lieu des Alpes-Maritimes. 
Sur ce nombre, on ne comptait pas un seul déserteur. Aucun 
Israélite, déclare le maire de Nice, n'a déserté ; les uns ont fait 



122 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leur service, d'autres ont été réformés, ou se sont fait remplacer. 
Le préfet put répondre au ministre que les juifs avaient fourni 
vingt-deux conscrits, dont six ayant servi volontairement, l'un 
d'eux était même mort à l'armée. Quant aux juifs exerçant des 
arts et métiers, ils étaient au nombre de onze (chimiste, orfèvre, 
tailleur, ouvriers dans une manufacture de tabac, musiciens). En 
outre, sept étaient des propriétaires agricoles et vingt dirigeaient 
par eux-mêmes des établissements de manufacture ou de com- 
merce. 

Les israélites niçois ne manquaient pas, d'autre part, de donner 
une instruction profane à leurs fils, puisque vingt-cinq à trente 
enfants juifs fréquentaient les écoles publiques. Ils ne se tenaient 
pas éloignés des fonctions publiques : en effet, cinq juifs appar- 
tenaient au Conseil municipal. Enfin, dix-huit familles étaient 
venues s'établir à Nice depuis la Révolution. Ajoutons que les juifs 
n'avaient jamais subi aucune condamnation. 

Le maire de Nice, M. de Orestis, transmet donc au préfet les 
réponses aux questions posées par le ministre et, dans une sorte de 
rapport qu'il lui adresse en même temps, il demande que l'excep- 
tion au décret soit appliquée aussi aux juifs de Nice. On voit par 
là ce que pensaient les autorités de Nice de la suite à donner à la 
pétition du 3 mai. La question fut-elle portée devant le public 
niçois ? Nous ne pouvons le dire, car à cette époque il n'y avait pas 
encore de journaux à Nice. 

Les pièces concernant les juifs ne quittent la préfecture que le 
3 septembre; jusque-là il y eut échange de lettres entre Grétet et le 
baron Duboucbage. Le 8 août, la Préfecture reçoit de Paris une cir- 
culaire ministérielle rappelant aux préfets que, les synagogues 
n'étant pas encore établies, les juifs doivent se munir de patentes. 
Quelle attitude devait garder le Préfet ? Il escompte le succès delà 
requête des juifs et, d'autre part, il est en train de réunir les ren- 
seignements demandés. En toute justice, il lui semble de son 
devoir de surseoira l'exécution du décret impérial dans le dépar- 
tement des Alpes-Maritimes et, le 17 août, il l'écrit au ministre. Tel 
n'est pas l'avis de ce dernier, car, le 30 août, il écrit au préfet 
« que sans rien préjuger sur l'exception, elle est incertaine tant 
quelle n'est point prononcée et, comme l'exécution du décret ne 
souffre point de délais, elle ne doit pas être suspendue. » Par con- 
séquent, le Préfet est invité à remplir l'objet de la lettre ministé- 
rielle du 8 août, concernant les patentes à délivrer aux juifs des 
Alpes-Maritimes. 

Force fut donc et au préfet et aux israélites de se soumettre à la 



LES JUIFS DE NICE ET LE DÉCRET DE 1808 123 

loi. C'est alors qu'affluèrent à la Préfecture les demandes faites par 
les juifs afin d'être autorisés à continuer leur commerce. De la 
préfecture les demandes sont renvoyées au Conseil municipal, qui 
doit fournir les renseignements sur la moralité des individus. 
Toutes les demandes reviennent à la Préfecture portant en général 
cette mention : « Le Maire et le Conseil municipal certifient que 

l'exposant N a toujours joui d'une bonne réputation et qu'on 

n'a jamais ouï dire qu'il se soit adonné à l'usure ». Même Joseph 
Avigdor dut se conformer aux ordres ministériels, et il s'y con- 
forma, le plus tard possible, probablement le 30 mai 4809. Mais 
pour lui J la formule est légèrement modifiée : « Le Maire et le 
Conseil Municipal certifient que les sieurs Joseph Avigdor et Samuel 
Saint-Paul, négociants de cette ville, se sont toujours comportés 
d'une manière irréprochable et qu'ils ont constamment joui de 
l'estime de leurs concitoyens. » 

Les patentes sont délivrées et nous sommes en mai 1809; une 
année s'est donc écoulée depuis la remise de la pétition des juifs, 
sans qu'il y ait été fait droit. Malgré cela, les israélites niçois ne se 
tiennent pas pour battus et ils font agir à Paris directement auprès 
du ministère. C'est Avigdor qui s'en occupe, mais ses démarches 
à Paris sont inutiles, puisquau ministère on déclare n'avoir reçu 
aucune des pièces envoyées le 3 septembre. Aussi, le 5 avril 1809, 
nouvelle lettre des députés des juifs au préfet « le priant de faire 
les recherches afin d'être fixés sur l'envoi des différents titres et 
documents nécessaires pour obtenir la justice d'être exceptés des 
dispositions du décret du 17 mars 1808 ». Ici nous ne savons plus 
exactement ce qui s'est passé entre Grétet et Dubouchage, mais il 
est à supposer que le préfet n'est pas resté inactif. C'est seulement 
en 1810, le 15 mai, que le ministre informe le préfet qu'un décret 
impérial du 11 avril 1810 venait, conformément à leur demande, 
d'excepter les juifs du département des Alpes-Maritimes des dispo- 
sitions de l'article 7 du décret du 17 mars 1808. La cause de ce 
retard, c'était que pareille décision était prise en même temps en 
faveur des israélites de quatorze déparlements (Alpes-Maritimes, 
Aude, Doubs, Haute-Garonne, Hérault, Marengo, Pô, Seine-et-Oise, 
Stura, Doire, Sesia, Vosges, Gard, Bouches-du-Rhône), et que les 
enquêtes faites par les israélites de chaque déparlement avaient 
dû demander beaucoup de temps. 

Le 29 mai 1810, le Préfet, en informant de cette mesure le Maire 
de Nice, les sous-préfets de Puget-Théniers et de San-Remo, écri- 

1. Ainsi que pour les membres du Conseil muuicipal. 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vait : « S. E. le Ministre me charge de prendre des mesures pour 
que les Israélites jouissent de la faveur qui leur est accordée. J'aime 
à espérer qu'ils justifieront cette laveur par une conduite continue 
de nature à me mettre constamment dans le cas de faire à leur 
égard des rapports aussi avantageux que ceux par lesquels j'ai 
appuyé leurs réclamations tendant à l'obtenir '. » 

Ainsi il avait fallu deux ans aux juifs de Nice pour être assimilés 
aux juifs des Landes et de la Gironde. Quand ce décret tardif parut, 
il ne rendit plus de grands services aux Israélites niçois, mais la 
question des patentes était sans doute, à leurs yeux, une question 
de dignité et damour-propre plus encore que d'intérêt. C'est pour 
quoi le 1 er juin, jour où ils furent officiellement informés du privi- 
lège dont ils allaient jouir, dut être pour eux un véritable jour de 
fête. 

G. D. SCIALTIEL. 



1. Extrait des lettres de la Préfecture de Nice M. 80 n° 913. 



NOTES ET MÉLANGES 



LA COUPE DÉLIE A PAQUE 

A propos de la fête de Pâques, M. Théodore Reinach, dans une 
conférence faite au Musée Guimet, s'est exprimé ainsi : 

« A une époque plus ancienne, il faut se représenter les démons, 
gloutons plutôt qu'hostiles, comme les invités, les commensaux 
des hommes qui participent au festin. Le sang, où, dans les 
croyances primitives, réside la vie de ranimai et qui en est la 
portion la plus sacrée, est réservé à l'hôte divin : il en a été ainsi 
de tout temps dans les sacrifices israélites, en dehors des holo- 
caustes, où la victime entière s'en va en fumée vers Dieu. 
Chose curieuse, un souvenir de ce rôle d'invité divin a traversé 
toute l'antiquité et le moi/ en âge, saris laisser de trace dans les 
textes officiels, pour se perpétuer dans les coutumes des juifs 
orthodoxes : au Seder pascal une place, à table, est réservée au 
prophète Elie, qui, d'après la légende, doit revenir un jour sur 
terre pour annoncer le Messie. Mais à cette place, au lieu du 
prophète, c'est Dieu lui-même qui autrefois, sans doute , était 
censé s'asseoir*.. » 

Le savant conférencier n'a pas pris soin de préciser l'usage 
auquel il fait allusion. Aussi les lecteurs non prévenus pourraient- 
ils croire que les Juifs, le soir de Pâque, laissent autour de la table 
une place vide, avec un siège non occupé destiné à un convive 
absent ou attendu. A la vérité, dans certaines régions subsiste une 
coutume qui semblerait donner raison à cette croyance. Le chef 
de famille s'appuie sur des coussins qui garnissent un fauteuil 
placé à sa gauche. Mais ce fauteuil est hors cadre ; il n'a pas pour 
complément un couvert lui faisant vis à-vis ; loin d'être réservé 
au prophète Elie, il a une destination plus simple. Autrefois les 
convives étaient étendus sur des lits chargés de coussins. Sous 

1. La Fête de Pâques, Paris, Leroux, 1906, p. 49 (Extrait de la Bibliothèque de 
vulgarisation du Musée Guimet, t. XVlll). 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ceux-ci, le maître de la maison, en la soirée pascale, cachait la 
moitié d'une marra devant servir à Yafikomen. Les sofas ayant 
cessé leur office, force à été de trouver le moyen de loger ces 
coussins : c'est un fauteuil qui s'y est substitué. 

Oiie s'il restait le moindre doute à ce sujet, il y aurait une façon 
commode de s'éclairer, ce serait de consulter les nombreuses 
Haggadot illustrées que nous a transmises le moyen âge *. Encore 
que beaucoup soient d'une exécution quelque peu naïve, elles 
n'en sont pas moins et elles veulent être des tableaux exacts de 
la scène pascale et de la table, qui est le centre de la cérémonie; 
or aucune de ces miniatures ne laisse deviner une place vide 
réservée à un hôte attendu. Ajoutons à cette considération que ce 
témoignage négatif des illustrations des Haggadot est confirmé 
par les rituels de la fête, qui sont muets sur ce point, alors qu'ils 
sont très détaillés pour tout le reste. 

M. Théodore Reinach a vraisemblablement pensé à la coupe 
d'Elie, qui figure sur la table, en vue de l'arrivée du prophète, 
semble-t-il. 

Cette coupe, depuis quand est-elle obligatoire pour la célébra- 
tion de la Pâque, ou depuis quand l'usage en est-il attesté ? 

Si nous interrogeons encore une fois les Haggadot illustrées, 
nous constaterons que jamais l'enlumineur ne donne place à cette 
coupe sur la table pascale, alors que chacun des convives a la 
sienne devant lui'-. Un tel oubli serait inexplicable si la coutume 
avait existé, d'autant plus inexplicable qu'en raison de son carac- 
tère mystique, ce détail devait frapper l'imagination de l'artiste. 

Voilà déjà de quoi ébranler notre croyance en l'antiquité de ce rite. 

Si, d'un autre côté, nous interrogeons les coutumes encore en 
vigueur dans le Judaïsme, nous ne serons pas peu surpris de 
l'absence du rite chez les Israélitesjorientaux, c'est-à-dire parmi 
ceux qui sont le plus attachés aux traditions. Cette circonstance 
résoud la question. 

On comprend mieux maintenant que jusqu'au xviie siècle, les 

1. J'ai examiné ou fait examiner les deux exemplaires appartenant à M. Elkau 
Adler, l'un du xiir siècle (?), l'autre de 1514, celui de Mmes (voir lievue, III, 229), 
tes n 1333 et 1388 de la Bibliothèque Nationale de Paris, le Siddour célèbre de 
la Bibliothèque du baron Edmond de Rothschild, dont j'ai décrit les illustrations 
dans l'ouvrage de I). H. Millier et J. von Schlosser, Die Haggadah von Sara- 
jevo, p. 199; les reproductions de divers msy. et éditions qui figurent dans ce 
volume et dans la Jewish Encgclopedia, articles Passover et Seder, et Bernard Picart, 
' érémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde, Amster- 
dam. L723-1743. 

1. Bernard Picart ne connaît pas encore l'usage. 



Notés et mélanges i$7 

rituels et recueils de décisions rabbiniques ne fassent pas la 
moindre allusion à la coupe d'Elie, même quand ils auraient l'oc- 
casion d'en parler. Ainsi, l'auteur du Manhig (xnr 9 siècle) 
rapporte qu'en beaucoup de localités on a l'habitude de laisser les 
portes ouvertes, le soir de Pâque, pour que, si Elie survenait, on 
pût aller plus rapidement à sa rencontre [Hilchot Pésah, 2). Pour- 
quoi à cette occasion ne rien dire de la coupe réservée au pro- 
phète, ainsi que l'a fait Jacob Reicher justement après la cita- 
tion des paroles du Manhig* ? 

On chercherait également en vain le moindre indice de l'exis- 
tence du rite dans la vaste encyclopédie rabbinique d'Isaac Lam- 
pronli, pnsr ^ns. Or il faut noter que les traités qui décrivent 
les cérémonies de la Pàque ne laissent rien dans l'ombre, même 
pas les détails qui choquaient certains rabbins, comme le rapt de 
la maçça de Yafikomen. Le silence du twn ttatt est particulière- 
ment significatif, car l'auteur, Moïse ben Abraham Mat, de Przemis- 
law (mort en 1606), énnmère avec la plus grande précision tous les 
objets qui doivent se trouver sur la table 

C'est, à ma connaissance, Jacob Reicher qui pour la première 
fois parie de cette coupe, dans son apyi pn, imprimé à Dessau 
en 1696 2 . Voici ce qu'il en dit : « On a l'habitude dans ce pays de 
remplir une coupe en plus de celles des convives, et on l'appelle 
« coupe d'Elie le prophète 3 ». Ce rabbin, originaire de Pologne, 
restreint donc l'usage à cette province. 

Il y a des chances pour qu'il soit né dans cette région, et cela 
seul nous incline à croire à une origine savante. 

Cette origine peut-elle se deviner ? 

D'après la Mischna de Pesahim (x, 1), c'est un devoir, le soir 
de Pâque, de boire quatre coupes de vin ; même le pauvre doit 
se soumettre à cette règle, et la communauté est tenue de lui en 
fournir les moyens. La Mischna indique également les moments 
consacrés à ces rasades. La quatrième, d'après la version commune 
de cet ouvrage, terminait la récitation du grand Hallel. Mais d'après 
plusieurs autorités anciennes, comme Alfassi et Maïmonide, la 
Mischna parlerait à ce propos d'une cinquième coupe. Or, cette 
divergence a donné naissance à des opinions diverses; d'après 

1. Voir plus loin 

2. Reproduit dans les éditions modernes du Schoulhan Arouch. 

3. Sur Ora/i Hai/i/im, 480. Ces mots sont repris par l'auteur du D^T! "UX3, 
imprimé pour la première fois à Amsterdam, en 1742. Cf. nttJE nNÏÎW, 606 (Cons- 
tantinople, 1734). 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

certains décisionnaires,la cinquième rasade est obligatoire, d'après 
d'autres facultative; enfin, d'après beaucoup d'auteurs, elle est pro- 
hibée 1 . Grand a dû être l'embarras des rigoristes n'osant se pronon- 
cer au milieu de ce désaccord. Pour faire taire ces scrupules pieux, 
on se sera avisé de rappeler au moins cette coupe supplémentaire, 
en versant dans une coupe ad hoc la quantité de vin qui serait indi- 
quée pour cet objet. 

Mais pourquoi appeler celte coupe « coupe d'Elie » ? Est-ce 
seulement parce que le prophète était attendu ce soir-là? La 
raison m'en paraît plus simple : toutes les fois qu'une discussion 
n'a pas abouti à une décision ferme, les rabbins, pour dire que la 
question demeure en suspens, se servent de ces mots : nai» an" 1 
vpba îtq-'D n? « que la cbose reste en l'état jusqu'à l'arrivée 
d'Elie » ! Or, comme le rite a probablement vu le joui* dans un 
milieu savant, il paraît vraisemblable qu'à propos de cette coupe 
supplémen taire, dont la présence révèle la perplexité de la tradi- 
tion, quelque rabbin, en manière de plaisanterie peut-être, aura 
invoqué le dicton talmudique. Par la suite, en raison même du 
rôle attribué à Elie en cette soirée, on aura donné ce nom à 
la coupe. 

Cette explication ne doit pas être neuve et je m'attends à ce 
que de savants bibliographes me renvoient à maint devancier. 
C'est ainsi que mon excellent ami, M. Elkan Àdler, me dit 
l'avoir entendue de la bouche de son père, Nathan Adler, l'auteur 
du -ûb nrrû, qui n'avait rien d'un critique aventureux. Cette 
rencontre n'a pu que me fortifier dans mon sentiment. 

Israël Lévi. 



SUR UN FRAGMENT DE POLEMIQUE 
ANTI-CHRÉTIENNE 

M. Marmorstein a publié récemment dans cette Revue 2 un frag- 
ment — plus exactement un assez grand morceau et deux plus 
petits — qu'il croit appartenir au Commentaire de David Kimhi 
sur les Psaumes. Il est regrettable que les explications dont il a 
entouré son texte contiennent tant d'inexactitudes. 

l. Voir le Tour, Orah Hayyitn, i80. 

H. Revue des Etudes juives, LXVII, 246 el suiv. 



NOTES ET MÉLANGES 12* 

Et d'abord, il me paraît extrêmement douteux que le premier 
morceau (p. 249 et s.) soit de Kimhi, ou, pour mieux dire, je n'en 
crois rien. Il n'est même pas exact de soutenir, comme fait 
M. Marmorstein (p. 247 en haut), qu'il soil tiré d'un commentaire 
des Psaumes. S'il se termine par une explication du psaume xix, 
c'est pour une raison que l'auteur indique en toutes lettres : afin 
de ne pas finir par quelque chose de profane, c'est-à-dire par la 
critique de passages du Nouveau-Testament, il donne en guise 
de conclusion l'explication du psaume qui contient l'éloge de la 
Tora sainte et parfaite. Ses mots sont clairs : TittTtttt ïj-idn finjn 
rrcmp ^nnnn û^y na^m rpo ï-pïtib ^o i-rcrbttîïi îwnn mizn nm^n 
(p. 251, 1. 25 et 26). Parvenu au terme de sa controverse avec les 
Chrétiens, après avoir présenté ses critiques des Évangiles (sur- 
tout de celui de Matthieu), il ne veut pas se contenter d'en avoir 
tiré une preuve indirecte en faveur de l'éternité et de la divinité de 
la Tora; il lient à en donner une preuve directe, tirée de l'Écriture 
sainte et plus particulièrement du psaume xix. Le texte publié par 
M. Marmorstein n'est donc pas un commentaire des Psaumes, 
mais une critique des Évangiles, une sorte de Vikkouah ou de 
Niççahon, terminé par l'explication d'un psaume approprié au 
sujet. 

M. Marmorstein estime que le style de ce fragment décèle David 
Kimhi. Je ne saurais le lui accorder. L'auteur parle, il est vrai, de 
chrétiens français convertis au judaïsme et connus de lui; M. Mar- 
morstein est sûr que ce sont des Albigeois et il se réfère à Graetz. 
Outre que la citation est inexacte ', Graetz, ne parle pas de conver- 
sions. Si quelques Albigeois avaient embrassé le judaïsme, les 
historiens des sectaires chrétiens n'auraient pas manqué de 
signaler ce grand scandale et l'Église aurait certainement exploité 
cet efficace moyen d'agitation pour prêcher la guerre d'extermi- 
nation des hérétiques. 

Si notre auteur critique la traduction de la Bible de saint Jérôme, 
ce trait lui est commun non seulement avec D. Kimhi, mais aussi 
avec beaucoup d'autres. Il orthographie owaTT" ; il a donc pro- 
noncé ce mot à la manière latine : Hieronymus. Dans la première 
édition des ûninsb p"in iwtd maïusn (dans le arj npb de Moïse 
Sârtels, Prague, 1604 2 ), on lit sur Ps., ex, \ : pT*»n îo^brra 
drrbffi, d'après l'italien Girolamo. 

1. Au lieu IV 3 , 141, il faut sans doute lire VU 3 , 8. 

2. La première édition de ces remarques polémiques de Kimhi n'est pas, comme 
l'indique Wolf, III, 191, et Steinschueider, 871, n° 32, celle qui est ajoutée en appen- 
dice au *prt£3 'O édité à Nuremberg en 1644. Elles se trouvent déjà dans Je tome II 

T. LXVUI, n° 133. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il est difficile de déterminer l'âge de noire texte. Avant tout, il 
faudrait savoir si le feuillet qui le contient provient bien de la 
Gueniza et, dans l'affirmative, s'il forme un seul et même fragment 
avec l'autre feuillet, ce que je ne croirais pas sans preuve. 

Je serais tenté de ne pas faire remonter aussi haut que M. Mar- 
morstein la date de ce morceau. L'auteur y parle (p. 250, dern. 
ligne) des commentateurs « postérieurs » du Nouveau-Teslament 
(D!-pmnN, terme qui fait penser aux D^mna de la littérature rabbi- 
nique) qui se sont efforcés de concilier les indications contradic- 
toires des quatre Évangiles ; il a même vu un ouvrage consacré à 
cet objet (p. 251, 1. 1). Existait-il déjà des écrits de ce genre à 
l'époque de Kimhi et, si oui, peut on admettre qu'un tel écrit ait 
pu être confié alors à un Juif qui l'aurait si minutieusement 
examiné? 

L'auteur avait des Évangiles une connaissance précise et puisée 
aux sources. On remarquera qu'il énumère dans l'ordre les cita- 
tions bibliques de Matthieu et qu'il les traduit exactement en 
hébreu. Il a, par conséquent, eu sous les yeux le texte latin des 
Évangiles. On n'a pas encore montré que D. Kimhi fût tellement 
familier avec le Nouveau Testament. Il ne faut pas oublier que les 
« répliques » authentiques de Kimhi (D*n£i:b rrmtan) sont toutes 
des « defensiones », dont les matériaux lui avaient été fournis par 
des auteurs chrétiens. Au contraire, dans le texte publié par 
M. Marmorstein, l'auteur ne se tient pas sur la défensive, il prend 
l'offensive : les passages qu'il critique ont élé trouvés par un Juif 
et non signalés par un Chrétien. Il n'est donc pas seulement un 
apologiste du judaïsme; il polémise contre le christianisme. Tout 
bien considéré, je conjecture que le morceau est tiré du nttb=> 
D*n:*n d'Éfodi { ou inspiré de cet ouvrage. 

Le contenu principal du texte est constitué par une énumération 
des versets bibliques inexactement cités dans l'Évangile de Mat- 
thieu. La première ligne du fragment (p. 249) s'y rapporte aussi. 
Il y est question de la citation incorrecte d'Isaïe, xlii, 2 et 3, dans 
Matthieu, xn, 19 et 20. Il faut donc lire comme suit : -rVip "prin. . . 

du m y npb, glossaire biblique judéo-allemand dé Moïse Sàrtels, imprimé à Prague 
en 1604. Placées en appendice aux Psaumes, elles y forment deux feuillets, dont le 
second est paginé 33 (32). Le texte concorde entièrement avec celui du Niççahon, sauf 
que dans Ps., ex, au lieu de nïV Ù7T3V "p^nïKr* ^ob 'ITa >3, il faut lire avec 
la première édition : PUB D7TDW p^n3>Er; CPabn^ "O et qu'au lieu de p-pn, 
la première édition a correctement p^n. Steinschneider, 1994, n° 10, connaît bien 
l'existence des passages auticlirétieus dans le my npb, mais parait croire que ce sont 
seulement quelques extraits des p"*n maiœn. 
1. Voir la Revue -137! flfiTO HDI^n, IV, p. 48. 



NOTES ET MÉLANGES 131 

uzwn . . . D-'buî"' iy rear Nb [nrc nnoci] ma©"» ab yisn nap. Les 
notes 2 à 6 de Marmorstein son! déplacées : l'auteur ne veut pas 
citer le texte massorétique, mais montrer combien Matthieu ci le 
nexaclement ; c'est donc à dessein qu'il reproduit, non le texte 
d'Isaïe, mais la traduction hébraïque littérale du texte de Matthieu. 

— P. 249, 1. 6 d'en bas, il faut naturellement corriger ûtTSTNi en 
orrrn. — P. 249, n. 9, la référence à Marc, vu, 13 est déplacée, 
car l'auteur avait uniquement en vue le passage de Matt., xv, 8. — 
P. 250, 1. 10, il faut, au lieu des mots nocn nn* my Nbn, qui n'ont 
pas de sens, lire : nosn an*a imabm ; v. Sanhédrin, 43 a. — P. 250, 
les notes 4 et 5 sont totalement superflues, parce que hors de place. 

— Ibid., 1. 12, il faut peut-être lire "iiannb, au lieu de inntzn. — 
Ibid., 1. 17, au lieu du mot imanDi conjecturé par M., suppléer 
•™&rn d'après Matt., x'xvjï, 6. — Ibid., 1. 7 d'en bas, au lieu de 
n^-in ro^N, lire ri^r-fo roc*. — Ibid., n. 11, et p. 248, § 10, ce n'est 
pas à Malt., ni, 3, qu'il fallait renvoyer : l'auteur traduit évidem- 
ment ici Luc, ni, 4 et 5. — P. 251, 1. 7, au lieu de ïfnnfi, il faut 
sans doute nwran, sinon û">ttch m&nn ^pios; 1. 13 : Tan, lire ■n'W, 
1. 15 : "»73 bbb biam, lire : rm bs bism 

Les deux petits fragments ajoutés en appendice par M. Marmor- 
stein contiendraient censément des explications sur les psaumes ni 
et xiv. Mais le premier morceau se rapporte à Ps , vu, 8 (1. 2, lire 
ï-pban pour mbsn, 1. 3, nb^nn pour nbwi) ; il est possible qu'il soit 
de Kimhi. Quant au second morceau, il n'avait pas besoin d'être 
publié, car il se trouve dans toutes les éditions anciennes du Com- 
mentaire des Psaumes par Kimhi, à la vérité sur le psaume xv '. 

N. PORGES. 



DEUX NOTICES MASSORÉTIQUES 

Dans une liste commémorative que j'ai publiée dans cette Revue, 
d'après un fragment de la Gueniza 2 , se trouvent deux notices 
massorétiques dont j'ai signalé l'existence, mais sans pouvoir les 
expliquer, surtout la première. 

1. Rectifions encore quelques inexactitudes bibliographiques. P. 246, n. 6, lire 1477 
au lieu de 1447 (faute d'impression). L'édition d'isny, 1541, contient moins de pas- 
sages antichrétiens que celle de 1477. — P. 246, n. 7, la référence à Wolff, 111, 188, n'a 
rien à faire ici. — lbid., n. 8, il est question de remarques de Kimhi sur Ps., xc, 10, 
contenues dans l'opuscule d^jEJTû nUSblZJ- Wolf, III, 190, indique Ps., en, 10. En 
réalité, c'est Ps., ex, 1 : ce sont les mêmes remarques que celles qu'on lit dans le 
p"in niaion, ad lac. 

2. H. É. J., LXVI, 66. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mon ami, M. le professeur D. Shnonsen, m'apprend que ce sont 
deux indications massorétiques déjà connues par ailleurs. Mais la 
première avait été mal déchiffrée par moi. En voici le texte, tel 
qu'il ressort d'un nouvel examen de la photographie : 

mzns -^ irob nanp ûhdtd *pDnba n«Bba n 

^wn dvd ^m 

Il s'agit donc ici de cinq mots de la Bible qui sont pourvus de 
deux accents chacun ou, d'après la note correspondante de la 
Grande Massora : nanp nr s on tznan nb-na «sjbna "wa "nra "pbtt 'n 
TJ3*b nban *a ixro pn:>:i im pkt ttbabn nantt, soit, outre notre pas- 
sage (Lévit., x, 14): Genèse, v, 29; II Rois, xvn, 13; Ezéchiel, 
xlviii, 10 et Soph., 11, 15. Gomme signe mnémonique, on indique 
le verset de Deut., xxvi, 12, ce qui doit signifier sans doute qu'en 
réunissant les cinq mots (nban '•a), on obtient dix accents (nia*b). 

Dans notre fragment, le grand telischa a une forme un peu 
différente de la forme ordinaire. La forme de l'accent du mot nwiJ 
(yetib) n'est pas non plus la même ; elle ressemble tout à fait au 
système d'accents divergent que j'ai mentionné ailleurs '. 

La seconde notice, ainsi conçue : 

...mx N'b nizîa im •jnbb» Nina n»ba îd 

t • h r v -: ' 

parle des mots de la Bible qui ont pour accents un darga 2 et un 
double merkha (nbnaa éO"ib) ou, d'après le nom donné à cet accent 
par la Massora, deux bâtons (ynann V" 11 " 1 )- Mais, chose singulière, 
partout on indique seulement quatorze de ces mots, par exemple 
dans la Grande Massora sur Nombres, xxxn, 42 : -i"-> nas nb fiop^n 
«a-i72 dn ^a renw ab obn:>b ym *ip ansarn '">s 'piann "p-in N733>î:a pnca 
«a-n r, *on fntann T"in nanpsn mai» 'a 0* «m nsn-na" 1 mwnpw Y s a ^a 
'nan nia-n *p nb (de même dans la Massora éditée par Ginsburg, I, 
626); et on cite alors, outre ce passage des Nombres, ceux de 
Gen., xxvii, 25; Exode, v, 15; Nombres, xiv, 3; I Rois, x, 3 ; xx,29; 
Ezéch , xiv, 4; Habac.,i, 3;Zach., m, 2; Ezra, vu, 25; Néh., ni, 38; 
II Ghron., ix, 2; xx, 30. Il faut donc nécessairement corriger y* 
en iâ (24 au lieu de 14). 

Samuel Poznanski. 

!. Cf. •/. Q. I<- VII, 565. Par contre, le guère haïm a ici la forme ordinaire, tandis 
que dans le système divergent il est constitué par un point au-dessus de la ligne. 

2. Le darga est aussi plus semblable à celui du système divergent qu'à celui du 
système ordinaire. 



BIBLIOGRAPHIE 



Festschrift zu Israël Lewy's siebzigstem Geburtstag. Herausgegeben 
von M. Brann und 1. Elbogen. Breslau, M. et H. Marcus, 1911; in-8° de vi + 
436 p.; partie hébraïque, intitulée bN-)^ mNDn : "211 p. 

(suite et fin) 



M. Elbogen, prenant pour point de départ une brève, mais subtantielle 
remarque de M. Israël Levvy, nous donne une fine élude sur « l'entrée 
et l'issue du sabbat » {Eïngang und Ausgang des Sabbats nach talmu- 
dischen Quellen), dans laquelle il cherche à expliquer l'histoire du Kid- 
douch et de la Habdala. Cependant, je ne puis lui accorder que la prière 
de consécration de la solennité (DVH ^np) se disait primitivement 
après le repas. 11 n'a pas remarqué qu'avant tout repas convenable, on 
buvait une coupe de vin (Berachot, 42 a ; T. Ber., iv, 8); il était donc 
naturel de dire sur cette coupe « la consécration du jour ». La règle, déjà 
établie à l'époque du Temple, de boire quatre coupes à la soirée du 
Séder, suppose cet usage, suivant la juste remarque déjà faite par Fried- 
mann ', et il n'est donc pas possible d'admettre avec M. E. que c'était 
encore l'usage, un siècle environ après la destruction du Temple, de 
réciter le Kiddouch à la fin du repas. Le texte de Pesahim, 102 a, et pas- 
sages parallèles, parle d'une exception et ne prouve rien ; les mots D"P 5D 
Dm dans Pesahim, 100 a, ne disent pas, comme M. E. le croit, que 
R. Simon b. Gamaliel se conformait en général à cet usage recommandé par 
R. Yosé, mais que dans les autres divergences entre R. Juda et R. Yosé, 
il se ralliait à ce dernier. Les confréries (rrman) ne peuvent pas être invo- 
quées pour l'explication du Kiddouch, parce que leur existence n'est pas 
attestée avant le milieu du second siècle*. Plus séduisante est l'explica- 
tion de la Habdala comme ayant été primitivement une cérémonie sub- 
séquente au dernier repas du sabbat, ce qui explique l'usage de prendre 
une lumière quand arrive l'obscurité ainsi que des épices poursepar- 

1. V. son commentaire de la Haggada, riDD b"Ô ...hy *p2 *"PN70, p. 26-27. 

2. V. Bùchler, Der galilâisc/ie Am-ha-Arez, p. 208, et ma note sur Geiger, n^iap 
D"n73«72, éd. Poznanski, p. 386. 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

limier les mains, mais l'explication n'est pas nouvelle : elle a été donnée 
tout au long par Geiger, Jùd. Zeitschr., VI, 105 et s. Si M. E. avait connu 
cette étude, il aurait sans doute été moins sûr que l'ordre prescrit par 
R. Juda pour les bénédictions de la Habdala n'est pas naturel, car Geiger 
montre que cet ordre est, au contraire, le plus conforme à la nature. Mais 
ce que ni Geiger, ni M. Elbogen n'ont remarqué, c'est que Ber., vm, 1-8, 
contient l'ordre du repas (tTTWO niD) des Schammaïtes et des Hillélites, 
ce qui fait que la relation de R. Méir sur la divergence entre les deux 
écoles peut seule être exacte, car d'après IL Juda, leur divergence n'au- 
rait rien à faire avec l'ordre du service à table. M. E. se sert aussi des 
Habourot pour expliquer la Habdala ; j'ai déjà fait observer qu'elles étaient 
plutôt une création de l'imagination de Geiger qu'une réalité historique. 
Du reste, l'explication ne suffirait pas à rendre compte de la différence 
entre la Habdala ordinaire et celle du jour de fête tombant un samedi, 
pour laquelle on prend une lumière, mais non des épices. Ici il faut 
observer que, les jours de fête, il est défendu de répandre des épices sur 
des charbons ardents 1 , ce qui devait faire disparaître cette cérémonie les 
jours de fête. D'autre part, il n'y avait aucune raison de dire k lissue des 
fêtes la bénédiction sur la lumière, car on pouvait se servir de celle-ci les 
jours de fête \ — Dans ce travail soigné, une lacune m'a frappé. M. E. ne 
dit pas que Josèphe connaît l'usage d'annoncer l'arrivée ainsi que l'issue 
du sabbat par des signaux (Guerre, IV, ix, 12). Pour ceux de l'arrivée du 
sabbat, il indique les sources tannaïtiques ; pour ceux de l'issue du sab- 
bat, il observe, sans donner de référence : « la fin du sabbat... qui était 
également indiquée par un signal bref... ». Or, les sources rabbiniques 
ne mentionnent pas ce signal, à l'exception de Maïmonide, qui interprète 
en ce sens la mischna de Houllin, i, 7 (Yad, H. Sabbat, v, 20). Le texte 
de Josèphe est une brillante confirmation de l'opinion de Maïmonide. Je 
suppose que l'usage encore existant de sonner du schofar, à la fin de 
Kippour 3 , n'estautre chose qu'un reste de l'ancienne coutume d'annoncer 
par des sonneries l'arrivée et l'issue du sabbat et du Kippour'*. — La dési- 
gnation de Nnn N'Cmp pour le Kiddouch du samedi matin est sans doute 
une sorte d'euphémisme pour N1VT N'^mp ; elle ne vient pas, comme 
le dit M. E. (p. 180), de ce que les amoras connaissaient un Kiddouch 
développé pour le samedi matin comme celui du vendredi soir. 

Dans ses « Nouvelles contributions à l'explication de la Mechilta » 
[Neue Beitrdge zur Erkldrung der Mechilta), M. Blau présente un certain 

\. Voir Ketêub., 7a; Béça, 22 b (Mischna ctGuemara). 

2. Il est vrai que l'usage de la lumière les jours de fêtes est fort limité, au moins 
d'après L'opinion des Schammaïtes, v. Geiger, L c, 109, et ma note sur D£"l3p 

DTaa», p. 388. 

3. La source la plus ancienne, pour cet usage, est le Séder H. Amram, p. 49, voir 
aussi Tos. Sab., \\\b. 

4. A la vérité, on ne dit nulle part expressément, que le Kippour ressemble en cela 
au sabbat, mais il est extrêmement probable que cette solennité, pendant laquelle tout 
travail est interdit comme le samedi, était également annoncée par des signaux. 



BIBLIOGRAPHIE 135 

nombre de fines observations sur ce Midrasch, en montrant surtout 
quelle précieuse ressource pour rétablissement du texte de la Mechilta 
nous possédons dans la Mechilta dite de R. Simon. Comme je songe à 
publier bientôt un travail assez considérable sur cette dernière, je ne veux 
pas m'élendre ici sur les rapports réciproques des deux Mecbiltas et je 
me bornerai à un exemple pour montrer comment, au début même de 
notre Mechilta, la résolution inexacte d'une abréviation a produit une 
faute de texte. Quand on a lu dans Mechilta, Bô, i (3 a), ces mots : îannn 
■pa&nrr d*jn 13 n:72 tfb DDb ~t™, on se demande en vain pourquoi Adam 
est désigné comme celui dont le calendrier ne commençait pas avec le 
premier Nissan. Mais dans la Mechilta de R. Simon, la phrase corres- 
pondante est o^rVwin- maN ia 1:73 N5, « les patriarches ne comptaient 
pas à partir de ce mois » (Nissan), et c'est à coup sûr la vraie leçon. Le 
Midrasch tannaïtiquc note que c'est seulement à partir de la sortie 
d'Egypte qu'Israël commença ce comput de l'année, resté inconnu de ses 
ancêtres. La leçon ïTOînn D"iN de notre Mechilta résulte de la fausse 
résolution de l'abréviation "V'nN = û^iUJ ann ma». 

De mon ouvrage en préparation sur la Mechilta de R. Simon j'ai déta- 
ché, pour le recueil analysé ici, le chapitre intitulé : « La part de 11. Simon 
dans la Mechilta à lui attribuée » {Der Anteil R. Simons ander ihm zuge- 
schriebenen Mechilta). Qu'il me soit seulement permis de corriger une 
grave faute d'impression : p. 413, n. 1, il faut lire : « und standen vvohl 
nicht ». 

M. Schechtëk nous donne un fragment d'une Mechilta sur le Deuiérc* 
nome (fifin noie Dnmb anb^tt). 11 avait déjà publié auparavant un 
autre fragment, recueilli depuis par M. Hoffmann dans son Midrasch 
Tannaïm. Malgré sa petite étendue, le nouveau fragment contient bien 
des choses intéressantes, signalées par l'éditeur dans ses notes. Telle est 
cette opinion de II. Simon, que ce ne fut pas toute la Tora, mais seule- 
ment le Deutéronomc qui fut écrit « sur les pierres ». Il faut sans doute 
rapprocher de cet enseignement cet autre du même rabbin, que les mots 
ÏTTinn ido dans Josué, 1, 8, se rapportent au Deutéronomc (Gen. r., 
vi, 9). Il est probable aussi que, dans Sifrè Deutér., 160, D"nns désigne 
R. Simon, ce texte étant justement conforme à son identification de 
« Tora » avec le Deutéronomc On trouve même une opinion d'après 
laquelle la « Tora du roi » contenait seulement le Décalogue l . 

Le fragment édité par M. Schechter provient des trésors de la Gueniza. 
Du même fonds sont tirées deux autres publications, qui fournissent éga- 
lement des contributions à l'histoire de la littérature tannaïtique : ce 
sont « quelques fragments de la Gueniza » [Einige Genisa-Fragmente), 
par M. Krengel, et « deux fragments de la Mischna » (bta z^j'ùûp "»:S3 

1. Voir lladar Zekénim, 34 d. Cette opinion est basée sur ce que le Décalogue 
contient 613 lettres, correspondant aux 613 prescriptions de la Tora, et pouvait par 
conséquent être désigné par « Tora ». Voir aussi Arouch, s. v. bsn ; le recueil de 
consultations gaoniques Schaarê Teschouha, n° 149 ; Lékah Tob (petite Pesikta), II, 
139 Buber; mes Geonica, II, 35, et Nombres r., xm, 16. 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n:c": par M. Marron. Les deux travaux se rapportent à l'étude du texte 
de la Mischna ; mais tandis que M. K. ne signale que les variantes, M. M. 
donne les photographies dos fragments de la Mischna ainsi que des 
copies, sauf pour le dernier, qui n'est pas copié, nous ne savons pour- 
quoi. Je ne sais sur quoi M. K. se hase pour soutenir que son texte repré- 
sente une recension palestinienne. Le fragment concorde dans certains 
passages avec le Babli, dans d'autres avec le Yerouschalmi, quelquefois, 
enfin, avec la Mischna de Cambridge ; il est donc difficile d'en préciser le 
caractère. Je ne suis pas du tout assuré de l'origine palestinienne de la 
Mischna de Cambridge; malgré la désignation qu'en donne l'éditeur 
(wiD'mi Tiabnn no-n rvoy -iidn naiBlcn), elle ne représente sûrement 
pas la recension dont se servaient les amoras palestiniens, tout en étant 
sans doute palestinienne d'origine. Quant au fragment publié par 
M. Markon, il relève sûrement de la recension babylonienne; il est même 
probable qu'il a été écrit en Babylonie, comme paraît l'indiquer la voca- 
lisation babylonienne dont il est pourvu. 

MM. Chajes et Margulies publient des observations sur le Talmud. 
Celles du premier (n*D"Q '073 b* mrwn) se composent d'additions aux 
Gloses talmudiques de son grand-père R. Cebi H. Chajes. Sur la dési- 
gnation de HTjSn appliquée aux livres salomoniques (Beracliot, 4a), il y 
aurait lieu de renvoyer à Cantique r., i, d'où il résulte que le terme de 
rn:2n n'exclut pas le caractère sacré de ces livres, car il y est dit : )vd 
imasn banian . ..'cnprs mi "pb* nm»o. Dans j. Maccot, m, 31 d 
(TTQSnb ibfcWî), le mot n^sn désigne aussi le livre des Proverbes — Le 
mot m£73 ne désigne pas toujours une prescription biblique (p. 4 b) : 
plusieurs passages du Talmud le prouvent; voir, par exemple, Ber., 29b : 
n?:n "TaviTan D? bbcnnb mas», recommandation qui ne se donne sûre- 
ment pas pour un commandement biblique; Yoma, 30a (SjODUîb maSTa-^j 
Ridd., 41 a fimbsn73 inr 13 mxw), etc. - La correction proposée par 
M. Margulies fp. 185) dans j. Sabbat, m (n"s est une faute d'impression) 
se trouve déjà dans le T3 nDO, ad. toc. (l'ouvrage n'était sans doute pas 
accessible à l'auteur). Mais on doit s'étonner que M. M. ne connaisse pas 
le commentateur du Yerouschalmi par excellence, R. Moïse Margalit, 
l'auteur du Penê Mosché, car son explication sur m, 6, 'pn'p n"fi*, se 
trouve textuellement dans ce commentaire. 

L'influence de M. Levvy éclate dans les « Mélanges » (Miscellen) de 
M. Horowitz, qui comptent, malgré leur petit nombre, parmi les meil- 
leures parties du recueil. Ses notes éparses sur les Midraschim tannaï- 
tiques et le Talmud décèlent un halachiste compétent — une espèce qui 
se fait de plus en plus rare — et en même temps un critique perspicace. 
Cependant, je ne puis être d'accord en tout avec lui. Ainsi, je ne vois pas 
la moindre raison de corriger le texte de Sifré, Nombres, § 144. Voici le 
sens de ce passage. Le verset du Lévitique, xxvi, 2, souffre deux inter- 
prétations ; ou bien il veut dire : observez les sabbats aux dépens dit 
culte du temple, ou, au contraire : le culte du temple ne doit jamais être 
négligé, même si la sainteté du sabbat en souffre. La prescription de 



BIBLIOGRAPHIE * 137 

Nombres, xxyiu, 9, montre que la seconde interprétation est seule exacte. 
— Je ne crois pas non plus que les mots !Taia tfa "H!"!, dans Ket., 8 f ô b, 
contiennent une vague réminiscence de T. B. B., xi, 13 ; le nom de Tobia 
ne prouve pas, comme M. H. le reconnaît lui-même (p. 195), la dépen- 
dance du Babli vis-à-vis de la ïossefta et je ne vois pas quelle difficulté 
il a trouvée dans l'enseignement de R. Yohanan pour ne pouvoir l'expli- 
quer que d'après la Tosseffa. Le cas mentionné dans le Babli est clair : le 
testament en question ne contenait que les mots rpaiîab ^oao, sans dési- 
gner autrement ce Tobia, et lorsqu'un individu ainsi nommé se présenta 
pour faire valoir ses droits, R. Yohanan le déclara bien fondé en se ser- 
vant des mots rpa"ia Na "nn, « voici qu'un Tobia est venu » ; le testa- 
ment ne parle que d'un Tobia et le premier individu de ce nom qui se 
présente doit être accueilli 1 . — Je doute fort aussi de l'exactitude de la 
correction N^ Nb pour bi^a^ Nb dans Ket., 3 b, car les mots *p pa 
*p "pan peuvent fort bien se rapporter aux deux cas de mbaa et de ma 
mentionnés dans la mischna 2 et il n'y a aucune raison de mettre ce pas- 
sage en rapport avec celui du Yerouschalmi. Halevy, Dorot Har., II, 130 
et suiv., a réuni un nombre respectable de cas dans lesquels la même 
opinion est attribuée dans le Babli à une baraïta et dans le Yerouschalmi 
à un amora, et inversement ; il eut été bon d'y renvoyer. 

Par rapport à la Halacha, la Aggada est comme disgraciée dans ces 
Mélanges. Du moins avons-nous la satisfaction d'y lire deux travaux 
excellents dans ce domaine, ceux de MM. Simonsen et Theodor. Dans sa 
jolie étude sur « un midrasch dans le IV e Ezra » (Ein Midrasch im IV. 
Bûche Esra), M. Simonsen montre qu'un passage de cet apocryphe, vu, 
132 9, contient un midrasch sur Exode, xxxiv, 6-7, expliquant les attri- 
buts divins (mT3). Voici quelques observations sur le détail. Nunc doit 
être une traduction de ~:n et il n'y a pas de raison d'admettre une 
confusion de nrK et nny. — L'idée que Dieu est miséricordieux envers 
celui qui est encore innocent, bien qu'il sache, étant omniscient, que le 
même homme deviendra un jour un pécheur, se trouve dans une des 
« Paroles du Seigneur », ainsi conçue : Dans l'état où je vous trouve, je 
vous juge 3 . Dans le Yerouschalmi, R. H., i, 57 a, cette maxime est 
exprimée, dans les termes suivants : n^iaa n?n dinh nN "p n"Dprr ps 
rn "miT KimD, « Dieu juge l'homme tel qu'il est à ce moment ». — Les 
mots conversionem faciunt in legem sont a rapprocher d'un passage de 
l'ouvrage sectaire dont Schechter a édité les fragments'; par opposition 
aux rabbins qui parlent sans cesse de retour à Dieu, l'auteur emploie la 

1. Voir Schitta Mekoubbécet, ad loc. 

2. A cette interprétation on objecte que pour mb"aN, la ïlb^D doit être consom- 
mée de suite. L'objection est facile à réfuter : le cas envisagé est celui de 5U3 172N 
■jnn ou de nba blZÎ "paN, lorsque la ïib^a doit être différée. 

3. Voir Rescb, Ayraphia: la parole est souvent citée, mais mal comprise. 

4. M. S. renvoie à la source [dus récente, Geo., lui, 14. Outre les passages parallèles 
cités en marge dans l'édition de Wilna, la même maxime se trouve dans Babli, H. H., 
166. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

phrase :d: baai ab baa ne?: n-nn ba* aYûb '. — Pour multiplient magis 
misericordias his, qui praesentes sunt et qui praeterierunt et qui futuri 
sunt, comparer Sed. EL Z., éd. Friedmann, p. 183, qui s'en rapproche 
beaucoup : Dieu a dit à Moïse qu'il étendra sa grâce aux générations 
futures (rroan nw). 

C'est une étude très soignée que celle de M. ïheodor sur « le Pseudo- 
Raschi sur Genèse rabba » (Nan nnosna cvïmd by nttNtt), et la 
critique des opinions de Schorr et d'Epstein y est poussée à fond. Il 
montre avec raison que M. Epstein n'a pu motiver suffisamment son 
identification de l'auteur avec R. Kalonymos de Rome et que, pour le 
moment, la question d'auteur doit rester sans réponse. Il a sans doute 
raison aussi de mettre en doute la connaissance du grec chez l'auteur; 
il aurait dû renvoyer cette remarque sur i, 9 : ^m? mttiNaiïî Dan 
ttsa Drtaa nan Xnrp 1ÏK3 i7:a DiDionb^B, un sage des gentils est 
appelé « philosophe », de même que nous appelons aujourd'hui un tel 
sage « sot « ; il est certain que notre auteur, comme d'autres du moyen 
âge, voyait dans « philosophe » un terme injurieux. 

A la Aggada appartient aussi l'étude de M. Wùnsche sur « le baiser 
dans le Talmud et le Midrasch » (Der Kuss in Talmud und Midrasch). 
C'est une des plus longues du volume. L'auteur ne s'est pas contenté de 
réunir les passages à lui connus de la littérature talmudique et midras- 
ch ique dans lesquels le baiser est mentionné; il a encore donné la tra- 
duction de tous ces passages, en y faisant entrer de grands morceaux qui 
n'ont rien à faire avec le sujet proprement dit, accompagnant le tout de 
notes superflues. Des remarques sur le sens du mot ^i ou sur la nature 
des n* 1 ::-!: sont simplement déplacées dans des Mélanges dédiés à un 
talmudiste en renom. — Ce travail n'est pas exempt d'erreurs; je me 
bornerai à en relever un certain nombre. Le dicton mrsn npnas bs ne 
signifie pas, comme l'affirme M. W. (p. 77), « tout baisement sert à la 
licence », mais « dans tous les passages de l'Écriture où il est question du 
baiser, il s'agit de baisers insipides ». — Dans Exode r., v, d, les mots 
'nai nbaiH K m & veulent dire : « je n'ai pas l'intention de te séduire » ; le 
passage parallèle Cantique r, vin, 2, porte "O "13)3 fitt lY*b « cela ne 
doit pas être considéré comme une licence de ma part » ; nnatt est 
comme mnE, de ma, « être d'une joie pétulante ». La aggada sur l'affa- 
bilité d'Aaron est donnée (p. 82) comme tirée du Midrasch Gadol ou- 
Guedola, production de basse époque ; M. W. ne sait pas, bien que la 
source y soit indiquée, que ce midrasch est emprunté textuellement aux 
Abot R. Nathan, éd. Schechter, xxiv, 49. — Le passage de j. Horayot, 
in, 48 c, 'nan nrvot, doit être traduit comme suit : « De même qu'il t'a 
été accordé d'expliquer l'Écriture sans avoir l'ordination (Q^), de même 
qu'il te soit accordé de l'expliquer comme docteur ordonné (aw») ». — 
Dans la traduction de Horayot, 12 6 (p 85), il manque l'essentiel, à savoir 
que l'état du grand-prêtre lépreux est le même que l'état de celui qui est 

1. Documents of Jewish Sectaries, I, p. 15, 1. 12 et p. 16, 1. 4. 



BIBLIOGRAPHIE 139 

obligé de se retirer pour un défaut corporel. « Maître de la Halacha » 
(Lehrer der Halacha, p. 89) est une traduction inexacte de robrs ÏTT173 ; 
cette expression désigne le rabbin qui décide dans des cas pratiques 
de législation religieuse. — La phrase de j. Péa, i, 15 a", ne signifie pas 
« quel caractère a cet homme pour te pardonner toujours » (p. 89), mais 
« quel bon office lui as-tu jamais rendu ». Dans le môme passage, 
«ncas "lis signifie « fermer la synagogue », c'est-à-dire ne pas laisser 
sortir les personnes présentes avant qu'elles lui aient fait droit — Moëd 
Rai., 24 a, se rapporte au chef de l'académie, qui porte le titre de nassi, 
et n'a rien à faire avec les honneurs dus au prince, comme l'affirme 
M. W. (p. 90). L'assertion que même à l'époque talmudique l'idolâtrie 
n'était pas entièrement disparue chez les Juifs (p. 93) n'a pas besoin d'être 
réfutée. Il n'y avait plus d'idolâtrie chez les Juifs plusieurs siècles avant 
l'époque talmudique ; bien mieux, on ne comprenait plus à cette époque 
comment les générations antérieures, c'est-à-dire celles de l'époque bibli- 
que, avaient pu être insensées à ce point; voir l'intéressante remarque de 
Sanh., 102 6. Dans Cant. r., vu, 9, les mots ^'P'Cîj O^za signifient « parce 
que la bouche est l'organe de la parole », non « parce qu'il donne du goût 
(de l'agrément » (p. 94). — La traduction des Tossafot sur Ab. z., 35 a, 
n'est pas seulement superflue, puisqu'elle n'a rien à faire en la matière, 
elle est de plus entièrement fausse. L'argumentation des l'ossafoi aboutit 
à dire que le verbe p03 peut avoir le sens de « fermer la bouche », 
tandis que M. VV. traduit toujours par « baiser » (p. 104 et suiv.), faisant 
ainsi dire des absurdités aux Tossafot. Il n'avait, d'ailleurs, pas le droit 
de mettre, dans les Tossafot, N7^D « trésor », pour V^O « signe », attendu 
que nous avons affaire à une ancienne variante ; une autre variante 
encore est connue du Yalkout et du Semag ; voir ce que j'en ai dit dans 
ces Mélanges, p. 407. — Il est faux de traduire Ti^n par « plus impor- 
tant » (wichtiger); la phrase « la présure de l'holocauste est plus impor- 
tante que la présure du cadavre » est une pure sottise. Le sens est ; 
« l'usage de la présure de l'holocauste est plus sévèrement défendu que 
l'usage de la présure d'un cadavre ». Il est également inexact de traduire 
D"iry "Ô3* par « des veaux qui sont destinés à l'idolâtrie » ; il s'agit de 
veaux qui ont été offerts en sacrifices aux idoles. Le dialogue de R. Josué 
et de R. Ismaël sur Cantique, i, 2, porte sur la division véritable du verset; 
la question posée est celle-ci : faut-il dire d^tj *d "irrs mp^ïïsa ■ypifli 
et, comme second hémistiche, "p^E V" 1 " 1 " 1 ' ou * es mofs V^ *]^7M se 
rapportent-ils à D^aiM ? L'explication correcte de ce passage est déjà 
donnée par Elia Wilna, ad loc. — Dans j. Maass., iv, 55 6, les mots 
DDn &nn rpnnttb ne signifient pas : « il aura des rapports défendus 
avec sa sœur » (p. 107). — L'usage de baiser la mezouza paraît avoir 
déjà été en usage à l'époque talmudique ; v. Ab. z., 11 a, dans la légende 
de la conversion d'Onkelos. 

L'étude de M. Lôw sur la scille maritime (Die Meerziviebei) est égale- 
ment instructive pour la Halacha et pour la Aggada. Il y est prouvé que 
c'est cette plante que désigne le mot nznsn (ou aiatn). La tradition rab- 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bioique d'après laquelle Josué délimita les différents lots, au moment de 
la répartition de la Palestine, au moyen de cette plante apparaît ainsi 
dans un jour nouveau, car la seille est effectivement utilisée dans ce but 
chez les peuples sémitiques, démarquons en passant que cette tradition, 
citée par Low d'après le Babli, se trouve aussi dans le Yerouschalmi, 
Péa, 11, 16</, et même dans deux versions différentes. La différence entre 
pbn et ann, si elle n'est pas purement verbale, est la suivante : le pre- 
mier verbe se rapporte à la délimitation des tribus, le second à celle des 
lots individuels, v. Raschbam sur B. B., 56 a. — Le texte de la Pesikta 
cité par M. L. (p. 48) se trouve aussi dans le Midr. Tehillim, lxxxvii, 
377. 

M. FiNkELscHERER aborde, dans son travail, la Halacha post-talmudique. 
Il publie, d'après le manuscrit de la Bibliothèque de Munich, une nou- 
velle version des Divergences (D*j"H *pibTi) entre les Palestiniens et les 
Babyloniens. Quoique la nouvelle liste soit étroitement apparentée à 
celle des Orhot Hayyim, elle ne lui est pas identique et on devra en tenir 
compte dans un futur travail sur les « Divergences ». M. F. n'ayant pas 
étudié le texte en lui-même et s'étant borné à renvoyer aux numéros 
correspondants de Millier, Hillouf Minhaguim, quelques remarques ne 
seront pas inutiles ici. La divergence relative à la pureté de la fiancée 
(n° 6) est connexe de l'usage de la « défloration mécanique », régnant en 
Palestine et qui, d'après une observation de Schwally {Orienlalische Stu- 
dien, I, 418), est encore aujourd'hui, en Egypte, d'un usage général (?). 
Cette coutume ne paraît pas avoir existé en Palestine à l'époque du Tal- 
mud; aussi le Yerouschalmi lui-même donne-t-il le pas à l'opinion 
d'après laquelle la défloration — et ce n'est que naturel — cause l'im- 
pureté. Elle est, par contre, attestée pour l'époque des Gueonim (v. 
Millier, l. c, n° 40, et Pirkê 11. El., xvi, texte déjà signalé par moi dans 
mes Geonica, I, 208). Il suit de la que les mots Drnnan n« TfiPXI» 
n*X3 indiquent la défloration mécanique. — Touchant la divergence 
relative à la Ketouba, il y a lieu de renvoyer à la petite Pesikta [Lékah 
Tob), i, 4 19, où, contrairement à la tradition ordinaire, les 25 pièces 
d'argent sont indiquées comme constituant le montant de la Kelouba 
palestinienne. Mais la consultation d'un gaon (Harkavy. p. 37) prouve que 
l'auteur de cette Pesikta s'est trompé et a attribué aux Palestiniens l'usage 
babylonien. — La seule divergence qui ne se trouve que dans le manus- 
crit publié par M. F. porte sur l'usage du lait qui n'a pas été trait en 
présence d'un Juif. Mordechaï, Ab. Z , 826, montre que l'opinion moins 
rigoriste a vraiment eu des partisans (cf. Perl Hadasch, sur Yové Déa, 
cxv, i). 

M. Makx apporte une autre contribution à la littérature gaonique dans 
son travail sur « de nouveaux textes du Séder Tannaïm ve-Amoraïm » 
(Neue Texte des Seder Tanaim ive-Amoraim), qui contient d'excellents 
matériaux pour servir à l'établissement du texte si maltraité de cette 
méthodologie — la plus ancienne — du Talmud. Nous sommes encore 
loin, du reste, de posséder un texte vraiment utilisable du Séder; cet 



BIBLIOGRAPHIE 141 

ouvrage a été trop copieusement mis à contribution pour que Ton puisse 
espérer en restituer la forme primitive. Quelques remarques seulement. 
La phrase êOtt 'td"i ^mi3 '") "î"rî3, indiquée par M. M. (p. 152) comme 
corrompue, peut facilement être corrigée en ton 'TB '{"'"nTON Y'33 « par- 
tout où l'on emploie l'expression TH"" 3 ** D^31 ÏTaa, elle indique une 
explication de ce qui précède, non une nouvelle opinion ». C'est la règle 
bien connue de R. Josué b. Lévi (Eroubin, Si a) ; elle se trouve chez la 
plupart des méthodologues, quoique, d'après presque tous, elle ne s'ap- 
plique qu'aux cas où, dans la Mischna, R. Juda emploie cette expression; 
voir Yabin Schemoua, n° 439. Il se pourrait aussi qu'il faille lire tt"3 
fm»» l"n i""ian. R. Simson, S. Keritot, iv, 1 i. /'., donne la règle sui- 
vante, qui ne se trouve, à ma connaissance, nulle part dans le Talmud et 
ne saurait guère être exacte : îTSttb nDrrr ..-N"T H723 "iriau: Dipj 53 
"^DE. Pour les N"-m dans les enseignements de R. Juda, R. Simson cite 
aussi la règle : snob N5N ir» ïiwa ...i"n 'nnio DTptt 53 (iv, 3). — Pour 
ima i:^n «m an» (p. 156), je lirais : ficrrTTDB; voir R. Simson, /. c, 
iv, 3 : "ma na-n rwx Nn-pnaa lT?nc nn; 53. — Une notice intéres- 
sante est celle qui fait subsister l'académie de Yabné pendant quarante 
ans (p. 158). Serait-ce depuis la destruction du Temple jusqu'à la mort de 
R. Gamaliel? — Fort intéressante est cette remarque (p. 161) : pnv '~n 
rttS) ma«73 ,ta i ?rm « la génération de R. Yohanan était l'an 400 » ; comme 
le contexte l'indique clairement, on veut dire par là que R. Yohanan 
florissait vers 400 après le commencement de la période des Tannaïm — 
180 avant la destruction du Temple ! — soit vers 200 de l'ère vulgaire. 
Cette date ne s'éloigne que de dix ans de celle de Scharira, qui fait 
mourir R. Yohanan en 279. Nous savons maintenant d'où provient la 
légende des 400 ans de la vie de R. Yohanan [Séder Eadorot, s. ».). A ce 
propos, je me demande si la tradition qui place le début de la période 
des Tannaïm vers 110 avant l'ère chrétienne est en rapport avec l'appari- 
tion, à cette époque, des Pharisiens comme parti d'opposition. —Sur le 
titre honorifique an i^nn (p. 394), voir aussi R. Hananel sur Sanh., 5 a, 
315 "ira-ib 'n mb nnan (les éditeurs ont mis ira-ib entre paren- 
thèses !). 

Le fragment halachiqne que M. I. Friedlaender a publié sous le titre 
de Vnps idd )i2 D^-nva et dont il désigne le gaon R. Saadia comme l'au- 
teur, ne fait pas partie de la littérature gaonique. Ainsi que M. Fr. l'a 
mis au point, sur mes indications, dans la Monatssckrift, LV, 501-502, 
c'est l'original arabe d'un morceau des Schaarê Schebouot de R. Isaac b. 
Ruben. Le fragment n'a pas été publié dans un ordre correct ; les p. 3-4 
correspondent aux chap. vi, 3- vu i. f., tandis que les p. 1-2 appartiennent 
au chap. vin de l'ouvrage (éd. Wilna, 2 a, milieu : sniNtt ans "p inNi). 
Je ne puis me ranger à l'opinion de M. Fr., qui admet, sur la foi de cer- 
taines divergences entre ce fragment et le texte hébreu du Schaarê 
Schebouot, que nous avons affaire a deux remaniements différents d'un 
ouvrage d'Alfassi. Il s'est laissé égarer par les bibliographes qui donnent 
de fausses indications sur la paternité de cet ouvrage. Voici, en bref, 



142 REVUE DES ÉTUDES JU1VIÎS 

ce qu'il en est. Les auteurs espagnols ne connaissent pas du tout les 
Schaarê Schebouot et il suffit que des admirateurs d'Alfassi tels que 
Maïmonide et Nahmanide l'ignorent pour nous autoriser à lui en retirer la 
paternité. De plus, Alfas si, dans ses Ualachot, sur Schebouot, vu, a traité 
en dix Portes une partie des lois sur le serment; il serait donc invrai- 
semblable au plus haut point qu'il eût étudié encore une fois ces lois 
sous le même titre. D'ailleurs, on n'a pas encore remarqué qu'Alfassi est 
cité nommément dans les Schaarê Schebouot (chap. n ; éd. Wilna, 19 a), 
ce qui exclut non seulement la paternité de ce rabbin, mais encore la 
prétendue parenté entre lui et l'auteur de l'ouvrage : un petit-fils d'Al- 
fassi n'aurait pas manqué de le désigner comme tel lorsque l'occasion s'en 
offrait à lui. L'ouvrage est d'un Espagnol ou d'un Africain, qui connais- 
sait les rabbins allemands et français; il cite même l'un d'eux, R. Guer- 
schom (ch. n; éd. Wilna, 19a). Il ne peut donc guère être antérieur à 
l'époque de Maïmonide ; les anciens Espagnols connaissaient difficilement 
les noms des rabbins qui florissaienl en « Ascbkenaz » et en « Sarfat » : 
un auteur aussi érudit que Maïmonide ignorait le commentaire classique 
de Raschi sur le Talmud. Michael, Or ha-Hayyim, p. 510, indique le 
Ittour (éd. princeps, 69 c; éd. Lemberg, 40 a) comme étant la plus 
ancienne source citant les S. S. et remarque à ce propos que l'auteur 
du Jltour, en disant ibiïï Dn^cn D328 ai ann, attribue les Portes à un 
Alfassi, non à r Alfassi. Double erreur : c'est bien £' Alfassi qui est cité en 
cet endroit et les Schearimen question sont ceux d'Alfassi sur Schebouot, 
vu. L'auteur du Semag (Commandements 82, 94, 95, 113), décidé- 
ment le plus ancien écrivain qui cite les S. S., les attribue à Alfassi; de 
même son contemporain plus jeune, R. Méir de Rothenbourg, dans une 
consultation que reproduisent les Hagahot Maïmoniot, sur Mischpatirn, 
n°41. Une glose, sans doute d'un disciple de ce dernier rabbin ', remarque 
que l'auteur des S. S. était un petit-fils d'Alfassi et cette remarque est 
entrée dans le texte d'une autre consultation de R. Méir (éd. Crémone, 
n° 195; 69 c/). Cette « tradition » est adoptée par les bibliographes posté- 
rieurs, à commencer par l'auteur anonyme d'un Schem ha-Guedolim 
(apud Benjacob, Debarim attikim, II, 7) ; mais il n'est pas besoin de lon- 
gues démonstrations pour établir que c'est là une pure imagination ; elle 
est duc a la contradiction, déjà relevée par le Semag et par R. Méir de 
Rothenbourg, entre Alfassi et les Portes, et elle est démentie, comme 
nous venons de le voir, par les S. S mêmes. Par contre, R. Isaac b. Ruben 
parait avoir porté le surnom d'Alfassi, et comme, pour les rabbins alle- 
mands et français, il n'y avait pas d'autre Alfassi que l' Alfassi, les S. S. 
furent également attribués à son célèbre homonyme, l'auteur des Hala- 
chot. Il se peut aussi que ces rabbins aient déjà eu, aussi bien que nous, 
les S. S. comme annexe aux Ealachot d'Alfassi et avec le titre bw "&"& * 



1. A rectifier en ce sens les indications de Michael et de Weiss. 

2. Nos éditions ajoutent *J31N~1 "p; les anciens auteurs avaient peut-être déjà ces 
mots, mais ils ne savaient pas que le père du Rif s'appelait Jacob. 



BIBLIOGRAPHIE 143 

pniri 'n "pNsrt, ce qui les porta à identifier ce R. Isaac avec l'auteur des 
Halachot. La prétendue tradition qui fait du Hit' l'auteur des S. S. peut 
donc être laissée de côté dans la question des rapports entre notre frag- 
ment et le texte hébreu des Portes. Pour ce qui est maintenant de cette 
relation, il faut remarquer que les divergences sont capitales; ainsi tout 
le morceau depuis bap *JND il. 63) jusqu'à fcKPtt bnp&n (1. 76) manque dans 
l'hébreu, de même que les lignes 118 à 120 (de 1ôO "jfin à mb). Mais cela 
prouve seulement que le traducteur a pris des libertés avec l'original 
arabe. Observons, du reste, qu'à la ligne 118, avant la phrase qui manque 
dans l'hébreu il y a un espace vide, ce qui indique sans doute que la suite 
est une addition. Le caractère presque puriste de l'hébreu des S. S. 
confirme que c'est une traduction. Les traités halachiques des anciens 
auteurs sont, à part de rares exceptions, écrits dans un mélange d'hé- 
breu et d'araméen. Dans les Consultations de Haï, il n'en est pas une 
qui soit d'un si bon hébreu que son Mischpetê Schebouot, qui est traduit 
de l'arabe. Des expressions comme "do ,0*117371 naspw ,m73bnn "*by: 
■■nbiavpn ne se trouvent nulle part, à ma connaissance, dans des 
ouvrages dont la langue originale est l'hébreu. — L'intelligence du 
fragment arabe a beaucoup à gagner du texte parallèle des S. S. Ainsi 
le texte hébreu montre qu'à la ligne 91, il faut traduire 7"P5"I8 par 
nsiïî&nrï ; la différence est : si la marchandise achetée pour l'argent est 
encore là, ou si elle a été échangée contre une autre. — Il faut encore 
remarquer que H. Isaac b. Huben, comme plus d'un auteur ancien, cite 
quelquefois le Talmud dans les termes des Halachot Guedolot Ainsi 
s'explique la citation de la ligne 45, qui concorde littéralement avec les 
H. G., rrai"i ; 96 6 éd. princeps; les H. G. sont formellement cités dans 
le chap. xn, sur le livre II (27 b). 

Le travail de M. Albeck, intitulé rmrp ^ppirn:, est également consa- 
cré à un halachisle espagnol, H. Juda b. Barzilaï Albarceloni. L'auteur a 
prouvé d'une manière si convaincante que le Eschkol de R. Abraham b. 
Isaac n'est pas autre chose qu'un extrait d'un ouvrage d'Albarceloni qu'il 
est impossible d'en douter dorénavant. De même, il a réussi, grâce à une 
copieuse documentation, à ériger en vérité irréfutable l'assertion de 
Hazan d'après laquelle le recueil de consultations Schaarê Teschouba 
n'est autre qu'une réunion des consultations gaoniques citées dans les 
ouvrages d'Albarceloni. La liste donnée dans mes Geonica, I, 187 et suiv., 
est en partie identique avec celle de M. A. et il est surprenant qu'il ne 
dise pas un traître mot de la mienne. L'explication du titre rrnNH ibo 
par « Livre de celui qui recueille, recueil », dont il paraît très lier, n'est 
pas nouvelle ; elle m'était connue depuis des années avant que je l'eusse 
trouvée, au nom de Friedmann, dans la Z. f. H. B.,X, 169. 

M. Dienemann nous donne une étude très soignée concernant « le com- 
mentaire de Raschi sur Pesahim, x » [Betrachlungen zum Raschikommen- 
tar zum zehnten Abschnitte von Pesachim). Il résulte avec certitude de 
sa démonstration que Raschi a commenté le dernier chapitre de Pesa- 
him, mais que les Tossafistes ne connaissaient très probablement plus ce 



144 REVUE DES ETUDES JUIVES 

commentaire. D'autre part, M. I). montre qu'on ne peut pas affirmer 
d'une manière positive que le commentaire que nous avons et qui porte 
le nom de Raschi est vraiment sorti de sa plume. 

La grandeur de Maïmonide a tellement rejeté dans l'ombre son fils que 
la postérité n'a guère rendu justice à ee dernier. De ses nombreux 
ouvrages, seuls quelques petits traités ont été édités jusqu'ici, et encore 
n'ont-ils vu le jour que récemment 1 , tandis que rien n'avait encore été 
publié de ses grands travaux sur la Bible et la Halacba. Nous devons 
donc nous réjouir de recevoir de M. Ei>penstein deux chapitres du Dtfro 
■p-nNrbN* ÏVNB3 de H. Abraham, qui contiennent des matériaux inté- 
ressants pour l'histoire de là Ilalaeha comme pour le jugement à porter 
sur le fils de Maïmonide, et nous espérons que M. E. mènera à bonne fin 
le travail qu'il a entrepris. Mais il sciait désirable qu'il examine alors le 
contenu de l'ouvrage, ce qu'il n'a pas fait pour ces deux chapitres, s'étant 
burné à donner une traduction hébraïque de l'original arabe et à ren- 
voyer occasionnellement au Yad de Maïmonide. Ainsi, il n'a pas remar- 
qué que, pour Rm^SMb (p. 44), il est nécessaire de lire KftV^aab, comme 
l'exige le contexte ; Nmb v j:b est une faute de copie, due à ce que, dans 
la source employée par R. Abraham (Berachot, 22 a et Alfassi), les deux 
mots pcmb^oab et Kmb^aab se trouvent côte à côte. Voici d'ailleurs la 
traduction hébraïque du passage entier : N^73D N? TiîÉO "O tien 5"t Dm 
nv2-\ mina amp to^' 5 P") N ' N [iNmr'aab] «mb-aab mbaa mnbna 
narma a^n nbenbo mnaa rm». La traduction que M. E. donne de 
ce passage est inintelligible pour moi. — P. 46 : M. E. a omis dans la 
traduction les mots THE y ton, qui contiennent justement la preuve 
que la prière proprement dite doit se faire debout ("Wîa*). — P. 47, 
paraphrase inexacte : bina ...mmojorr obtt ; il faut : rnîiosn 13 rw 
naca nvaswfin ...'ba bina mvsssi mannai ; la différence entre les 
jours ouvrables et le sabbat consiste en ce que la Amida de la semaine a 
un grand nombre (douze) de bénédictions du milieu, tandis que celle du 
sabbat n'en a qu'une. — P. 48 : la référence aux Hag. Mdim. pour l'usage 
de se tenir debout pendant la récitation du Schéma est insuffisante. M. E. 
aurait pu voir par Séder R. Amram, 5 b, et Hillouf Minhaguim, éd. 
Muller, 10, que les Palestiniens considéraient comme une obligation de 
se tenir debout pendant le Schéma, et, comme l'influence palestinienne 
était très forte en Egypte dans le domaine de la liturgie —je l'ai montré 
dans mes Geonica, I. 122 — on s'explique la position moyenne de R. 
Abraham dans cette question. — P. 53 : M. E. s'est mépris sur l'expres- 
sion D" , :d nnon. R. Abraham dit : je ne connais pas d'autre explication 
de l'attitude inconvenante pendant la récitation du Kaddisch, si ce n'est 

1. Voir Steinschneider, Die Arabise/te LUeralur der Juden, 221 et s. 

2. Il a échappé a Steinschneider que II. Beçàlel Asclikenazi, dans Schitta sur B. M., 
iil b, cite cel ouvrage sous le titre de D"H3"I^T5 "H. he traité de R. David, mentionné 
par Steinschneider, 223, n'est probablement qu'un extrait de l'ouvrage de R. Abraham, 
qui s'occupait aussi des mesures et des poids, comme il ressort de la citation de la 
Schitta. 



BIBLIOGRAPHIE 145 

que ces gens veulent montrer par là que la promesse de û^D ^inD" 
s'applique à eux on ce que leurs prières ne sont pas exaucées. C'est une 
allusion au mot de Rab, Haguiga, 5 a en bas: '131 d^d nnonn navwî r3 
(sur quoi H. Hananel : anfc 13&* 1 na?3l bbcnïTO) et R Abraham remarque 
ironiquement que ces gens veulent acquérir la certitude que leurs 
prières ne seront pas exaucées. — P. 58 : R. Abraham n'avait pas une 
autre leçon que nous dans Bevachot, 32 ; il dit rrnm 'n b«p en s'inspi- 
rant de Baba Kamma, 103 b ; par "ina* "non, il faut entendre R. Jttda. — 
Les indications de sources sont également défectueuses. M. E. se contente 
de renvoyer au Yad de Maïmonidc, tandis que R Abraham remonte 
souvent au Talmud. Ainsi la règle "p^N ïiaiatfi (p. 50) est tirée de Sabbat, 
119 6, et l'explication de iro 533 est identique avec celle de Raschi. 
L'usage blâmé par lui de dire Amen à haute voix existait autrefois dans 
l'Église, comme le montrent ces mots de saint Jérôme 2 : ad similitudi- 
nem cœlestis tonitvui Amen reboat.— La source de l'assertion que l'ablu- 
tion des pieds n'est pas obligatoire (p. 43) est Sabbat, 50 b, où il est dit 
yrrn et non yimb mx 3""n, comme on s'y attendrait si c'était obliga- 
toire 3 . — L'opinion que, pendant la Amida, les pieds doivent être 
réunis l'un tout près de l'autre :p. 38) se trouve aussi dans le Malizov 
Vitry, où le texte talmudique de Bevachot, 10 b, est ainsi conçu : Tbii 
"IT 5i:N "it ; voir aussi R. Yona sur Alfassi : DniN "nrPXD, ce qui revient 
au même. — P. 39, le mot rPXtXa est une faute d'inattention (du 
copiste?), car l'usage des cicith peut tout au plus être prescrit pour la 
prière du matin, tandis que l'auteur le prescrit pour tous les offices. 
Dans Sabbat, 10a, comme chez Maïmonidc, Tefilla, iv, 5, il y a correcte- 
ment ËpC33» « tout habillé ». 

Un travail méritoire est celui de M. Fkeimann, qui édite pour la pre- 
mière fois, d'après un manuscrit du British Muséum, le Ov Zavoaa sur 
le traité de Schebouot (manaia 'Ottb JViT 11N 'b). On n'y trouve pas 
seulement d'importants matériaux halachiques, mais encore plus d'une 
variante intéressante du texte du Talmud et des Midraschim. Le verbe 
persan "H") « regarder » ne s'est conservé que dans quelques passages 
fort peu nombreux de nos textes du Talmud ; les auteurs anciens 
l'avaient dans certains passages où il a été remplacé plus tard par le 
verbe araméen usuel "ïïn. D'Or Z avoua, p. il, il résulte que dans Scheb., 
35a, il y avait primitivement "nXTï, qui est devenu dans nos textes 
"nnin ou "wpi. Une autre variante intéressante est celle de la p. 15, où 
le passage de la Pesikta vabbati, xxvi, 129 6 éd. Friedmann, est cité cor- 
rectement : non r5"»pn^ tp Finara *ib n?3N marin ib 'ek ^nœ tî7û nb inan 
mpns "TOio N£in nn 'nNl 1353 mann. Dans II Rois, xxiv, 17, il est dit 

1. C'est ainsi qu'il faut lire pour n:?3 fai. Voir aussi Ber., 32 6, où la même 
idée est exprimée ('lD1 pn"H3 3-irNZ) ÙV73). 

2. Dans l'introduction de sou commentaire sur l'Épitre aux Galates ; voir mon 
article Amen dans la Jen\ EncycL 

3. Voir aussi Hou/lia, 106 a : vbjm V2D, et les explications de ce passage par 
Raschi et P»eudo-R. Guerscliom. 

T. LXV1II, n" 13. ÎQ 



146 KÈVUE DES ETUDES JUIVES 

expressément que rosi Nabuchodonosor qui donna au nouveau roi le 
nom de Sédécias ; la leçon des éditions, où les mots entre "pO et 2Uîn 
manquent et où il y a fcoat'iTa "<3*nn au lieu de N£i72 "nn, ne peut donc 
pas être exacte. La Leçon de Or Zaroua est confirmée par le manuscrit 
de Parme de la Pesikta, comme je le vois dans une collation de ce 
manuscrit conservée dans la Bibliothèque du Séminaire de New-York. 
En revanche, YOr Zaroua et le manuscrit sont pour le texte imprimé et 
contre le Yalkoul en lisant tt^z^ bttî jht, où y-iT doit sans doute être 
pris au sens do « famille ». — Nous ferons encore observer que l'Or 
Zaroua cite ici deux passages du commentaire de R. Éliézer de Metz sur 
Nedarim (p. 1 et 18) et ces citations prouvent irréfutablement que le 
a"cn dont le commentaire se retrouve par extraits dans la Schiita sur 
Nedarim ne peut pas être identique avec le tossatiste français. Dans les 
deux passages cités par 0. Z , ce tossatite a des opinions qui contredisent 
justement celles du to"Ni de la Schiita. Une notice manuscrite de Hal- 
berstam me fournit un renseignement intéressant : c'est que ce 73"6n doit 
avoir été un Espagnol, car la Schiita sur B. B , 147, cite de lui, sur un 
passage talmudique, une explication dans laquelle il parle de savants 
non juifs qui distinguent entre imabN « substance » et y"WN « attri- 
but ». Un talmudiste du nord de la France ne pouvait pas savoir l'arabe 
à cette époque et, ajouterai-je, ce 72"ni, comme l'a déjà fait remarquer 
Zomber dans l'introduction de son édition de la Schiita, paraît avoir été 
un médecin, nouvelle preuve, à mon avis, de son origine espagnole. Il 
n'y a donc pas de raison de voir en "ip^ "p rmrp '■% « frère et maître » 
de ce »"&n un autre que le talmudiste connu de ce nom '. — Le "IDO 
nwaiSn de H. Haï, cité par 0. Z., p. 30, n'est naturellement pas autre 
chose que son manat» "^DOT et la citation se trouve à la p. 16 a de l'édi- 
tion de Venise de cet ouvrage. 

Sous le titre de Ipnb ni3>::, M. Baneth donne des corrections à la tra- 
duction par Ibn Tibbon du commentaire dWbot de Maïmonide. Il ne 
paraît pas savoir que Reifmann a fait la même tentative il y a des années 
dans le ?tt"Dr{ (hebdomadaire), IV, 124 et s.; mais tandis que son prédé- 
cesseur n'était en état de fournir que des observations subjectives, ses 
émendalions à lui sont faites d'après l'original arabe et ont par consé- 
quent bien plus de valeur. Mais il est regrettable qu'il ait pris pour base 
de ses recherches le texte de l'édition du Talmud publiée a Wilna au lieu 
de la première 2 édition des Abat de Maïmonide, celle de 1484-5 (Son- 
cino ?), ou de l'édition — indépendante de la précédente — de la 
Mischna complète, laquelle se trouve à Berlin, comme je le sais par 
expérience 3 . 11 se serait épargné ainsi un grand nombre de corrections, 

1. V. Zomber, dans bwlSH, III, -iOîi. Voir aussi Gross, Gallia judaica, 349. 

2. La première édition de Mahzor italien, parue vers le même temps chez Sonciuo, 
contient aussi les Abot avec Maïmonide, très probablement une simple reproduction 
de la première édition. 

3. La Bibliothèque royale de cette ville possède encore un manuscrit du Commen- 
taire de la Mischna de Maïmonide, qui aurait mérité d'être consulté. 



bibliographie H* 

car une collation du texte sur ces éditions originales montre que bien 
des fautes doivent être mises au compte, non de ïibbon, mais des impri- 
meurs modernes. Quelques exemples pour illustrer le fait. Les deux 
éditions originales portent, dans 1, 1 ; ET727i; dans 1, 2 : Dm ; dans i, 3 : 
D3H et D^nbe ; dans i, 4 : '-n?û TiâSl 'o:r> Tto3 (édition de 1484) ; dans 
i, 5 : ïirrnb mns et ïïnr ; dans î, 6 : inblT b^K et "ittîD«3l (peut-être 
rrnïBNm); dans i, 10: niVH et "pb» a-ip -|C8 ^b7ûm ; dans i, H : mr»b; 
dans i. 12 : ïfm pour rprîto des éditions postérieures. On voit que dans 
les douze premières mischnaïot, pas moins de treize « corrections d'après 
l'arabe » sont toutà fait inutiles pour qui dispose d'une édition hébraïque 
correcte. — Une ressource précieuse pour l'établissement d'un texte 
correct du commentaire A'Abot de Maïmonide est le noi?2n neD de son 
disciple Joseph ibn Aknin, récemment édité par M. Bâcher, parce qu'il y 
cite souvent l'ouvrage du maître. Dans i, 1, le mot naiûrt des éditions 
est une corruption de ~mn", comme l'avait déjà supposé Reifmann et 
comme le confirme le rrn d'ibn Aknin (p. 8). Dans i, 3, rDC provient 
d'une faute qui s'est produite dans l'hébreu même ; Aknin lit mr 
= yv£*i de l'arabe. — L'addition mSJHD "ib HSn, dans i, 12, n'est connue 
ni d'Aknin, ni des éditions, ni de deux manuscrits de la Bibliothèque de 
notre Séminaire 1 et elle est due sans doute à une main postérieure. Pour 
le dire en passant, ces manuscrits ont un certain nombre de leçons qui 
rendent inutiles beaucoup d'émendations faites par M. B. Par exemple, 
elles lisent, dans i, 1 : pi et n« amwiai ; dans i,3 : tp r>vy et rnannm; 
dans i, 5 : *lb Nn^O; dans i, 6, b"n manque dans les manuscrits, aussi 
bien que la phrase mta in^yn TmbmD; dans i, 8 : ^"«nn 131^ (un ms.) 
et "pnTïTl; dans i, 10 : rtETabn D3"1D ; dans i, 12 : bn:Pi. Dans tous ces pas- 
sages, où le texte des éditions postérieures est corrompu, les manuscrits 
sont d'accord avec les éditions originales. — Une leçon des plus intéres- 
santes est offerte par ces manuscrits sur i, 6, où les éditions ont ces mots 
dépourvus de tout sens : Nin irut' amwn. Gomme M. B. le remarque 
(p. 78), ce dicton est la reproduction du dicton grec: « l'ami est un autre 
toi-même » ; aussi un manuscrit a-t-il : nnN N*n 3 "înx nmxn, tandis que 
l'autre porte : ^paawa '* nnK N"tn amsn ; la seconde forme rappelle les 
termes de ce dicton dans le a-'sntfjyia 'o de Zabara, éd. Davidson, p. 138, 
où on lit : "pba "pài nnN son nnK ...aniNn. Aknin a : &nrs nns nann 
"rikX Nin n?asai *]nbiT (p. 11); pour nnN, un manuscrit porte fausse- 
ment inx et la même faute se remarque dans le lapaErï de Palquera, 
20 6 : N"in «im "ma «iniB "jaNarï nana Tin», où il faut sûrement lire 
nnx pour in«. 

1. Même leçon dans ut'i manuscrit de la Bibliothèque Guuzburg ; v. Saclis, intro- 
duction à Barges, "p3n 'D, P- -3. 

2. De même dans l'édition princeps et dans les manuscrits, uon aTTîNT», comme 
on s'y attendrait d'après l'arabe. 

3. La dernière est indistincte; peut-cire y a-t-il "inN- 

4. Les deux dernières lettres sont tout à l'ait indistinctes ; peut-être faut-il lir« 

ma . 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

C'est aussi de Maïmonide que s'occupe M. Jacob Guttmann, dont la 
contribution à ces Mélanges consiste en une étude sur « les rapports de 
la philosophie religieuse de Maïmonide avec celle de Saadia » (Die Bezie- 
hungen der maimonidischen Religionsp kilos ophie zu der des Saadia). 
Gomme on doit s'y attendre d'un savant tel que M. Guttmann, son travail 
est fort instructif; mais une partie considérable n'en est pas neuve, 
l'auteur nous l'ayant déjà donnée dans son ouvrage Die Religiomphilo- 
sophie il rs Saadia. Ainsi le développement de deux pages (p. 316-317) 
sur la controverse entre Saadia et Maïmonide touchant la preuve de 
l'unité de Dieu se trouve déjà dans son Saadia, bien qu'il n'y ait aucune 
référence directe à cet ouvrage. Voici maintenant quelques remarques 
de détail. Wistinetzki, dans "ipnnn, I, 107, a déjà fait remarquer que 
Maïmonide pensait à Saadia en polémiquant contre la théorie qui étend 
la doctrine de la rémunération même aux animaux; on y trouvera aussi 
les renvois à la consultation gaonique et aux Garaïtes. Harkavy, dans les 
notes des consultations éditées par lui fp. 373). s'est mépris sur le sens 
des paroles du gaon : celui-ci cite la Mechilta Mischpatim, xx, 98 a, où 
la maxime rmn bïî "DU) nspa n"3pn *p« est appliquée aux animaux. 
Sur le fond de la question, il faut d'abord renvoyer au Livre d'Hénoch 
slave, lviii, 5, où on lit : « De même que toutes les âmes des hommes 
sont gardées dans un lieu particulier — ce qu'on appelle le tpa — de 
même celles des animaux le sont. Et aucune àme créée par Dieu ne doit 
être détruite avant la venue du grand Jugement. Et chaque àme des ani- 
maux accusera l'homme s'il les nourrit mal». On pourrait grouper un 
certain nombre de textes parallèles de la littérature midraschique au 
sujet de cette conception 1 ; bornons-nous à signaler l'affirmation très 
singulière des Abot de R. Nathan, 120 Schechter : à l'époque messia- 
nique, l'esprit prophétique s'étendra même aux animaux et aux oiseaux. 
L'interprétation symbolique d'Isaïe, xi, 6, par Saadia est d'autant plus sur- 
prenante que les Tannaïm comme les Amoraïm prennent ce verset dans 
le sens littéral; v. Sifra, xxxui, 6, et Ecclés. r., sur i, 9. Il est vrai qu'un 
verset tout semblable, celui d'Isaïe, lxv, 25, est interprété symbolique- 
ment dans Gen. r., xcv. M. G. (p. 320) ne renvoie ni à l'un ni à l'autre. 
— La conception de la création simultanée de toutes choses ne se trouve 
pas seulement chez Philon, De opificio, m, 13 et 15, mais aussi dans la 
littérature midraschique (Tanhouma. éd. Buber, au début; Gen. r., xn), 
où elle est attribuée au Tanna H. Néhémie. J'ai montré dans mon Hag- 
gada bei den Kirchenvâtern, p. 24, que cette opinion est partagée par 
certains Pères de l'Église 2 . En tout cas, il n'y a aucune raison d'admettre 

\. V. Charles, Book. of. Enoch (Oxford, 1896), p. 73, et Mcch., Schira n. 

2. Voir aussi Horovitz, Ueber den Einfluss . . . auf den Kalam, p. 22, qui ignore 
ce que j'ai écrit à ce sujet. Dans le Mldrasch Abkhir, cité par le Yalkoul, I, 34, il 
est affirmé que le corps d'Adam fut créé au commencement de la création ; c'est 
sans doute contre cette conception que polémise le passage des Abot R. Nathan, 
p. 22 en bas. éd. Schechter; rectifier en ce sens ma remarque touchant une opinion 
analogue chez Épiphane (/. c). Voir ma note, fJD*):£n, IV, 35. 



BIBLIOGRAPHIE 14«9 

(p. 322) que Maïmonide a pris cette théorie chez Saadia, attendu que l'un 
et l'autre disposaient de sources musulmanes. — Ce que Saadia dit pour 
expliquer la circoncision (p. 325) est aussi emprunté essentiellement au 
Midrasch (Gen. r., xlvi, 1), de sorte que la polémique de Maïmonide est 
dirigée aussi bien contre le Midrasch que contre Saadia. 

M. Jules Gijttmann traite un sujet purement philosophique, en expo- 
sant « les rapports de la religion et de la philosophie chez Juda Halévi » 
(Das Verhàltnis von Religion uncl Philosophie bei Jehuda/t Halewï). Ce 
travail est un éloquent témoignage de la profonde culture philosophique 
de l'auteur; mais nous n'y trouvons pas examinée comme elle devrait 
l'être l'attitude de Halévi vis-à-vis du mouvement anti- philosophique 
parmi les penseurs arabes. Une appréciation historique du rôle de Halévi 

— et c'est à cela seulement que tendait M. G., comme il le remarque — 

— ne saurait être satisfaisante si l'on se borne aux rapports de Halévi 
avec la philosophie moderne. 

Des contributions à l'histoire de la « petite patrie » du jubilaire sont 
fournies par Bhann, Ein verschollenes Lied, et Grunwald, Eine Selbst- 
Biographie David Arnheim's. La tragédie qui atteignit en 1656 les Juifs 
de Schneidemûhl inspira à l'instituteur de la communauté, H. Gutkin 
ha-Cohen *, l'idée de consacrer à la mémoire des martyrs une élégie, que 
M. B. publie pour la première fois. Comme il le remarque, on ne trouve 
pas beaucoup de talent poétique dans cette pièce, mais on sent qu'elle 
est échappée d'un cœur saignant. Il y aurait encore à observer que ce 
poème est essentiellement un remaniement de la selihaaan n:n, qui est 
récitée, dans le rite allemand, la veille de Rosch-Haschana à la mémoire 
des martyrs. Comparez, par exemple, les vers miprn ...pn^* 1 r\*rpyb 
dans notre composition avec les vers rmpr . ..nnN by "O dans la seliha. 
A la place du mot mniB, qui est sûrement faux, je lirais mbisn, de 
nbiy « iniquité » ; le sens est alors tout à fait satisfaisant (« Dieu rétri- 
bue le bien comme le mal ») et celte phrase est peut-être une imitation 
des vers 'idi icn lB">ab 37313 dans le poème Yigdal. 

Outre les articles qui viennent d'être passés en revue, ce volume de 
Mélanges en contient encore trois : Abrahams, The Nine worthies; Gùde- 
man.n, Biblische Geschichten und biblische Geschickte, et Knoller, Gïund- 
lagen uncl Ziele jùdisclier Pâdagogik. 



POST SCRIPTLM 

Sur l'article de M. Buchler, p. 112. L'usage d'étendre un vêlement comme 
signe de la prise de possession a déjà été signalé, avant Wellhausen, 
par A. Krochmal (dans ses Scholies sur Kiddouschin, 2 a, p. 210), qui a 
essayé d'expliquer ainsi la cérémonie de la « Houppa». Une coutume inté- 
ressante est celle qui est encore usitée aujourd'hui en Allemagne et qui 

1. L'eulogie n"nn':>T, que M. B. ne peut expliquer (p. 373). est pour "nn'? ISII^T 
Jtfan B^ITTî; le premier n est un lapsus pour n. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

consiste à recouvrir le couple nuptial, pendant, la cérémonie, d'un tallit. 
L'identification de la houppa avec le t'ait de recouvrir d'un tallit est déjà 
combattue par R. Isaac b. Abbamari, rabbin français du commencement 
du xiii siècle; v. Aaron de Lunel, Orhf>t Hayyim, II, 73; ibid., 64 : nnKi 
wmai nmoa in mbaa pis ■peeina nsin "jnb "psn* "poi-pan 
a^p imba ©tdio \iro w ^33 b"i rraR pi nom snpan im ma 
T*^ m^73. Il n'est pas étonnant que l'évolution du rite ait pu trans- 
former le t'ait de recouvrir la fiancée du vêtement du fiancé en celui de 
recouvrir les deux fiancés. — Ibid., sur p. 131, n. i. Le mot b*3 pour 
désigner le fiancé se trouve aussi dans Kefoub., v, 2-3, peut-être par 
opposition à 03^ de 3. — Ibid., sur p. 138. Krochmal, Scholies, p. 135, 
est d'avis que la dernière disposition touchant la terouma de la fiancée 
est de la fin de l'époque de R. Simon b. Gamaliel II ou même de 
l'époque de Rabbi. C'est sûrement faux, puisque les élèves de R. Akiba 
connaissent déjà cette disposition. 

M. EIbogen,p. 178, doute que l'usage des sonneries de cor pour annon- 
cer le sabbat ait existé en Babylonie à l'époque des Amoras. C'est une 
erreur, car le texte d\\b. Z., 70 a., Ktt573S3 W N-nD" 1 ^ Vp « le son du Scho- 
phar du crépuscule (du sabbat) » atteste cet usage pour l'époque de Baba. 
M. E. se trompe également quand il avance qu'il n'est nulle part indiqué 
avec précision que ces signaux étaient usités à l'époque post-talmudique. 
Quoi de plus précis que l'indication du Hillouf Minhaguim, éd. Muller, 
n° 54, page 45, qui nous apprend que ces signaux étaient encore en vigueur 
à l'époque des Gueonim en Palestine, mais non en Babylonie. Le passage 
du Tanhouma cité par Muller (éd. Buber IV, 157) montre que déjà avant, 
l'époque des Gueonim, on avait introduit un petit changement dans le 
nombre des signaux. Mittwoch, Zut EntstehungsgescJilchlc des islamischen 
Gebets, p. 23, eroitque les Juifs d'Arabie du temps de Mahomet connaissaient 
ces signaux, mais cela ne paraît pas prouvé. Si on dit dans le Hadith que le 
fondateur de l'Islam n'a pas accepté l'usage des cors et trompettes comme 
signal pour la prière parce qu'il était en vigueur chez les Juifs, cela peut 
se rapportera l'emploi du Schophar chez les Juifs au Nouvel An, et les 
jours de jeune (Taanit, ni, 1-8). Cf. Ket., 17 a, sur l'usage du cor dans 
les enterrements, usage qui s'est conservé, avec une teinte cabalistique il 
est vrai. Enfin, comme je l'ai établi dans la Monalsschrift, LVI, 547, la 
trompette était employée comme signal pour la prière chez les Samari- 
tains et d'autres sectaires juifs, ce que Mahomet pouvait savoir. 

La remarque que j'ai faite, à propos du commentaire de l'Or Zaroua 
édité par M. Freimann, sur le D"sn cité dans la Schilta Mekoubbecet, doit 
être rectifiée. Je me suis laissé égarer par la note de Halberstam en iden- 
tifiant le a"K"i cité dans la Sch'dta sur B. B., 147, avec le rabbin de ce nom 
cité dans la Schilta sur Nedarim. Cette identification est certainement 
inexacte. En effet, la Schilta sur Baba Batra contient près de 125 citations 
du commentaire de a"fin. Celui-ci n'est autre qu'Ibn Mégas ("aîwva px 'n 
= D"N~i), dont le commentaire est cité par Aschkenazi jusqu'au quatrième 
hapitre sous le nom de ©2P» '] an ri ou «ara '"; v '"in et "nbn nairr 'nrj 



BIBLIOGRAPHIE 1 H 1 

W» 'l, depuis le milieu de ce chap tre jusqu'à la fin presque toujours 
sous le nom de 0"&nrr. Une grande partie des citations données sous ce 
dernier chiffre se retrouve dans le texte imprimé du commentaire d'Ibn 
Mégas sur le traité Baba Batra, l'absence des autres s'explique par le 
caractère fragmentaire de l'édition, qui est abrégée d'un tiers à peu 
près, au point que, sur les dix premiers feuillets de ce traité, Aschkenazi 
ne donne pas moins de cinq citations du commentaire d'Ibn Mégas qui 
manquent dans l'édition. L'identité du D"N-)n avec Ibn Mégas ne peut 
faire aucun doute après ces mots d'Aschkenazi sur 131 b : El'fiTTî "paon 
b"T D"ann vrnbn aim. Quant au d"&n cité dans la Schilta sur Nedarim, 
il appartient à une époque de beaucoup postérieure, puisqu'il [cite R. 
Samuel b Méir et son frère plus jeune, R. Tarn. 

Sur le travail de M. Krauss (les lieux de réunion des docteurs), v. main- 
tenant Bûchler dans la/. Q. R., New Séries, IV, 485 et s. V. aussi Hoff- 
mann, Der oberste Gerichtshof, p. 46, sur l'école de R. Gamaliel I. D'a- 
près M. Krauss, p. 30, le précepte des cicit n'avait pas pénétré dans le 
peuple pendant toute l'époque talmudique ; mais Josèphe, Antiq., IV, vin, 
13, connaît déjà la récitation delà parascha de cicit, ce qui suppose que 
le précepte avait dépassé les limites étroites des écoles. Josèphe ne parle 
pas de l'obligation de porter le cicit, mais la Halacha pas davantage, pas 
même la halacha post-talmudique ; encore à l'époque des Gneonim, les 
rabbins seuls portaient un tatlit ; voir ma remarque, Geonica, II, 423. 

Contrairement à Péris, p. 74, j'ai fait observer que l'interprétation de 
Deutér., xix, 14, ou dePrôv., xxn. 28, au sujet du caractère obligatoire du 
Mînhag, ne remonte pas à Scharira Gaon. J'ajoute que le Tour Or. Hayi/., 
368, auquel P. se réfère comme à la source du dire de ce Gaon, ne con- 
tient rien de tel; il faut renvoyer aux consultations Schaarê Cédek, n° 21 
(33 a: cf. Eschkol., I. 54), d'où il résulte d'ailleurs avec évidence que le 
Gaon a utilisé une source plus ancienne. Il dit, en effet : Nj7û "pi-iftN-s 
D^osn ïrDS t:s *pn b-nn :pod «b a^roi N^n Nnb^ aorwttn p. cf. 
Meïri, Magen Abot, p. 6 : D^MDnm Û/'ntt'Tpri rnasn bïaa 2POn vibab 
^ms «bb -i7û-ip?3 ^n:?a maob û^TOfinn. 

Sur l'article de M. Simonsen, p. 273, il faut encore remarquer que l'in- 
terprétation de non m qu'on lit dans IV Ezra, s'accorde exactement avec 
Ab. B. Nat. t p. lot, où ces mots sont ainsi expliqués; mb^îfla mlu Nirra 
ion nm dbu ^3 bs Dy non. Le Derasch consiste en ce que 3m est 
interprété dans le sens de anbi, « à beaucoup ». 

LOUIS GlNZBERG. 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Joaquui Bensalde. L astronomie nautique au Portugal à, l'époque des 
grandes découvertes. — Berne, M. Drechscl, 1912 ; in-i° de 22o p. de texte. 
el 60 p. «le documents. 

Le titre de cet ouvrage fait mal prévoir tout ce qu'il contient de rensei- 
gnements précieux sur la géographie historique, sur l'histoire des décou- 
vertes et sur l'importance de la science juive en Espagne et Portugal 
aux xv c et xvie siècles. De plus, M. B. a divisé et rédigé son volume d'une 
façon qui en rend parfois la lecture assez difficile et expose l'auteur à 
des redites. 

Ce travail a pour origine l'étude d'un incunable illustré portugais trai- 
tant de l'astronomie nautique, qui appartient à la Bibliothèque royale 
de Munich et dont l'importance avait passé inaperçue jusqu'ici des spécia- 
listes. M. B. étudie à son propos toutes les questions qui lui semblent se 
l'attacher au texte qu'il veut mettre en valeur. Il touche ainsi à une série 
de sujets divers que sa connaissance de la littérature portugaise lui 
permet de renouveler. Il était d'autant plus sollicité à cet éparpillement 
apparent que l'incunable de Munich est triple. Le volume comprend : 

Règlement nautique de l'Astrolabe et du Quadrant, 

Traité de la Sphère (traduction portugaise d'un ouvrage célèbre du 
xi\ e siècle, d'après l'édition de Venise de 1488), 

Lettre du Docteur Monetarius au roi de Portugal Don Joao II (1481- 
1495) en faveur du géographe Martin Behaim. 

Ces trois documents sont d'ordre différent : l'un traite d'astronomie 
pratique, le second d'astronomie théorique et le troisième de géogra- 
phie. 

L'étude de M. B. commence par redresser les idées généralement 
admises sur l'origine des grandes découvertes maritimes, celle de l'Amé- 
rique (1492;, et celle de la route des Indes (1497), pour ne parler que des 
principales. On considère qu'elles ont été ducs à une renaissance scienti- 
fique surtout allemande et rendues possibles par l'emploi d'instruments 
nouveaux récemment inventés. 

L'essentiel pour la direction en mer consiste dans la connaissance du 
.Nord par la boussole, le calcul des latitudes par la hauteur du soleil au- 
dessus de l'horizon à midi, et 1 emploi de cartes marines. M. B. a réuni en 
divers passages les textes les plus anciens sur ces questions. La boussole 
est connue dès le xn e siècle; elle est citée comme d'un usage courant 
dès 1252. Et, en 1290, un Juif provençal, Gersonidès, mathématicien 
renommé, écrit : « L'étoile polaire a, paraît-il, une influence sur la pierre 
magnétique. Cela se prouve par l'usage que font les marins de l'aiguille 
aimantée en mer. » 

L'astrolabe et le quadrant, instruments qui permettent de calculer rapi- 
dement la hauteur du soleil, sont connus bien avant encore. M. B. a pu 
comparer des astrolabes datant du vu e et du x° siècle avec les instruments 
construits pendant la Renaissance par des savants allemands: les appa- 
reils sont identiques. De plus, un grand nombre d'auteurs juifs de la 



WBLIOGRAPIIIE 153 

péninsule ibérique et de Provenec traitent, dès le xu° siècle, des instru- 
ments astronomiques, et les traductions latines de leurs œuvres nous sont 
parfois parvenues. Un des plus grands mathématiciens du moyen âge, 
Lévi ben Gerson, (1288-1344), a écrit un traité sur un autre instrument de 
mesure, la «balestilha», alors que l'invention de cet instrument est 
d'ordinaire attribuée au cosmographe allemand du xv e siècle Regiomon- 
tanus, et qu'on faisait partir de l'introduction de la ((balestilha» par 
Martin Behaim au Portugal, en 1484, l'ère des découvertes nautiques. 
M. B. établit, de plus, que la « balestilha » n'a pas joué ce rôle capital, vu 
qu'elle est moins commode que l'astrolabe, dont les pilotes portugais se 
servaient couramment dans leurs voyages dès 1460. 

Pour établir de façon définitive les origines juives du mouvement des 
découvertes, M. B., s'aidant de l'ouvrage de Steinschneider, Mathematik 
bei tien Juden, et des sources portugaises, donne la liste des plus impor- 
tants mathématiciens et astrologues juifs de la péninsule ibérique et de 
Provence, en indiquant leur rôle et leur valeur par rapport à l'astrono- 
mie nautique. C'est le premier des tableaux instructifs que l'esprit clair 
de l'auteur aime à dresser. Cette longue table s'étend de 1116 à 1516 et 
démontre une activité ininterrompue et soutenue fréquemment dans les 
temps tolérants par les protections royales. 

Enfin, au point de vue cartographique, M. B. reprend et résume la 
question de la carte catalane de 1375. On sait que ce chef-d'œuvre de 
cartographie avait été attribué par Hamy à un Juif barcelonais, Cresques 
lo Julien, pendant qu'un savant espagnol, M. Llabres en donnait la pater- 
nité à un Juif majorquin, Jafuda Cresques, surnommé à Majorque «le 
Juif des Boussoles». M. B. met en évidence que le texte de la carte cata- 
lane a un Juif pour auteur et que, parue quelques siècles plus tard, elle 
eût même mérité le bûcher à cet auteur. M. B. est le premier à signaler 
l'importance des nombreuses notes bibliques, le silence complet au 
sujet du St-Sépulcre, et l'emploi de formules de ce genre : «Antéchrist . 
Ce personnage sera élevé à Corozain en Galilée, et quand il aura trente 
ans, il commencera à prêcher à Jérusalem. . . et on dit qu'il réédifiera 
le temple. » — « C'est de cette province que sortirent les trois savants 
rois qui vinrent à Bethléem en Judée avec leurs présents ; ils adorèrent 
J. C. » 

Ce faisceau de preuves, malheureusement un peu éparpillé dans 
l'ouvrage, établit de façon définitive qu'il n'y a pas eu au xv e siècle, 
avant les découvertes, une renaissance de l'astronomie nautique, car il 
n'y avait pas eu de décadence. Les savants allemands ont joué dans le 
mouvement d'exploration portugais un rôle très réduit : les pilotes de 
Lisbonne n'ont eu qu'a mettre a profit la science accumulée par des 
siècles d'érudition et de travail juifs, que les savants juifs restés fidèles à 
leur foi, ou convertis « nouveaux chrétiens » Jnda ibn Verga, Abraham 
Zacuto et Joseph Vizinho, entre autres, leur rendaient accessible et claire. 

Mais comment expliquer que brusquement cette science ait disparu au 
point que ses traces soient aujourd'hui difficiles à déceler et qu'on ait pu 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

longtemps croire qu'elle n'avait pas existé? «Des faits historiques bien 
« connus, dit M. B., nous révèlent l'invasion de l'obscurantisme après et 
« non uvanl les découvertes. On oublie les profondes convulsions, les 
« bouleversements, les désastres de la péninsule, à la suite des troubles 
•< religieux des xvi« et xvu« siècles. On oublie que l'histoire de l'Inqni- 
« sition enregistre des centaines de milliers, sinon des millions de volumes 
« brûlés par les flammes du sinistre tribunal. » 

Ayant ainsi rendu justice aux Portugais du xv° siècle, en reconstituant 
leurs connaissances en astronomie nautique, M. B. les justifie d'un 
reproche qui leur est généralement adressé. « On n'a jamais dénié au 
« Portugal d'avoir donné à l'Europe l'impulsion des grandes entreprises 
« maritimes, mais on lui a contesté la science de la navigation qui, en 
« somme, n'était que la clé des découvertes. » 

C'est là que l'étude de l'incunable de Munich devient particulièrement 
intéressante. Le règlement de l'astrolabe et du quadrant qui y est reproduit 
est, en effet, le plus ancien texte imprimé connu d'Instructions Nau- 
tiques portugaises. Il contient la manière de déterminer la latitude, celle 
d'utiliser l'étoile polaire dans l'hémisphère Nord et la Croix du Sud au 
delà de l'équateur, un règlement pour évaluer le chemin parcouru parle 
navire et une liste des latitudes et longitudes d'un certain nombre de 
points de l'Atlantique. Ce guide complet doit dater au plus tard des 
toutes premières années du xvie siècle. 11 n'est que la réédition d'un 
ouvrage déjà publié et dont aucun exemplaire ne nous est parvenu *. 

Dès la fin du xv e siècle, les Portugais avaient donc des Instructions 
nautiques précises; du resle, leurs expéditions maritimes supposent un 
guide de ce genre. Ce document officiel, œuvre delà Junta dos Matbe- 
maticos, est peut-être dû au principal de ses membres, l'astronome juif 
Joseph Vizinho, dont la présence à la cour du roi de Portugal est prouvée 
dès 1471. C'est à cette même date que l'équateur a été franchi parles 
pilotes portugais et que, par conséquent, l'observation de l'étoile polaire 
est devenue insuffisante. Le Règlement de Munich est une forme déjà pres- 
que parfaite de ces œuvres scientifiques et pratiques que le Portugal 
connaîtra en grand nombre, comme l'Europe entière, au xvi e siècle et qui, 
contrastant de méthode et de formule avec les anciens portulans, per- 
mettent non pas tant de reconnaître les côtes, que de se diriger en pleine 

t. nous a semblé qu'on pouvait fixer avec plus de certitude que M. B. ne l'a 
tenté, en s'aidant des documents par lui fournis, la date de l'édition de l'exemplaire 
de Munich. L'impression en a été hâtivement faite. Aucune latitude dépassant 7» sud 
D'y est donnée. Or (p. 171), c'est le 13 novembre 1504 que le roi don Manuel a interdit 
par décret la publication de documents sur la navigation des mers du Sud. Une nou- 
velle édition des Règlements, dont la première apparition datait au moins de dix ans 
plus tôt et qui étaient devenus d'un usage courant, fut donc aussitôt nécessaire et il 
fallut faire vite, car les navigateurs ne pouvaient pas s'en passer. Ainsi s'explique- 
rait que l'imprimeur juif, si soigneux d'habitude, ait laissé passer beaucoup de fautes 
pour que les Instructions, volume officiel, parussent, sinon en même temps que le 
décret du !3 novembre 1504, du moins immédiatement après, 



BIBLIOGRAPHIE 155 

mer. Les nombreux incunables postérieurs et les œuvres des marins et 
pilotes du début du xvi e siècle montrent la vivacité et le développement 
de l'esprit d'observation et d'analyse chez les Portugais. M. B. fait un pa- 
rallèle savoureux de détails scientifiques puisés dans leurs œuvres, et des 
erreurs parfois grossières que, sur la foi de la tradition, le fameux Martin 
Behaim, qu'on a voulu leur donner pour maître, marque encore sur le 
globe de Nuremberg. 

Il semble alors étonnant que les Portugais, si avancés dès la tin du 
xv e siècle dans tous les problèmes de navigation et d'astronomie nautique, 
se soient laissés distancer, dans la découverte du Nouveau Continent, par 
le Génois Colomb et par les marins espagnols. M. B. nous l'explique 
d'une façon fort intéressante dans son commentaire étendu de la dernière 
partie de l'Incunable de Munich. Il met ainsi en valeur la remarquable 
personnalité du roi de Portugal, Don Joao II, dont l'influence s'exerça à 
partir de 1474. 

Il faut établir d'abord que, pour la longueur des voyages, les Portugais 
ne le cédaient en rien aux autres navigateurs. M. B. nous donne un 
tableau comparatif en milles marins des grandes expéditions. — Sans 
tenir compte de la découverte pourtant probable de Terre-Neuve par 
Corte-Heal en 1472 (vingt ans avant le premier voyage de Colomb), le par- 
cours de Bartholomeu Diaz de Lisbonne au Cap de Bonne Espérance, fait 
en 1487-88, dépasse de presque 1.000 milles celui de Colomb en 1492. En 
1497-99, Vasco de Gama va de Lisbonne à Calicut, et la deuxième partie 
seule de son trajet dans un océan inconnu est plus longue que la traversée 
d'Europe en Amérique. 

Pourquoi dans ces conditions les Portugais n'ont ils pas tenté le voyage ? 
C'est qu'il n'avait pour eux aucun intérêt. La découverte de l'Amérique, 
avec les incalculables conséquences qu'elle a eues dans notre civilisation 
et dans la vie du monde, est celle des grandes découvertes qui, pour nous, 
prime toutes les autres. Pour les contemporains, c'est l'opposé. Ils cher- 
chent la route la plus courte pour aller aux Indes. C'est pour parvenir au 
pays des pierres précieuses, de la soie et des épiées, que s'équipent toutes 
les flottes des découvreurs. Colomb faisait voile vers les Indes; mais il se 
trompait de 7.000 milles, des deux tiers du trajet, quand il croyait toucher 
au Japon en débarquant à Cuba. Cette erreur grossière qui devait faire 
découvrir un monde, les Portugais le lui laissaient commettre sans souci ; 
ils savaient que par l'Atlantique on n'allait pas aux Indes, et ils avaient 
découvert, jalonné et confisqué la vraie route, celle du Cap. 

Le problème de la route des épices hante Don Joao II et ses conseillers 
depuis qu'à l'âge de dix-neuf ans, en 1474, il a été chargé des afifairesmari- 
times 1 . Parvenant peu à peu à coordonner des renseignements précis, il 
prend le plus grand soin pour empêcher qu'ils ne soient dévoilés aux 
étrangers, mentant parfois ouvertement pour mieux garder son secret. 

1. L'appendice n° 2, Résumé chronologique des découvertes de 1290 &, 1529, est une 
base nécessaire pour toute étude future, 



15G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Rien de pi u s typique à ce sujet que le texte du traité de Tordesilhas 
signé le 7 juin 1494, sur l'arbitrage du Pape, alors tout dévoué aux Espa- 
gnols, entre l'Espagne et le Portugal. Don Joao II a su prendre tous les 
avantages en leurrant les Espagnols, qui tiennent à profiter de la décou- 
verte de Colomb. 11 a si bien détourné leur attention que la route du Gap 
n'est même pas signalée. Tout ce qui est à l'Ouest d'un méridien donné 
est à l'Espagne, tout ce qui est à l'Est au Portugal. Implicitement, la 
\raie roule des Indes reste portugaise. De plus, un voyage gardé secret 
ayant sans doute appris à Don Joaô II l'existence du Brésil, le traité pré- 
voit son existence possible et le met du côté portugais ; il ne sera pour- 
tant découvert officiellement que six ans plus tard. — Par son habileté, 
Don Joao II évitait une guerre, gardait la route des Indes et obtenait une 
partie du Nouveau Monde. Ce n'est évidemment pas le t'ait d'un souve- 
rain mal renseigné et secondé par des astronomes et des pilotes sans 
valeur. 

Mais Don Joao II disparut empoisonné dès 1495. Après son règne, le 
bigotisme et l'incurie s'emparent du Portugal, dont les richesses sont 
gaspillées par des rois sans valeur. L'Inquisition, les Jésuites détruisent 
la culture scientifique et l'esprit d'initiative, et feront sombrer bientôt 
l'indépendance même du Portugal. L'oubli tombe alors sur ses savants et 
ses marins. 

On voit quelle est la portée toute particulière de l'œuvre de M. B. Non 
seulement, elle apporte de nombreux renseignements précis et nouveaux, 
mais elle met en lumière une page glorieuse et mal connue de l'histoire 
portugaise, montre le rôle essentiel qu'astronomes, mathématiciens, 
imprimeurs juifs ont joué dans le grand mouvement de la découverte de 
la terre, et nous fait sentir enfin, par le contraste saisissant entre la 
puissance du développement portugais au début du xvi a siècle et le 
morne abaissement de cent ans plus tard, combien fatal est pour un 
peuple le règne du fanatisme, qui le réduit à rien et pour si longtemps 
qu'on ne peut plus croire à sa grandeur passée. 

Raoul Sciama. 



Berliner (A.). Gesammelte Schriften. Band I : Italien, Francfort-s.-M., Kauff- 
mann, 1913; gr. in-8° de (7) + 239 p. 

<;'<^t une bonne idée qu'on a eue de réunir les études de M. Berliner 
dispersées dans différents périodiques et recueils. L'initiative en appar- 
tient aux membres de sa famille, qui ont voulu procurercette satisfaction 
à leur oncle, à l'occasion de ses quatre-vingts ans écoulés (20 mai 1913) et 
qui ont, du même coup, rendu service à la science du judaïsme. Le choix 
et le plan des travaux publiés sont dus à trois disciples de l'auteur, 
MM. A. Freimann, M. Hildesheimer et A. Marx. Le premier et le troisième 
ont ajouté, à la fin du volume, des notes dans lesquelles ils ont tenu 
Ggtnpte des résultats des travaux de la science depuis la première appari- 



BIBLIOGRAPHIE 157 

tion de ces études ; d'autres notes ont été fournies par l'exemplaire de 
Steinschneider et par l'auteur lui-même; quelques-unes, enfin, sont dues 
à M. Schechter. 

Le premier volume, que nous avons sous les yeux, contient quatre 
études, qui se rapportent toutes à l'Italie, à ses bibliothèques et aux 
manuscrits hébreux que celles-ci contiennent. Il y a quarante ans que 
M. Berliner a visité ces bibliothèques et, quoique des catalogues de telles 
d'entre elles aient été publiés depuis ou que d'autres informations aient 
été fournies sur ces fonds, les indications de notre auteur n'ont pas 
encore perdu leur valeur. 

La première étude est une conférence intitulée: « Une promenade à 
travers les bibliothèques italiennes » (Ein Gang durch die Bibliotheken 
Italiens, p. 1-29), faite à Berlin le 28 janvier 1876 et publiée dans cette 
ville en 1877. L'auteur y décrit plutôt les caractères extérieurs des manus- 
crits ; il ne parle pas de leur contenu, mais donne des indications sur ceci 
ou cela, sur leur aspect calligraphique, les procédés des censeurs, etc. 
Les notes touchent à certains point connexes. Ainsi, p. 4, il est question 
de manuscrits hébreux écrits par des chrétiens et, à ce propos, l'auteur 
mentionne le ms. J III 10 de la Gasanata (Catalogue Sacerdote, n° 178), 
qui a été copié par un Juif (Isaac b. Abraham) pour Egidio de Viterbo en 
1513. C'est pour le même personnage que fut écrit, dans la même ville, 
mais par un autre copiste, et en 1514, le manuscrit du British Muséum 
n° 342, qui contient le Yalkout Machiri sur les Douze Prophètes 1 . — Sur 
l'illustration des manuscrits chez les Juifs du moyen âge (p. 10), voir 
aussi l'étude de Kaufmann, dans la publication de Millier et Schlosser, 
Die Haggadah von Sera.jewo, p. 254 et suiv. ; sur les différentes formes 
de la phrase Drnoa iTOn ribs^V ny (p. 16-18), v. Steinschneider, Vorle- 
sungen ûber die Kunde hehr. Handschriften, p. 49, et la formule niDin 
Dbion obin dans le ms. du Brit. Mus.. 410 (v. R. É. /., LI, 156) ; sur la 
censure (p. 20), v. encore l'article de Porges dans la Jew. Enc, s. v. (III, 
642 et s.), et sur le prix des manuscrits hébreux au moyen âge (p. 23), 
comp. les indications du même genre dans les manuscrits du Brit. Mus , 
n os 533,539, 556, etc. 

a deuxième étude, intitulée Aus den Bibliotheken Italiens, est la plus 
détaillée (p. 31-103). Elle a paru d'abord dans le Magazin, I-II, et a été 
traduite en italien par Perreau [Dalle Biblioteche italiane, Rome, 1874 ; 
tirage à part du Buonavolï). Elle contient la description de différents 
manuscrits des Bibliothèques du Vatican, de la Gasanata, de l'Angelica et 
de plusieurs autres collections moins importantes. Quoiqu'il ait paru 
depuis des catalogues de quelques-uns de ces fonds (par Sacerdote pour 

1. Ce Yalkout a été publié depuis par Greenup (Londres, 1909-13; comp. mes recen- 
sions dans laZ. f. H. «., XIII, 131 ; XIV, 131 ; XVI, 2). Mais le manuscrit du Brit, Mus. 
est incomplet; il commence à Osée, \iv, 2. Mon ami A. Freimann m'apprend qu'il 
existe un manuscrit plus complet, celui de la Vaticane, n°291, qui débute par Osée, 
i, 9. Je compte publier proebainement le début qui manque dans l'éd. Greenup Le 
ms. du Brit. Mus. n'est donc pas un unicum, comme je le croyais [R. E.J., Ll, loi). 



158 REVUE DES ETUDES JUIVES 

la Casanata, par de Capua pour l'Angelica) — on en a tenu compte dans 
les Additions — il est souvent utile de consulter les notices de M. Berliner. 
Ainsi la polémique antichi'étienne de Salomon b. Moïse b. Yekoutiel 
(p. 57) est décrite avec plus de détails par lui queparSacerdote, aun° 165 3 . 
De même, quelque erreurs de la Capua sont rectifiées ici (p. 64,65 en bas). 

— Voici quelques remarques de détail sur cette étude: P. 36, sur Salomon 
b. Méir, quatrième petit-fils de Raschi (f. p. 90), voir a présent mon Intro- 
duction a Eliézer de Beaugeney, p. l; — p. 38, le manuscrit de Berlin 
n° 233 a été édite par moi sous le titre de na:? pdu: p*np*ia onaaip 
(Berlin, 1894) et j'ai parlé dans la préface de Abraham b. Azriel qui y est 
cite ; — p. 56, le manuscrit du D^ttn nw^bs de la Casanata ^Cat. Sacerdote, 
215) est utilisé par mon frère pour son édition (tan y^iV2 nsi^r:, 111, 99 
et stiiv.), mais il n'a pas grande valeur ; sur le Eben Bokan de Schemtob 
ibn Schaprout, voir le Schiioh du même, I, 223 et suiv. ; — p. 62, le oirr 
D^p^ii:™ (Sacerdote, 222 2 )est sans doute identique avec le factum imprimé 
bancn n^hnt "«p^-î^T Nno-.rp rr.soE ma» (Venise, 1526 ; Mantoue, 1676); 

— p 63, dans le ms. Angelica, n° l,Yexvlicit : Dn:?o *'y DW» 't Dbïïîà 
iboia t"^ 'a dv mm Trabiam b"T ">n»p p tpv p in ranb ...n»3a 
'131 T"d ry<D ne peut pas signifier que ce commentaire a été écrit pour 
David Kimhi (comme l'entend 'aussi de Capua) : la date même s'y oppose 
(décembre 1326). Les mots "ï"H ^3~b se rapportent a D^abw '■'D ; ce 
manuscrit contient, en effet, le commentaire de David Kimhi sur le 
livre des Rois (et sur d'autres livres bibliques) ; — p. 65, sur le com- 
mentaire des Proverbes de Moïse Kimhi, v. encore Geiger, natiap 
D'HUNE, mon édition, p. 225 et suiv. ; le commentaire du même livre 
par Benjamin b. Juda, contenu dans ce manuscrit, a été édité par 
Berger dans M. G. W. /., 1901, celui d'Ezra-Néhémie, par le même dans 
le Kobeç, 1896-1897 (et déjà antérieurement, et plus exactement sous le 
nom de Saadia — qui n'est pas le gaon — par Mathews, Oxford, 1882) ; — 
p. 66, dans la description du ms. Angelica 54, les indications sur les 
commentaires d'Isaïe de ïrani sont particulièrement intéressantes. M. Ber- 
liner tient le grand-père pour l'auteur, tandis que M. Cudemann et Bâcher 
se décident pour le petit-fils. Le commentaire d'Ezra-Néhémie a été édité 
(d'après ce manuscrit?) par Schachter; — p. 68, sur la localité de Dl~n, 
où Ibn Ezra a terminé son commentaire des Petits Prophètes, v. Bâcher, 
H. É. J., XVII, 301 ; — p. 75 en haut, dans la toheclta de Salomon b. Gabi- 
rol pîpl a^iya "»by nais (qui se trouve aussi dans le rituel caraïte, p. ex. 
dans l'éd. de Vienne, III, 250), la fin de l'acrostiche est bien pTn, car l'avant- 
dernière strophe porte : 'idt ^p^s D3?f ^iiari; — p. 87, sur le ms. Vatic. 
48, voir mon Introduction précitée, p. cxjii. 

La troisième étude, intitulée Von den Hanthchriflen Italiens (p. 105- 
154) et qui se rattache étroitement à la précédente, est empruntée a diffé- 
rentes Revues. Elle se compose de notices sur des manuscrits deModène, 
Milan, Naples, Parme (collection Foa) et Turin, pour ceux de Turin sous 
la forme d'un compte rendu du Catalogue dePeyron et sous forme d'arti~ 
clés parus après l'incendie de la Bibliothèque (liste des manuscrits hébreux 



BIBLIOGRAPHIE 159 

brûlés et perdus, p. 231-232). Observations: p. 108, sur les dénominations 
de livres bibliques en langue latine ou italienne ("n£"ij "pïîba) et en 
caractères hébreux dans un manuscrit de la Bible à Modène, eomp. Haz- 
kouni, à la fin du Lévitique : anps yai^b 'pcbm ...D"n xn-pi ht -ido 
'"im Vp^ETTÔ ; — p. 114, sur l'ouvrage minn ^01112, édité par 
M. Eppenstein, cf. mon compte rendu dans la Z. /'. H. B., IV, 132 et 
suiv., où il faut ajouter que le passage sur Deut., xxv, 2, est effecti- 
vement emprunté a Gen. r., ch. lxxv, n° 12; — p. 117, la lettre cabba- 
listique rmi?:n m3K d'Elie Hayyim b. Benjamin de Genazzano (ms. 
Milan 216) a été éditée, d'après les mss. Brit. Mus. Add. 26934 et 27078 
et d'après le ms. Munich 112 (sur d'autres mss., voir le Catalogue de 
Margoliouth, III, 101a), par (ireenup (Londres, 1912); — p. 126, l'étude 
annoncée paraît dans les Mélanges Hoffmann; — p. 130, dans le Divan 
de Juda Halévi, édité par Brody, la partie profane est bien terminée, 
mais celle des poésies religieuses est en cours de publication dans les 
éditions de la Société reconstituée Mekizé JMrdamim ; — p. 142, sur le 
piyyout nbnn "jnN attribué à saint Pierre, v. maintenant Elbogen, Der 
jùdische Goltesdienst, p. 74; — p. 144, n" 1, sur le passage de Baschi 
dans Aboda Zara, 10a, qui remonte à un Toldot Yéschou apocryphe 
(VC ms^Da umD?3D), voir la note de mon frère dans son édition d'Efodi 
{l. c, III, 180). 

La quatrième et dernière étude s'intitule « Six mois en Italie » [Seclis 
Monale in Italien, p. 155-220). Publiée pour la première fois dans la 
Jùdische Presse, 1874, elle renferme des renseignements intéressants sur 
la situation intérieure des communautés italiennes, principalement de 
celle de Home (dont M. Berlincr, comme l'on sait, a raconté l'histoire 
dans un ouvrage étendu). Depuis, cette situation s'est encore améliorée; 
dune part, les Juifs d'Italie sont parvenus aux plus hautes charges, celles 
de ministre de la guerre et de président du conseil (Ottolenghi, Luzzatti) ; 
et, d'autre part, ils ont été entraînés, eux aussi, dans le mouvement de 
renaissance (v. le tableau optimiste de Pacifici, un des chefs de ce mouve- 
ment, dans la revue Foi et Réveil, I, 225 et suiv.). A noter aussi la des- 
cription du rite italien (p. 179 et suiv. ; la formule rwaab «rp labafiWJ mi 
dans la prière après le repas, p. 187, se retrouve, chose singulière, chez 
les Caraïtes) et celle des catacombes (p. 188 et suiv. ; comp. Krauss, dans 
la Feslschrift Berliner, p. 204-214, et i?. E. /., XL VII, 138). 

Le volume se termine, outre les Additions déjà mentionnées (p. 221- 
232), et qui peuvent elles-mêmes, comme l'on voit, être complétées, par 
trois Index (p. 232-239), dressés par Sam. Griinberg: 1° manuscrits cités; 
2° auteurs, scripteurs, copistes et propriétaires des manuscrits; 3° titres 
hébreux. Mais ces tables ne me paraissent pas très complètes ; ainsi pour 
le ms. Vat. 48, il manque l'indication de la p. 87; parmi les auteurs, 
Joseph Kara est omis, etc. 

L'exécution typographique est fort belle et le texte assez correct. Dans 
les citations hébraïques, j'ai relevé quelques fautes d'impression: p. 74, 
d. 1., lire yô^ ; p. 93, 1. 5 d'en bas, lire DTOnn DTannna (cf. Job, xxxi, 



160 REVUE DES ETUDES JUIVES 

20 ; p. 94, 1. 8, lire "jroviÉO; p. 202, 1. 3, lire rw» ; p. 231, 1. 4, lire 
iiiziD ; p. 235 h, 1. 7 d'en bas, lire ^siri"»?:. 

11 ne reste qu'à émettre le vœu de voir paraître bientôt les volumes 
suivants. 

Samuel Poznanskî. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome LXV1I, p. 288, 1. 12. — Cette hypothèse a déjà élé émise par Rapo- 
port dans une de ses notes hébraïques publiées après sa mort par le 
journal Ha Magid (t. XVIII, 1874, n° 12, suppl. littéraire VSTab riBTO). 
Dans eette note sur DCT* "p?, <l l, i ma été obligeamment signalée par 
M. Moïse Schwab, Rapoport suppose, pour expliquer l'étrange citation de 
Josué dans Zebakim, 54 b, que les talmudistes lisaient un texte analogue 

la Septante et portant encore la mention d'En Etam entre Bethléhem et 
Tekoa. Mais, d'une part, comme nous l'avons dit, En Etam, ainsi encadrée, 
n'étant pas située sur la frontière Juda-Benjamin, ne pouvait venir à la 
pensée des talmudistes, et, d'autre part, il est vraisemblable que le grec 
de Josué a simplement comblé une lacune en copiant les Chroniques. 
Julien Waill. 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, b9, RUE DUPLESSIS. 



W. BACHER 



En Wilhelm Bâcher, mort à Budapest le 25 décembre 1913 à la 
veille de ses soixante-quatre ans — il était né le 12 janvier 1850 à 
Liplô-Szent-Miklos — les études juives perdent un de leurs repré- 
sentants les plus qualifiés, notre Revue un de ses collaborateurs les 
plus éminents et les plus fidèles. Dressant, à l'occasion de son 
soixantième anniversaire (1910), la liste de ses travaux, M. Blau 
a noté que la Revue des études juives venait en première ligne avec 
quatre-vingt-dix-sept articles, et depuis la centaine a été dépassée. 
C'est donc un devoir de justice et de reconnaissance dont nous 
nous acquittons si, laissant aux disciples directs et aux amis per- 
sonnels le pieux soin de retracer la carrière du maître disparu \ 
nous essayons de caractériser brièvement, à cette place, son 
œuvre scientifique. 

Ce qui frappe d'abord, si on l'embrasse dans son ensemble, c'en 
est l'ordonnance régulière et comme le développement harmonieux. 
Elle est abondante et variée, elle n'est pas disparate, et elle se dé- 
roule méthodiquement. Dès le début de son activité, M. Bâcher 
s'était choisi deux domaines; il les a continuellement cultivés pa- 
rallèlement et il s'y est tenu jusqu'au bout. Professeur au Sémi- 
naire de Budapest pendant trente-six ans, directeur de la Revue 
juive de Hongrie pendant sept ans (1884-1890), ni la nécessité de 
varier son enseignement, ni celle de tenir au courant ses lecteurs 
n'ont pu le détourner de son chemin, ou de ses deux chemins, et sil'ac- 
tualité scientifique — découvertes et publications nouvelles- le rete- 
nait parfois, ilrevenaitvite àses études d'élection, qu'il n'avaitjamais 
perdues de vue, et il suivait le plan qu'il s'était tracé. Il procé- 

1. Citons seulement le chaleureux article nécrologique de son élèveetcollègue M. Sa- 
muel Krauss dans le Haschiloach, n° de février 1914, et rappelons que ses amis et 
élèves avaient publié en son honneur, en 1910, un numéro de la Magyar-Zsidô Szemle 
(dont une bibliographie de ses travaux, par M. Blau, qui a également paru en alle- 
mand). La composition de ces Mélanges, consacrés à Bâcher lui-même, et le compte 
rendu de M. Wellesz (Pievue, LX, 316) attestent l'influence et le charme exercés par le 
maître. 

T. LXVI1, n° 134. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dait généralement ainsi : il commençait par un premier prélève- 
ment, comme pour éprouver le sujet; puis il le traitait tout entier 
et Tépuisait, mais par tranches successives ; le gros travail était 
mis en œuvre dans des livres, les à-côtés formaient des articles ou 
des notes pour les revues. C'est un exemple rare, aujourd'hui, que 
celui d'un savant qui, sans se spécialiser, je veux dire sans se bor- 
ner, ne se disperse pas, mais sait mener son œuvre sans dévier. 
Par là, l'œuvre de Bâcher, bien qu'elle se compose surtout de ma- 
tériaux, a quelque chose de monumental. 

Il avait, dans sa jeunesse et suivant la tradition allemande, 
mené de front les études juives au Séminaire de Breslau, sous la 
direction de Frankel et de Graetz, et les études classiques et orien- 
tales à l'Université, où il s'adonna sérieusement à l'arabe et au 
persan : sa dissertation de doctorat est une étude sur Nizâmi (1871). 
Il se pourrait, à en juger par quelques-uns de ses premiers articles, 
que c'est en rencontrant des traditions et des légendes juives chez 
les auteurs musulmans qu'il eut l'idée d'aborder l'Agada. Il pa- 
rut un moment pencher pour le Targoum et il donna à la Monats- 
schrift, en 1871 et 1872, deux études sur le Targoum de Job et celui 
des Psaumes, en 1874, à la Zeitschrift d. Deutschen Morgenland. 
Gesellsschaft, une étude sur le Targoum des Prophètes. Mais dès 
qu'il eut pris possession, après un court passage au siège rabbi- 
nique de Szegedin, de sa chaire au Séminaire de Budapest, qui 
venait d'être fondé, il publia, en annexe au premier Bapport de 
l'institution, son Agada der babylonischen Amorder (1878; 2 e édi- 
tion, 1913). Ayant ainsi déblayé le terrain, il attaqua l'Agada des 
Tannaïtes et celle des Amoras palestiniens. Successivement et à 
intervalles assez réguliers, il publie le premier volume de Y Agada 
der Tannaiten en 1884 (d'abord en articles dans la Monatsschrift 
de 1882 à 1884 ; 2 e édition en 1903), le deuxième en 1890, les trois 
volumes de Y Agada der palàstinensischen Amoràer en 1892, 1896 
et l(S99. Autour de ces six volumes (dont il paraît en 1902 un Index 
général) courent une foule de petits articles sur des agadot intéres- 
santes ou curieuses à quelque titre, échantillons de la matière 
dont l'inventaire est dressé en môme temps. —L'objet de l'Agada, 
comme de la Halaclia du reste, est l'interprétation de l'Écriture, 
et cette exégèse a sa terminologie appropriée, qui se développe des 
Tannaïtes aux Amoras. De là, après les préludes des articles de 
détail sur Mikra et Pasouk [Revue des Études juives, XV-XVI, 
1887), Deraschet llaggada (ibid., XXII, 1891), Massora et Hag- 
gada (Jewish Quarterly Review, III et IV, 1891-2), Zécher la- 
dabar [Zeitschrift fur d. alttestamentl. Wissenschaft, XVIII, 



W. BACFIER 163 

1898, et XIX), Midrasch, Halachot et Haggadoth {Revue des 
Etudes juives, XXXVIII, 1899; repris en allemand dans Ag.Tan., 
I 2 ), Guemara (Hebrew Union Collège Annual, 1904), etc.,— de 
là, dis-je, les deux volumes Die atteste Terminologie der jûdis- 
chen Schriftauslegung, ein Wôrterbuch der bibelexegetischen 
Kunstspracïie der Tannaiten (1899) et Die exegetische Termino- 
logie der jïidischen Traditions - Literatur, die bibel-und tradi- 
tionsexegetische Terminologie der Amoràer (1905) ; on peut consi- 
dérer comme des épilogues à ces deux répertoires l'étude sur les 
termes qui servent à désigner la « tradition » (Jewish Quarterly 
Review, XX, 1908) et celle sur Halacha le-Mosché mi-Sinaï (Mé- 
langes Kohler, 1913). — La forme de l'Agada est l'homélie, avec sa 
structure spéciale. De là l'ouvrage Die Proomien der altenjùdischen 
Ho?nilie, Beitrag zur Geschichte der jùdischen Schriftauslegung 
and Homiletik (1913). — L'Agada comme la Halacha se sont trans- 
mises oralement dans les écoles, et il importe de connaître les rab- 
bins qui rapportent les enseignements de tel ou tel maître. De là 
l'ouvrage, resté inachevé, Tradition und Tradenten, dont un frag- 
ment a paru dans les Mélanges Israël Lewy. Les volumes sur 
l'Agada contenaient déjà des indications de cette nature, ainsi que 
des indications biographiques sur lesaggadistes. On peut y joindre 
les deux articles sur les Habraïa et sur les rabbins de Césarée 
(Monatsschrift, XLIII, 1899, et XLV, 1901), ainsi que les notices sur 
les Tannaïtes et les Amoras dans la Jew.Encycl. 

L'Agada est une exégèse ; c'est l'exégèse de la Bible à l'époque 
du Talmud et du Midrasch. Par là les travaux de Bâcher sur 
l'Agada rejoignent ses travaux sur l'histoire de l'exégèse bi- 
blique chez les Juifs, qui se confond elle-même avec l'histoire de 
la grammaire hébraïque. Dès 1876, Bâcher avait amorcé ce vaste 
sujet par son mémoire Abraham Ibn Esra's Einleitung zu seinem 
Pentateuch-Commentar als Beitrag zur Geschichte der Bibelexe- 
gese beleuchtet, qui fonda sa réputation dans la science juive. Peu 
après, les ouvrages sur les exégètes et grammairiens alternent avec 
ceux qu'il consacre aux aggadistes. En 1881, il reprend Ibn Ezra, 
dont il examine cette fois méthodiquement les opinions grammati- 
cales [Abraham Ibn Esra als Grammatiher). Puis, comme Ibn 
Ezra n'est qu'un grand épigone, il remonte aux sources. En 1882, 
il étudie la terminologie grammaticale de Hayyoudj [Die gramma- 
tische Terminologie des Jehûdd b. Dawîd Hajjûg). Après avoir 
étudié les comparaisons de l'hébreu biblique avec l'arabe 
et avec le néo-hébreu chez Ibn Djanah (Die hebraisch-ara- 
bische Sprachvergleichung des Abulwalîd Merwdn Ibn Ganâh, 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1884, et Die hebràisch-neuhe braise he und hebrdisch-aramàische 
Sprackvergleichung des A. M. I. G., 1885), il consacre, en 1885, 
une étude d'ensemble à la vie et à l'œuvre du grand grammairien 
{Leben und Werke des Abulwalîd Merwân lbn Gandh und die 
Qucllen seiner Schrifterklârung), et, après y avoir énuméré les 
sources de son exégèse, il groupe, en 1889, ses explications exégé- 
tiques (Ans der Schrifterklârung des Abulwalîd Merwân lbn Ga- 
ndh). — A cette époque lbn Djanah apparaît sous son vrai jour dans 
les manuscrits. Bâcher collabore avec J. Derenbourg à l'édition du 
Kitâb al-Loumd {Le livre des parterres fleuris, 1886) et, après 
avoir corrigé l'édition du Kitâb al-Oûsoûl par Neubauer (Zeit- 
schrift d. DeutschenMorgenland. Gesellsschaft, 1884 et 1888), pré- 
pare l'édition de la traduction hébraïque du Dictionnaire, qui 
paraîtra de 1894 à 1897, avec une introduction magistrale. 

Bâcher n'est pas au bout de cette entreprise de longue haleine 
qu'il fait défiler devant lui les autres exégètes et grammairiens juifs 
du moyen âge, souvent à l'occasion d'éditions de leurs œuvres, 
toujours de manière à les faire entrer dans son cadre. A lbn Dja- 
nah est rattaché Joseph ¥Am\\i(Revue des Études juives, VI, 1883), 
dont le Se fer ha- Ziccaron sera édité en 1888; à Joseph Kimhi, 
son glossateur Moïse ha-Nakdan {Revue des Études juives, XII, 
1886). Puis se succèdent : Benjamin b. Juda et le Pétah Debaraï 
{Revue des Études juives, X, 1885 ; cf. XXIX, 292); Immanuel b. 
Salomon et son Eben Bohan {Monatsschrift, 1885) ; le Eben 
Bohan de Menahem b. Salomon (Jubelschrift Graetz, 1887 ; extraits 
dans le Otzar ha-Safrouth de Gràber, V, 1896, et dans Hagoren, 
IV, 1903); — Samuel ibn Hofni, à propos de l'édition de son Com- 
mentaire du Pentateuque {Revue des Études juives, XV-XVI, 
1887-8) ; Juda b. Barzilaï, à propos de l'édition de son Com- 
mentaire du Séfer Yecira {Revue des Études juives, XVII, 1888); 
Samuel b. Nissim, à propos de l'édition de son Commentaire 
de Job (Revue des Études juives, XXI, 1890; cf. XXII); Elia 
Levita {Zeitschriftd. DeutschenMorgenland. Gesellsschaft, XLIII, 
1889 ; matériaux de l'article de X Allgemeine Encyclopàdie ; 
voir aussi Monatsschrift, XXXVII, 1893, à propos d'une publication 
nouvelle) ; Salomon Parhon {Zeitschrift fur d. AlttestamentL 
Wissenschaft, X-Xl, 1890-1); Juda ibn Balaam et son Commen- 
taire d'Isaïe, alors publié par J. Derenbourg {Zeitschrift fur d. 
AlttestamentL Wissenschaft, XIII, 1893) ; IbnBaroun (ibid., XIV); 
le grammairien anonyme de Jérusalem (le caraïte Aboul-Faradj Ha- 
roun), d'après des matériaux communiqués par Kokowzow (Revue 
des Études juives, XXX, 1895) ; le caraïte Juda Hadassi (Monats- 



W. BAGUER 165 

schrift, XL, 1895; édition de chapitres inédits de YEschkol ha- 
Kofer dans Jewish Quarterly Review, VIII, 1896) ; un glossateur 
persan du xv e siècle, Moïse Schirwâni (Zeitschrift fur d. Alttes- 
tamentl. Wissenschaft, XVI, 1896); un commentateur persan du 
livre de Samuel {Zeitschrift d. Deutschen Morgenland. Gesell- 
schaft, LI, 1897) ; Joseph Caspi, à propos des éditions de Last 
(Jewish Quarterly Review, XVIII, 1905; Monatsschrift, LVI-LVII, 
1912-3). En 1891, il dépouille le Zohar au point de vue exégétique 
(Revue des Études juives y XXII), en 1892 les théologiens juifs jus- 
qu'à Maïmonide) Die Bibelexegese der jïïdischen Religionsphilo- 
sophen des Mittelalters vor Maimûni ; sur Juda Halévi, voir aussi 
Hebraica, VIII, 1893), en 1896 Maïmonide lui-môme (Die Bibel- 
exegese Mos tes Maimûnïs). Résumant ces travaux pour le grand 
public, il donne en 1892, dans l'Histoire de la littérature juive de 
Win ter et Wunsche, deux études d'ensemble sur l'histoire de la 
grammaire et celle de l'exégèse (Die hebràische Sprachwissen- 
schaft vom X. bis zum XVI. Jahrh., et Die jûdische Bibelexegese 
vom Anfange des X. bis zumEnde des XV. Jahrh.)) les maté- 
riaux non encore utilisés de la première paraissent en 1895 (Die 
Anfange der hebrdischen Grammatik, d'abord dans la Zeitschrift 
d. Deutschen Morgenland. Gesellsschaft). Plusieurs grands 
articles de la Jeiv . Encycl. trouveraient également leur place ici. 
— En 1900, Bâcher publie la Version arabe du livre de Job de R. 
Saadia, dans la collection des Œuvres entreprise par J. Deren- 
bourg. La même année il étudie le Séfer ha-Meliça de Salomon b. 
Samuel de Gurgâng et en publie des extraits (Ein hebràisch-per- 
sisches Wôrterbuch aus dem vierzehnten Jahrhundert); en 1903, 
travail analogue pour Tanhoum Yerouschalmi, avec un appendice 
sur la langue du Mischné Tora (Aus dem Worterbuche Tanchum 
Jeruschalmïs). Un peu hors cadre est l'édition du Sépher Musarde 
Joseph b. Juda (publications des Mekize Nirdamim, 1910), déjà 
signalé en 1906 (Monatsschrift, XL1X). 

Les derniers travaux de cette série nous conduisent à la littéra- 
ture judéo-arabe et judéo-persane, pour laquelle Bâcher était bien 
préparé par ses premières études et pour laquelle il a eu un faible 
dans ses dernières années. Déjà en 1901, il décrit deux compilations 
judéo-persanes, Tune poétique, l'autre rituélique (Jewish Quar- 
terly Review, XIV et Z. /. H. B.,\) ; en 1902, c'est le Siddour 
(Jewish Quarterly Review, XIV) et en 1903 une anthologie yémé- 
nites (FestschriftBerliner). Puis, ce sont des fragments de poètes 
judéo-persans (Revue des 'Études juives, XLVII et XLVIII, 1904; 
Jewish Quarterly Review, XVI, 1904), introduisant les chroniques 



466 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

poétiques de deux de ces poètes, Babaï b. Loutf et Babaï b. Farhad 
[Revue des Etudes juives, 1900-1907), et deux autres poètes plus 
considérables : Zwei jùdischpersische Dichter : Schâhin und hn- 
râni (deux volumes, 1907 et 1908, et Revue des Études juives, 
LV, 1908). Après la Perse, le Yémen : Die hebràische und arabische 
Poésie der Juden Jemens (1910). Dans l'intervalle, les poésies 
inédites d'Israël Nadjara sont étudiées ou plutôt inventoriées 
(Revue des Études juives, LVIII-LX, 1909-10), ainsi que des 
recueils connexes (ibid., LXII). 

S'il a moissonné — et glané — tout le champ de l'histoire de 
l'exégèse biblique chez les Juifs et les champs limitrophes, Bâcher 
n'a pas produit de travaux originaux dans le domaine de l'exégèse 
elle-même. Outre quelques notices, principalement dans la Zeit- 
schrift fur d. alttestamentl. Wissenschaft, i\ a édité les Emenda- 
tiones de son maître Graetz (1892-1894) et pris une part impor- 
tante à la traduction hongroise de la Bible, éditée par la Société 
littéraire juive de Hongrie, dont il fut un des fondateurs (1894) 
et dont il rédigea les cinq premiers annuaires avec la collaboration 
de Mezey et de Banoczi. 

L'originalité n'était pas son fort. Mais il excellait à mettre en va- 
leur les découvertes d'autrui et à en tirer parti plus ou moins com- 
plètement. La publication de l'ouvrage de Kirkisâni (Jewish Quar- 
terly Review, VII, 1895), la découverte du Sira hébreu (Jewish 
Quarterly Review, IX, 1897 ; Revue des Études juives, XXXVII, 
1899; Jewish Quarterly Review, XII, 1900, etc.), celle de la Me- 
guilla d'Ebiatar (Jewish Quarterly Review, XV, 1902), celle des 
papyrus de Syène (Jewish Quarterly Review, XIX, 1907), celle du 
livre « zadokite » (Z. f. H. /i., XV, 1911) lui ont fourni la matière, 
ici d'une étude d'ensemble, là d'une esquisse, ailleurs de notes 
suggestives. On pourrait en rapprocher de nombreux comptes 
rendus substantiels d'ouvrages tels que ceux de Chwolson, Pas - 
sahmahl (Jewish Quarterly Review, V). S. Berger {Revue des 
Etudes juives, XXVIII), S. Poznanski, lbn Chiquitilla [ibid.,WW), 
Neubauer, M. J. C, II [ib., XXXII), Mélanges Kohut (ib., XXXV), 
Katner (ibid., XLI1I et s.), Ehrlich, Randglossen (Magyar-Zsidô 
Szemle, XLVI), etc. 

Ce ne sont pas ces travaux d'occasion qui maintiendront le plus 
sûrement la réputation scientifique de Bâcher, car ils sont déjà 
dépassés, et si ses travaux d'arrière-saison dans les champs exo- 
tiques de la littérature judéo-arabe et judéo- persane subsistent, 
c'est surtout parce qu'on n'aura pas de sitôt le courage de les re- 
prendre. Mais ce qui conservera longtemps sa valeur, c'est l'en- 



W. BACHER 167 

semble de ses monographies, si fouillées, si minutieuses, sur les 
grammairiens et les exégètes. L'histoire de la grammaire et de 
l'exégèse chez les Juifs a été écrite là pour longtemps ; même, s'il 
ne fallait réserver toujours les droits de l'inédit, on pourrait dire 
qu'elle est définitive. Est-ce une critique ou un éloge? cette partie 
de l'œuvre de Bâcher est comme arrêtée et barrée : il a presque 
épuisé le sujet (je dis presque, parce qu'il reste encore quelques 
caraïtes et quelques français). 

Plus grande en ce sens, vraiment grande, encore que moins 
définitive, est l'œuvre de Bâcher sur l'Agada et les aggadistes, 
parce qu'en moissonnant dans ce champ si vaste et si fertile, il l'a 
laissé inépuisable et n'a fait qu'en étaler la richesse. Dans une de 
ces préfaces où il excellait à orienter son lecteur en quelques 
phrases et à concentrer son attention sur l'essentiel du sujet, il a 
bien défini le double but, le double intérêt de ses travaux sur les 
aggadistes : ils constituent une contribution inappréciable à l'his- 
toire de l'exégèse biblique et à celle des idées religieuses chez les 
Juifs à l'époque talmudique. « Contribution », il faut le dire et il l'a 
dit lui-même, parce qu'il n'a fait en somme que recueillir des 
matériaux pour une histoire de l'Agada ; mais ils sont de si 
bonne qualité et si bien préparés qu'on peut les utiliser en toute 
sécurité. Dans la vaste enquête qui est ouverte sur les conceptions 
théologiques et morales du judaïsme des environs de l'ère chré- 
tienne et leurs rapports avec le christianisme primitif, Bâcher est 
un guide déjà éprouvé et son influence est visible, quand elle n'est 
pas avouée, dans les travaux récents des savants tant juifs que 
chrétiens, qui ont une confiance égale dans la sûreté de sa 
documentation comme dans l'objectivité de son interprétation. 

C'est dire que l'œuvre de Bâcher est plus importante peut-être 
par la méthode que par les résultats directs. Sa qualité dominante, 
c'est la sagesse. Bâcher est un sage, aussi bien quand il règle le 
cours de ses travaux que quand il limite la portée de ses recherches. 
C'est par sagesse et prudence qu'il ne s'est jamais aventuré dans le 
domaine de la Halacha et que ses travaux sur l'Agada sont plutôt 
des recueils de matériaux que des études définitives. C'est par 
sagesse et mesure qu'il n'épuise pas sa matière et laisse à d'autres 
le soin d'élargir et de fouiller le sillon. Son labour est plus droit 
que profond. Il ne dévie pas parce qu'il se surveille. Ce disciple de 
Graetz se garde de l'imagination, ce condisciple de Kaufmann se 
garde de la passion. Ecrire six volumes sur les agadistes et ne 
pas lâcher la bride à la folle du logis ! On imagine volontiers que 
c'est Graetz qui lui a donné le goût de l'Agada, dont il a tiré si 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ingénieusement parti dans son Histoire. Mais entre le maître et 
rélève la différence de méthode est si grande qu'on dirait que 
celui-ci réagit contre celui-là. Graetz recherche l'aventure, Bâcher 
la fuit; Graetz sollicite toujours son texte, souvent il le dépasse; 
Bâcher ne se laisse jamais entraîner : il traduit ou résume. ïl se 
délie de toute hypothèse, de tout système, qui est forcément une 
hypothèse. Il n'a pas d'idées arrêtées, de points de vue fixes ; il a 
peur d'être de parti-pris, de quitter le terrain des faits, petits, mais 
précis. On lui a souvent demandé, et il a dû souvent être tenté, de 
compléter ses inventaires des Agadistes par un répertoire de 
l'Agada anonyme. S'il y a renoncé, n'est-ce pas parce que, privé 
du secours des noms, il craignait de manquer d'une hase sûre, le 
groupement chronologique des agadot étant par trop hypothétique 
et la classification méthodique par trop arbitraire ? C'est une qua- 
lité précieuse que cette prudence, mais — pourquoi ne pas le 
dire? — c'est aussi une limite. L'historien de génie ne peut se 
passer du coup d'aile de l'hypothèse. 

Le style de Bâcher est le reflet de sa méthode, clair, net, à 
peine élégant, rarement fleuri et imagé. Il était capable d'élo- 
quence, comme tous les Hongrois. Il a publié quelques sermons. Sa 
dissertation surlbn Ezra, écrite pour l'Académie de Vienne, verse 
par endroits dans la déclamation. Il y a une certaine élégance dans 
ses articles de vulgarisation, sur Raschi et Maïmonide (Monats- 
schrift, 4905), sur les grandes traductions juives de la Bible {Jahrh. 
f. jùd. Gesch. u. Lit., II) ; il y a même du sentiment dans les 
biographies de son condisciple Joseph Perles (Jewish Quarterly 
Review, VU), de son ami Joseph Derenbourg (Revue des Études 
juives, XXXII). Son père était un poète, dont il a publié les vers, 
et lui-même a taquiné la Muse hébraïque. Mais dans ses travaux 
scientifiques, il se méfiait de la rhétorique comme il se gardait de 
la fantaisie. 

Bâcher apportait les mêmes qualités de prudence, de mesure, 
d'objectivité dans sa critique. Il y joignait une grande bienveillance, 
une grande aménité et une indulgence parfois excessive. Il ne 
savait pas se résoudre aux exécutions nécessaires ; mais quand il 
voulait, il disait leur fait aux auteurs : Hirschfeld (Revue des 
Eludes juives, XXV) et Jacobs (Jewish Quarterly Review, Vly, 
Friedlaender (Revue des Etudes juives, XXXVIII), Schlatter, 
[iôid., XXXVI) et Weinslein [ibid., XLHI), Isaac Halévy (ibid , 
XLIV) et Marmorstein {ibid , LXV) ont éprouvé les effets de sa 
critique polie, mais ferme. Mais toujours cette critique était objec- 
tive. Il jugeait avec la même impartialité, avec la même sérénité, 



\V. BACHER 1C9 

les savants juifs et les savants chrétiens, en historien et non en 
théologien, en savant et non en apologiste ou en polémiste. 

C'est cette haute impartialité, jointe à sa compétence, qui lui a 
conféré une indiscutable autorité et a fait de lui comme le repré- 
sentant attitré de la science juive dans le monde des orientalistes 
et des « théologiens » allemands. Zunz était trop distant et Geiger 
ti'op partial, Stcinschneider trop pointilleux et Kaufmann trop 
ardent. Bâcher était, plutôt qu'un juge, un arbitre, devant qui tout 
le monde s'inclinait et ses critiques étaient aussi appréciées dans 
la Zoitschrift d. Deutschen Morgenland. Gcsellsscha/'t que dans 
la Revue des Etudes juives, dans la Zeitschrift fur d. alttesta- 
mentl. Wissenschaft que dans la Magyar-Zsidô Szemle, dans la 
Oriental. Lileratur-Zeitung que dans la Jewish Quarterly Review. 

Bâcher n'a pas seulement cultivé avec succès, il a représenté 
avec autorité nos études dans le monde scientifique et par là sur- 
tout sa mort découvre un vide qui sera d'autant plus vivement 
déploré qu'il sera plus difficilement comblé. 

M. Liber. 



ÉTUDES DE TERMINOLOGIE TÀLMUDIQUE 



I. — Rakban et Rabbi. 

Comme il n'est jamais indifférent que deux savants arrivent 
indépendamment l'un de l'autre au même résultat, je me plais à 
constater que la phrase fan ma bizî mpirna été expliquée par 
moi ■ tout comme elle Ta été, près de deux ans après, par Radier 2 . 
J'avais vu, moi aussi, dans jan une forme avec suffixe, ce qui 
donne à l'expression ce sens littéral : « enfants de la maison de 
leur maître ». J'avais noté en même temps que le suffixe apparaît 
nettement dans la phrase suivante : « Il a été enseigné : à partir 
du Nouvel An sont fixés les aliments (la nourriture) de l'homme, 
sauf ce qu'il dépense aux sabbats, fêtes et néoménies et ce que les 
enfants portent dans la maison de leur maître ("p^bi» a pour com- 
plément nécessaire fan mab, où pn est affecté du suffixe) ; s'il y 
ajoute, on lui en ajoute; s'il en retranche, on lui en retranche 3 . » 
Pour rendre la chose tout à fait certaine, citons ce passage du 
Targoum de Job, m, 18 (p. 87, Lagarde) : bp san ma yv "tfEUi ab 
namEK, où l'on a par exception le substantif aon sans suffixe. Il 
est à remarquer que le Targoum interprète ici les versets 16-19 en 
les appliquant à la vie de l'école. 

La dernière grammaire de la langue de la Mischna 4 enseigne 
encore que le mot ma, qui est si fréquent dans la littérature 
tannaïtique, est abrégé de Wja et doit se prononcer ^ana 5 ; on en 
donne comme exemple Péa, n, 4 : prix raia -iwb« 'n G . Autant que 

1. TalmucL Arch., III, 339. 

2. lievue, LXV, 39. 

3. Lévit. r., ch. xxx init. ; cf. Béça, 16 a, où Ja baraïtaa la forme suivante : R. Tab- 
lifa, frère de Rabbanaï riNTin. Au sujet des renvois à Tour, Or. Hay., 419, voir le 
commentaire de David Louria (b"T"l). 

4. K. Albrecht, Neuhebràische Grammalik, 1913, p. 17. Dans ma receusion de cet 
ouvrage (Z. D. M. G., LXVII, 735) j'ai indiqué ce point, mais ce n'était pas le lieu de 
le développer. 

5. Je note que d'autres prononcent " , 3"l!î. 
G, Ed. Lowe : iTrb. 



ÉTUDES DE TERMINOLOGIE TALMUDIQUE 171 

je puis voir, c'est aussi l'opinion d'autres savants 1 ou, pour parler 
plus justement, la question n'a pas encore fait l'objet de recherches 
scientifiques. Schûrer, toujours si complet, a été le seul à lui 
prêter quelque attention 2 . Il constate d'abord qu'à côté de Rabbi, 
on trouve la prononciation Rebbi, par exemple dans duo rebbites 
sur une inscription de Venouse 3 , dans B^osSi — -o-pa = m nn 
sur une inscription de Jaffa \ m^a 3 et Ribbi 6 . Ces exemples attes- 
tent la prononciation Birbi ou Biribbiem moins pour la Palestine 
et pour l'Italie, qui en dépend (par l'intermédiaire de Byzance) 7 . 
Il n'existe pas de témoignage équivalent en faveur d'une autre 
prononciation. 

D'autre part, il est possible d'établir que la prononciation Birbi 
s'est conservée très longtemps. Rapoport avait déjà remarqué dans 
la Note 12 de sou excellente biographie de Kalir 8 qu'Éléazar Kalir 
se donne toujours le nom de ^idd rrnp» -pbp apr» "a-na n^ba, 
signature certifiée par les acrostiches de ses nombreux piyoutim. 
Rapoport n'avait trouvé qu'un piyout qui parût présenter la forme 
ma, mais il avait reconnu que le yod manquant y figurait tout de 
même dans un vers. Que Ton tienne Kalir pour un Palestinien, 
pour un Byzantin ou pour un Italien, il est sûr qu'il s'est conformé 
à l'usage régnant de son pays et de son temps ; nous sommes 
donc en droit d'admettre que cette orthographe était en vigueur 
alors. 

J'en connais un autre cas : c'est celui du nom de abiBtt iran 
ownbp mra, de ce rabbin qui, par son père, se rattache à la 
fameuse famille italienne des Kalonymides et qu'on peut par 
conséquent. considérer à peu près comme un compatriote de Kalir, 

1. Le même nom figure, pour prendre un exemple, dans Pesahim, ni, 6. Mais 
l'édition ponctuée de Strack (Leipzig, 1911 ; voir mon compte rendu dans cette Revue, 
LXIII, 313-318) donne seulement p"H£ 'H3. Dans x, 3, même graphie dans le texte; 
la note donne pTHit "•a*") a, mais le premier mot n'est pas ponctué. 

2. Gesc/iichle des jiid. Volkes. .., Il*, 376, n. 9. 

3. G. I. L., IX, n os 648 et 6220. Voir Lenormant, dans cette Revue, VI, 205. 

4. Eutiug, Silzungsberichte de l'Académie de Berlin, 1885, n° 54, p. 681. 

5. Ibid., p. 680. 

6. Une inscription funéraire palestinienne a "•a'H^a, v. Palestine Exploration 
Fund, Quart. Statem., 1900, p. 117. 

7. Sur l'orthographe ia~i, dont Elia Levita parle déjà dans son Tischbi, voir Taylor, 
Sayings of Jewish Fathers, 2 e éd., Appendice, p. 81, 139. Sur paêëi rebbi, v. aussi 
Zeitsckrift fur vergleickende Sprachforschung , XLII, 1. Dans un Siddour bouchariote 
[DOiy npn ~no, éd. S. Musajew, Jérusalem, 1904) qui contient le traité mischnique de 
Sabbat, l'orthographe ordinaire est "»3"i (p. ex. dans ix, 1), celle de ^2n y est rare 
(p. ex. dans i, 10). 

8. Biccourê ha-Ittim, 1830 ; réimprimée récemment dans la collection ?X13n 
(Varsovie, 1913), p. 212. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dont il n'est pas non plus très éloigné dans le temps. L'ortho- 
graphe de son nom ressort également des piyoutim composés par 
lui, tout en n'étant pas aussi conséquente que dans le cas de K.ilir. 
La forme qui nous intéresse est donnée par Wolf Heidenheim ' ; 
mais il est bon d'observer qu'il n'insiste pas sur l'orthographe 
■wa (alors qu'il sépare n^wn de ûbiiatt). Quant aux savants si 
nombreux qui se sont occupés des Kalonymides, ils ne font môme 
pas attention à la forme ^aTa s . 

Cette forme w»a, qui est le mieux rendue par le grec B-r^psêt 
(prononciation ittaciste), se distingue essentiellement par son 
orthographe de la forme ■•a'na, qu'on trouve plusieurs fois dans le 
Talmud 3 . C'est un titre talmudique, qu'on explique généralement 
comme Raschi. Sur^ana &r*iai» 'n, variante rr-a, Raschi, qui lit 
comme cette variante, dit 4 : « Un homme considérable en son 
temps ; partout où quelqu'un est appelé -a-na, le sens est le 
même. » Cette opinion paraît confirmée par ce passage du Yerou- 
schalmi : ^na m mb nfc« paT 5 , ce qui signifie à peu près : A 
l'égard de l'État, en ce qui concerne les impôts, les corvées, etc., 
il n'y a pas de Rabbi fils de Rabbi (fils de grand). Il n'est nullement 
certain que ce ^a"na se rattache aux noms, si fréquents postérieu- 
rement, de Rab, Rabbi, Rabban; il semble plutôt que a*i ait 
conservé ici le sens primitif du mot, « supérieur » (comme dans an 
o"no) ou « maître » (an opposé à ia*, esclave). On pourrait donc 
admettre, plutôt que l'étymologie ja ou na + "•ai, celle de *an ">a, 
« maison » ou famille d'un grand. 

Il en est autrement dans le cas de n-pa, où est exprimé un rap- 
port de filiation. Impossible d'éluder ici une composition dont le 
premier élément est na ou Ta. La combinaison qui se sera opérée 
le plus facilement doit être celle de Ta avec -n-i. On sait que la 
forme Ta est employée par R. Yohanan, c'est-à-dire un Palesti- 
nien, dans la phrase Ta ï-int^jh rrona Y*t, « voici l'os de mon 
dixième fils » 6 . La forme Ta au lieu de na est fréquente, en effet, 
dans le Targoum palestinien 7 . 

1. Dans son Introduction au Mahzor, Vienne, 1834, I (sans pagination). 

2. Dans la citation de l'Aroucli, s. v. nyo (éd. Kohut, VI, 93), il est appelé 13-) 
DT3 ,, 31?P n"a D"V*U?3. On ne trouve aucune remarque sur le nom chez Zunz, G. V., 
2" éd., 378, ni dans Zur Geschichte, p. 47, ni chez Landshut, Amoudê ha-Aboda, 
p. 2G5 et s. (bien que la signature avec ■»3""pa soit signalée plusieurs l'ois), ni enfin 
dans la Jew. Encyci, VII, 425. Pour d'autres exemples voir H. É. J., LXVI, 68 et s. 

3. Les textes sont réunis par Kohut, A rue h comple/um, II, 183. 

4. Eroubin, 53 a. 

5. j. Sota, vin, i. /'. (23 a). Même leçon dans l'édition de Venise. 

6. Berachot, 5 6; /*a/;a Batra, 116a. 

7. Levy, Targum. Wb., I, 94. 



ÉTUDES DE TERMINOLOGIE TALMUDIQUE 173 

Cependant, on ne peut pas affirmer que ce fût la seule forme 
palestinienne. Dans les transcriptions grecques du Nouveau Tes- 
tament, 011 ne trouve que Bap- : Bapaêêa;, BapÔoXûtxaToç, Bapi7i<roÏÏç, 
Bapv-i6cyç, BapcaSSaç, autant de noms palestiniens 1 . On peut se 
demander, il est vrai, si la tradition est correcte, mais dans le cas 
présent il ne paraît pas y avoir d'autre éventualité et je ne sache 
pas qu'il existe sur ce point d'autres leçons. Le syro-palestinien a 
aussi, et seulement, -ia 2 , &na. De nulle part, donc, la forme -a-pa 
ne reçoit d'éclaircissement. Une seule chose est certaine : c'est 
qu'elle a existé. 

Revenons maintenant au nom pns ">a-ia wb». Gomme on ne 
trouve nulle part la forme w*a, la prononciation Birbi paraît 
devoir être écartée. Mais il faut reconnaître comme possible la 
forme ^sna (comparer Dbwn llsn), ou plutôt, comme rebôï 3 et 
ribbi sont attestés épigraphiquement, c'est cette forme qui doit 
être considérée comme exacte. Et voici comment je m'en explique 
la formation. De même que dans ^an le pronom possessif, qui y 
était primitivement, n'est plus ressenti, de môme que dans "n», 
« Monsieur », le suffixe s'est également pétrifié, de môme il peut y 
avoir eu — quoique je ne puisse le démontrer — un "nn pétrifié, 
qui signifiait simplement « fils » et qui, joint à w, aurait donné 
la forme "»ana. On remarquera inversement que « mon père » se 
dit seulement Nna, ma mère nen, sans adjonction de suffixe. 

Il vaudrait la peine d'examiner ces formations d'un peu près. 
D'abord, on sait que "na ("na») est devenu un nom propre (com- 
parer le féminin «m»), tout comme ai et ^n, à quoi on peut 
ajouter N*na. Tandis que dans l'araméen du Talmud, on trouve 
souvent "n» au vocatif, que le discours s'adresse à Dieu ou à un 
homme, les Targoums n'emploient jamais dans ce cas -n» ou \ntn, 
mais -orn, swsian ! , et il est encore intéressant de remarquer que 
les chrétiens de Palestine emploient "na dans un sens dogmatique 
pour ainsi dire 5 . Ce sont là autant de traits qui mériteraient de 
retenir non seulement l'historien de la langue, mais aussi l'histo- 
rien des idées. 



1. Cf. Dalman, Grammatik des jûd.-pal. Aramâisch, l re éd., p. 142. 

2. Dans Schultess, Lexicon Syro-Palaestinum, p. 30, je ne trouve, sur de nom- 
breux textes, qu'une fois la forme EPT3j Matt., xxvi, 23 ; Anecd. Gai., iv, 6. 

3. Rebbi présente simplement une prononciation du hireq tendant vers le segol. 

4. Dalman, l. c, 78. 

5. Schultliess, L <?., 116 : Formam suff. 1. pers. instructam nominibus virorum bea- 
torum doctorumque honoris causa anteponunt : D1p"lE "HB» etc. 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



II. — MlSClINA ET ÏALMUD, FORMES NOMINALES. 

Tandis que, pour &np72, Bâcher indique très clairement et très 
exactement que ce substantif est « d'abord un nom d'action de 
Nip » \ je cherche en vain la même indication touchant rtwn tant 
chez lui 2 que chez les autres auteurs, comme Schtirer 3 , Strack 4 , 
Segal 3 , etc. Pour «np», cet emploi est évident, par exemple dans 
finpTsii 1»t (Berachot, n, 5), « le temps de la lecture 6 », et plus 
encore là où le mot conserve son caractère verbal et est construit 
avec le complément, comme dans tr^vea «np» (Sota, vu, 3), où on 
aurait pu tout aussi bien dire t^-nan rwnp. La forme nominale 
bapTp ou bçp», qui est analogue à l'infinitif peal de l'araméen, est 
fréquente dans le néo-hébreu; on a np73, «to», "Dtttt, yyn, fn», etc., 
toutes formes citées, avec textes à l'appui, par Segal. Cette liste 
peut être considérablement augmentée, notamment de formes 
provenant de verbes n"b (p. ex. fibptt, Taan., n, 1) 7 , et il est évi- 
dent que le mot nsratt, en tant que « nom verbal », appartient à la 
même catégorie. Albrecht 8 est le seul à formuler clairement ce 
caractère du mot ïwn en admettant comme premier sens celui 
d'une action pure et en se référant à Abot, m, 7 9 . 

Cette constatation paraît passablement superflue. Néanmoins il 
est nécessaire de la faire, non seulement pour l'éclaircissement 
d'un terme aussi important, mais encore à cause de la forme sous 
laquelle le mot mis» est rendu en grec. On sait que le terme grec 
est osuTÉpcoaiç, dont Schùrer aussi bien queBacheH constatent que 
c'est, étymologiquement, la traduction exacte du mot nais», car 
Seuxepouv signifie « répéter », ce qui est aussi le sens du verbe 
hébreu fiDiD. 

Mais comment Schùrer rend-il compte du passage de oeuTépuxriç 

1. Die exegetische Terminologie der jûdischen Traditionsliteratur,\, 117. 

2. Ibid., 122, où il dit seulement de î-!j£573 : « parallèle à JOpTJ ». 

3. Geschichte, P*, 113-4. 

4. Einleitung in den Tahnnd, 4« éd., p. 2. 

5. Minnaic Hebrevj, Oxford, 1909 (Reprinted from The Jev). Quart. Rev., 1908), 
p. 60, où notre mot n'est pas cité parmi les noms verbaux du type blûpTO. 

6. Cité par Bâcher, l. c, 117. Comparer la bénédiction n'îWTS N"lp?J oy, tandis 
que y 73*3 PiS^ip est seul usité. 

7. Cité par Aibrecht, Neuhebr. Gramm., p. 74. 
S. laid., p. 75. 

9. in:'C7373 p^DDTûl FT311Z51 *p"J3 *ftï m l 12'n ; le même exemple chez Bâcher, l. c, 

p. 122 ; cf. m, 8 : "in2tt?:7D iriN im rDTOn. 

10. Ll. ce. Cf. l'excursus de Bâcher, Ag. d. Tann., P, 484 et s. 



ÉTUDES DE TERMINOLOGIE TALMUDIQÛË 17H 

au sens de « tradition »? Après avoir parlé de nais « répéter », 
il dit : « Seulement, dans le langage postérieur « répéter » équi- 
vaut à enseigner ou apprendre la loi orale. . . aussi rtauîïï (propre- 
ment « répétition ») signifie-t-il simplement « loi » (Geselzeslehre), 
plus précisément la loi orale, par opposition à la ïora écrite. » 

Il faut bien se dire que le passage de BeuTépoxyi; du sens de 
« répétition » au sens de « tradition » est difficile à expliquer, 
d'autant que, dans la Septante, Bsuxépaxnç ne signifie pas « tradi- 
tion », mais « deuxième rang »*. Pour donner au mot le sens de 
« tradition », on paraît être parti non de ïijrç», mais de narç« (dans 
i-mn ï-iï-on). On s'explique ainsi qu'un mot qui signifie le deuxième 
rang d'une chose ait été interprété dans le sens de « tradition ». 
On pense ici involontairement au Mischné Tora de Maïmonide. Le 
fait est qu'on a déjà eu depuis longtemps l'idée que le point de 
départ de « Mischna » dans le sens de tradition est la notion de 
rmnti narat) (Deutér., xvn, 18) : c'est là le vrai Deutéronome. La 
« Mischna » prend ainsi place directement à côté de la loi écrite, 
dont elle est comme « le second ». Il s'est produit de natîE à TÇttn, 
le même passage que de rwpjq à nap?2, de rnpja à rnp» 2 . 

Le mot SeuTspwcK; atteste donc qu'il n'y a pas eu, de nauîTa « étude » 
à naïaw « tradition », une transition logique par association d'idées, 
mais qu'on a combiné entre eux les deux mots presque entièrement 
semblables naiûtt et naizJE pour créer une notion nouvelle. Pour le 
sens de « tradition », on aurait pu se contenter en grec du mot 
7tapà8efftç [twv 7Tpe<7êuT£pcov] 3 , qui est si fréquent; mais c'est qu'on 
préféra s'en tenir, à l'exemple de l'hébreu, à la racine naia = 

0£UT£pOUV. 

Je ne puis m'empêcher d'examiner ici un autre point, connexe 
en un certain sens avec le précédent. Employé techniquement, le 
mot nttbn prend place immédiatement après la Mischna, par 
exemple dans l'énumération des disciplines épuisées par Rabban 

1. Hatch-Redpath, Concordance to tlie Septuagint, I, 293 : SeuTepeveiv dans le sens 
de ÏT3ti3p. IbicL, p. 294, pour SevTepoxri; = H31Û73, sont cités les passages IV (II) Rois, 
xxm, 4, 25, 18, en outre Sira, xlii, 1 : àitb ôeutepcôcrew? xoù Xô^ou àxoyj;. Ce sont seu- 
lement les Pères de l'Église qui emploient SsvTspaxxt; dans le sens de « tradition », 
v. Pape, Grieçh. Wb., 3 e éd. Dans la grécité profane Seuréptoatç ne signifie pas non 
plus autre chose que « deuxième rang » (Pape). 

2. Le néo-hébreu n'a plus que Ï"np73, d'où le pluriel mXTp73, nom d'un traité de 
la Mischna. 

3. Ce qui en hébreu, d'après Blau (préface de Winter et Wùnsche, Mechiltha,\>. 23) 
serait EpspTn n~l073, le mot m 073 désignant l'ensemble des enseignements tradi- 
tionnels. 



17G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Yohanan b. Zaccai : rmam msbn mfcbn ttatDBi N"ip« '. Mais on peut 
démontrer qu'on mettait parfois "rabn pour ©m», et ce toujours 
dans le sens technique, en sorte que « rrabn et amE ont en partie 
le même contenu » 2 . Ne doit-on pas se croire autorisé à l'aire un 
pas de plus et à dire que "nttbr, pris comme nom d'action, a le 
même sens que ©m», c'est-à-dire « interprétation de l'Écriture »? 
A coup sur ce pas peut être fait, et il nous conduit dès lors à un 
résultat de quelque importance. 

La formule "mb Ti^bn est un des termes techniques les plus 
usuels de l'exégèse rahhinique 3 . Mais il est difficile d'en saisir le 
sens logique, car on ne voit pas de quoi dépend au juste le verhc 
nr-ib. On a été jusqu'à se croire fondé à abandonner l'interpréta- 
tion traditionnelle de wqwi comme substantif pour lire à la place 
deux verbes : ntrib i^bn 5 . 

Remarquons d'abord qu'il est inadmissible de renoncer à voir 
dans THjbn un nom, car on trouve souvent la phrase Tnabn 'pas 
TOlb 5 , où la négation "pa suffit à montrer que c'est un nom qui 
vient ensuite; de plus, on trouve la formule Tiftbn ©i G , où ce ne 
peut être semblablement qu'un substantif; enfin, le Talmud de 
Babylone emploie les phrases NT>7:bn \s)3, Tifcbn ^nx nznm et 
N-njjbn nb a*wi 7 . Devant tant de preuves, il est absolument impos- 
sible de voir dans nttbn autre chose qu'un substantif. 

Quel sens faut-il donc donnera la formule "i»ib Y»ttbn?Bacher s'est 
consciencieusement efforcé d'éclaircir ce point. Il croit que m»bn 
nttnb équivaut à quelque chose comme nttib ittbtt mnbn. Le mot 
TObn renferme donc implicitement la notion de « texte de l'Écri- 
iurc », et en efTet, quand on emploie la phrase n^ib nttbn, c'est 
presque toujours d'un texte de l'Écriture qu'il s'agit. Mais la 
notion d' « enseigner » y est également sous-entendue, car Bâcher 
remarque avec raison que Tflobn est un substantif se rattachant au 
piel « enseigner », comme mbiûn, ûinsn, si3*n, etc. Seulement on 
n'a jusqu'à présent cité aucun cas analogue pour expliquer com- 

1. Soucca, 2H a. Voir pour plus de détails Bâcher, Ag. d. Tann.,V, 480 = H. É. J., 
XXXVIII, 214. 

2. Bâcher, /. c. 

3. Il est étudié à fond par Bâcher, Die exegel. Terminologie, I, 199 et s. ; II, 234 
et s. 

4. Cette lecture, qui a été propagée, à ce qu'on dit, par feu M. Friedrnann, est 
constante dans un ouvrage récent : S. Gandz, liec/il, dans Monumenta Talmudica, II 
Vienne et Leipzig, 1913). 

5. Exemple : Mechiltasur xm, 4 (19 b). 
(). Exemples : baraïta dans IL A'.. 104 6. 
7. Textes dans Bâcher, /. c, II, 234 et s. 



ÉTUDES DE TERMINOLOGIE TALMUDlQUË I77 

ment le verbe 1731b dépend du substantif H73bn, qui ne forme pas à 
lui seul une phrase. 

Eli bien, il me semble que la phrase n73ib ii73bn est représentée 
en son fond par cette autre : jtp tn w i?^t b *piob l»b*, où 1731b 
dépend de irab. Si nous admettons que, dans le motTrabn, la force 
verbale continue à agir, nous obtenons une contexture admissible : 
« La déduction (renseignement, l'indication) est là pour dire. . . » 
Il suffit de concéder que iiTsbn est une phrase elliptique, dont 
dépend le verbe -i73ib. La phrase complète pourrait ou plutôt 
devrait être : ->73ib littbr>[n &ta]. On trouve, en effet, une fois : 
an niTsbnb 2 et une autre fois : vnttbnb ? rraîHl UT8 TOib m»bn rvi an 
sa 8in 3 . Phrases analogues : ymVs nvon sa, iDiTobb zyran 83 îi?3 -oi 
ou Tttbb mron «3, etc. '. Le mot 3iron n'a aucune force verbale, 
le verbe 83 ne peut donc pas lui manquer; il en est autrement du 
mot nttbn, qui conserve, comme nous venons de le voir et de le 
revoir, sa force verbale : c'est comme si on disait : nttib 173b airon. 

En fin de compte, les deux phrases citées en dernier sont l'une 
vis-à-vis de l'autre dans le rapport suivant : dans iTobb 83 nnron, 
« l'Écriture » est le sujet et, comme ce sujet est un substantif, le 
verbe 83 doit nécessairement l'accompagner; mais la notion de 
« leçon », de « déduction », n'est exprimée que par 173b. Dans la 
phrase "1731b Trabn, l'idée de « leçon » est dans H73bn, tandis que le 
verbe *i73ib signifie à lui seul autant que 83 avoii ensemble. 

Vienne, octobre 1913. 

Samuel Krauss. 



i. Berachot, 4 a. Dans Dér. Er. Z., m, il y a 1173b ; cf. R. É. J., XXXVI, 42 

2. Mechilta, sur xxi, 12 (p. 79 6). 

3. Ibid., sur xxi, 18 (82 6), et Sifré, Nombres, § 2 (2a). 

4. Voir les textes dans Bâcher, Terminologie, I, 95. 



T. LXVII, is° 134. H 



UNE APOCALYPSE JUDÉO-ARABE 



Le ins. hébreu 2642 de la Bibliothèque Bodléienne, recueil 
factice de fragments divers, contient au f. 43 un morceau d'une 
apocalypse inédite '. En voici le texte : 

m-in bna^nn 'nion 'atp nyn tanaœn nat&E tajatûtt "f^nn nnn73 
naab nt* -w -^n "pso "«aa p "m*» 'nn '12^ din 13a by ribnTa 
'nn '72^1 avn ^N3 3 pin û^n D^tt ^"nfin -n^an nnann na nsa^n 
'ny» 'jr 6, nNn n-r by a 1 ! ay n*nn 5 'naya n^y ba nM no^n 'y» p *rr 
by '7273H 8 pTnn ûvan dw "pnto «bn mas ataa Nnp^ anm 7 Tr p 
D^acr "û^a y 'i ">mn '12 iw Tatbn «sn^wn mp ^aa» is^n «a-n û^ara 
■naOE "pa ny ann tpa 'nn "nnwi pn naa t|no6m 'abTa aoa by nb 
vnnaN mn^-iND -in^d c**b n^N anbmn -pxai mp 1 pen ta^isan 
bma ntany tc? 1 n-nnn ^bn^ n^N 12a epan nnnabîa naian nTairyan 
ns na:rn D^bianT ,3, n;-n (?) jw Nnr? aan l8 nxn«a robnjan by pTm 
tti tûn ba?3 ban ^aia^n &n -^«a it bntettnn /ta )iai inb« w fra 
2i ^eum i«m» p Tb'n 'nn 'n-n ^aria p '^jabN nay n7au:n n-aab 
r-n»"H 17:1a by n^-ip^n "'nia "p* naa*n îa^a ^aa na-pn int: iy ai 
b«-nsi "ïpbnM nnx û'ja nTaun bri "sa^a œ^N 'm "ra^n (?) ï-ray ^sb 
tsms ^anan ûTEffian TNab iy amT qnoeon ^ab» nay p p^bna na^T 
a^y7û a^-n nlaffirra aianm apm rrejrm tojm uïœ "Haan nbma naso 

aonisn 16m ûWi2 3hn Dn ^ba anp^ 'n&n ïtvp 

1. Ce fragment, je m'en aperçois après coup, a déjà paru dans les rnEÎTTO Tia 
de S. Wertheimer (II, 1894, p. 30), sous le titre, forgé par l'éditeur, de nn73*< ma» 
rPttJ73rî. On verra si cette réimpression était inutile. 

•2. w. mon. 

3. A lire nT'n, pour TT bmOTSnn, comme plus loin. 

4. W. 1173. 

5. w. rranpya. 

6. w. nan. 

7. w. -via. 

8. w. ]nnn, qu'il corrige en pbnn. 

9. W. \N. 

1(). W. remplace ce mut par des points de suspension. 



11. 


W. 1UV-. 


12. 


W. n;i7:N3. 


13. 


w. -fin. 


14. 


Il y a bien ^IfibN. 


15. 


w. bma. 


16. 


w. n«:o». 



UNE APOCALYPSE JUDEO-ARABE 17«J 



Traduction. 



(1) [A] sa mort, le soleil s'obscurcira d'une extrémité du ciel à l'autre 
et une grande terreur fondra sur les hommes. (2) Puis régnera Moawia, 
lils d'Abou-Sofian. A l'instigation de Dieu, il restaurera les murs du 
Temple. Il vivra de longs jours et dominera sur les Iles de la mer. 

(3) Yezid, fils de Moawia, lui succédera ; celui-ci fera pâtir de sa colère 
tout son peuple, et beaucoup de ses sujets périront par ses ordres. 

(4) Après lui régnera Moawia, fils de Yezid, qui portera les noms de ses 
ancêtres. Son règne sera de courte durée. (5) Son empire sera revendiqué 
par deux [prétendants] ; un homme des fils de Kédar viendra ; il aura 
pour descendant un roi, dont quatre fils seront rois. Celui qui le rem- 
placera (le khalife anonyme) amassera de l'or et de l'argent en quantité 
innombrable, des parfums et des pierres précieuses, des saphyrs qui ne 
se trouvaient pas dans les terres 1 de ses ancêtres. Mais au faîte de sa 
puissance, sa royauté sera brisée 2 . (Son tils qui régnera ensuite, sera de 
même extrêmement riche.) Il s'affermira sur le trône par la force. Lui 
aussi... (?) vers Jérusalem, il rebâtira le Temple de l'Éternel, Dieu 
d'Israël, et son autorité s'étendra sur les Iles et les habitants du Conti- 
nent beaucoup plus que celle de ses prédécesseurs. Son nom sera Abd-el 
Melik, fils de Merwan. (7) Après lui régnera Welid, fils de Merwan, qui 
répandra beaucoup de sang, exercera l'oppression et se construira une 
ville appelée de son nom. Il mourra avant (ou devant) . . (8) Ensuite 
régnera son frère, vaillant guerrier, portant le nom d'un roi d'Israël, 
Souleiman, fils d'Abdel Melik.. Il amassera de l'or en abondance, des 
parfums, des pierres précieuses, des vêtements de lin et de soie, des 
tapisseries et des objets d'art. Il ne vivra que peu de jours. (9) Après lui 
viendra un roi intègre, aimant la justice et haïssant. . . 



Commentaire. 

1. Les deux premières lignes, comme le montre la suite, décri- 
vent l'état du monde musulman après l'assassinat d'Othman et les 
luttes entre les partisans de Moawia et ceux d'Ali. 

2. Moawia, fils d'Abou-Sofian, fut le premier des khalifes 
Ommeyades. Il régna longtemps, en effet : dix-neuf ans et trois 
mois (660-680). Ce fut lui qui fit les premières conquêtes en dehors 
de l'Asie. Mais si notre écrit est fidèle jusqu'ici à l'histoire, peut- 
être s'en écarte -t-il en attribuant à Moawia la restauration des 
murs du Temple, car les écrivains arabes n'en disent rien. 

1. Ne serait-ce pas plutôt rmiIND « dans les trésors? » 

2. D'après Daniel, vin, 8. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

3. Yezid, fils de Moawia (680-683), est connu, en effet, par sa 
cruauté. 

4. Moawia II, fils de Yezid, ne régna que quarante jours. Après 
lui commença la dynastie des Merwanides. Les Nistarot de Simon 
fils de Yohaï le font venir de Hadramaut et lui donnent le titre de 
grand roi, ce qui est certainement le produit d'une confusion. Ils 
le font tuer par des troupes du Kédar, c'est-à-dire de l'Arabie, par 
opposition à la Syrie. Rien de tel chez les historiens arabes. 

5. Le texte est très obscur. Il est vraisemblable qu'il s'agit des 
dissensions qui éclatèrent après la mort de Moawia. Les Musul- 
mans de Syrie étaient divisés en deux partis, dont l'un voulait, 
pour khalife, Khalid, fils de Yezid, malgré son jeune âge, et l'autre 
Abd Allah, fils de Zobaïr. Comme les deux factions n'arrivaient 
pas à s'entendre, on poussa au khalifat Merwan, fils d'Al-Hakim, de 
la famille des Ommeyades, qui revenait de Médine, dont il avait été 
jusque-là gouverneur. C'est lui le troisième larron qui vient des 
enfants de Kédar. Il est étonnant que l'auteur ne le désigne pas 
ici par son nom. 

6. Abd-el Méltk (685-705) fut, en effet, le père de quatre kha- 
lifes. Cette particularité a également frappé l'auteur des Nistarot, 
qui l'a relevée. Ce trait permettra de s'orienter à travers le para- 
graphe, qui est singulièrement embrouillé. Si, après avoir parlé 
d'Abd-el Mélik, l'auteur a l'air de passer à son fils, c'est qu'il n'a 
pas su construire sa phrase ; en réalité, il s'agit du fils de Merwan, 
c'est-à-dire du même Abd-el Mélik. Justement les historiens arabes 
dénoncent l'avarice de ce khalife, qui reçut le sobriquet de sueur 
de la pierre. Par contre, on ne comprend pas les mots : « Au faîte 
de sa puissance son empire sera détruit », qui ne se concilient 
pas avec l'histoire. Il se peut qu'ils se rapportent à Merwan, qui 
ne régna que neuf mois. L'imbroglio continue, avec la phrase : 
« Pareillement son fils . . » qui semble se rapporter au fils 
d'Abd-el Mélik, Welid, alors qu'à la fin, il sera parlé explicitement 
d'Abd-el Mélik. Il faut prendre ces mots pour une parenthèse. La 
puissance de ce khalife est attestée par ses conquêtes qui s'étendi- 
rent de l'Inde à l'Espagne. Comme s'il avait copié notre passage, 
d'Herbelot dit également : « Il surpassa en puissance les khalifes 
qui l'avaient précédé. » 

Le renseignement fourni par notre texte sur la reconstruction 
du Temple est très précieux, car il confirme l'opinion, générale- 
ment admise aujourd'hui, que la Koubbat-el Sakhra, ou Coupole 



UNE APOCALYPSE JUDEO-ARABE 181 

du Rocher, que les Francs appelaient la mosquée d'Omar, est bien 
l'œuvre d'Abd-el Mélik comme l'affirment les historiens arabes, 
malgré l'inscription qui s'y lit et qui l'attribue à Abd-Allah el- 
Imam-el-Mamoun. 

Il est très curieux qu'un auteur juif célèbre la construction 
d'une mosquée sur l'emplacement du Temple, comme si c'était le 
rétablissement de cet édifice. Plus tard des apocalypses feront 
réclamer le Temple au roi des Arabes. « Garde l'or et l'argent, lui 
diront les Juifs, mais rends-nous le Temple 1 . » 

7. La notice concernant Wélid, fils [d'Abd-el Mélik, fils] de 
Merwan, est étrange à première vue, car ce khalife n'a-t-il pas 
surpassé môme son prédécesseur par ses conquêtes retentissantes? 
D'autre part, d'après Tabari, les habitants de Syrie donnaient la 
palme, entre tous les khalifes, à Wélid pour ses vertus. Il faudrait 
donc supposer, si notre auteur ne parle pas en l'air, que le sang 
que, d'après lui, versa Wélid fut celui des peuples conquis. Mais 
on n'en est pas réduit à cette extrémité; d'après certains auteurs, 
ce khalife avait fait choix de gouverneurs « qui ne respiraient que 
le sang et l'oppression ». Aussi le premier soin de Souleiman, son 
successeur, fut-il de chasser ces mauvais serviteurs. C'est là ce 
que vise notre texte. — L'histoire ne sait pas non plus que Wélid 
ait édifié une ville portant son nom, mais elle raconte qu'il aimait 
les constructions et qu'il fit élever un grand nombre de châteaux 
forts. Dans le nombre il a pu y en avoir un portant son nom. 

8. Souleiman, fils d'Abd-el Mélik ne régna que deux ans (715-717). 
Les Nistarot le mentionnent également. 

9. Cette phrase tronquée désigne certainement Omar II, fils 
d'Abd-el Aziz (717-720), dont les vertus sont célébrées à l'envi par 
les chroniqueurs arabes. 

Il n'est pas douteux que notre texte racontait ainsi toute l'his- 
toire des Ommeyades. Vraisemblablement il s'arrêtait à Merwan II 
el Himar (744-750) et à l'avènement des Abbassides. La ruine du 
Khalifat de Syrie produisit une émotion profonde chez les Musul- 
mans comme chez les Juifs. On y vit le commencement des temps 
messianiques. Aussi des Apocalypses furent-elles composées chez 
les Juifs. Notre fragment est le l'estant de l'une d'elles. Comme 
ses congénères, elle a dû être écrite en Palestine ou en Syrie, où 

1. Pirkè Maschiah, Bet-Hamidrasch de Jellinek, III, p. 71; Pérek R. Yoschiahou, 
&., VI, p. 115. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le khalifat des Ommeyades, ayant son siège à Damas, était au 
premier plan de l'histoire universelle. Elle se distingue de toutes 
les autres par la précision des détails et l'absence de tout symbo- 
lisme : les khalifes dont on raconte à l'avance le règne ne sont 
pas représentés par des animaux; les identifier est une besogne 
facile. L'auteur ou ne connaissait pas bien son métier, ou trouvait 
plus simple de parler clairement. 

Israël Lévi. 



FRAGMENT D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 
DU XIII e SIÈCLE 



Dans la reliure d'un manuscrit hébreu du xiv e siècle, j'ai déta- 
ché du plat cinq feuillets de parchemin in-quarto, dans lesquels 
j'ai reconnu au premier coup d'œil un fragment d'un glossaire 
biblique en vieux français, proche parent par le fond comme par 
la forme du Glossaire de 1240 édité par MM. Lambert et Brandin 
en 4905 et de celui, plus récent, de la Bibliothèque de l'Université 
de Leipzig (Cod. Or. 1099, ancien n° 102). Notre fragment tient 
le milieu, en ce sens qu'il est un peu plus copieux en gloses que 
le Glossaire de Paris (P.), sans l'être autant que celui de Leip- 
zig (L.). Gomme il présente, dans le détail, certaines particularités 
tant dans la vocalisation des mots français transcrits en caractères 
hébreux que dans les expressions employées pour la traduction, 
sa publication pourra constituer une contribution, assez faible et 
pourtant non négligeable, à l'étude des dialectes du vieux français. 

Le fragment commence par la traduction de nsïnm, Deutér., 
xxiv, 7. Les deux premiers feuillets vont jusqu'au mot rapy de Deu- 
tér , xxxn, 5. Il manque ensuite un feuillet. Les trois feuillets sui- 
vants s'étendent depuis le mot nbm de Deut., xxxn, 24, jusqu'à la 
fin du livre, puis de Cantique, i, 1 à iv, 9*. À en juger par la nature 
du parchemin et le caractère de l'écriture, le manuscrit est au plus 
tard du début du xiv e siècle, ou plus vraisemblablement du xm e . 
Les explications hébraïques ne permettent pas d'établir l'âge du 
texte que le scribe avait devant lui, parce que dans le fragment 
conservé, on ne trouve cités queRaschi et Menahem b. Sarouq. — 
Il est dans tous les cas postérieur à 1240, ayant été copié dans sa 
plus grande partie, avec des additions et des modifications de peu 
d'importance, sur P., qui a servi de Vorlage à l'auteur. L. est 

1. L'ordre des livres bibliques dans ce glossaire ressemble à celui de P. en ce que 
les Cinq Meguillot ne forment pas la fin de la Bible, mais suivent immédiatement le 
Pentateuque. Seulement la série des Meguillot ne s'ouvre pas, comme dans P,, par 
J'Ecclésiaste, mais par le Cantique, comme dans L. 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

encore plus jeune, comme on voit non seulement par le nombre 
plus grand de gloses françaises et d'explications hébraïques, mais 
aussi par quelques détails extérieurs. Ainsi, dans les gloses de L , 
les mois enclitiques, tels que articles, prépositions, conjonctions, 
préfixes verbaux, etc., sont déjà séparés des vocables auxquels 
ils sont étroitement rattachés, tandis que dans P. et dans notre 
fragment, ils sont régulièrement réunis au mot suivant '. 

La disposition du glossaire dont notre fragment faisait partie, 
est tout à fait la même que celle de P. D'abord vient le mot 
hébreu à gloser, puis la traduction française, enfin une explication 
hébraïque du mot. Celle-ci est introduite, soit par ma, abrégé 
régulièrement en a, sansle signe ordinaire d'abréviation, soit par 
•piab, indiqué régulièrement par b, toujours sans le signe d'abrévia- 
tion. Dans le premier cas, on cite un verset où le même mot 
figure dans le même sens; dans l'autre cas, le mot hébreu est 
expliqué par un synonyme. Souvent aussi on a les deux. Quelque- 
fois on a recours, pour l'explication du mot, au Targoum ou à la 
langue de la Mischna. Les mots qui ne se rencontrent qu'une fois 
sont indiqués comme tels. De temps en temps on donne le sens de 
toute une phrase ; l'explication est alors introduite par 'iba. Il n'est 
pas rare de trouver côte à côte différentes traductions et explica- 
tions d'un mot. Le copiste de notre fragment n'ajoute jamais à sa 
traduction française l'abréviation 'ba (= T?ba), qui est régulière 
dans P. C'est seulement aussi longtemps que ces glossaires étaient 
des nouveautés qu'un copiste trouvait utile d'ajouter chaque fois 
'ba, comme le faisaient régulièrement, par exemple, R. Guerschom 
et Raschi. La diffusion croissante des glossaires hébreux-français 
fit disparaître une note devenue superflue. 

Je reproduis dans les pages qui suivent le texte conservé page 
par page et ligne par ligne. J'ai respecté scrupuleusement le 
manuscrit et l'orthographe du copiste et je me suis même abstenu 
défaire des changements là où, par exemple, des versets bibliques 

1. MM. Lambert et Brandiu (Introduction, p. ix, n. 1) croient qu'on a procédé ainsi 
« à la manière hébraïque ». Mais les préfixes et les suffixes qui sont attachés, en 
hébreu, au commencement ou a la fin des mots, ne sont pas des mots indépendants. 
L'hébreu ne connaît ni dans la formation verbale des compositions de deux ou plu- 
sieurs mots, ni dans l'écriture la réunion de mots qu'on doit se représenter séparés. 
Je soutiendrais donc, au contraire, que des graphies telles que "piobs, "'Db^SN dans 
des manuscrits hébreux du xm e siècle doivent être attribuées à l'influence des langues 
romanes, notamment de l'italien, où plusieurs mots allant ensemble étaient commu- 
nément écrits en un mot, ce qui est encore aujourd'hui, en partie, une règle d'ortho- 
graphe. C'est le cas non seulement pour un pronom régi par un verbe, mais encore 
pour des mots comme accioché, conciossiacosaché, contuttosiacioché, daddovero, dap- 
poiché, nondimeno, piuttosto, tuttavia, etc. 



FRAGMENT D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS DU XIII e SIECLE 1 P5 

sont écrits plcne, contrairement au texte massorétique, ou même 
cités inexactement. Dans les mots français, où les voyelles, qui 
primitivement étaient partout marquées se sont souvent effacées 
ou ont sauté, je ne les ai ajoutées que là où elles sont restées 
lisibles. Il m'a paru inutile de dresser un index des citations 
bibliques. 

Des cinq feuillets dont se compose le fragment, deux sont bien 
conservés, deux autres assez bien ; le troisième feuillet, qui était 
collé et qu'il a fallu détacher, n'est lisible qu'au recto et même là 
en partie seulement; tandis qu'au verso récriture a en majeure 
partie pâli au point de ne pas laisser de traces. 

N. Porges. 





1 


. Recto. 








rrnna b n:nn 'nn 


! 


1 (?) tDmpyww 


-lESnm Deut. : 


i XXIV, 


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rut^ri b an waiam a 




as^a^na 


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10 


nia« -in u^n m»m a 




ib^in asmia 


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nnpn "nriNtt -pb* a 




«a-pâ 


iei* 




19 


a^an aan a 




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aiann 




20 


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"iNsn 






mbbw a 




cnp-s^na 


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21 






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cnb^nc» 


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asttaa irr:N 


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KnavrçKœ'T's 


n»a"H 




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9 




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a:ai Nnpnp\x 


vaaa npT«i 






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sa o^ars snija\s vaiatta np^mm 




11 


m-ian b a^no yspi 


a 


ïnprna^N 


nmxpi 




12 


rmj 


b 


fiO;IT?3 


hd\n 




14 


msas ip Nip" 1 ^ ^ nnptt 


b 


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w 




18 


d:t 


b 


rîKips 1 '» 


asn 






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b 


ts^ba^sN ©r? 


D^borcn 






boa b *çm«©Mi *|wN:a 


a 


ttjsbIh 


6«aa ttnn 


XXVI, 


2 


1. Probablement lapsus pour 'aTlSp-iT^N ; P. a : é seras 


marchondéz. 







*86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

•nb Ènjob^» 
■nb 'Éniebjw 

ttn^ibËpN 

naan 'nn a*nn b lia «bawfla» 
ybN^N -moa ^n^bx^N 

V»tWl 1TNH b 1NU3N 

raiTe b mmb b* -iKai a ^«bs^K 



DT-tl* ba-n 5 
nia*» b 



in^ni Deut., xxvi 4 



inmm 


10 


rwi 


5 


nban 


12 


■rcjyb 




n^aNn 


17 


^TENn 


18 


n^rai 


xxvii, 2 


naon 


9 


-N3 


8 



1. Verso. 

•ja-ia b la» nto-nmi a «na^a 

biTb^T b ^rra nbpai s aîb^aana 

ruuîai rmia ib 'Nb a anwsa a:rs 

"nn« "unoa s aswri 

im»n ht rwçkw 

û^p^ b «na-i^BN 

ïwrna1a«b 

©bNteN œ*a 

pngNb"»» 

ttn.Nina œ^aaN 
■na tnnbsrN 

V^çbaKb 

Ta» ia -un a 'asanpb 

i-nai»n b ^ia a^narç 

rrpc3 b ma^an an» nniaa moa© BrrurbcKb 

ma^an b û^aars cn rmpa s * li^DbNp^b 

rwnto b ana îpbrn a ï^-p&ra 

mn ^aatri b a^aa-p^^^N 

a-np ms-nia 3 Baçbnîr» 

mp-ma maian ^d «ara^ap» 



^nn Deut., xxvn, 1! 



^vin -npa "in 
■m* 'nn 

asaa P72CT a bo b 
■jno"'* b 
"pnnnNa b 
nmm biaa b 
n^ifio ans mNan a 



rtbpa 


16 


rwtoa 


18 


raa 


n 


irûmn 


23 


vy* 


2G 


na© 


xxviii, 4 


^ebK 




rvnniajn 




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5 


^nnwaa'i 




■paoNa 


8 


Tpmm 


11 


maan 


20 


m*ann 




-p^aton 




ncrnen 


22 


rrnpn 




npbiai 




mrnrm 




jwrcm 




•pp-ran 





1. Lapsus pour ETïi2pb ,, N ( 2<! pers.). 

2. Cf. P. sur Gèn., xl, 8 (imsi) : « éplénonz, L arf /oc. : a^bCN. 

3. L. a asariaib. 

4. I- : yip^léHp iî. Dans P., Etëu, malvay est-il bien transcrit? 



FRAGMENT D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS DU XIII e SIÈCLE 187 



-)s:>tt -in-p pn «im 

*î N51 Dp &Ô 35 

3p3 r\5u 



«-r 

ïvbaa Nipa riD-ca-it:^ nbmn 3 

n3a b it b«b «3^ aa 
•pan nap s 
ana* b ^bm jna tin s 



«■nia 
caawbi-ipNN 

ttî"»sa^N 

raa^aa^N 
aarn&N 



^7213 Deut., 


, xxviii 23 


p3N 


24 


manb 


25 


û'mncam 


27 


anam 




onnai 




■pi-rcanan 


28 


mbaai 


32 


bsh 




■pam 


33 


^pbv 


36 



2. Recto. 



ttbna b pinns^i diid^ aa 

•^nta'w "iDO'n in 

barr nbaTaia b^on anpa 

nTa'TNn maji a 

tpaan b -ppa nna« r 

nmiû» b ^0^ &6 d*in nia ai ba> s 

bnan b^ai s 

rrn ^saa ba> kti a t|Dia* b 

E|OV> yttlTZD ^a a "pTNr b 

im*» "pnn nm a nrm b 
mx b 
ra-QDi îrrn b nmn *\y a 
-pa» b&* msn *a b 
rspian mat b 
armN ns noa trrrbNn as 
Ti7aa>b b aatii oanpm cassai a 
^ppTi n^N b 
173k "^Tara nb-nn biTa. DipTa Nin 
rnsba b 



*nb «yaç 

rancis 
fcntaa 

anbiâ 

Encans 
Nn^^aa^Ni 
KW'nraa^N 

Nttî^nàaN^N 

ua^jp^DN jto 

fcnbâ^ra&pN 
«■nâ'npÉÇN 

N-iuaiEN 



n73tt)b Deut.,xxvm, 37 

rma»bi 



ir^ba» b 

nrtTara b uî^n uaniza 3 
m^py b ^ no* cw rm a pprn ■pwa 



-.a^om 

-naNn 
"pon 

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2*73i2Jn 

iw 

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"11X733 

piX733i 

nnoa 

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np^n 

nrrnbuaai 

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Nbsm 

tjiban 

onnoai 



38 
39 

il) 

42 
49 

50 
52 

53 

06 



57 
59 

61 
03 

65 



188 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



X\irp ÛTO* "lJEtt 3 03OT" , O3»«-iÙ?N 

natn y-nn T^cb s e»nnbYT»« 

vowBb traibn W1 a ■p%r38»io 

.... hT3Ki a (?) f[D]"«aN 

na?:nn nias a ' ^i5 jpwvratm'ib'»» 

rtnbn «b "mbatt a 



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xxvm, 65 


û^j mbai 




^3ÉH1 




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66 


rm3K3 


08 


ûriDanm 




iba «b 


xxix, i 



2. Verso. 



nnab b a^y manb a 
"p^a^nb "ma ï3*n 
rrsnaia b vibito np3n a 
ïwasî b 
nbbp b mairon mb»n a 
-hibn "pE b*ia "ne b* a 
D^ane ©fini a 
n» a© y 
a©nrm 'mr 
tnb© roia b 
w my tp-m a 
ny^a© b min ioia a 
a-ipa nbab rwn a 
nbin b 
n-npy b D©n3 »33n a 
mbai ""au: b 
^p-injo à-in "imm bnaa a 
(mpa b tib» p Nnp" 1 ■'a a 
abys b Kbs"« "»a a 
Ï*ps-i b ms-i d^p a 
r«H "»»•' ba in N"ipn a 
oya b ■rçiEfiW' 1 N2N -jy a 
m-iy b 
■JE© b 
nsyn Nb a miy b 



ysbazrt 


3Uintl D*2¥J Deut., 


XXIX, 


9 


■na -p"<©ndn 


*p3yb 




H 


U3£H^© 11T»3N"»N 


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ù3a'ï«©b , »M 


hb«tt n«i 




13 


©awa^ba^b 


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17 


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Nr"nbçrN 


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18 


EPias n-ijo^-'N 


■panm 






3 TMJéOB 


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^csnat-wn^bgwb 


mb« 




20 


■»1Mb»N 


rrbn 




21 


©"IN Np_nN"N 


D©n^"i 




27 


Vâ'TF'ipK "pa 


^ma© 


XXX 


, 3 


iica ÉnwBfirw 


Tvmm 




9 


Rn'wâarw 


n«npi) 






©"b^l 


nxbs3 




11 


"•ica «ipab 


^DT» 


XXXI 


, 6 


©trpb 


fcnpn 




11 


"«i73 as-namip"^ 


■»j"l£N31 




20 


rpTDwa 


■mnyn 


XXX, 


19 


N-TO"""^^.» 


j©*n ^1 


XXXI, 


20 


fins^ia^N 


nroan 




21 



1. L. ad loc, porte: Œ13 © , *-H3 , nniS ,, K '"S •©Tl fttSl] TW ^Tf" 1 :*- P< na 
que la première explication, comme notre fragment. 

2. P. a : é bondira soy ; L. y ajoute : m©n?3 '©b !"P*©3SniS «"JO» N"b. 

3. P. et L. ont : akroytre. 

4. Lapsus pour iBSix-Ê^bN^b. 



FRAGMENT D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS DU Xlll u SIÈCLE 189 

itt^btin n^ nn ^-ik asrr^ibsaNp D72in 30 

i*72tz» iio'nnn 'ibh y ""IpNaaa I^Ml * xx «> i 

ba isnyï a KlûlJP! sp^ 2 

D" 1 » ibr a Nb^p bîn 

m*o nn b pmla wanp « M b çaib^arntr'Nttip Q-n^taa 

mj7: -"s^a b ©ana ne^n tra^aïai 

■nn b dt?n -oa Ab ian a y^j-n -nn 3 

du: -na«a s "jiDb a:p aa ^a 

.... â ^pj> y 

3. Recto. 

nnon b n?i rrn ^nnbpi a . .naraaa rrôK Deut., nxn, 24 

Tans n^n s "paa nun 

nsra û^irra b nbniTn pat a "p^rtoa r?mT 

P'a^nn *p Qicn manm 3 nai-n yirra 25 

nn b raÉnaapTN D"mntn 

ttKm b N1173 ^ nïNNS pp^n 

riND b 'pïï&n nND 3 D1N (?) ">T>bà3N Dn\XBc* 26 

t]N mm a is-in .... Drr«sN 

mon b mwnbîa maen s nrhac» 

«bib 27 

no^a b -ppa miN a ma» 

rroan» »"»m a oa'nEraip'H nain 

arma: a u^tta» nib wiat 

rrpaN b ûsanme naiN 28 

■nia a-in ^ "ib a ira îb 29 

rroan b vm bara a oanb^as» nb-orai 

nrrna b nati'nn on a mfinÊJ wnô iD" 1 ^ 30 

■»ian "pbi mat a carns mb on» 

moH^i b . . . VN m3»*n a rais* anara aia?3 

oik awb n"-> ■pa^aibraa 'nn ûmaon 

D">r>"H b n^b^bsa friai a D^bo 31 

miD b m»*NDm 32 

waay 

n» ©en 

mmbaiûa ib->raan a mbaioôn 

1. P. : fenir(a) as,L. : ti^N BNm3D. 

2. Compléter d'après l. : wpy*\ bnD3 '72a rabmaa» bnbnci oww». 



190 



REVUE DES 


ÉTUDES JUIVES 








ûîmn mum a 


1Z3T53N 


m-n-173 


Deut. 


, XXXII 


Dnb 


r> ©11*8 


173b 








b-nc i N pjg 


t8«-n n*3n 




33 


o^na b 


■pKDT» 


û^rs 






W»3*3 lanne 




1 017335 




34 


R31»b D5Ï3731 S 




2 ûbrai 




35 


BW N3> 




a t3173n 






3. 


Verso. 









tn ûrb D . . . «a^ns -nb 

■nrrarronn «bi inran s aaNurîK 
nvb û^tti* s bsisun 

W b . . . D *KTW3^ 

naiïîn» b . . . D s BTiffiMTBn 

*jbn b bîN ùnbïï ^d d «b» 



DTK Deut., xxxn, 33 

©m 

jvp 36 

nbTN 



Suivent 2G lignes dont on ne peut lire que les mots de la première 
colonne et, dans la troisième, quelques mots hébreux en petit nombre. 
Le dernier mot traduit et expliqué sur cette page est in:mn (Deut., 
xxxiii, 8). 

4. Recto. 



D^aao rrnap b B3W"vra 

T»DK mi:i 3 U5-b^-lN3^I33N 

l31N pU3 K*V1 117373 b l-nâ» \YD 

3N173 TND yn731 33 W«Rlbç 

vb? û^apn 'ba y;«?b *»tp 

n73ipn dnb r» nbs sjaina^b jwi 

P731 HDD73 b MprnpK 



ÏTTlMp Deut., xxxiii, 10 

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1. P. a anA/os et repo*. L : 'ftD ÏT'yfTnB N"b IS^JO '11PD ihrO ÏT^jIBK 

hsin. 

2. l. : B^ansn ^n -m dizj k^t" &rjw "w- 

'.',. P. : aluvérjera, L. : R-ia l j1b1p*g. 

4. P. a : vonckera, L. : NTm. 

o. L. NT>Z33D"]1D. Mais P. et L. traduisent : sera porponsé. 



6 



FRAGMENT D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS DU 



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XIII SIÈCLE 191 

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1. V. Menahem b. Sarouq, Mahbéret, s. v. p3T. 

2. V. Raschi, ad loc. 



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REVUE DES ETUDES JUIVES 



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'273 'ne mina b îûTtaas 

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i. Le verset cité, I Sam., vi, 19, porte au juste : i i "piNa "INI "O, 



FRAGMENT D UN GLOSSAIRE IJERR EU- FRANÇAIS DU XI11 SIECLE 193 



•p-iv tna ro ima ^a* 



liBitfî 5 «Tin nra:an 

nia^à b Kn?,NrbB«b , !j i "pion 

tranp b va nby mn d œrBNffi^b ûTnnn 

2 [Rp]oibp b nrtN nurioan a izjasaiibaN m»*H5Na 

bsn b i^Nvcia ira^N ib:m a^naa* i^s ibaii 

û^up tr-nn b Ba^»ia-'i rrannn 

anT bffl in-rcn '-iba ^a am-rND "aman 

'r»m ^aain a ŒTJsmâ-ppa m&taata 

trb""Nn nsiya a icao-i^aKs mb^sa 

a^ia b h yn:r ^m a y^ma:^ ■ i-p*n 

nan* vb? N-ip 3 nsiaa b ' y^ibp TTrun 

narsp b ïaabuna yopa p aabiana abna 

hdi3> inp mna 'anis 'pNsia "iciyb 

■mn» b Tnna »im a îcNn^nN "ihk 

a^aa a a^-tf-i maaa 

man m-pp y^ins Dia is^bma 

a^aa b aannrn y^asa aaaiaa y*a:a 

cptn ■^ m^rrNb mon 

nay b nizjèiç C]bn 

-•^b -naT b aapb -pain 

nav n aai Dmn a ab'^'ianiaN? mnn 

naaa nnb* a œa^niarb û-aaran 

nisyab na;n -in« 4 naicn b Naiarn'a na;n 



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5. Verso. 



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maman rbsai a man:> 

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û-na anb pm a Npnn 

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2. /Vs., 6 a. 

3. j. Bik., i, 64 a. 

4. Bosch Hase h., loa. 

T. LXYII, n» 134. 



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HEVUK DES ETUDES JUIVES 



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i. = tanaa ina^n. 



CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 

(1213-1291) 

(suite 1 ) 

ACTES D ALFONSO III (1285-1291) 



1530. — Alfonso III confirme le privilège de Pedro III par lequel tous 
les Juifs de la cité et du royaume de Valence avaient été autorisés à faire 
des « barates », à pratiquer vis-à-vis des chrétiens ou autres acheteurs la 
vente à terme pour le blé, le vin et autres denrées. — Saragosse, 19 avril 
1286. 

Reg. 66, f° 47. 

1531. — Alfonso III a mandé à Taljama d'Alcira de solder à Taljama 
des Juifs de Valence tout ce qu'il lui reste à payer des quêtes et exactions 
levées sur les aljamas du royaume de Valence. — Même date. 

Reg. 66, P 47 v°. 

1532. — Alfonso III a été informé par une plainte de Faljama juive de 
Calatayud que les jurés, adélantades et autres ofliciaux des aidées et 
« hermandades » de Calatayud voulaient contraindre les Juifs à payer 
l'impôt hors de Calatayud pour les immeubles que ces contribuables pos- 
sèdent hors de cette ville ; il mande à ces différents magistrats de laisser 
les dits Juifs payer à Calatayud pour toutes leurs possessions imposées. — 
Même date. 

Reg. 66, f° 59. 

1. Voir Revue, t. LX, p. 161; t. LXÏ, p. 1 ; t. LX11, p. 38; t. LXIII. p. 245; t. LXIV, 
pp. 67 et 215 ; t. LXV, p. 61 ; t. LXVI, p. 252 et t. LXVII, p. 53. 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1533. — Alfonso III rappelle à Domingo delaFigera,baile de Calatayud, 
que Jahuda, fils d'Aeach Avencanuch, qui avait blessé traîtreusement 
[çach El Calbo, devait se présenter à jour nommé devant le roi à peine 
d'une amende de 2 000 morabotins, sous la caution d'Açach Avencanuch, 
père de l'inculpé, et d'autres Juifs de Calatayud ; si avant l'expiration du 
tenue fixé, ledit Jahuda se présente devant le bailc, ce dernier devra 
l'absoudre, ainsi que ses répondants, de ladite obligation, et procéder 
ensuite conformément à l'açuna hébraïque. — Saragosse, 20 avril 
1286. 

Reg. 66, f<> 44. 

1534. — Alfonso III a appris qu'Isahac Cap, Juif de Barcelone, avait 
confié à Abrafim Culluf, Juif de Saragosse, quarante-trois privilèges rela- 
tifs à l'aljama juive de Valence, pour les remettre à ladite aljama moyen- 
nant le payement de 360 sous réaux; Mosse Maymon, Juif de Valence, au 
nom de la communauté dont il faisait partie, avait remis 210 sous audit 
Isahac Cap ; le roi mande à Galaçan de Tarba, baile et mérine de Sara- 
gosse, de faire remettre la liasse de privilèges à P. Escorna, qui, à son 
tour, la restituera à l'aljama, pourvu que Mosse solde le reliquat de 
150 sous. — Almudenaz, 23 avril 1286. 

Reg. 66, f° 47. 

1535. — Alfonso III mande à son fidèle P. Escorna, qui fait partie de sa 
maison, de contraindre tous les Juifs de Segorbe, d'Alcira'et des autres 
parties du royaume de Valence à payer leur part des 60.000 sous que 
l'aljama des Juifs de Valence avaient avancés au roi défunt Pedro III, 
l'année précédente. — Même date. 

Reg. 66, fo 47. 

1536. — Alfonso III autorise les Juifs de l'aljama de Barbastro à 
employer leurs adélantades et autres officiaux pour la levée des peites et 
tributs, selon la coutume. — Huesca, 26 avril 1286. 

Reg. 66, f'° 28. 

1537. — Alfonso III mande à Domingo de la Figera, baile de Calatayud, 
qui a été chargé d'examiner le procès pendant entre Açach Alcalvo et 
lahudon Avençcrruch, en raison des blessures portées par celui-ci à 
celui-là, d'observer en cette affaire la procédure qu'on a l'habitude de 
suivre dans les causes relatives aux Juifs de Calatayud. — Même date. 

Reg. 66, 1° S4. 

1538. — Alfonso III a été informé par Galcerân de Nagera, de sa mai- 
son, que les secrétaires du call judaïque de Barcelone et quelques autres 
Juifs de cette aljama s'élaient obligés à l'égard dudit Galcerân, au lieu et 
place de A. de Bastida, pour 9.000 sous barcelonais payables à la prochaine 
Pentecôte; les mêmes s'étaient obligés vis-à-vis dudit Galcerân comme 



catalogue des actes de jaime r r , pedro m et alfonso m 197 

caution de Mnça de Portclla pour 3J>00 sous barcelonais exigibles à la 
Saint-Jean ; le roi mande au portier P. de Suria de contraindre lesdits 
Juifs à remplir leurs engagements. — Huesca, 27 avril 1286. 
Reg. 66, f° 52 v°. 

1539. — Alfonso III a demandé par écrit à l'aljama des Juifs de 
Monzôn de répondre à son portier G. de Massilia pour les 15.000 sous de 
Jaca qu'elle lui avait octroyés à titre de subside. — Même date. 
Reg. 68, f° 41 v°. 

1540.— Alfonso III rappelle au justice, au juge, aux jurés et aux adé- 
nantades de la ville et des aidées de Catalogne que Pedro III leur avait 
déjà mandé de faire exécuter les débiteurs des Juifs deCalatayud, nonobs- 
tant la protestation desdits débiteurs excipant de ce que leurs créanciers 
juifs n'avaient pas prêté serment au moment de la contraction de l'em- 
prunt, conformément au for ; le roi ordonne à ses officiaux de Calatayud 
d'avoir à se conformer aux prescriptions ci- dessus. — Huesca, 28 avril 
1286. 

Reg. 66, f° 58 v°. 

1541. — Alfonso III mande à Juan Gili Tarini, justice d'Aragon, de ne 
pas tenir compte de l'exception de serment opposée par les débiteurs récal- 
citrants des Juifs de Calatayud. — Même date. 

Reg. 66, f° 58 v°. 

1542. — Alfonso III mande à Domingo de la Figera, baile de Calatayud, 
de faire conserver, selon l'açuna hébraïque, les droits qui reviennent à 
dofla Cidiella, veuve de Salomon Passariel, à Jamila, femme d'Açah Pas- 
sariel, et à Ceti, femme d'Açah Çahadia, sur les biens de leurs maris en 
raison de leurs dots et douaires. — Même date. — En suite de quoi, le baile 
quitte à dofla Cidiella toutes les maisonsqu'elle habite dans la Juiverie, 
donnant sur la rue, près des habitations d'Açah Alpestan et de Jucef Habib 
toutes les dettes ou obligations souscrites à son égard au profit de son 
mari, ainsi que toute revendication en chalonge susceptible d'être exer- 
cée sur elle par le roi ou l'aljama ; ces biens avaient été saisis après la mort 
de Jucef Alhaçan et de Jacob, son frère, par Salomon Passariel, Açah Passa- 
riel et parles enfants d'Açah Çahadia. —Calatayud, 25 août 1286 (ère 1324). 

Parchemin d'Alfonso III, n° 93. — En langue catalane. 

1543. — Alfonso III a appris que Cecrim Abraham, Juif de Huesca, 
après avoir eu un enfant d'une Sarrasine, avait fait convertir cette dernière 
à la loi judaïque ; or, la coutume de la cité de Huesca veut que l'enfant 
né des- relations d'un Juif avec sa captive sarrasine appartienne à [. . . .]; 
le roi mande au mérine de Huesca de saisir l'enfant et de le retenir jus- 
qu'au prononcé de la sentence. — Huesca, 1 er mai 1286. 

Reg. 67, fo 1. 



198 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1544.— AlfonsoIII a tait remise par aete écrit de 5.000 sous de Jaca sur 
les 15.000 que L'aljama des Juifs de Moznôn devait déposer le 31 uiai, a 
Lérida, sur la table de R. de Castellpozuel. — Huesca, 2 mai 1286. 

Reg. 68, f° 41 v°. 

1545. — Alfonso III rappelle aux Juifs de Barbastro que Pedro III leur 
avait mandé de ne pas faire supporter de frais à Garces Matafuego, sous 
peine d'avoir à les rembourser a raison de 000 kafices de froment qu'ils 
devaient payer à ce dernier en vertu d'une assignation de Jaime I er ; il leur 
enjoint de solder le montant du froment audit Matafuego. — Huesca, 
3 mai 1286. 

Reg. 64, f° 69 v°. 

1546. — Alfonso III mande à Domingo de la Figera de recevoir les 
témoignages des chrétiens et, des Juifs au sujet des blessures portées à 
Azach Alcalbopar Jahuda, fils d'Assach Abenhalan, et de Jui en transmet- 
tre le résultat sous son sceau. — Huesca, 7 mai 1286. 

Reg. 66, f 68. 

1547. — Alfonso III mande à Bernardo de Gastillo de s'assurer si, 
ainsi qu'ils le prétendent, les Juifs de Uncastillo ont acquitté leur tribut à 
la Saint-Jean et au premier janvier; s'ils disent vrai, Bernardo devra leur 
en donner quittance. — Même date. 

Reg. 67, f« 3 v. 

1548. — Alfonso III a appris que l'aljama juive de Jaca détenait une 
somme qu'elle affirmait avoir confiée à Pedro III, après l'avoir prélevée 
sur le produit de la peite ; il lui mande de verser cette somme à son fidèle 
Bernardo de Segalar ou à Juân P. Gallur, de sa maison ; au sujet de la 
demi-arche, le roi mande d'user de contrainte à l'égard des contribuables 
récalcitrants par saisie de leurs personnes et de leurs biens. — Huesca, 
8 mai 1286. 

Reg. 67, f° 3 v°. 

1549. — Alfonso III informe les adélantades de l'aljama des Juifs de 
Saragosse qu'il a accordé un sursis de cinq ans à Faljama sarrasine de 
Saragosse pour les dettes souscrites à des créanciers juifs jusqu'à concur- 
rence de 12.000 sous, de sorte que l'annuité à payer fût de 2.500 sous ; il 
leur mande, en même temps, de faire procéder au remboursement par sou 
et par livre. — Huesca, 9 mai 1286. 

Reg. 66, f» 106. 

1550. — Alfonso III avise son fidèle Juân P. Galerengo qu'à l'instance 
du noble P., seigneur de Ayerbe, il a accordé un sursis de trois mois 
pour le payement de sa quote-part des quinze arches au médecin Alaçar, 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 1 9*> 

Juif de Huesca, et lui mande de ne pas user de contrainte à l'égard de ce 
dernier — Huesca, 10 mai 1286. 
Reg. 66, f° 75. 

1551. — AlfonsoIII a mandé aux Juifs d'Alagôn de répondre à dona M. 
Garcia pour les 400 sous qu'il lui a assignés sur leur tribut. — Huesca, 
13 mai 1286. 

Reg. 64, t° 66 v°. 

1552. — Alfonso III a été informé de la part de Jucef Avinceprut et de 
Salomon,son frère, que Fernando Garces, citoyen de Valence, leur ayant 
promis de leur consentir un emprunt de 2.700 sous réaux, ils s'étaient 
obligés à son égard par acte, sous peine du quart, avec la certitude que la 
somme promise leur serait comptée ultérieurement ; or, ledit Fernando 
Garces exige maintenant le remboursement de ce prétendu prêt et le 
justice de Murviedro pousse les soi-disant débiteurs à s'acquitter de leurs 
engagements ; le roi mande audit justice de s'abstenir de toute contrainte 
à l'égard des frères Avinceprut. — Même date. 

Reg. 66, f° 79 v°. 

1553. — Alfonso III donne quittance à l'aljama des Juifs de Huesca du 
montant du tribut de la prochaine Saint-Jean. — Même date. 

Reg. 76, t'° 10. 

1554. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Huesca de 
répondre pour le tribut de la Saint-Jean à son fidèle Enego Lopezde Jassa, 
mérine de Huesca et de Barbastro. — Huesca, 14 mai 1286. 

Reg. 67, f° 10 v'. 

1555. — Alfonso III, considérant l'ordre donné par Pedro III aux adé- 
lantades des Juifs de Huesca et de Barbastro avec injonction de remettre 
le produit de la demi-arche de Barbastro, soit 1.600 livres 6 sous de Jaca, 
à Bernardo Escriba, délivre quittance aux intéressés de ladite somme. 
— Huesca, 15 mai 1286. 

Reg. 67, f°ll. 

1556. — Alfonso III mande à Domingo de la Figera, baile de Cala- 
tayud, de recueillir, pour les lui faire parvenir sous son sceau, les témoi- 
gnages, justes défenses et allégations admissibles que Jahuda Abenhabuc 
se propose de produire encore devant le baile dans le procès qui est pen- 
dant entre lui et Issach Alcalvo pour les blessures qu'il a portées à ce der- 
nier. — Saragosse, 18 mai 1286. 

Reg. 64, f° 77 v°. 

1557. — Alfonso III signifie à tous ses officiaux qu'il n'a pas entendu 
étendre aux Sarrasins, francs et libres, qui se trouvent obligés pour dette»; 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à l'égard de Juifs de Saragosse le sursis de cinq ans qu'il a accordé à 
l'aljama des Sarrasins de cette ville, jusqu'à concurrence de 12.000 sous; 
cependant le roi englobe dans cette faveur les Sarrasins contribuables en 
raison des gros impôts qui pèsent sur eux. — Saragosse, 20 mai 1286. 

Reg. 66, f« 89. 

1558 — Alfonso III avise les Juifs de Daroca de n'avoir pas à lui 
envoyer des délégués aux fins de dégrèvement ou de sursis relativement 
à la somme qui leur était impartie pour les quinze arebes imposées sur 
les aljamas juives du royaume d'Aragon, mais qu'ils devaient en payer le 
montant au portier Domingo P., au lieu et place de Bernardo de Segalar. 
— Saragosse, 21 mai 1286. 

Reg. 66, i'° 17 v°. 

1559. — Alfonso III mande à Abrahim El Drapero, Juif de Huesca, de 
remettre à Bernardo de Segalar les 337 sous de Jaca que ledit Abrahim 
tenait en dépôt de feu Dalmaso de Villarrasa et qui, par ordre royal, 
étaient destinés à pourvoir de vêtements David Mascaran. — Même date. 

Reg. 67, f° 17 y». 

1560. — Alfonso III s'étonne que les Juifs de l'aljama d'Alcanizo 
n'aient pas contribué avec les Juifs de Saragosse à la constitution des 
quinze arches que Pedro III avait demandées aux Juifs de sa terre ; il leur 
mande de lui envoyer incontinent les bordereaux où se trouvent consi- 
gnées les déclarations qu'ils ont faites pour leurs biens aux adélantades 
des Juifs de Saragosse, et de contribuer dans le plus bref délai à la forma- 
tion de quinze arches. — Même date. 

Reg. 67, f 20 v°. 

1561. — Alfonso III a été informé par Bonet, fils de Çabarcama, par 
Açah Çuretses enfants, parHulema Bonet, Juifs d'Alagôn, et par d'autres 
bouchers juifs que l'Aljama avait lancé l'alatma avec défense à quicon- 
que, sous prestation de serment, de consommer des viandes fournies par 
lesdits bouchers, parce que, le jour de la Résurrection, ils avaient trans- 
porté de la viande à Saragosse et l'y avaient mise en vente ; par suite de 
cette interdiction, lesdits Juifs ont cessé de pratiquer la boucherie à Ala- 
gÔD : le roi mande à l'aljama des Juifs d'Alagôn de permettre auxdits de 
reprendre leur métier; il la relève de l'alatma et des serments prêtés à 
cette occasion. — Saragosse, 22 mai 1286. 

Reg. 66, f° 93 v°. 

1562. — Alfonso III mande à tous ses officiauxde ne pas appréhender 
au corps Mosse, fils de Salomon Abernadut, Juif de Huesca, pour sa non- 
participation à la levée des quinze arches qui ont été demandées l'année 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 201 

précédente par Pedro III aux aljamas juives du royaume d'Aragon, mais 
de se borner à une contrainte par simple saisie de biens. — Même* date. 
Reg. 66, f° 96 v°. 

1563. — Alfonso III mande aux officiaux de Saragosse de faire obser- 
ver la concession faite par Pedro III 'aux prud'hommes de cette ville et 
d'après laquelle, pour les contrats de dettes à intervenir entre Juifs, d'une 
part, et chrétiens de la ville ou des aidées de Saragosse, d'autre part, les 
Juifs devaient prêter serment relativement au taux de l'intérêt sous la 
même forme que les chrétiens. — Même date. 

Reg. 66, f° 114. 

1564. — Alfonso III confirme le privilège accordé par Pedro III aux 
habitants chrétiens de Saragosse, « privilège en vertu duquel ceux-ci 
n'étaient pas tenus, même après avoir prêté serment, de rendre aux Juifs 
l'argent qu'ils leur avaient emprunté ». — Même date. 

Archives de Saragosse, actos de ayuntamiento, petit in-4°, 32. — Indiq. : 
Kayserling, Juifs à Saragosse, dans R. É. J., XXVIII (1894), 116. 

1565. — Alfonso III mande à ses fidèles de l'aljama des Juifs de Jaca 
d'avoir à payer, à Saragosse, dans les six jours qui suivront la Pentecôte, 
sous peine du double, la. somme de 7.742 sous qui représentent leur parti- 
cipation au subside de 150.000 sous barcelonais que les procureurs des 
aljamas juives d'Aragon ont alloué au roi à Barcelone ; ordre aux rece- 
veurs royaux d'user de contrainte, si besoin était. — Même date. 

Mandements semblables aux Juifs de Barbastro (7.806 sous 6 deniers), de 
Tauste (2.045 sous\ de Montclûs (1.955 sous), aux aljamas juives d'Egea 
(11.000 sous 8 deniers\ de Borja (2.794 sous), de Luna (1.749 sous 4 deniers), 
aux Juifs de Ruesta ( 1 .749 sous 4 deniers), de Tarazona (3.029 sous 3 deniers), 
de Téruel (8.028 sous 7 deniers), de Uncastillo (3.923 sous) et de Daroca 
(7.606 sous). 

Reg. 61, f° 18 v°. 

1566. — Alfonso III informe tous ses officiaux qu'il a accordé un sursis 
d'un an, à dater du 1 er janvier 1287, à tons les habitants de la ville et des 
aidées de Saragosse qui se trouvent débiteurs ou répondants à l'égard de 
créanciers juifs. — Saragosse, 23 mai 1286. 

Reg. 66, f° 114 v°. 

1567. — Alfonso III a appris que certains Juifs de Saragosse, appelés à 
contribuer à la formation des vingt arches, dont Bernardo de Segalar est 
en train de recueillir le produit, se sont absentés de la ville; il mande au 
collecteur d'inviter lesdits Juifs à se libérer avant trois jours ; à l'expira- 
tion de ce délai, leurs biens meubles ou immeubles seront mis en vente 
jusqu'au payement complet de leur quote-part. — Même date. 

Retr. 67, f° 16 v°. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1568 — Alfonso III mande de contraindre les Juifs de Monzon et leurs 
biens à payer leur quote-part des quinze arches qui ont été imposées par 
Pedro III sur les aljamas du royaume d'Aragon, pour les biens qu'ils 
possèdent à Barbastro et dans d'autres lieux. — Même date. 
Reg. 67, f° 16 y. 

1569. — Alfonso III informe l'aljama des Juifs de Saragosse qu'il a 
accordé un sursis d'un an, à valoir du I er juin 1286 au 1 er juin 1287, aux 
habitants de la ville et des aidées de Saragosse pour le remboursement 
des dettes souscrites à l'égard de créanciers juifs, et lui mande qu'en 
compensation, il leur fait remise du tribut pour un an, soit 13.060 sous 
de Jaca. — Saragosse, 25 mai 1286. 

Reg. 67, f 8 22. 

1570. — Alfonso III mande au çalmédine, aux jurés et aux autres 
officiaux de Saragosse de faire observer le mandement de Pedro III relatif 
aux chrétiens qui refusaient de payer leurs dettes à leurs créanciers juifs 
sous prétexte que ces derniers avaient omis de prêter le serment requis 
à ce sujet. — Saragosse, 26 mai 1286. 

Reg. 66, f 101. 

1571. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Saragosse de ne 
confier aucun office aux frères Vidal et Ismaël Thercullut, fils d'autre 
Ismaël; il ordonne, toutefois, à tous ses officiaux de ne pas user de con- 
trainte ni de laisser contraindre en raison de la présente interdiction, 
nonobstant quelque peine ou alatma. — Saragosse, 27 mai 1286. 

Reg. 66, f° 100 v». 

1572. — Alfonso III a été informé par Isach Arrut, Juif de Fariza, que 
Domingo de la Figera, baile de Calatayud, avait saisi les biens dudit Isach, 
sous prétexte que le fils de ce dernier, Bon, était inculpé de la mort de la 
Juive Vaçeha, bien que ledit Bon eût protesté de son innocence; le roi 
mande à Domingo de la Figera de ne pas grever ledit Isach en raison de 
l'inculpation de son fils. — Même date. 

Reg. 66, f» 100 V. 

1573. — Alfonso III mande de pousser toutes les aljamas juives d'Ara- 
gon à payer la contribution de 60.000 sous de Jaca. — Saragosse, 
2 juin 1286. 

Reg. 67, f° 25. 

1574. - Alfonso NI informe Bernardo de Segalar qu'il a fait remise à 
Salomon, fils d'en Çahen, médecin juif d'Egea, de sa part de contribution 
a la levée des quinze arches. — Cervera, 3 juin 1286. 

Reg. 67, f° 25 v. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 203 

1575. — Alfonso III mande au justice d'Egea de faire reconstituer par 
un notaire d'Egea, selon la teneur de la notule insérée dans le minutier 
{cap.breu) de ce praticien, une charte portant souscription d'une créance 
de 800 sous de Jaca au profit de Jucef de Murcia, Juif d'Egea ; cette charte 
a été perdue par un chrétien, à qui elle avait été remise. — Huesca, 5 juin 
1286. 

Reg. 66, f*» 111. 

1576. - Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Murviedro de payer 
à Jucef Avinceprud les 120 sous réaux de Valence que Jaime \<* avait 
assignés à ce dernier sur le tribut annuel qu'avait à fournir la commu- 
nauté juive.— Même date. 

Reg. 66, t° 113 y°. 

1577. — Alfonso III mande an juge, aux jurés, au conseil et à l'aljama 
juive de Fraga de répondre à Garcia Garces pour le payement des droits 
qui y relèvent de la couronne. — Même date. 

Reg. 67, f° 28. 

1578. — Alfonso III a appris que la veuve de David, Juif de Téruel, 
voulait s'absenter avec ses enfants pour éviter de lui verser les 4.000 mo- 
rabotins que feu David avait légués à Pedro III ; il mande à Miguel P. de 
Bernabe d'arrêter ladite veuve et ses enfants, de saisir leurs biens et de 
les détenir jusqu'à ce qu'ils lui aient remis le montant du legs. — Même 
date. 

Reg. 67, fo 29 v°. 

1579. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Saragossc de satis- 
faire à l'assignation de 3.500 sous de Jaca que Pedro avait consentie à 
dame Aldoiriza d'Egea sur le tribut annuel exigible de ladite aljama. — 
Même date. 

Reg. 67, f° 29 v°. 

1580. — Alfonso III mande à Bernardo de Segalar, de sa maison, de 
s'assurer si ses fidèles Aaron Abinafia et Mosse, son fils, se sont acquittés 
de la quote-part qui leur avait été assignée sur la levée des quinze arches 
demandées par Pedro III aux Juifs d'Aragon ; si ces deux Juifs se sont 
libérés, Bernardo de Segalar devra s'abstenir de toute contrainte à leur 
égard. - Monzon, 6 juin 1286. 

Reg. 66, f 114 ?°. 

1581. — Alfonso III informe les aljamas juives de Saragosse, de 
Ruesta et autres lieux du royaume d'Aragon que, par suite d'entreprises 
ardues, il se trouve dans de grands embarras d'argent : il les prie, en 
conséquence, de faire mainlevée pour lui permettre de recueillir les 



20i RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sommes que les pauvres ou « Capeçes » juifs sont tenus de verser pour 
les quinze arches. — Même date. 
Reg. 67, f° 30. 

1582. — Alfonso III mande à son fidèle Açach Alcalbo. Juif de Cala- 
tayud, de lui payer les 2.500 sous qu'il lui doit en raison de la sentence 
qui a été rendue centre lui. — Saragosse, le 7 juin 1286. 

Reg. 67, f° 27. 

1583. — Alfonso III mande à Bernardo de Segalar de pousser les Juifs 
francs d'Aragon à contribuer à la formation des quinze arches et demie, 
tout comme les autres Juifs du royaume. — Même date. 

Reg. 67, f 27. 

1584. — Alfonso III mande à Bernardo de Segalar de mettre en vente 
les meubles, les maisons ou les héritages des Juifs d'Aragon qui demeu- 
rent débiteurs du trésor pour la peite. — Huesca, 7 juin 1286. 

Reg. 67, f<» 29. 

1585. — Alfonso III donne quittance à l'aljama juive de Huesca de 
900 sous de Jaca à valoir sur le tribut du 1 er janvier 1287; ces 900 sous 
ont été remis à P. de Riglos, à l'égard duquel le roi était débiteur de 
1.400 sous pour prix d'un cheval qu'il lui avait acheté pour en faire don 
à P. Alcher. — Même date. 

Reg. 67, f<> 29 v°. 

1586. — Alfonso III donne quittance à l'aljama juive de Huesca de 
500 sous de Jaca à valoir encore sur le tribut du 1 er janvier 1287 ; ces 
500 sous ont été versés à P. de Riglos pour solde du cheval que le roi 
avait donné à P. Alcher. — Même date. 

Reg. 67, f° 29 v°. 

1587. — Alfonso III mande à Guillelmo de Redors de faire citer en 
justice Bonadona, veuve de Jahuda de Limos, Salvat de Gerona, Jucef 
Mucacil, Açah dit Rogé, Salomon Mucacil, Maçot Avingena, Abraham dit 
Cap et les héritiers d'Ebrahim Abraona, fils de feu Açah Abrahona, Juifs 
de Lérida, et autres. — Lérida, 8 juin 1286. 

Reg. 66, f 119 v°. 

1583. —Alfonso III mande à P. Maça, sobrejuntero de Sobrarbe, de ne 
pas permettre que les Juifs de Montclûs et de Barbastro exigent des inté- 
rêts usuraires, et si le fait se produit, de faire restituer les sommes qui 
auront été reçues en sus du taux légal. — Lérida, 9 juin 1286. 
Reg. 66, f« 122. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I e ', PEDRO III ET ALFONSO 111 205 

1589. — Alfonso III donne quittance à ses fidèles de l'aljama juive de 
Lérida de 1.500 sous qu'ils ont remis par son ordre à son fidèle Salarnon 
de Portella, à valoir sur le tribut de la prochaine Saint-Jean. — Lérida, 
10 juin 1286. 

Reg. 67, f° 31 . 

1590. — Alfonso III fait connaître au justice de Castellar que certains 
habitants de Castellar ont comparu par devant lui à Lérida, le 10 juin, eu 
suite de l'appel qui avait été interjeté par Azach Avinbellit et par d'autres 
Juifs d'une sentence rendue par le justice d'Aragon ; le roi confie au 
justice de Castellar la connaissance de cette affaire. —Lérida, 11 juin 1286. 

Reg 66, f 121. 

1591 — Alfonso III informe l'aljama juive de Lérida qu'il se trouve 
débiteur à R. de San Martin, citoyen de cette ville, de 1.500 sous de Jaca 
pour prix d'un cheval qu'il lui a acheté pour en faire don à Berenguero de 
Boxados ; il lui mande de s'obliger vis à vis du dit R. de San Martin 
pour 1.500 sous a valoir sur le tribut du 1 er janvier 1287. — Lérida, 
13 juin 1286 

Reg. 67, f° 32 v°. 

1592. — Alfonso III a été informé de la part de Folchet Ferrer et de 
Blanca, sa femme, que Cresches Alfaquim, Juif de Barcelone, leur obligé 
pour certaines sommes, avait aliéné, après avoir souscrit à l'acte d'obli- 
gation, des maisons et un four à l'insu de ses créanciers ; il mande au 
viguier de Barcelone de contraindre ledit Cresches et ses répondants à 
s'acquitter de leurs engagements. — Barcelone, 20 juin 1286. 

Reg. 66, f° 129 v°. 

1593. — Alfonso III mande à ses fidèles Maymô Cap et Habram Cap, 
Juifs de Lérida, de lui envoyer un cheval et de se rembourser du prix de 
l'animal sur le produit du tribut que l'aljama juive de Lérida est tenue de 
fournir prochainement. — Barcelone, 21 juin 1286. 

Reg. 67, f°39. 

1594. — Alfonso III a été informé par les frères de la milice du Temple 
que Bernardo deSegalar,à l'encontre du mandement donné par Pedro III, 
usait de contrainte à l'égard des Juifs de Monzùn relativement à la contri- 
bution des quinze arches qui était alors demandée aux Juifs d'Aragon ; il 
mande à Bernardo de Segalar de restituer tout ce qu'il peut avoir saisi de 
ce chef. — Barcelone, 22 juin 1286. 

Reg. 66, f° 128. 

1595. — Alfonso III, obligé de faire face à des entreprises ardues, prie 
l'aljama juive de la cité de Majorque de vouloir bien lui fournir une aide ; 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

il acceptera avec reconnaissance tout ce qu'ils pourront verser à Jaime de 
Torruclla; i'aljama lui concède 10.000 sous. — Barcelone, 23 juin 1286. 

Reg. 68, f° 43. 

1596. — Alfonso III informe A. de Bastida qu'il a fait remise de 
1.000 sous barcelonais à Belshom Levi, à BelshomMomet et aux héritiers 
d'Issach Çarch, de Besalù, surl'amende de 3.000 à laquelle ils avaientété 
condamnés. — Barcelone, 24 juin 1286. 

Reg. 65, P 169. 

1597. — Alfonso III a été informé par le Juif Bites de Luna que 
Pedro III avait confié à Salomon d'en Abraham, Juif de Barcelone, la 
connaissance de l'appel, qui avait été interjeté par Bites, des sentences 
rendues contre lui par les Juifs adélantades d'Egea et par les juges juifs 
de Saragosse dans le procès pendant entre Bites et son coreligionnaire 
d'Egea, Juceff Açesson, au sujet d'une vigne et d'actes y relatifs ; le roi 
mande à son frère don Pedro, son procureur en Aragon, de contraindre 
ledit Juceff Açesson à comparaître par devant Salomon d'en Abraham. — 
Barcelone, 25 juin 1286. 

Reg. 66, f 138. 

1598. — Alfonso III reconnaît devoir à Bernardo Escriba, citoyen de 
Barcelone, 500 quartières de blé de Sicile à la mesure de Barcelone, que, 
sur l'ordre du roi, Bernardo avait remises au fidèle Salamon de Portella ; 
assignation en a été faite sur le tribut que I'aljama juive de Barcelone 
doit fournir à laNoël prochaine ; le roi mande parles présentes aux Juifs 
barcelonais de fournir sur le produit du tribut 500 quartières de blé sici- 
lien, bon et beau, ou le montant en espèces qu'elles représenteront à la 
Noël de l'année courante.— Même date. 

Reg. 67, f° 43 v°. 

1599. — Alfonso III remet toute poursuite, moyennant la composition 
de 2.000 sous barcelonais, à Belshom Momet et à Belshom Levi, héri- 
tiers d'Issach March, Juifs de Besalû, inculpés d'avoir acheté à Besalû ou 
dans l'évêché de Girone des manses qui comprenaient hommes et femmes 
relevant de la juridiction royale, ou qui étaient grevés de forces, quêtes, 
assignations de rentes, sans compter les droits de quint, tVemprivium et 
autres afférents à la juridiction personnelle du roi. — Barcelone, 
l or juillet 1286. 

Reg. 64, P 96. 

1600. — Alfonso III mande à G. Saredorta, baile de Lérida, de pousser 
Salomon Mocacil cà payer les 500 sous morabotins que ledit Salomon avait 
promis rie versera Estebânde Cardona, pour prix de la mainlevée que ce 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 207 

dernier, alors baile de Lérida, avait faite sur ses biens. — Figueras, 
9 juillet 1286. 

Reg. 66, f» 147. 

1601. — Alfonso III mande à Estebân de Gardona de remettre à Bona- 
dona, veuve de Jahuda de Limos, toutes les procédures d'enquête et autres 
dressées contre elle et certains Juifs de Lérida. — Même date. 

Reg. 66, f° 148 v°. 

1602. — Alfonso III mande au baile de Barcelone de contraindre Saltel 
Guerra, Juif de Barcelone, et ses biens à payer à l'interprète (affaquim) 
du roi.Bondavid, la créance que ledit Saltel avait souscrite par acte hébraï- 
que au profit d'Açday,fils de feu Jahuda de Gavalleria, et qui avait été 
cédée audit Bondavid. —Même date. 

Reg. 66, f° 152 y°. 

1603. — Alfonso III s'étonne que son fidèle portier Juan Perez de Per- 
tusa ait différé si longtemps de contraindre les Juifs d'Aragon au 
payement du subside royal, dont le portier devait remettre le produit à 
A. de Bastida ou à Bernardo Suner ; il lui mande, sous peine de disgrâce 
et de révocation, d'employer la contrainte contre lesdits Juifs et leurs 
biens. — Même date. 

Reg. 67, f° 47. 

1604. — Alfonso III mande à G. Sa Redorta, viguier et baile de Lérida, 
de contraindre Bonadona, veuve de Jahuda de Limos, eteertains autres Juifs 
à faire complément de justice à leur coreligionnaire Vivones, fils de 
Jahuda, au sujet des biens ayant appartenu audit Jahuda. — Figueras, 
10 juillet 1286. 

Reg. 66, f° 147 v°. 

1605. — Alfonso III mande à G. de Redorta d'ouvrir une enquête contre 
Jaffuda de Balaguer, Assach, son frère, et Abraham Abnarrabi, qui se 
trouvent détenus sous l'inculpation de meurtre perpétré sur la personne 
du Juif Jucef Comparât, et de faire lancer l'alatma dans la synagogue des 
Juifs de Lérida, afin d'obliger tous ceux qui peuvent faire découvrir la 
vérité à apporter leur témoignage. — Figueras, 11 juillet 1286. 

Reg. 66, f» 149. 

1606. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Cervera de lui 
faciliter l'expédition des affaires ardues qui lui incombent présentement 
en lui avançant sur les tributs futurs 2.000 sous barcelonais, pour les- 
quels elle devra répondre à Salamon de Portella et à Berenguero Bonet, 
portier ; le roi mande à l'aljama des Juifs de Barcelone de recevoir en 
compte la remise anticipée de cette somme. — Figueras, 19 juillet 1286. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mandements semblables aux al jamas juives de Montblanch, Villafranca 
et Tarragone. 

Reg. 67, f° 49. 

1607. — Alfonso III a mandé à l'aljama des Juifs de Lérida de lui 

avancer les 1.500 sous de Jaca qu'elle devait lui payer pour le tribut àla 
Noël prochaine. — Même date. 
Reg. 67, f° 49 v°. 

1608. — Alfonso III reconnaît devoir à Maymon Cap, Juif de Vilagrasa, 
800 sous de Jaca pour prix d'un cheval qu'il lui a acheté en vue d'un cadeau 
a faire à son fidèle écuyer Alfonso Rainer, laquelle somme il lui assigne 
sur le prochain tribut que doit fournir l'aljama des Juifs de Lérida. — 
Figueras, 22 juillet 1286. 

Reg. 67, f° 51. 

1609. — Alfonso III mande à P. Escorna de contraindre les Juifs du 
royaume de Valence à payer le subside dont il a été question plus haut 
(Cf. n° 1603). — Figueras, 23 juillet 1286. 

Reg. 67, f» 47. 

1610. — Alfonso III mande à Miguel P. de Barnabe de payer à son 
fidèle A. de Bastida,sur les biens de la veuve d'Abaynt, Juif de ïéruel, 
que ledit Miguel tient prisonnière pour le roi, la part de contribution 
imposée surlesdits biens en raison de la somme que l'aljama juive de 
Téruel est tenue de payer pour le subside demandé aux aljamas d'Aragon. 
— Même date. 

Reg. 67, f° 47. 

1611. — Alfonso III mande à Jaime Torrecillo de réclamer à l'aljama 
des Juifs de Majorque les 10. 000 sous qu'elle a promis de donner au roi 
pour l'aider à supporter les grosses dépenses qu'il est obligé de faire 
présentement ; quant à la communauté de la cité de Majorque, elle devra 
fournir 100.000 sous ; avec le produit total de la recette, Jaime Torrecillo 
achètera 3.000 quartières de froment et 3.000 quartières d'orge ; il fera 
moudre le froment et mélangera du sel à la farine pour en assurer la 
conservation ; la fraction de la recette qui demeurera disponible devra 
être envoyée a Barcelone au tidèle P. Marchés. — Même date 

Reg. 67, f°« 49, 50. 

1612. — Alfonso III mande au viguicr et au baile de Besalù de ne pas 
grever injustement Bonafilla. veuve de Juccf d'en Abram, non plus que 
son iils Astruch Bondia. —Figueras, 26 juillet 1286. 

Rec. (iii, p m; y. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 209 

1613. — Alfonso III mande à G. de Redorta de procéder diligemment 
dans l'enquête relative an meurtre de Juçef Comparât. — Figueras, 
30 juillet 1286. 

Reg. 66, f° 157. 

1614. — Alfonso III remet au Juif Maymon de Forn les poursuites 
qu'il pourrait encourir en raison de l'enquête qui a été faite contre lui par 
Jimeno P. de Salanova au sujet des bailies de Tarrasa, Apiera et autres 
lieux que ledit Maymon avait régis, et à la suite de laquelle il a été con- 
damné aune amende de 1.000 sous barcelonais; le roi lui fait remise des 
300 sous qu'il lui restait à payer. —Barcelone, 15 août 1286. 

Reg. 64, f« 110 v°. 

1615. — Alfonso III confie à Vidal Malet et à Issach Vives la connais- 
sance des procès que, conformément au droit hébraïque, Abram Pebret se 
propose d'intenter à Salamon d'en Juha, à Solam Adret et à Juceflf Lupel 
ou autres tenanciers des biens ayant appartenu à feu Samuel Periper, 
habitant de Barcelone. — Même date. 

Reg. 66, f» 162 v°. 

1616. — Alfonso III mande au viguier et au baile de Besalû de faire 
exécuter les Juifs qui se trouvent débiteurs de 1.700 sous à l'égard de P. 
Arnaldo de Gerona, qui a pris la fuite après avoir été condamné à une 
amende de 4.000 sous pour avoir favorisé la marche des Français. — 
Même date. 

Reg. 67, f» 55 ?°. 

1617. — Alfonso III mande à Jaime de Alarich, au sujet des Sarrasines 
que Salamon de Porlella a remises audit Jaime et que ce dernier, par ordre 
royal, a livrées au fidèle Bernardo Vidal pour caution d'une créance de 
1.000 sous barcelonais que ledit Bernardo avait prêtés au roi à Girone, 
d'inviter, les Juifs de Besalû propriétaires desdites Sarrasines à faire con- 
naître s'ils voulaient les racheter, ce qu'ils auraient la faculté de faire 
dans le délai de deux jours ; à l'expiration de ce délai, les Sarrasines 
seraient vendues et avec le produit de la vente, on rembourserait les 
1.000 sous à Bernardo Vidal. — Même date. 

Reg. 67, f° 55 v°. 

1618. — Alfonso III mande à Jaime de Alarich et au baile de Girone 
de contraindre ceux des Juifs de cette ville qui doivent quelque 
somme à Bernardo Vidal à s'acquitter de leurs engagements. — Barcelone, 
16 août 1286. 

Reg. 67, f° 55 v°. 

1619. — Alfonso III mande à R. de Gastillo de pousser l'aljama juive 
de Lérida à verser à R. de Gastillopezuelo (Castro pedicalo), au nom de 

T. LXVIl, n° 134. U 



210 HEYUE DES ÉTUDES JUIVES 

A. de Bastida, les 3.715 sous 10 deniers barcelonais qu'elle devait payer à 
ce dernier, au lieu et place du roi, à la Pentecôte, pour solde de la con- 
tribution qui lui avait été impartie sur le subside demandé par le roi aux 
Juifs de sa terre. — Même date. 
Reg. 67, f° 56. 

1620. — Alfonso III informe ses tidèles aljamas des Juifs de la cité et 
du royaume de Valence qu'il a décidé en son conseil que, pour le paye- 
ment des 150.000 sous barcelonais que les aljamas juives d'Aragon 
avaient promis de lui payer, les aljamas valenciennes devraient y con- 
tribuer sans retard par sou et par livre ou proportionnellement àla quo- 
tité du tribut ; il leur ordonne de verser, au jour fixé par son fidèle A. 
de Bastida, les 15.000 sous qu'elles n'avaient pas payés à son fidèle P. 
Escornale deuxième dimanche avant la Pentecôte, non plus que l'indem- 
nité allouée aux procureurs des aljamas de Saragosse, Huesca et Cala- 
tayud ; les aljamas de Valence devront verser incontinent les 15.000 sous 
audit P. Escorna. —Barcelone, 17 août 1286 

Reg. 67, f° 57 r° et ?•. 

1621. —Alfonso III donne quittance à ses fidèles secrétaires et à l'al- 
jama des Juifs de Barcelone de 1.550 sous barcelonais, qu'ils ont remis 
par son ordre à son fidèle Salomon de Portella, savoir 500 sous pour le 
tribut de la prochaine Noël et 1.050 pour celui de la Saint-Jean suivante. 
— Même date. 

Reg. 67, f° 57 y . 

1622. — Alfonso III mande à Juân P. Galeg de recueillir, en l'absence 
de Bernardo de Segalar, le produit des quinze arches que les aljamas des 
Juifs d'Aragon sont tenues de fournir au roi ; ordre auxdites aljamas de 
répondre pour ce payement à Juân P. Galeg. — Même date. 

Reg. 67, f° 146. 

1623. — Alfonso III a appris que Bernardo de Bafleras, ayant épousé 
Sancha de Mallct, avec la certitude qu'il pouvait contracter avec elle légi- 
time mariage, s'était obligé, comme mari de ladite Sancha, vis-à-vis de 
Samuel Gap, Juif de Barcelone; il mande au viguier de Barcelone de ne 
pas grever ledit Bernardo en raison de la dite obligation. — Girone, 
21 août 1286. 

Reg. 66, f°» 166 y°-167 r°. 

1624. —Alfonso III donne décharge à son fidèle Jaime Torreciilo, de 
la maison royale, des 10.000 sous que ledit Jaime a reçus de l'aljama de 
Majorque. — Barcelone, 26 août 1286. 
R«g. 67, f» 58 v<\ 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 211 

1625. — Alfonso III remet à Sol, femme de Avaxu Avenrodrich, Juif 
de Téruel, les poursuites qu'elle pouvait encourir pour avoir caché le 
testament de son mari ; une clause de ce testament instituait un legs de 
4.000 morabotins d'or en faveur de Pedro III ; cette rémission est accordée 
moyennant une composition de 2.500 sous de Jaca, que la bénéficiaire a 
versée à Salamon dePortella. — Barcelone, 27 août 1286. 

Reg. 64, f 106 v». 

1626. — Alfonso III mande à Miguel P. de Barnabe d'absoudre Sol, 
femme d'Avaxu Avenrodrich, et de lui restituer les biens qu'il lui a saisis, 
pouvu qu'elle se libère du montant de sa composition. — Même date. 

Reg. 67, F 107. 

1627. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Catalayudde s'obli- 
ger, pour le payement du tribut de Tannée 1287, aux. collecteurs que 
noble Sancho de Antillôn chargera de la perception. — Barcelone, 
28 aoûtd286. 

Reg. 64, f» 107 v°. 

1628. — Alfonso III a appris que, sous prétexte de sursis à eux accordé 
parle roi, quelques citoyens de Majorque refusaient de payer les intérêts 
à leurs créanciers juifs avant l'expiration de ce sursis; il mande aux 
officiaux du royaume de Majorque d'employer la contrainte à l'égard 
des récalcitrants, attendu que les intérêts continuent à courir malgré le 
sursis. — Même date. 

Reg. 66, t° 176. 

1629. — Alfonso III avise tous ses officiaux du royaume de Majorque 
que, si deux ou plusieurs débiteurs se sont obligés solidairement à l'égard 
des Juifs de l'aljama de Majorque et ont renoncé à partager, l'un de ces 
débiteurs indifféremment devra être contraint à satisfaire au rembourse- 
ment de la créance totale. — Même date. 

Reg. 66, f* 176. 

1630. — Alfonso III autorise l'aljama des Juifs de Majorque à faire 
usage de boucheries spéciales. — Même date. 

Reg. 66, f* 176. 

1631. — Alfonso III mande à tousses officiaux du royaume de Majorque 
de faire observer les privilèges qui ont été accordés aux Juifs de cette 
terre. — Même date. 

Reg. 66, f 176 y\ 

1632. — Alfonso III informe ses officiaux du royaume de Majorque que 
les Juifs y peuvent interjeter appel des sentences qui sont rendues contre 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

eux par lcsdits officiaux, pourvu que les coutumes de la cité de Majorque 
ne s'y opposent pas. — Même date. 
Reg. 66, f» 176 v». 

1633. — Alfonso III mande à tous ses officiaux de contraindre les débi- 
teurs de l'aljama juive de Barcelone à s'acquitter de leurs engagements. 
— Barcelone, 30 août 1286. 

Reg. 66, f« 182 y. 

1634. — Alfonso III adresse un mandement spécial, au sujet de la con- 
trainte précédente, à Bonafus Vidal, Juif de Barcelone. — Même date. 

Reg. 66, f° 183. 

1635. — Alfonso III informe l'aljama des Juifs de Tarazona que son 
fidèle Salamon de Portella, de sa maison, lui a exposé les dommages 
qu'avaient subis lesdits Juifs au cours de la dernière guerre, etqu'il l'a sup- 
plié de leur consentir quelque remise de tribut ; le roi accorde cette 
remise pour l'année 1287, soit un dégrèvement de 1.100 sous deJaca. — 
Même date. 

Reg. 67, f°« 65vo-66. 

1636. — Alfonso III fait connaître à tous ses officiaux le départ du 
Juif Salomon Mucacil, qui s'était porté garant, sous peine de 500 mora- 
botins, pour Maçot Avingena, qu'Estebân de Gardona, alors baile de Lérida, 
avait mis en liberté provisoire, et leur mande de prêter main-forte au 
viguier et au baile de Lérida pour lui faciliter l'arrestation du répondant 
défaillant. — Amposta, 7 septembre 1286. 

Reg. 67, f° 70. 

1637.— Alfonso III a été informé par la plainte d'Astrug Samuel Abe- 
nafia, et par celle de Jamila, femme de Jucef Abenafia fils d'Abraphim 
Abenafia, Juifs de Valence, que Abrahim, leur père, leur avait cédé par 
acte hébraïque le droit qui lui revenait sur les alquières de Rastreyna, 
Alcudia et Benimaclet; or, le justice de Valence, donnant suite à la plainte 
introduite par Felipe Gras contre ledit Abrahim, son débiteur, en même 
temps que d'autres Juifs de Valence, avait vendu, pour amortir la dette, 
le droit que le Juif Abrahim avait donné à ses filles sur les alquières ; le 
roi mande au justice, aux jurés et aux prud'hommes conseillers de la cité 
de Valence de faire observer les actes hébraïques. — Valence, 18 sep- 
tembre 1286. 

Reg. 66, f° 203 ▼•. 

1638. — Alfonso III mande aux adélantades et aux aljamas des Juifs de 
Saragosse, de Huesca et de Catalayud, sous peine de 1.000 sous de Jaca, 
de déléguer leurs procureurs à Téruel le jour de la Saint-Martin, prêts à 
y rendre compte avec les procureurs des Juifs du royaume de Valence de 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 213 

la recette du subside qui fut octroyé au roi à Barcelone par les Juifs de sa 
terre. — Valence, 20 septembre 1286. 
Reg. 67, f° 84. 

1639. — Alfonso III mande à G. P. de Bastida de surseoir à la percep- 
tion des sommes que les Juifs du royaume de Valence ont encore à ver- 
ser sur le subside de 15.000 sous, jusqu'à ce que le compte qui doit en 
être présenté à la Saint-Martin par les Juifs des royaumes d'Aragon et de 
Valence ait été complètement liquidé. — Même date. 

Reg. 67, f° 84. 

1640. — Alfonso III mande aux Juifs des royaumes d'Aragon et de Va- 
lence, ainsi qu'aux portiers et autres officiaux, d'acquitter les subsides et 
autres exactions royales par sou et par livre. — Valence, 21 septembre 
1286. 

Reg. 64, f» 128. 

1641. — Alfonso III mande aux aljamas juives du royaume de Valence 
de payer incontinent la quote-part à laquelle elles ont été taxées par les 
secrétaires des Juifs de Valence, pour le service que l'aljama de la cité de 
Valence avait fourni aux autres aljamas de ce royaume, et aussi pour la 
somme que lesdits secrétaires avaient versée en raison de la commission 
ou gain (pro barata sive lucro) qui avait été prélevé sur la valeur dudit 
service. — Même date. 

Reg. 67, f° 80 V. 

1642. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Valence de payer à 
P. de Muntayola, changeur, 1.000 sous réaux de Valence qu'elle a promis 
de donner au roi pour le service de Muça de Portella; sinon, Ber- 
nardo de Ginebret devra l'y contraindre par voie de saisie. — Même 
date. 

Reg. 67, f° 80 v°. 

1643. — Alfonso III mande à l'aljama juive de Valence de s'obliger à 
Muça de Portella pour l'avance de 1.500 sous réaux qui doit être faite sui- 
te tribut du 1 er janvier 1287. — Même date. 

Reg. 67, f° 80 v°. 

1644. — Alfonso III a appris que l'aljama des Juifs de Téruel n'avait 
pas achevé de verser sa part de contribution au subside qui avait été oc- 
troyé à Barcelone par les Juifs de la couronne ; il mande à cette commu- 
nauté, sous peine de 200 sous de Jaca, d'acquitter le reliquat de leur con- 
tribution entre les mains de Bernardo Sunyer, au lieu et place de A. de 
Bastida. — Même date. 

Reg. 67, f° 81 v°. 



214 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1645. — Alfonso III a appris qu'en raison de la redevance que les Juifs 
de Valence avaient à lui payer tant pour leur chancellerie {scribania) que 
pour d'autres objets, les secrétaires ne trouvaient pas de répondants qui 
voulussent s'obliger avec eux pour faciliter les mainlevées ; il mande au 
baile de Valence de contraindre les Juifs dont les secrétaires lui fourni- 
ront la liste à s'obliger solidairement avec ces derniers et. de pousser 
chaque membre de l'aljama à payer pour lcsdites mainlevées la quote-part 
qui lui aura été assignée par les secrétaires. —Même date. 

Reg. 67, f° 84 v°. 

1646. — Alfonso III a été informé de la part de Jahuda Alatzar, Juif de 
Valence, que l'infante des Grecs, débitrice de ce dernier, avait fait obli- 
ger sur leur bailie, du temps où ils étaient bailes de Jativâ, P. de Bose et 
Juan de Garriga, habitants de cette ville ; attendu que ces deux bailes 
ont pris l'engagement de rembourser la dette souscrite par l'infante des 
Grecs audit Jahuda, ou, à sa place, à Jucef Abbenafia, et qu'ils n'en ont 
rien fait, bien qu'ils aient porté cette dette comme acquittée sur le compte 
rendu de leur bailie, le roi mande à P. Ferran, son procureur dans le 
royaume de Valence, d'user de contrainte à l'égard des deux anciens 
bailes. — Valence, 27 septembre 1286. 

Reg. 66, f° 205 r° et v°. 

1647. — Alfonso III confie a R. de Toylan le règlement du procès qui 
va s'ouvrir entre G. P. de Gardonets, portier royal, et les Juifs de Barce- 
lone au sujet de certaines sommes. — Cardona, 30 septembre 1286. 

Reg. 66, f° 216 v°. 

1648. — Alfonso III confie à un jurispérite de Lérida le règlement du 
procès pendant entre Bonadona, veuve de Simon Comparât, son fils, d'une 
part, Jahuda de Balaguer, Asach, son frère, Abraham Avenrubi, d'autre 
part, au sujet de la mort de Jucef, fils de ladite Bonadona, et en raison 
d'autres chapitres criminels qui ont donné lieu à une enquête. — Même 
date. 

Reg. 66, f° 221. 

1649 — Alfonso III a appris que quelques Juifs des aljamas d'Aragon 
avaient quitté ses Etats avec tous leurs biens, pour aller se fixer dans les 
terres des ricos hombres ou des chevaliers; il mande à Juan Pcrez Gallec, 
de sa maison, d'arrêter tous les émigrants juifs qu'il pourra atteindre et 
de saisir tous leurs biens, meubles et immeubles. — Huesca, 12 octobre 
1286. 

Reg. 67, f° 88 v°. 

1650 — Alfonso III croit devoir confier à Domingo de la Figera, baile 
et mérine de Saragosse, le règlement du procès qui va s'élever entre le 
pouvoir royal et l'aljama juive de Calatayud sur le fait des 400 sous 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO 111 ET ALFONSO 111 215 

qu'elle affirme avoir payés à Dalmaso de Villarasa pour sa part de contri- 
bution à la levée des quinze arches. — Même date. 
Reg. 67, f° <S8 v°. 

1651. — Alfonso III mande à Juan Pérez Gallec de contraindre les Juifs 
des aljamas d'Aragon à payer incontinent leur part des quinze arches, en 
faisant vendre au besoin par les bailes et officiers royaux la quantité de 
biens juifs qu'il sera nécessaire pour couvrir la somme exigée. — Même 
date. 

Reg. 67, f° 89. 

1652. — Alfonso III informe tous les collecteurs des quinze arches qui 
doivent être fournies par les aljamas juives d'Aragon qu'il a envoyé son 
fidèle Bernardo de Segalar en Sicile, et leur mande de répondre pour les 
quinze arches à son fidèle Juan Pérez Gallec, de la maison royale, à qui ils 
devront remettre tout l'argent qu'ils recueilleront. — Même date. 

Reg. 67, f° 89. 

1653. — Alfonso III, ayant besoin de se procurer des fonds en vue de 
son prochain voyage, mande à ses fidèles Juifs deraljama de Jacad'avancer 
l'argent du prochain tribut à son fidèle Muçade Portella ou à son portier 
Berenguero Bonet. — Huesca, 15 octobre 1286. 

Mandements semblables aux Juifs de Montclûs, Luna, Tauste, Uncas- 
tillo, Galatayud, Borja, Tarazona, Téruel, Alagôn, Egea. 
Reg. 67. f° 92 v°. 

1654. — Alfonso III mande à l'aljama juive d'Egea de payer à l'infant 
don Pedro 770 sous de Jaca, que par ordre royal le fidèle Muça de Por- 
tella avaitassignés à ce dernieravec albaran sur le tribut de la Saint-Jean 
de juin passée ; ce paiement effectué, faljama devra réclamer à don Pedro 
le présent mandement ainsi que l'albaran et la quittance de paiement. — 
Même date. 

Reg. 67, f° 92 v°. 

1655. — Alfonso III mande au baile de l'aljama juive de Galatayud de 
faire exécuter, à moins de sérieux motifs à ce contraires, la sentence 
arbitrale qui a été rendue par Andrés de Linyan et Mosse, fils d'en Faron 
Abenafia, sur le fait des coups et blessures infligés par Jahuda Abenhalaut 
à Assach Alcalvo ; et si par hasard, le dit Jafuda a pénétré dans la ville ou 
les aidées de Galatayud à rencontre de la sentence, la moitié de l'amende 
qu'il encourra de ce fait devra être retenue pour le roi et l'autre moitié 
versée à la victime. — Huesca, 16 octobre 1286. 

Reg. 66, f° 222. 

1656. — Alfonso III rappelle au justice de Galatayud que feu Pedro III 
avait mandé à Martin Homer de Vera, justice de Calatayud, de remettre 



•216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

au Juif Issach El Calvo l'héritage qui avait appartenu aux frères de la 
Pénitence de Calatayud et que ledit Martin tenait pour le roi ; il lui 
mande de mettre Issach El Calvo en possession dudit héritage. — Même 
date. 

Reg. 67, 1° 97. 

1657. — Alfonso III a été informé par la plainte de l'aljama des Juifs 
de Saragosse que les Sarrasins de cette ville excipaient du sursis 
qu'il leur avait concédé pour cesser de servir les intérêts à leurs créan- 
ciers juifs; il mande à l'aljama des Sarrasins de Saragosse qu'il entend 
formellement que lesdits Sarrasins continuent à payer les intérêts au 
taux légal fixé par JaimeI or , soità raison de 4 deniers pourlivre par mois. 
— Huesca, 19 octobre 1286. 

Reg. 71, f° 164. 

1658. — Alfonso III mande à ses fidèles adénantades des Juifs de la ville 
deBarbastro de se rendre par devers lui à Huesca, prêts à y répondre aux 
plaintes qui lui ont été formulées par P. Salvatge, de sa maison. — Même 
date. 

Reg. 66, f° 224 v\ 

1659. — Alfonso III, saisi d'une plainte qui a été portée de la part de 
l'aljama juive de Saragosse contre les débiteurs qui refusentde s'acquitter 
vis-à-vis de leurs créanciers juifs, mande à Juân Gili Tarin, justice d'Ara- 
gon, de régler le différend qui va en naître entre lesdits Juifs et leurs 
débiteurs, chrétiens ou sarrasins. — Même date. 

Reg. 66, f° 225 v°. 

1660. — Alfonso III mande à ses fidèles Juifs de l'aljama de Tauste de 
payera noble Sancho de Antillôn ou à son ordre les 500 sous de Jacaque 
son fidèle Muça de Portella avait enjointàBernardo deCastillo d'acquitter 
sur les versements de ladite aljama. — Même date. 

Reg. 67, f° 101. 

1661. — Alfonso III informe ses officiaux du royaume d'Aragon qu'il 
ne lui est pas loisible pourl'instant d examiner les privilèges que l'aljama 
juive de Huesca prétend avoir reçus des rois précédents; il leur mande, 
en attendant, de faire observer ces privilèges — Huesca, 20 octobre 1286. 

Semblable mandement à Paljama des Juifs de Saragosse. 
Reg. 64, f" 132-33. 

1662. — Alfonso III mande à l'aljama juive de Barbastrode constituer 
une arche avec les sommes qu'ils doivent payer à Arnaldo de Bastida, 
selon qu'ils ont coutume de faire pour les autres tailles. — Huesca, 
21 octobre 1286. 

ReR. 66, f» 227 t°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 217 

1663. — Alfonso III concède à raljama juive de Huesea que, pour la 
peite des quinze arches ordonnée par Pedro III, elle ne soit pas contrainte 
collectivement, mais chaque Juif en ce qui le concerne, sans qu'il soit 
obligé de se porter caution pour un quelconque de ses coreligionnaires, 
si ce n'est de son plein gré ; mandement dans le même sens aux collec- 
teurs de la peite. — Huerto, 22 octobre 1286. 

Reg. 64, f° 133. * 

1664. — Alfonso III donne plein pouvoir à l'aljama des Juifs de Sara- 
gosse de tenir et de vendre des draps de France et d'autres pays. — Même 
date. 

Reg. 64, f° 133 v°. 

1665. — Alfonso III confie à Juan de Figueras.jurispérite de Saragosse, 
le règlement du procès entre l'aljama des Juifs de cette ville et les 
main-miseurs ou détenteurs des biens de C. de Gocerosa. — Même date. 

Reg. 66, f° 229. 

1666. — Alfonso III, à qui les Juifs de l'aljama de Saragosse se sont 
plaints des résistances de leurs débiteurs, mande à Juan Gili Tarin de 
connaître des procès qui pourront s'élever à ce sujet. — Même date. 

Reg. 66, f° 229. 

1667. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Galatayud d'observer 
l'accordqui a été conclu entre elle et Aaron au sujet des peites. — Même 
date. 

Reg. 66, f° 233. 

1668. — Alfonso III mande auxaljamas des Juifs de Tarazona et de 
Borja de payer à son fidèle Juan P. Galeg ce qu'il leur reste à verser pour 
la peite des quinze arches ; encas de non payement, il lui donnera licence 
de vendre, engager ou aliéner leurs héritages jusqu'à complète satisfaction. 
— fluerto, 23 octobre 1286. 

Reg. 67, f° 103. 

1669 — Alfonso III fait connaître à l'aljama des Juifs de Jaca que feu 
Pedro III devait par acte à noble Athon de Focs, aux termes de l'arrange- 
mentconclu à Paniçars, 7.516 sous barcelonais valant 4.509 sous 8 deniers 
de Jaca ; or, le dit Athon a reçu 1.500 sous de Jaca des mains de Juân P. 
Galleg, au lieu et place de Bernardo de Seguelar, et 900 sous de Jaca, 
représentant 15.000 sous barcelonais ; le roi mande à l'aljama juive de 
Jaca de payer le restant sur le produit des quinze arches. —Même date. 
Reg. 67, fo 103 v°. 

1670. — Alfonso III rappelle au juge, aux jurés et au conseil de Farisà 
qu'il a déjà mandé par circulaire générale à tous sesofficiaux d'Aragon de 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

permettre aux Juifs de Galatayud d'importer dans celte ville du froment, 
du vin ou d'autres produits récoltés ou acquis dans d'autres lieux d'Aragon; 
il leur enjoint d'observer cette circulaire qu'ils onttenue pour lettre morte 
jusque-là. — Lérida, 25 octobre 1286. 
Reg. 66, f> 235 y . 

1671. — Alfonso III enjoinf au justice de Calatayud d'observer le man- 
dement par lequel Pedro III avait ordonné au justice qui était alors en 
fonction de cesser de contraindre les Juifs sur le fait des serments à ren- 
contre d'une ordonnance promulguée à ce sujet par ledit Pedro III. — 
Même date. 

Reg. 66, f» 235 v°-236. 

1672. — Alfonso III adresse un mandement dans le même sens que 
ci-dessus à Domingo de laFiguera, baile de Galatayud. — Même date. 

Reg. 66, f° 236. 

1673. — Alfonso III l'appelle au juge, aux jurés et au conseil de Farisa 
qu'il a déjà mandé à tous les officiaux des aidées et héritages de. Gala- 
tayud de permettre aux Juifs de cette ville de continuer à peiter au roi à 
Calatayud pour tout ce qu'ils possèdent dans ce lieu et ailleurs ; or le juge, 
les jurés etle conseil de Farisa poussaient ceux des Juifs de Calatayud qui 
sont pourvus d'héritages à Farisa à contribuer dans cette dernière localité 
aux peites qui y sont faites ; le roi leur prescrit de se conformer à son 
précédent mandement. — Même date. 

Reg. 66, f 236 r° et v°. 

1674. — Alfonso III mande au justice, au baile et à ses autres offi- 
ciaux de Calatayud de ne pas grever Jahuda, fils d'Açmel Avençarruch, et 
Açmel, fils de Jucef Avençarruch, Juifs deCalatayud, en raison des procès 
les concernant, qui doivent être réglés selon l'açuna hébraïque. — Même 
date. 

Reg. 66, f« 236 v°. 

1675. — Alfonso III a appris que Galacian de Tarba, mérine de Sara- 
gosse, avait poussé Theodros Ellovi, Juif de Galatayud, à rembourser la 
quote-part à laquelle Aaron Abinafia avait été taxé par les adélantades des 
Juifs d'Aragon ; or, Theodros demande à être remboursé par l'aljama de 
Galatayud ; le roi mande au baile et à ses autres officiaux de Calatayud de 
s'assurer si ledit Aaron était assujetti à la taxe des adélantades, et, dans 
l'affirmative, de ne pas contraindre Taljama à la rembourser. — Lérida, 
26 octobre 1286. 

Reg. 66, f° 237. 

1676. — Alfonso III confie à Jaimede Bianya le règlement de l'appel 
qui a été interjeté delà sentence rendue par un jurispérite de Barcelone 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME l c: , PEDRO III ET ALFONSO III 219 

dans le procès pendant entre Bonjuda Salamô, Juif de Barcelone, et 
Abraham Portella, Juif de Ccrvera, au sujet de certaine somme d'argent. 
— Cervera, 28 octobre 1286. 
Reç. 66, f° 228 v°. 



1677. — Alfonso III a écrit à l'aljama des Juifs de Barcelone d'avancer 
800.000 soussur le prochain tribut à P. de San Clémente pour être employés 
à l'organisation de l'armada. — Même date. 

Reg. 67, f° 109. 

1678. — Alfonso III a été informé de la part du Juif Abraham de Tolosa 
que la femme de ce dernier, Bonafilla, fille de Perfeit Çaroyal, aprèsavoir 
cohabité avec lui comme mari et femme pendant quelque temps, avait 
quitté le domicile conjugal : il mande au portier et au baile de Barcelone 
et Villafranca de signifier à ladite Bonafilla d'avoir a revenir partager 
l'affection conjugale ; si elle refuse, le mari ne sera pas tenu de pourvoir 
à l'entretien de sa femme, à moins qu'elle n'ait de juste motif de ne pas 
retourner auprès de son mari ; dans ce dernier cas, le mari sera tenu 
d'accorder le divorce. — Tarragone, 7 novembre 1286. 

Reg. 66, f° 247 v°. 

1679. — Alfonso III signifie à l'aljama juive d'Egea que, en assignant 
certaine somme sur leur tribut a son oncle, noble P., il n'a pas entendu 
annuler l'assignation de 1.000 sous qu'il avait faite sur la même con- 
tribution à sa nourrice doua Sancha Marti. — Port Salou, 9 novembre 1286. 

Reg. 67, f° 129 v°. 

1680. — Alfonso III a été informé par la plainte qui lui a été portée de 
la part de l'aljama juive de Barcelone que, lorsque le viguier de Barcelone 
rencontrait quelque Juif allant par la ville sans cape, il lui infligeait une 
amende ; le roi ordonne audit viguier de ne pas molester les Juifs qui se 
promènent sans être revêtus de leur cape. — Tarragone, 9 novembre 1286 . 

Reg. 70, f<> 4. 

1681. — Alfonso III, considérant que par suite de la guerre et de la 
perte qu'il dutfaire des livres delà scribaniede Girone, les Juifsde l'aljama 
et de la collecte de Girone et Besalû ne peuvent reconstituer leurs actes, 
leur concède un délaide deux mois pour leur permettre de procéder à 
cette reconstitution, conformément à l'ordonnance de Pedro III, qu'il a 
d'ailleurs, lui-même, confirmée. —Port Salou, 12 novembre 1286. 

Reg. 64, f° 147. 

1682. — Alfonso III mande au viguier de Girone et Besalû, ainsi qu'aux 
autres officiaux de sa terre, d'employer la contrainte à l'égard de certains 
chevaliers et autres catégories de personnes qui, bien que tenanciers, pour 



'2-20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

desruanses, îles honneurs ou d'autres biens, de gens qui se trouvent obligés 
pour dettes, à titre de débiteurs ou de répondants, vis-à-vis de créanciers 
juifs de la ville ou de la collecte de Girone, refusent d'acquitter ces dettes. 
— Même date. 

Reg. 70, f° 7 v°. 

1683. — Alfonso III confie à Juân Bernardo, jurispérite de Saragosse, 
le règlement des procès qui se sont élevés pour dettes entre des Juifs de 
Saragosse et leurs débiteurs, habitants de Cervera et d'El Castellar ; il le 
commet à cette affaire, parce qu'il s'est rendu compte par l'examen d'actes 
publics y relatifs que les Juifs ne peuvent plaider à Cervera ou au Castellar 
par suite des menaces de mort que les habitants de ces deuxlocalitésleur 
ont adressées à eux et à leurs avoués. — Tarragone, 13 novembre 1286. 

Reg. 70, f» 6. 

1684. — Alfonso III rappelle à R. de Castell, portier royal, que les 
procureurs des Juifs de Catalogne, d'Aragon et de Valence ont composé 
pour la somme que les Juifs avaient octroyée au roi, en retour des privi- 
lèges qu'Alfonso III leur avait concédés à Barcelone ; or, le roi a appris 
queles aljamas juives d'Egea et de la Bardossella (?) refusaient d'acquitter 
leur quote-part, sous prétexte qu'elles n'avaient pas participé à la com- 
position ; il mande à R. de Castell de contraindre les récalcitrants dans 
leurs personnes et dans leurs biens de s'acquitter de la contribution qui 
leur a été imposée par les procureurs ; mais qu'aucune contrainte ne 
soit exercée à l'égard des procureurs ou des aljamas autres que ceux ou 
celles d'Egea et de la Bardossella. — Même date. 

Reg. 70, f° 14. 

1685. — Alfonso III a été informé que dans les procès entre chrétiens 
et Juifs qui comportent la prestation de serment, les Juifs sont poussés à 
proférer une longue suite de malédictions dont la lecture retarde singu- 
lièrement la marche de l'affaire; dans plusieurs localités, les juges forcent 
même les plaideurs juifs à comparaître à la cour avec leur rôle, ce qui ne 
manque pas de causer un grand scandale ; le roi mande au viguier, au 
baile et à tous les autres officiaux de Barcelone de faire écrire sur un 
rouleau le texte des malédictions ; lecture en sera donnée une fois pour 
toutes en présence des parties et les Juifs, posant la main sur le rôle, 
jureront sur le livre de Moïse, le tout conformément à la charte de 
Pedro III, charte écrite sur parchemin et scellée du sceau mage du roi 
défunt. — Port Salou, 13 novembre 1286. 

Reg. 70, f° 19 r° et v°. 

1686. — Alfonso III, accédant aux prières de noble dame Sibila de 
Saga, dispense Bonjuda Salamô, Juif de Barcelone, une fois sa contribu- 
tion soldée, de l'obligation de participer sous peine de contrainte au paye- 
ment des quotes-parts que certains de ses coreligionnaires n'auront pas 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO 111 ET ALFONSO 111 221 

acquittées pour les tributs et autres exactions royales. — Port Salou, 
15 novembre 1286. 

Reg. 64, f» 145. 

1687. — Alfonso III mande aux secrétaires des Juifs de Barcelone de 
payer, à l'ordre de doiïa Sibila de Saga, l'assignation de deux annuités de 
5.000 sous barcelonais qu'il avait consentie à cette dame sur les tributs de 
l'aljama juive de Barcelone. —Même date. 

Reg. 64, f° 145 r° et v°. 

1688. — Alfonso III mande à Pedro Peregrin d'ouvrir une enquête 
contre les fils de Lope et Biche, Juifs de Monzôn, avec ordre de les pour- 
suivre s'il les trouve coupables. — Port Salou, 16 novembre 1286. 

Reg. 71, f° 1 v. 

1689. — Alfonso III mande à Bernardo de Castell de pousser les Juifs 
d'Egea et de Bardossella à payer leur part de la composition que les pro- 
cureurs des aljamas d'Aragon, de Catalogne et du royaume de Valence ont 
consentie en faveur du roi. — Port Salou, 8 novembre 1286. 

Reg. 70, f 19. 

1690. — Alfonso III mande au baile et au viguier de Besalû, ainsi 
qu'aux portiers qui vont y faire la collecte, de contraindre les Juifs de 
Besalû ou leurs biens à payer leur part de contribution, selon la répar- 
tition qui en sera faite par les secrétaires de Girone, puisqu'ils font partie 
de cette collecte, pour la rente de S. 000 sous melgoriens qui doit être 
servie chaque année à la vicomtesse de Cabrera et pour la rente de 
5.000 sous barcelonais qui doit être fournie à la comtesse d'Ampurias. — 
Même date. 

Reg. 70, f° 19 v°. 

1691. — Alfonso III mande aux adélantades et à l'aljama des Juifs de 
Téruel de payer à son fidèle Ismael de Portella, sur le montant du 
tribut de janvier 1287 et de la Saint-Jean suivante, les 1.500 sous de Jaca 
que Muça de Porlella a assignés audit Ismael, bien que le roi leur ait 
enjoint précédemment de répondre pour le tribut à Pons Balduino. — 
Même date. 

Reg. 71, f° 3. 

1692. — Alfonso III a été supplié de la part d'Astruga, veuve du Juif 
Avegatan, qui fut tué dans le territoire de Biota, de lui faire restituer par 
P. Ferran de Ayerbe, baile de Huesca, la vigne et les autres biens que 
ledit baile avait confisqués sur Jucef Avegatan pour le pimir d'avoir tran s- 
porté certaines marchandises en terre étrangère, attendu surtout que 
ladite Bonastruga se trouve avec ses biens en terre royale, à Egea, et 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'elle se déclare prête à faire complément de justice; le roi mande au 
baile de restituer les biens saisis, pourvu que ladite Bonastruga fournisse 
l'assurance, sous caution idoine, qu'elle fera à tout plaignant complément 
de justice. — Tarragone. 19 novembre 1286. 
Reg. 70, f° 21. 

1693. — Alfonso III a appris que Jahuda Avenbruch, Juif de Lérida, 
se tant trouvé récemment à Albesa, des habitants de ce lieu avaient mali- 
cieusement fracturé la porte de la maison où il était descendu, avaient intro- 
duit à l'intérieur une chrétienne, pour pouvoir accuser Jahuda d'avoir eu 
des relations coupables avec elle, puis avaient volé ledit Juif et pillé sa 
maison ; prenant prétexte de cette inculpation malveillante, le comte 
d'Urgel avait extorqué certaine somme de Jahuda, qui, au total, a dû 
dépenser plus de 5.000 sous de Jaca ; le roi mande au comte de Pallars, 
son procureur en Catalogne, d'obliger le comte d'Urgel à restituer ce qu'il 
a extorqué, et de procéder contre Jahuda ou ses diffamateurs, selon que 
l'accusation est fondée ou non ; dans tous les cas, le procureur devra 
veiller à la protection des Juifs de l'aljamaet de la collecte de Lérida et 
au remboursement des sommes qui leur sont dues ; il devra pousser, en 
outre, les Juifs de Tarrega, de Vilagrasa et des autres lieux compris dans 
la collecte de Lérida à contribuer aux quêtes et autres exactions solidai- 
rement avec les Juifs de Lérida, selon qu'ils ont accoutumé de le faire 
jusque-là, d'après les taxations établies par les secrétaires de Lérida. — 
Port Salou, 19 novembre 1286. 

Reg. 70, f° 23. — Publ. : Pièces justificatives, n° XXI. 

1694. — Alfonso III a appris que les Juifs de Taljama de Monzônavaient 
récemment relevé leur synagogue, qui s'était écroulée, ce qui constituait 
une infraction à son droit et un préjudice à sa juridiction ; il mande à P. 
Pelegri de faire procéder à une enquête par les soins d'une personne dis- 
crète et expérimentée, et de punir lesdits Juifs, s'ils se sont rendus cou- 
pables d'un pareil excès. — Port Salou, 20 novembre 1286. 

Reg. 71, f° 4 v°. 

1695. — Alfonso III mande àl'aljama juive de Valence de verser à son 
fidèle G. de ïorrès les 1.500 sous réaux qu'elle devait payer par ordre du 
roi à Mnça de Portella pour le tribut de janvier 1286. — Port Salou, 
22 novembre 1286. 

Reg. 71, f° 23 v». 

1696. — Alfonso III signifie à ses fidèles aljamas juives d'Aragon qu'il 
a ordonné à son fidèle Bartolomé de Villafranca d'acquitter toutes les 
dépenses de la maison royale, de mois en mois, sur le montant des tri- 
buts versés par les communautés juives ; il leur mande de répondre 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO J1I ET ALFONSO 111 223 

désonnais, pour les avances de tribut, à Bartolomé de Villafranca. — 
Majorque, 24 novembre 1286. 

Semblables notifications aux Juifs du royaume de Valence, aux Juifs de 
Catalogne et aux Juifs du royaume de Majorque. 



1697. — Quittance de 20.000 sous réaux donnée par A. de Bastidaaux 
Juifs de Majorque. — Majorque, 5 décembre 1286. 

Reg. 72, f° 1. 

1698. — Alfonso III a été informé par Mosse Ahammar, Juif de 
Majorque, que P. Angeler, Bernardo Ademar et G. de Meragues de Beni- 
foranich étaient obligés audit Mosse par charte publique pour certaines 
sommes qu'ils avaient promis de lui rembourser à une époque déter- 
minée, en spécifiant qu'ils renonçaient à faire valoir sur ce point les 
privilèges et concessions obtenus de la royauté ; le roi mande au viguier 
et au baile de Majorque de contraindre lesdits débiteurs et leurs répon- 
dants à s'acquitter de leurs engagements, attendu qu'il a déjà ordonné 
à tous ses officiaux du royaume de Majorque d'employer la contrainte à 
l'égard des débiteurs qui avaient renoncé a bénéficier du sursis qu'il 
leur avait accordé. — Majorque, 6 décembre 1286. 

Reg. 70, f° 30 v°. 

1699. — Alfonso III reconnaît avoir emprunté aux secrétaires et à 
Faljama juive de Majorque 20.000 sous réaux de Valence, dont il leur a 
assigné le recouvrement sur les revenus d'Inca et de Ginyech (?). — 
Même date. 

Reg. 71, f° 7 v<\ 

1700. — Alfonso III mande aux aljamas juives d'Aragon et aux collec- 
teurs des sommes qui furent taxées à Alagôn par les procureurs desdites 
aljamas de ne pas user "de contrainte à l'égard de son fidèle Aharon 
Abinafia et de Mosse, fils de ce dernier, si ces deux Juifs ont contribue 
proportionnellement à leurs biens à la formation des quinze arches que 
Pedro III avait imposées sur les Juifs d'Aragon.— Majorque, 8 décembre 1286. 

Reg. 70, f° 27 r° et v°. 

1701. —Alfonso III, considérant que Abrahim Abengelel et Samuel 
Abengelel, fils de Jucef Abengelel, sont sur le point départir en mission 
pour son service par devers le roi de Maroc et voulant les récompenser 
des nombreux services qu'ils ont rendus à Pedro III, les affranchit, leur 
vie durant, de toute exaction royale autre que le tribut. — Majorque 
16 décembre 1286. 

Reg. 64, f° 150. 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1702. — Alfonso III mande à Juan P. Gallegetàtous les collecteurs des 
peites qui sont levées présentement sur les Juifs d'Aragon de ne pas grever 
indûment Vidal de Porta, ledit Juif déclarant que la répartition qu'ilsont 
i'aite à son égard est exagérée. — Majorque, 21 décembre 1286. 

Reff. 70, i'° 35 v°. 

1703. — Quittance aux secrétaires età l'aljamades Juifs de Majorque 
de -2.000 sous que le roi leur a empruntés et assignation de cette somme 
sur les revenus d'Inca et de Ginyech. — Même date. 

Reg. 11, f° 18. 

1704. — Quittance de 2.000 sous donnée par A. de Bastida aux Juifs de 
Majorque. — Majorque, 21 décembre 1286. 

Reg. 72, i'° 4 V. 

(A suivre). 

Jean Uégné. 



LES JUIFS A NIMES 

AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLES 



L'édit royal du 17 septembre 1304, en ver lu duquel tous les 
Juifs devaient être bannis de France, fut rigoureusement observé 
dans le Languedoc oriental. De la Provence et du Comtat-Venais- 
sin, où ils s'étaient réfugiés, les Juifs de Nîmes essayèrent à plu- 
sieurs reprises, mais toujours en vain, de retourner dans la ville 
qui s'était jadis soulevée en faveur de leurs ancêtres et montrée 
en maintes circonstances si bienveillante envers eux-mêmes 1 . 

Les descendants de ces infortunés proscrits n'eurent guère plus 
de succès. On leur permit, il est vrai, de traverser une fois par an 
le Languedoc pour se rendre à la grande foire d'octobre de Bor- 
deaux ; on les autorisa même à assister à celles de Beaucaire, de 
Nîmes, de Montpellier, d'Alais, etc., mais le droit de résidence 
dans l'une ou l'autre de ces localités leur fut impitoyablement 
refusé. 

Au xvn e siècle, cependant, on constate la présence à Nîmes de 
quelques marcbands juifs, venus, pour la plupart, du Comtat- 
Venaissin. Parmi eux se trouvait, en 1607, un pauvre colporteur 
« de nation de pologne », qui fut converti sous le nom de Pierre 
Rozat. En récompense, sans doute, de son abjuration, le chanoine 
Guillaume Deburgata lui remit, au nom du chapitre de l'Église 
cathédrale, la somme de cinq sous 2 . 

Une récompense d'un ordre plus élevé avait été réservée, le 
1 er mars 1696, au juif converti Mardokay (Mardochée). Quel était ce 
Mardokay et d'où était-il originaire? Le silence des documents ne 
nous permet pas de nous prononcer sur ce point. L'abbé Dela- 
croix 3 , sans indiquer d'ailleurs la source où il a puisé son rensei- 

1. Dom Bouquet, Recueil des Historiens de France, t. II, p. 708. Cf. Dom Vais 
sète, Hist. gén. du Languedoc, t. I, p. 350-360; Ménard, Hist. de la ville de 
Nismes, t. I, p. S5-9i, et t. II, Pr., p. 219, 235, 236, et J. Simon, Hist. des Juifs de 
hlmes au moyen âge. 

2. Arcli. dep. du Gard, Série G. 598 (Reyïstre), p. 52 v°. 

3. Histoire de Fléchier, p. 474-415. 

T. LXV1I, no 134. 15 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

gnement, prétend que le nouveau converti était un homme d'un 
certain rang, appelé fréquemment à Nîmes par des opérations 
commerciales. Quoi qu'il en soit, l'évêque Fléchier qui, d'après 
son biographe, « aimait d'être consulté sur tout, d'être mêlé à tout 
et quelquefois même jugeait à propos de mettre de l'éclat et de la 
pompe à des choses qui eussent paru à d'autres n'en pas mériter 
ou n'en avoir pas besoin », fit amener le néophyte à la Cathédrale, 
où il avait fait dresser une estrade. Entouré des Consuls en robes 
rouges et de ses parrain et marraine, le juge-mage de Montclus et 
la marquise de Toiras, Mardokay reçut le baptême de la main 
même de l'évêque, qui lui adressa, à cette occasion, une allocution 
qui figure dans ses œuvres complètes sous ce titre : Exhortation 
faite à la cérémonie du baptême d'un juif K . 

Les dossiers de nos Archives municipales nous révèlent deux 
autres conversions, plutôt apparentes que réelles, des Juifs Alixa 
Profat, d'Avignon, et Alexandre (le lieu d'origine de ce dernier est 
passé sous silence), fixés à Nîmes vers la fin du xvu e siècle. Tombés 
tous deux dangereusement malades, ils furent baptisés in extre- 
mis, l'un le 20 et l'autre le 26 mars 1696, par Manilhau, curé de la 
paroisse de Saint-Castor. Ils eurent pour parrain et marraine 
Antoine Reboul, marchand de bas, et sa femme Maguedeleine, chez 
lesquels ils logeaient dans les Arènes. Le corps d'Alexandre, qui 
mourut le 30 mars, fut accompagné à la Cathédrale par « le clergé, 
M rs les Consuls et les M rs du Présidial », et de là porté à l'église 
vieille 2 , où il fut enterré sous le nom d'Antoine Reboul. 

Vers le milieu du xvir 3 siècle, le nombre des Juifs comtadins tra- 
fiquant à Nîmes s'accrut de jour en jour. Mais le parlement de 
Toulouse, cédant aux plaintes du Corps des marchands, leur enjoi- 
gnit, par un arrêt du 31 mai 1653, de quitter sur le champ notre 
ville avec « défense d'y habiter désormais et d'y commercer 3 ». Ils 
ne tardèrent pas à y revenir, mais le parlement, saisi de nouvelles 
plaintes, les contraignit, en 1679 à « vider incessamment » Nîmes 
et les autres cités du ressort 4 . 

Cependant ni les entraves de toutes sortes apportées à leur éta- 
blissement définitif en Languedoc, ni même les expulsions succes- 

1. Fléchier, Œuvres complètes, t. VII, p. 344. 

2. Arch. muoicip. LL. 30 et UU 10. — L'église vieille ou Saint-Castor avait servi, 
peudant quelque temps, de cathédrale. Les tombeaux des principaux habitants de 
Nîmes s'y trouvaient. Ménard, Hist. de la ville de Nismes, t. VI, p. 328 et 346. — 
Sur son emplacement s'élève aujourd'hui l'école publique de la place Belle-Croix. 

3. Parlement de Toulouse, B. 744 (Registre). Cf. Revue, t. XXXIV, p. 280. 
i. Arch dép. de l'Hérault, B. 180. Cf. Revue, ibid. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLES 227 

sives dont ils étaient l'objet ne parvinrent à lasser leur énergie 
patiente. Ils étaient naturellement attirés Vers le pays où leurs 
aïeux avaient vécu et prospéré pendant des siècles et tous leurs 
efforts continuaient à converger vers ce but. Une première satisfac- 
tion leur fut donnée, en 1695, par le parlement de Toulouse, qui, 
revenu à des sentiments plus bienveillants à leur égard et considé- 
rant « qu'il est de l'intérêt public d'activer et entretenir le com- 
merce dans les villes. . . que les Juifs ne demandent que de jouir 
d'une liberté commune aux autres nations 1 », fit droit à leur de- 
mande et leur permit, en raison sans doute du profit que le Lan- 
guedoc tirait de leur activité commerciale, « d'acheter et de vendre 
toutes marchandises pendant trois semaines durant chaque saison, 
sous condition de ne point ouvrir boutique et de déclarer au greffe 
du parlement ou à ceux des Hôtels -de -Ville le jour de leur 
arrivée 2 ». 

Le parlement de Toulouse ne tarda pas, d'ailleurs, à faire un 
pas de plus dans la voie de la justice et de l'équité. Par des arrêts 
successifs, portant la date des 5 avril 1698, 15 février 1705, 1 er mars 
1706, 6 juillet 1708 et 15 février 1713, il autorisa, sur leur 
demande, les Juifs Abraham de Garcassonne, Israël et Natan 
Astruc d'Avignon à « acheter, vendre et débiter toutes sortes de 
marchandises de soye, laine et autres neuves ou vieilles pendant 
un mois des quatre saisons de l'année dans les villes » de son 
ressort, « avec deffenses aux maires et consuls ou corps des 
marchands et autres particuliers de leur apporter aucun trouble ni 
empêchement dans la liberté de leur commerce à peine de 4.000 1. 
d'amende 3 ». 

Mais les marchands nîmois veillaient. Les Juifs étaient pour eux 
des concurrents gênants dont ils étaient résolus à se débarrasser à 
tout prix. Aussi n'hésitèrent-ils pas, en présence des arrêts du par- 
lement de Toulouse, à porter leurs doléances jusqu'au pied même 
du trône. Le Roi accueillit avec bienveillance leurs plaintes et le 
29 février 1716, « étant en son conseil, de l'avis de M. le duc 
d'Orléans, régent », enjoignit « ausd. Garcassonne, Astruc et 
autres Juifs, résidens à Avignon de sortir de la province du 
Royaume sans aucun delay... ., à peine d'encourir la rigueur 
des peines portées par les ordonnances rendues contre eux 4 ». 

1. Parlement de Toulouse, B. 1189 (Registre). 

2. Revue, ibid., p. 281. 

3. Pièces justificatives, n° I. Sur l'autorisation, pour les Juifs, de fréquenter les 
foires, voir Wolfson, dans Revue, t. LXI, p. 88 et suiv. Cf. t. XXXIV, p. 282 et 288. 

4. Pièces justificatives, n° I. 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'arrêt du Conseil d'État fut loin cependant de mettre fin à la 
concurrence commerciale entre marchands languedociens et négo- 
ciants juifs du Gomtat. Si le séjour prolongé dans la province était 
interdit à ces derniers, l'accès du moins leur en restait ouvert en 
temps de foire. Ils ne manquèrent pas de mettre à profit cette tolé- 
rance. Nîmes les revit, dès 1729, pendant quelques jours de chaque 
saison. Pour se conformer à l'arrêt de 1716, ils eurent soin d'ex- 
poser leurs marchandises — « vieilles robbes et vieux haillons » — 
« dans un grenier hors la ville » ou de les porter de maison en 
maison et de les « vendre pour ainsy dire sous le manteau * ». 

Il n'en fallut pas davantage pour ameuter contre eux les mar- 
chands nîmois. Les Juifs, écrivirent-ils à l'Intendant, ont élu 
domicile dans notre ville, ils y vendent des étoffes « à boutique 

ouverte » et nous « enlèvent beaucoup de pratiques ». Il est 

certain, répond le subdélégué Novy à l'intendant du Languedoc, 
qui l'avait chargé de procéder à une enquête à ce sujet, il est 
certain que la plainte des marchands « est mal fondée en ce qu'elle 
contient que les Juifs vendent à boutique ouverte et que lavantage 
du public doit prévaloir a celuy de deux ou trois particuliers qui 
sont d'intelligence pour vendre bien cher, dautant mieux que le 
commerce des Juifs ne fait qu'une partie du leur et que par celuy 
des draps, des galons et de bien d'autre marchandize ils se dedo- 
magent parfaitement du préjudice que les Juifs peuvent leur 
porter 2 ». 

La réponse du subdélégué n'était pas faite pour calmer les 
inquiétudes des marchands et refroidir leur hostilité contre les 
Juifs. Invoquant, d'une part, les lettres patentes de juin 1723, qui 
avaient permis aux Juifs portugais, domiciliés dans l'étendue des 
généralités de Bordeaux et d'Auch, d'y demeurer, trafiquer et 
négocier, avec défense d'étendre leurs opérations commerciales 
hors du ressort du parlement de Bordeaux, s'autorisant, d'autre 
part, de la cassation, par le Conseil d'État (20 février 1731), des 
deux arrêts rendus par le parlement de Dijon en date du 22 juin 
1724 et du 29 juillet 1730, qui avaient autorisé certains Juifs à 
négocier pendant un mois de chaque saison de l'année dans le 
ressort de ce parlement, les négociants chrétiens obtinrent de 
Louis-Basile de Bernage, intendant du Languedoc, une ordon- 
nance, datée du 14 janvier 1732, en vertu de laquelle il fut interdit 
aux Juifs du Comtat de « trafiquer, vendre et débiter des marchan- 



1. î'tcces justificatives, n° 11. 
1. Ibid., n° II. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLES 229 

dises » en Languedoc et môme d'y séjourner en dehors de la durée 
des foires '. 

La cause des marchands nîmois semblait cette fois gagnée et 
l'épouvantait de la concurrence, qu'ils redoutaient tant, à jamais 
écarté de leurs yeux. Il n'en fut rien cependant. Tous les Juifs, en 
effet, n'étaient pas colporteurs ou fripiers ; il y en avait parmi eux 
qui se livraient au commerce de mules et de chevaux et ceux-là ne 
paraissaient pas pouvoir être compris dans l'ordonnance de l'In- 
tendant. C'était là en tout cas l'avis de M. de Bernage. Aussi n'hé- 
sita t-il pas à compléter, le 43 juin 1732, son ordonnance du 
14 janvier en spécifiant expressément qu'il n'était pas seulement 
interdit aux Juifs du Comtat de se livrer au trafic « des marchan- 
dises*» en Languedoc, mais qu'il leur était également défendu de 
« vendre aucune mulle dans la dite province, à peine de confisca- 
tion 2 ». 

Or, la production des chevaux, mules et mulets était insuffisante 
dans le Bas-Languedoc, et les paysans, pour cultiver leurs terres à 
vignobles, se virent dans l'obligation d'avoir recours le plus 
souvent, pour s'en procurer, à l'intermédiaire des Juifs, qui ache- 
taient ces bêtes aux marchés de la Saintonge, du Poitou, du 
Limousin et de l'Auvergne et les revendaient à bas prix et à crédit 
à long terme 3 . Les marchands chrétiens de Nîmes et des environs, 
redoutant cette concurrence si gênante pour eux et sentant les 
intérêts de leur corporation fortement menacés, adressèrent à l'In- 
tendant requêtes sur requêtes et sollicitèrent à grands cris l'exé- 
cution rigoureuse de son ordonnance du 13 juin. 

M. de Bernage ne resta pas sourd à ces réclamations. Un mar- 
chand juif de Garpentras, Jacob Monteil ou de Monteux \ ne tarda 
pas à l'apprendre à ses dépens. S'étant arrêté, le 17 août 1733, à 
Nîmes, en revenant de la foire de Saint-Flour, chez le voiturier 
Taupenas avec quatre mules et un cheval, il en vit effectuer la 
saisie, sous le prétexte qu'il les avait exposés en vente, par Joseph 
Belieu, brigadier de la maréchaussée du Languedoc, agissant au 
nom de Méjanpère et fils, marchands de mules et mulets de Som- 
mières, qui réclamèrent à leur profit, avec la confiscation du 

1. Dom Vaissète, Histoire générale du Languedoc, t. XIII, p. 66. Cf. Revue, 
XXXIV, p. 283. 

2. C. Bloch, Un épisode de Vhist. commerciale des Juifs en Languedoc, t. XXIV, 
p. 272 et 278. 

3. Revue des Etudes juives, t. XXXV, p. 95. 

4. Il s'agit sans doute de Monteux dit Jacoutan dont le nom figure sur la liste des 
Juifs de Carpentras, année 1754. Revue des Eludes juives, t. XII, p. 220. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bétail, une amende de 500 livres. Malgré ses protestations auprès 
de Nom de Gaveyrac, lieutenant principal, et de Boucliet, procu- 
reur au présidial et sénéchal de Nîmes, et son affirmation qu'il ne 
s'étail arrêté à Nîmes que pour se rendre en Provence, où il lui 
clait permis de faire le commerce de mules, malgré même l'inter- 
vention, en sa faveur, en tant que » sujet du Saint-Siège »,de Bon- 
delmonti, vice-légat du Gomtat, Jacob de Monteux fut dépouillé de 
ses mules en faveur de Méjan père et fils et condamné aux dépens 
liquidés à 73 1. 1 s. 4 d. avec « deffenses de récidiver sous de plus 
grandes peines » '. 

La condition des Juifs de passage à Nîmes ne changea guère, 
malgré toutes les apparences contraires, avec l'intendant Le Nain, 
bien que le successeur de L. B. de Bernage eût, avec l'approba- 
tion du contrôleur général Orry 2 , accordé, en 1744, aux Juifs du 
Comtat, des permissions temporaires, mais révocables à son gré, 
pour se livrerai! commerce à Nîmes et dans le reste de la province. 
Les Juifs naturellement usèrent largement de cette tolérance au 
grand désespoir des marchands, dont la haine ne désarma pas. Le 
conflit devint dès lors de plus en plus aigu et les plaintes plus 
nombreuses et plus véhémentes. Il ne suffisait plus aux négociants 
nîmois d'invoquer contre les Juifs les arrêts du Conseil d'Etat des 
29 février 1716 et 20 février 1731 et l'ordonnance de M. de Bernage 
du 14 janvier 1732, ils les accusaient de se soustraire à la visite 
des jurés-gardes, de vendre des marchandises défectueuses et de 
mauvaise fabrique, de favoriser les vols dans les boutiques, de se 
soutenir et de « trouver des retraites pour entreposer leurs mar- 
chandises » ; ils les soumettaient, en un mot, à toutes sortes de 
tracasseries et de vexations 3 . 

Le Nain se rendit aux supplications des marchands et par une 
ordonnance du 16 février 1745, « lue, publiée et affichée » dans 
toute l'étendue de la ville et des faubourgs, il défendit aux Juifs de 
vendre aucune marchandise et « à toutes personnes de quelle qua- 
lité et condition qu'elles soient o d'en recevoir en dépôt, à peine de 
500 livres d'amende. L'intendant autorisa, en outre, les jurés-gardes 
à « visiter, faire saisir et arrêter les dites marchandises, partout où 
ils les trouveront » ''. 

L'ordonnance de Le Nain fut confirmée par Jean-Emmanuel de 

1. Louis fie la Pijardière, Chroniques du Languedoc, t. V, p. 11-13. 

2. Arch. dép. de l'Hérault, C. 2746. 

3. Pièces justificatives, III. 

4. Ibid., une not<; manuscrite de l'Intendant indique qu'une pareille ordonnance fut 
expédiée a liéziers, le 18 décembre 1745 (Arch. dép. de l'Hérault, C. 2747). 



LES JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XV1ÏI SIÈCLES 231 

Guigoard, vicomte de Saint-Priest, son successeur, le 6 avril 1754, 
et, après avoir été signifiée au « nommé Lyon, marchand juif, habi- 
tant audit Nîmes », affichée le 19 du môme mois '. 

Le résultat que les marchands attendaient de cette ordonnance 
fut loin de répondre à leur désir. En dépit des lois et règlements, 
tombés d'ailleurs en désuétude, les Juifs du Gomtat pénétrèrent de 
plus en plus en Languedoc. On en rencontre dès la seconde moitié 
du xvni e siècle, à Alais, Uzès, Bagnols, Pont-Saint-Esprit et Remou- 
lins. Les uns se livraient au prêt d'argent ; les autres exerçaient 
l'office de courtiers ou faisaient valoir les fonds comme simples 
particuliers et aux taux autorisés parles ordonnances 2 . Les popu- 
lations, loin de leur marquer de l'hostilité, prenaient souvent au 
contraire parti pour eux contre les marchands du pays, non peut- 
être parce qu'elles les aimaient, mais à cause du profit qu'elles en 
tiraient. Les personnages les plus haut placés les prenaient parfois 
sous leur protection 3 . L'Eglise elle-même n'avait aucun scrupule à 
entrer en relation avec eux. Un document de l'année 1762, conservé 
aux Archives départementales du Gard, vient à l'appui de cette 
assertion. Il nous apprend, en effet, que l'abbesse d'Alais, sœur 
d'Avéjean, propriétaire de la métairie de Bruège \ acheta, le 
16 mai 1759, à Emmanuel Saint-Paul, juif d'Avignon, « pour son 
église ou sa maison », des marchandises s'élevant à la somme de 
deux cents livres et payables à la Saint-Barthélémy de l'année 1762 
parles soins deCrespin, Igou et Tournés, pensionnaires solidaires 
de la métairie : \ 

A Nîmes, les Juifs étaient, dès cette époque, assez nombreux — 
de 30 à 40 familles — pour fonder une Communauté. Le rabbin 
Azoulaï, qui l'avait visitée en 1777, lors de son voyage d'Hébron à 
Paris, parle avec le plus grand éloge de sa piété et de sa charité 6 . 

Ils entretenaient d'excellentes relations avec la population chré- 
tienne, et les officiers municipaux, au lieu de les considérer comme 

1. Pièces justificatives, IV. 

2. Arcli. dép. de l'Hérault, G. 154, 155, 156 et 205. Gf Revue, t. XXXV, p. 102- 
104. 

3. Voir notre travail Les Juifs de Montpellier au XVIII e siècle, dans Revue des 
Etudes juives, t. XXX11I, p. 291. 

4. Ruisseau qui prend sa source au Mas-Moreau, commune de Saint-Privat-des- 
Vieux et se jette dans le Grabieu sur le territoire de la commune d'Alais. E. Germer- 
Durand, Dict. topogr. du dép. du Gard, p. 37. 

5. Arch. dép. du Gard, H. 865, pièces 13, 16 et 19. — La quittance, délivrée le 
16 septembre 1762, par Emmanuel Saint-Paul, est signée en hébreu. 

6. M. Liber, Le séjour d'Azoulaï à Paris, dans Revue des Etudes juives, t. LXV, 
p. 251. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des étrangers, sujets du pape, les traitaient en vrais citoyens, si 
bien que l'un d'eux, Sollon, fut compris dans les « rolles de lacapi- 
tation et industrie », au môme titre que les autres marchands, 
quoiqu'il ne fût pas autorisé à « tenir boutique ouverte » et qu'il se 
bornât, ainsi qu'il résulte de sa plainte adressée au contrôleur 
général d'Ormesson. à « faire valoir son argent sur la place comme 
simple particulier » '. 

À leur tête était placé le rabbin Élie Espir, fils de Jacob ■wwk, 
de Prague, un des quatre rabbins de Garpentras, signataires de la 
lettre de recommandation placée en tête du Rituel de prières mo 
TTara d'Élie Crémieu 2 . 

La synagogue se trouvait dans une maison particulière de la rue 
Garreterie, aujourd'hui Jean-Reboul. A la suite d'une scission qui 
éclata en 1794, quatre des principaux membres de la Communauté 
naissante, Isaïe Garcassonne, Mardochée Lisbonne, Benastruc 
Milhaud et David Vidal firent construire, à leurs frais, dans la rue 
Roussy, un temple, qui fut achevé en 1796. C'est la synagogue 
actuelle, mais agrandie et modifiée. 

Le cimetière était situé dans la rue du Mail 3 . Lors des fouilles 
que, pour cause d'utilité publique, la Communauté israélite se vit 
dans la nécessité d'y faire exécuter en 1904, on a trouvé, enfouie 
sous la terre, une pierre tombale portant l'inscription suivante : 
bra ïTb»sa bmaaia hot "m na r\ov ^2-1 Nsnnn nb*73 -inr^n mi:?a 
ni" 1 ::''! nbpnn nats p"»a unn œn~i Dira rw?a. 

fihâiâ'n 
a Stèle du très honoré médecin, Joseph fils de Moïse, qui a été 
demandé dans l'Assemblée céleste le premier nissan de l'année 
5538 de la création. Que son âme repose dans le faisceau des 
vivants ! » 

Quel est ce médecin que notre inscription nous fait connaître 
sous le nom de Joseph fils de Moïse? Il existe aux Archives muni- 
cipales ; de notre ville un Registre ainsi intitulé : « Le présent 
Registre Pour servir a couché les Enfant qui naitron et les sépul- 
ture et les mariage aussi des Juifs liant en cette ville de Nismes. » 
On y lit : « Ce jourd'hui 18 mars 1779 est mor Jassé Vidal dit 

1. Pièces justificatives, V. 

2. Ce Rituel l'ut imprimé pour la première fois, en 1767, à Avignon. Une seconde 
édition fut publiée, en 1855, à Aix-en-Provence, par Micliaël Milhaud, sous le titre 
de « Rituel des Prières en Hébreu à l'usjge des Israélites de l'Ancien Comtal ». 

3. Sur son emplacement s'élève la maison Pouget, portant le n° 56, du boulevard 
de la République. 

4. UU. 161. 



LES JUIFS À NIMES AU XVII" ET AU XVIII e SIÈCLES 233 

Bonbon 1 le médecin, il a été enterré a la terre que son fils a 
achette au chemin du Vistre 2 . » 

Nul doute, selon nous, que Jassé Vidal ne soit identique avec 
Joseph fils de Moïse. Jassé, en effet, correspond à Joseph et le 
premier jour du mois de nissan de Tannée 5538 coïncide avec le 
18 mars 1779. Nous savons, d'autre part, par le même Registre, 
que les Juifs nouvellement arrivés à Nîmes enterraient leurs morts 
dans des jardins situés aux chemins d'Arles, de Beaucaire et du 
Vistre. C'est dans un de ces jardins qu'avait été enseveli Jassé 
Vidal. En mars 1785, la Communauté ayant fait l'acquisition d'un 
cimetière, on y transporta les ossements du médecin avec la pierre 
tombale qui les recouvrait 3 . 

Nîmes possédait donc, dès la seconde moitié du xvm e siècle, un 
médecin juif qui avait toute liberté d'exercer sa profession à l'égal 
de ses confrères chrétiens. Il n'est que juste d'ajouter son nom à 
la liste des médecins dressée par le D r Albert Puech dans son 
ouvrage Les médecins d'autrefois à hîmes 4 . 

On sait que les jurandes et les maîtrises avaient été supprimées 
par Turgot en mars 1776. ail sera libre, dit l'art. I de l'édit, à 
toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient, 
même à des étrangers... d'embrasser et d'exercer dans tout le 
royaume... telle espèce de commerce et telle profession d'arts et de 
métiers que bon leur semblera : \ » Mais, en présence de l'opposition 
qui s'élait manifestée dans la presse et dans le parlement, elles ne 
tardèrent pas à être rétablies, sur de nouvelles bases, après la 
disgrâce du ministre (12 mai 1776). 

«L'édit de «recréation» des corps et communautés avait supprimé, 

1. C'est-à-dire « le bon, le jovial ». 

2. Rivière qui prend sa source près du village de Bezouce, traverse une partie de 
Nîmes et se jette dans le canal de la Radelle près d'Aiguesmortes. E. Germer-Durand, 
ouvr. cité, p. 266. 

3. Cette pierre se trouve actuellement au cimetière de la route de Saint-Gilles. 

4. D'après le Registre conservé aux Archives municipales et qui porte la date sui- 
vante : nbpnn abl^n (sic) n3>"n3:-î H31273 T173n Va fc^tl, la première personne 
enterrée au cimetière de la rue du Mail (11 juillet 1778) s'appelait Abraham Vidal, 
« fils légitime et naturel de Moyse Vidal et Marianne Lyon ». Les dernières qui y furent 
ensevelies, avant la clôture du registre (26 octobre 1792), en exécution de la loi du 
20 septembre précédent, portaient les noms de « Rebbequa, femme du rabbin Mossé 
de Roquemartine, morte le 2 mars 1792 — le xi du mois de -ptf — munie de con- 
fession », et de Isasquar Lévy Allemand, « résident eu cette ville depuis plus de dix- 
huit ans, mort le 25 juillet 1792— le 5 du mois de 28 — âgé de soixante ans, muni de 
confession ». Il n'est pas inutile de faire remarquer qu'avant la Révolution, les registres 
de l'état civil étaient tenus par l'Église. 

5. Levasseur, Histoire des classes ouvrières avant 1789, t. II, p. 623. 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dit M. Monin 1 , les confréries et séparé parla, en principe, l'exercice 
d'une profession de la pratique d'un culte. » Les Juifs de Nîmes qui, 
grâce à la tolérance du peuple et à l'esprit libéral des magistrats, 
n'étaient plus réduits au commerce de colportage, au métier de 
vendeur « sous le manteau et de main à la main », et qui, à l'égal 
des autres marchands, se livraient au trafic des soieries, cadis, 
couvertures de laine ou « couvertes » fabriquées à Montpellier, les 
Juifs qui payaient « la capitation et les répartitions des corps» et 
figuraient sur les états de répartition des milices 2 , avaient bien 
quelque droit, semblait-il, d'escompter avec confiance leur admis- 
sion dans les différentes corporations. Leur illusion fut de courte 
durée. 

Si la population nîmoise ne cessa de se montrer empressée à 
entrer en relation avec eux, pressurée qu'elle était par les mar- 
chands du pays, ils se heurtèrent sans cesse à l'hostilité d'autant 
plus irréductible des négociants chrétiens que, tirant leurs étoffes 
non seulement de Nîmes, centre des soieries languedociennes, 
mais aussi d'Avignon, où existaient, disait-on, des fabriques qui, 
« conduites par des Juifs bien juifs » avaient la main-d'œuvre 30 ou 
40 0/0 meilleur marché, ils obtenaient facilement la préférence du 
public par la grande variété de leurs marchandises et leur très bas 
prix. C'est ainsi qu'à Beaucaire, les fabricants de Montpellier ne 
pouvaient vendre leurs couvertures qu'après que les Juifs du 
Gomtat avaient débité toutes les leurs 3 . 

A Nîmes, ce furent des clameurs quand on apprit que les fabri- 
cants de bonneterie avaient passé des brevets d'apprentissage à de 
jeunes juifs, que d'autres en avaient pris sans contrat et que même 
certains maîtres leur prêtaient leurs noms et semblaient ainsi 
« leur frayer une route à la réception de la maîtrise 4 ». 

L'inspecteur des manufactures, Lausel, écouta avec bienveil- 
lance les doléances des marchands et se montra tout disposé à 
refréner, avec l'autorisation de l'Intendant, «un pareil abus». 
Lausel n'aimait pas les Juifs. Aussi n'hésita-t-il pas à les présenter 
à S l -Priest sous les couleurs les plus noires. Empruntant ses argu- 
ments à M c Gouleau, avocat, signataire de la « Requête des mar- 
chands et négociants de Paris contre l'admission des Juifs» dans 
les Six-Gorps, il dénia aux Juifs le droit de citoyens en raison des 
crimes qu'ils ont commis sous les règnes de Dagobert (!) et de 

1. Revue des Eludes Juives, t. XXIII, p. 92. 

2. Arch. municip., 00.162. 

3. Arch. dép. de l'Hérault, C. 2432. 

4. Pièces justificatives, VI. Cf. Revue, t. XXXVI, p. 84. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII" ET AU XV1I1 SIÈCLES 235 

Philippe-le-Long (!) et de la facilité avec laquelle ils se livrent 
actuellement à un commerce destructif de l'industrie : le piquage 
d'once 1 . 

LTntendant du Languedoc, s'appuyant sans doute sur« l'arrêt du 
propre mouvement » en vertu duquel Louis XVI avait révoqué, le 
14 août 1774, les brevets de maîtrise accordés aux Juifs 2 , ordonna 
à Pliéline, son subdélégué à Nîmes, de faire assembler le Corps des 
maîtres en bonneterie et de provoquer de leur part une délibération 
« portant deffense de recevoir aucun juif en apprentissage cliés eux et 
de n'en admettre aucun à la maîtrise sous quelque prétexte que ce 
soit 3 ». Ceux ci se réunirent aussitôt et décidèrent d'un commun 
accord : 1° qu'aucun juif ne pourrait être reçu « ni pour apprentif ni 
pour compagnon, ni pour maître ; 2° qu'aucun maîlredu Corps habi- 
tant la ville ou la campagne ne pourrait en recevoir sous peine de 
poursuites ; 3° que tout brevet d'apprentissage obtenu par surprise 
par un juif serait immédiatement rayé et biffé du Registre ; 4° qu'il 
était défendu aux maîtres de prêter leur nom a des Juifs; 5° que 
c'était une obligation pour les maîtres de renvoyer les apprentifs et 
compagnons, et, pour les sindics, de les dénoncer, en cas de refus, 
au Corps; 6° que les sindics présents et à venir seraient contraints 
à tenir rigoureusement la main à l'exécution de la présente délibé- 
ration ; 7° que l'autorisation d'imprimer, de publier et afficher la 
présente délibération serait demandée à l'Intendant afin qu'au- 
cun maître n'en prétende pour cause d'ignorance 4 ». 

Saint-Priest n'osa pas approuver cette délibération, qu'il avait 
cependant provoquée et qui portait la signature de tous les fabri- 
cants de bas et de leurs syndics, ensemble au nombre de 56, sans en 
avoir référé au Contrôleur général. « Quoique je sois bien persuadé, 
lui disait-il. du bon effet qu'elle (la délibération) produira, je n'ai 
pas cru devoir rendre mon ordonnance d'autorisation sans que 
vous i'ayés approuvé et ce parti m'a paru d'autant plus prudent 
que je suis instruit qu'il va paroître bientôt un nouvel édit concer- 
nant les maîtrises en Languedoc 5 . » 

Nous ignorons quelle fut la réponse du Contrôleur général. Que 
l'autorisation d'imprimer et d'afficher leur délibération ait été 

1. Monin, Les Juifs de Paris à la fin de l'ancien régime, dans Revue, t. XXIII, 
p. 8. Cf. Roubin, La vie commerciale des Juifs comladins en Languedoc, Revue, 
t. XXXVI, p. 84, note 2.— Pièces justificatives, VI. 

2. Monin, Revue, t. XXIII, p. 90. 

3. Pièces justificatives, Vil. 

4. Pièces justificatives, X. 

5. lbid, XI. 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

accordée ou non aux fabricants de bonneterie, il est hors de doute 
que L'entrée dans leur Corps resta interdite aux Juifs. 

('eux d'entre eux qui avaient brigué la maîtrise dans la commu- 
nauté des marchands de soieries ne furent pas plus heureux dans 
leurs tentatives. 

Nîmes était alors le principal centre des soieries languedociennes; 
elle occupait le premier rang pour la filature et comptait pour le 
tissage 3.000 métiers qui livraient au commerce surtout des étoffes 
légères de soie pure ou mélangée qui correspondaient mieux que 
celles fabriquées à Lyon au goût du jour. Elle comptait de nom- 
breux habitants qui vivaient uniquement de la soie, principalement 
de la fabrication des bas, qu'elle exportait en Espagne et en Portu- 
gal. Le sous-inspecteur Jubié en apprécia, en 1785, de 60 à 
80.000 douzaines de paires, la production à Nîmes et dans les 
environs 1 . Nos fabricants possédaient un privilège et ils tenaient 
à le conserver à tout prix. Craignant de voir de plus en plus la 
ville de Nîmes envahie par les soieries du Comtat, où la main- 
d'œuvre, nous l'avons dit, était bien moins chère qu'en Languedoc, 
ils n'hésitèrent pas, pour mieux atteindre leurs ingénieux concur- 
rents, aies accuser de se livrera la fraude et au vol 2 . « L'admis- 
sion des Juifs dans les deux fabriques en soie de cette ville, ainsi 
s'exprime le syndic Louis Dumas, serait d'autant plus pernicieuse 
et destructive que déjà on n'éprouve que trop que les liaisons que 
ceux de cette nation qui habitent cette ville ont avec ceux d'Avi- 
gnon leur devient funeste 3 .» Et à l'appui de son assertion, le 
syndic signale le fait suivant : « A la dernière foire de Villeneuve \ 
ils ont donné des bas de soie à cinquante sols la paire 5 . » Or, ces 
bas se vendaient alors, en général, de 3 à 6 ou 7 livres la paire 6 . 
Cette accusation de concurrence déloyale aurait donc pu avoir sa 
valeur, si nos bons fabricants n'avaient, à dessein, oublié que 
fabriqués avec les soies inférieures, le prix des bas dépendait 
surtout des broderies et qu'eux-mêmes, chose plus grave, étaient 
parfois heureux de recourir aux Juifs pour leur céder à bas prix 
des marchandises démodées ou non vendues, que ceux-ci allaient 
ensuite détailler dans les campagnes 7 . 

1. Dutil, L'état économique du Languedoc à la fin de l'ancien régime, p. 489. 

2. Pièces justificatives, IX. 

3. Ibid. 

4. Villeneuve-les-Avignon, dép. du Gard. 

5. Pièces justificatives, IX. 

6. Dutil, ouvr. cité, p. 486. 

7. Ibid, p. 745. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLES 237 

Mais, pour conserver intacts leurs privilèges, rien ne pouvait 
arrêter les négociants nîmois. Le juif, pour eux, était le concurrent 
redoutable. De là, ces poursuites continuelles, ces accusations 
sans preuve, de vente de «soyes piquées», de mouchoirs fabriqués 
en Espagne bien que revêtus du plomb de fabrique de Nîmes, 
d'excitation d'enfants et d'ouvriers au vol, de tromperie sur la pro- 
venance des marchandises, de violation des ordonnances leur 
interdisant de se livrer au commerce « des draperies, toileries, 
claincailleries, de tenir magasins, entrepôts et même d'ouvrir 
boutique ' ». 

L'Inspecteur des manufactures, Lausel, dont la bienveillance 
envers les marchands ne s'était point démentie, se montra cepen- 
dant fort indécis en la circonstance. ïl ne savait pas s'il fallait 
faire respecter les arrêts du Conseil des 29 février 1716 et 20 février 
1731 ainsi que l'ordonnance de Saint-Priest en date du 6 avril 1754, 
ou si, au contraire, « les Juifs qui payent la capitation à Nismes et 
les répartitions des Corps doivent être censés domiciliés, quoiqu'ils 
soient dans une ville où ils ne sont que tolérés 2 ». 

Il y a des courants que l'on ne remonte pas. Les marchands 
nîmois ne purent arrêter celui qui devait emporter leurs préven- 
tions surannées. Les anciens arrêts rendus contre les Juifs étaient 
devenus lettre morte, grâce à l'influence des idées libérales et 
des sentiments élevés qui s'étaient fait jour dans les esprits depuis 
les sages réformes de ïurgot. Le parlement de Toulouse en donna, 
le premier, l'exemple en autorisant deux Juifs de Nîmes, Moïse 
Mardochée et Salon Vidal, à acquérir des biens, meubles et immeu- 
bles dans le royaume 3 . L'édit du mois de novembre 1787, par 
lequel le ministre Lamoignon de Malesherbes autorisait les non- 
catholiques à s'adonner librement au commerce et aux arts indus- 
triels, semblait bien fait, d'autre part, pour donner satisfaction aux 
Juifs. «Permettons, ainsi s'exprime l'art. I, à ceux de nos sujets 
qui professent une autre religion que la religion catholique, apos- 
tolique et romaine, soit qu'ils soient actuellement domiciliés dans 
nos États, soit qu'ils viennent s'y établir dans la suite, d'y exercer 
leurs commerces, arts, métiers et professions, sans que, sous pré- 
texte de leurs religions, ils puissent être troublés ni inquiétés 4 . » 

S'autorisant de cet arlicle, un juif de Nîmes, Isaac Monteil tail- 
leur d'habits, fit signifier à Beck et Long, syndics des tailleurs, un 

1. Pièces justificatives, VIII. 

2. Pièces justificatives, VIII . 

3. Parlement de Toulouse. B. 1854. Cf. Koubin, dans Revue, t. XXXIV, p. 292. 

4. Voir plus loin le Mémoire de Mardochée Garcassonnc, p. 35. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

acte par lequel il sollicitait son admission dans leur corps, sous 
l'offre di i payer le droit d'entrée et de contribuer, pour sa quote- 
part, à la répartition, conformément aux règlements et statuts*. 
Fort embarrassés par cette demande, les syndics s'adressèrent à 
l'Intendant, qui, de son côté, s'empressa de solliciter l'avis de 
Phéline, son subdélëgué à Nîmes. Celui-ci provoqua aussitôt la 
réunion des maîtres tailleurs, qui n'alléguèrent contre Isaac Monteil 
d'autre motif de refus que sa qualité de juif, ajoutant toutefois 
qu'ils ne s'opposeraient point à son admission si l'Intendant en 
exprimait ouvertement la volonté. « Cette alï'aire est délicate, 
écrivit Phéline, d'après l'édit du mois de novembre dernier. . . 
Cette loy est generalle et embrasse tous ceux indistinctement qui 
ne proffessent pas la religion catholique romaine et par consé- 
quent les juifs tout comme les autres Cectaires... Cependant il 
répugne à des chrétiens de se voir associés avec des juifs et comme 
celte difficulté pourra se présenter dans plusieurs autres Corps 1 », 
le subdélégué n'hésita pas à demander à l'Intendant d'interroger à 
ce sujet le pouvoir central. Ballainvilliers se rendit à ce désir et le 
ministre, de Breteuil, fort de la décision prise naguère à l'égard de 
deux Juifs de Paris, lui ordonna de refuser à Isaac Monteil l'entrée 
dans le Corps des Marchands tailleurs. « Les Juifs, conclut le 
ministre, doivent se conformer, en vertu de l'art. 37 de l'édit du 
mois de novembre dernier, aux lois particulières sous lesquelles il 
leur est permis de vivre en France 2 . » 

Les Juifs ne reçurent pas un meilleur accueil de la part des mar- 
chands toiliers. Les syndics, Londès et Fabre, outre l'argument 
religieux produit par les maîtres tailleurs, invoquèrent contre les 
Juifs leur «malhonnêteté commerciale», leur « mauvaise réputa- 
tion », «l'infamie qui semble les suivre», « la répugnance invin- 
cible » qu'il y a « à fraterniser avec eux? ». Et comme tous ces 
arguments ne leur paraissaient pas susceptibles d'entraîner la 
conviction de l'Intendant, ils lui firent entrevoir la possibilité 
d'écarter les Juifs de la maîtrise en autorisant les corporations à 
soumettre leur élection au vote de leurs membres. « Il paroit 
s'ofrir, disent-ils, un moyen pour écarter les Juifs, sans contredire 
à l'édit concernant les non-catholiques, c'est d'autoriser les Corps 
dans lesquels les Juifs désireront detre admis, à délibérer sur 
leur demande, au scrutin, ce qui soumetra les individus à l'exa- 
men libre. » « N'a-t on pas lu, d'autre part, dans la Gazette de Let/de 

\. Pièces justificatives, XIV. 

2. Ibid. 

3. Pièces justificatives, XV. Cf. lievue, t. XXXVI, p. 86. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLES 239 

que le Conseil d'État a rejeté la demande de certains Juifs qui sol- 
licitaient leur admission dans les Six-Gorps de commerce de la 
Ville de Paris 1 ?» 

L'Intendant montra d'autant moins d'empressement à accéder à 
la demande des syndics qu'elle était en opposition flagrante avec 
la loi qui régissait les maîtrises. Les marchands ne se troublèrent 
pas pour si peu. N'avaient-ils pas en réserve un dernier et décisif 
argument contre l'admission des Juifs : leur qualité d'étrangers? 

D'après eux, l'article premier de l'édit de novembre 1787 ne s'adres- 
sait qu'aux protestants, luthériens ou calvinistes, à l'exclusion des 
Juifs, qui, «n'étant pas naturalisés en France, ne peuvent pas être 
mis au nombre des sujets du Roi; ils sont étrangers, tout au plus 
domiciliés dans le Royaume. . . Ils forment une nation séparée des 
autres nations, elle a son gouvernement theocratique qui l'isole et 
qui rend les Juifs étrangers dans les autres États ; ils sont nommé- 
ment déclarés tels en France par les ordonnances, ce qui a l'ait 
passer en maxime qu'un juif n'est citoyen nulle part, et que, 
quoique né français, il est étranger dans chaque ville 2 »... 

Rallainvilliersne sut quel parti prendre. Gomment interpréter le 
silence de l'édit à l'égard dés Juifs? Étaient-ils compris dans 1rs 
mots «non-catholiques » et, par conséquent, autorisés à réclamer 
leur admission dans les différents corps des marchands, ou l'édit, 
en ne les nommant pas, avait-il entendu maintenir dans toute leur 
rigueur les lois antérieures qui les excluaient de toutes les Commu- 
nautés 3 ? 

Le ministre Delamoignon s'empressa de le tirer d'embarras en 
se refusant à donner à l'édit le sens libéral qu'il paraissait avoir. 
« Les Juifs, écrivit-il à l'Intendant, n'existans dans quelques parties 
de la France que sous des lois qui leur sont particulières et aux- 
quelles l'Édit n'a point dérogé, ils ne peuvent participer à la faveur 
que le Roy a accordée à ceux de ses sujets qui ne professent pas la 
religion catholique, qu'autant que Sa Majesté croirait devoir expli- 
quer ses intentions à leur égard d'une manière spéciale s . » 

Dès que la décision du ministre lui fut connue, Mardochée Car- 
cassonne, un des membres les plus importants de la Communauté 
israélite de Nîmes, adressa à l'Intendant du Languedoc, en réponse 
à cette fin de non-recevoir qui lui paraissait inadmissible, un 
mémoire dans lequel il combattait avec énergie l'interprétation des 

1 . Pièces justificatives, XV. 

2. Pièces justificatives, XVII. 

3. Ibid, XVI. 

4. Ibid., XVIII. Cf. Revue, t. XXXVI, p. 86. 



•240 REVUE DES ETUDES JUIVES 

marchands toiliers et revendiquait hautement pour lui et ses core- 
ligionnaires, le droit à l'admission dans leur corporation. 

Ce mémoire '. que nous reproduisons ci-après, était accompagné 
de la lettre suivante : 

Monseigneur, 

Je prends la liberté de vous adresser sous ces plis un petit mémoire 
relatif à une contestation qui s'est élevée à mon nom contre les mar- 
chands milliers de la ville de Nismes, j'ose espérer que votre Grandeur 
voudra bien le lire et se pénétrer des moyens qu'il renferme pour faire 
cesser des obstacles que je ne croyais pas devoir éprouver. 

Ce n'est pas pour moi seul que je plaide, c'est plutôt pour la ville de 
Nismes, dont je suis depuis longtemps l'habitant, mon admission y fera 
entrer un numéraire immense qui alimentera et augmentera singulière- 
ment son commerce et sa population. 

J'aurais pu ajouter bien de reflexions à mon mémoire, mais elles 
n'echaperont pas à Votre Grandeur et je dois me borner à Lui donner 
l'assurance du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être 
Monseigneur 

Votre très humble 
Et très obéissant serviteur, 
Mardochée de Carcassonne. 



Nismes, ce 25 avril i 



Mémoire 



Pour S. Mardochée Carcassonne, m d juif habitant de la ville de Nîmes. 

L'exposant réside dans la ville de Nîmes depuis plusieurs années, il y 
paye la capitation, la taille industrielle et participe aux frais de la levée 
des soldats provinciaux, c'est-à-dire qu'il supporte sa quôte part de toutes 
les charges reparties sur les citoïens de la ville. 

Jusques a présent l'exposant s'est borné à faire le commerce que les lois 
du royaume lui permettaient, mais outre que celui qu'il veut entreprendre 
aujourd'hui ne paraît pas lui avoir été jamais défendu, il aurait 
acquis toute liberté depuis la promulgation de l'édit de novembre 1787, 
qui est une loi de grâce et de faveur. 

En exécution de cet édit, l'exposant voulu [sic) devenir marchand 
toillier, dentellier et canabassier de la ville de Nîmes, il a fait offre aux 
sindics de ce corps du droit d'entrée porté par les statuts, et il y a ajouté 
l'offre encore plus étendue de payer sa quôte part de repartitions qui 
sei-oient faites pour l'extinction des dettes du même corps. 

Ces offres ont été refusées, un dépôt a été t'ait et une instance a été 
engagée devant les officiers municipaux. 

i. Arcli. dép. de l'Hérault, série C. 2747. 



LÈS JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLES 241 

Los sindicsdes marchands toilliers refusent l'admission de l'exposant 
au prétexte qu'il est juif, que Ledit de novembre 1787 n'est pas fait pour 
ceux qui professent sa religion, que le conseil du Roi l'a ainsi jugé au 
profit de l'un des six corps des marchands de Paris, suivant la Gazette de 
L'ayde, à quoi ils ajoutent une décision beaucoup plus respectable, celle 
de M. le Garde des Sceaux, manifestée à M. l'Intendant. 

L'exposant n'est point effrayé parle nombre des exceptions qu'on lui 
oppose, il croit qu'elles ne peuvent pas soutenir la discussion. 

Il sait premièrement que tout commerce a été dans tout le tems libre 
de sa nature, que jamais on n'a cherché à l'envellopper d'entraves, parce 
qu'on a été convaincu de son utilité, et que ce serait vouloir l'étouffer 
que de l'assujetir à la moindre gêne. 

Il sait 2° que le commerce de la toillerie n'a jamais été regardé dans la 
ville de Nîmes comme un art ou profession qui assujetit à une maîtrise, 
ni que pour parvenir à celle-ci il fut nécessaire du rapport d'un certificat 
de catholicité. 

Usait 3° que quand même ce rapport eut été nécessaire, cet obstacle 
auroit disparu par les dispositions de l'article I de Ledit de novembre 
1787, qui porte en toutes lettres : « permettons à ceux de nos sujets qui 
professent une autre Religion que la Religion catholique, apostolique et 
romaine, soit qu'ils soient actuellement domiciliés dans nos Etats, soit 
qu'ils viennent s'y établir dans la suite, d'y exercer leurs commerces, 
arts, métiers et professions, sans que sous prétexte de leurs religions, ils 
puissent y être troublés ni inquiétés ». 

Cette disposition est claire et précise et s'applique à l'exposant puisque 
l'exposant professe une religion différente de la religion catholique, apos- 
tolique et romaine, et qu'à l'époque de sa promulgation, et longtemps 
auparavant, il était sujet du Roi, puisqu'il habitait dans son Royaume et 
qu'il payait sa portion des charges royales et municipales de la ville de 
Nismes. 

On ne peut pas lui dire que Ledit dont s'agit n'a pas eu en vue les 
juifs, mais seulement les diférentes sectes chrétiennes, dès lorsque l'art. 
25 porte : « si ce n'est que l'enfant fut né de père et mère d'une secte 
» qui ne reconnoit pas la nécessité du baptême, auquel cas ceux qui se 
» présenteront déclareront la naissance de l'enfant, la secte dans laquelle 
» il est né et justifieront que le père et la mère ont été mariés dans la 
» forme prescrite». 

Si comme l'exposant le croit, toutes les sectes chrétiennes regardent la 
nécessité du baptême comme indispensable, il est de toute évidence que 
la disposition de l'article ci-dessus se rapporte principalement à ceux 
qui suivent la loi de Moïse et l'exposant observe qu'il doit d'autant plus 
jouir de l'effet de cette loi qu'il si est déjà conformé en déclarant son 
mariage devant M. le juge mage de Nismes, ainsi que la naissance des 
enfants auxquels il a donné le jour. 

4° Le préjugé annoncé parla Gazette de L'ayde et démenti postérieu- 
rement par des feuilles publiques plus authentiques et qui méritent plus 
T. LXVII, n« 134. 16 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de croyance, ne peut pas faire, des sensations, il n'est pas circonstancié, et 
s'il existe, il faut croire qu'il a eut (sic) pour base le privilège particulier 
d'une corporation, qui lors de son érection n'a pas été soumise aux règles 
de celles qui sont répandues dans le reste du Royaume. 

Gomment pourrait-on le croire, en effet, quand on a vu les marchands 
de Montpellier, aussi jaloux de leurs prérogatives que ceux de Nimes, 
recevoir sans scrupule et sans opposition, sous les yeux môme de M. 
l'Intendant de la province, diférents juifs dans leurs communautés. 
5° Enfin la décision de M. le Garde des sceaux, ou n'existe point, 
ou a été surprise, car l'édit de novembre 1787 qui est son ouvrage est 
tellement clair et précis qu'il n'est pas possible de refuser l'application des 
dispositions qu'il renferme aux juifs déjà établis dans le Royaume ou qui 
voudront s'y établir dans la suite, l'exposant en a pour garrants les art. 
1 et *2."> par lui déjà cités. 

Il ajoutera que s'il étoit possible qu'on eut oublié les juifs dans cet 
édit, il faudrait par une loi nouvelle les faire participer aux faveurs 
qu'il renferme. 

D'abord, pareequ'en ouvrant un champ plus vaste à leur industrie et 
la tirant du cercle étroit ou elle avait été jusqu'à présent circonscrite, on 
auroit trouvé un moyen sur de la rendre plus utile pour eux et pour ceux 
avec lesquels ils sont en usage de traiter. 

D'un autre côté, tout (sic) leur biens consistant en numéraire, ce sera 
un moyen certain d'augmenter la masse de celui qui circule dans le 
Royaume, d'en enrichir le commerce et d'en faire partager le bénéfice 
aux cultivateurs et aux consommateurs. 

Enfin et pour ce qui concerne la ville de Nismesen particulier, environ- 
née comme elle l'est par les carrières juives d'Avignon, de Garpentras, 
Lille et Cavaillon, elle attirera dans son sein toutes les richesses qui, 
jusques à présent, ont résidé et fructifié dans cette contrée étrangère qui 
les a reçues et les possède encore. 

Tout concours (sic) donc à nécessiter l'admission que l'exposant solli- 
cite, ses frères attendent quel sera le sort de sa demande, déterminés à se 
fixer en France, s'il leur est permis d'y faire le commerce, ils se verroient 
à regret forcés de porter ailleurs leur industrie et leurs capitaux. 

L'exposant ne sollicite pas pour lui seul, sa cause est celle de tous les 
Juifs déjà et depuis longtemps domiciliés à Nismes et qui en supportent 
ainsi que l'exposant toutes les charges, et celle de tous ceux qui, répan- 
dus sur le Gomtat-Venaissin, n'attendent pour le quitter que le moment 
ou la France voudra bien leur permettre d'y exercer leur commerce pour 
lequel il semble qu'ils ont toujours été destinés. 

Tous les faits dont on vient de faire le détail sont établis et justifiés par 
des pièces probantes et authentiques qui ont été remises et sont encore 
entre les mainsde M. Martin, premier consul, maire de la ville de Nirnes 1 . 



\. Arch. dép. de l'Hérault, C. 2747. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XVIII* SIÈCLES 243 

Bien qu'à Montpellier les marchands eussent reçu, « sans scru- 
pule et sans opposition », dès la promulgation de l'édit de 1787, 
divers Juifs dans leurs communautés, l'Intendant du Languedoc 
ne voulut pas ou n'osa pas donner satisfaction à Mardochée 
Garcassonne. 

De multiples et impérieuses préoccupations absorbaient, d'ail- 
leurs, toute son attention. Il entendait souffler les premiers oura- 
gans de la Révolution, qui ébranlèrent si fortement l'ancien monde 
qu'il s'écroula, emportant dans sa chute, avec les préjugés et le 
fanatisme, jurandes, maîtrises et corporations. 

Mais, si les Juifs purent jouir des bienfaits de la liberté, ils con- 
nurent aussi les mauvais jours de la Révolution. A l'égal de leurs 
concitoyens, ils furent victimes des lois de la Terreur. Leur ministre 
officiant, Mardochée Mirargue dut abjurer «l'état» de ministre 
du culte et s'incliner, le 9 pluviôse 1793, devant la déesse Raison*. 
Dénoncé à son tour, le 26 prairial, par le comité de Surveillance, 
Jassé Garcassonne, marchand de mules, fut écroué le 30 à la cita- 
delle, transféré au Palais le 30 messidor et exécuté le premier ther- 
midor. Sur le rapport de Régnard, inspecteur des charrois, un autre 
Juif, Crémieu, préposé aux achats de mulets, fut écroué au Palais 
le 15 floréal 1793, an II, et transféré le 17, à Nice. 2 

Loin cependantde marchander leur dévouement à la République, 
les Juifs de Nîmes furent, au contraire, les premiers parmi leurs 
concitoyens à répondre à l'appel de la patrie en danger et à offrir 
toutes les pièces d'argenterie — elles étaient au nombre de dix- 
sept— qui servaient à la célébration de leur culte. Ces pièces, 
apportées à la séance publique du district (18 frimaire 1793) « au 
nom des Juifs, leurs frères », par les citoyens Vincent Péladan et 
Abraham aîné, membres et commissaires de la Société populaire, 
et qualifiées par le secrétaire Peyre « d'objets du fanatisme dont il 
n'existera bientôt aucune trace dans toute la République », furent 
évaluées par l'orfèvre Gulson, «à ces uns invité» par l'Assemblée, à 
la somme de 43 marcs, 4 onces et 2 gros. Gette modeste offrande 
était la preuve delà reconnaissance des Juifs envers la Révolution 
qui les avait tirés delà servitude. 3 

S. Kahn. 



1. François Rouvière, Hist. de la Révolution française dans le dép. du Gard, 
t. IV, p. 395, 459 et 473. Cf. Léon Kahn, Les Juifs de Paris pendant la Révolution, 
p. 184 et 233. 

2. François Rouvière, ouvr. cité. 

3. Pièces justificatives, XIX. 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

PIÈCES JUSTIFICATIVES 

29 février 1716. 

Extrait des Registres du Conseil d'État 1 . 

Le Roy étant informé que le parlement de Toulouse auroit, par plu- 
sieurs arrêts des 2e décembre 1695, 5 avril 1098, 18 février 1705, 
1 er mars 1700, juillet 1708 et 15 février 1713, permis à Abraham de 
Garcassonne, Israël et Natan Astruc, marchands juifs residans à Avignon, 
d'acheter, vendre et débiter touttes sortes de marchandises de soye, laine 
et autres neuves ou vieilles pendant un mois des quatre saisons de l'an- 
née, dans les villes de Toulouse, Montpelier, Pezenas, Narbonne, Béziers 
et autres villes et lieux de la province de Languedoc et du ressort dud. 
parlement à la charge de donner par lesd. Juifs au greffe dud. parlement 
et à ceux des hôtels de ville la déclaration de leur arrivée et sortie, avec 
deftenses aux maires et conseils, du corps des marchands et autres par- 
ticuliers desd. villes, de leur apporter aucun trouble ni empêchement 
dans la liberté de leur comerce à peine de 4000 1. d'amende, et même 
en cas de contravention ausd. arrêts, il auroit ordonné qu'il en seroit 
informé par le premier Juge royal requis, pour l'information raportée 
être décerné par led. parlement tel décret que de raison, et sa majesté 
considérant qu'elle seule peut permettre aux juifs de venir et séjourner 
dans le royaume au préjudice des ordonnances qui leur ont deffendu 
l'entrée, veu lesd. arrêts, ensemble Tarrest du Conseil du 15 février 1710, 
par lequel sa majesté auroit cassé et annullé un arrest du 25 sept. 1709, 
par lequel le parlement d'Aix auroit permis à plusieurs Juifs residans à 
Avignon de comercer en Provence pendant les premiers mois des quatre 
saisons de l'année et auroit fait deffenses aud. parlement d'en rendre de 
semblables à l'avenir, et enjoint aux juifs de sortir de son royaume sans 
aucun delay, à peine d'encourir la rigueur des ordonnances. Ouy le ra- 
port, le Roy étant en son Conseil, de l'avis de Monsieur le duc d'Orléans, 
régent, a ordonné et ordonne que le Procureur général de sa majesté au 
parlement de Toulouse snvoyera incessament au Con Bl les motifs desd. 
arrêts intervenus aud. parlement, et cependant par provision, jusques a 
ce qu'autrement en ait été par elle ordonné, enjoint ausd. Carcassonne, 
Astruc et autres juifs résidens à Avignon de sortir de la province du 
Royaume sans aucun delay et leur fait très expresses inhibitions et def- 
fenses d'y venir et séjourner à peine d'encourir la rigueur des peines 
portées par les ordonnances rendues contre eux. Fait au Conseil d'État 
du Roy, Sa Majesté y étant, Monsieur le duc d'Orléans présent, tenu à 
Paris, le vingt neufvieme jour de février mil sept cent seize. Signé Phely- 
peaux. 

1. ArchiTes dép. de l'Hérault, C. 2743. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLES 245 

Louis par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, an premier 
notre huissier ou sergent sur ce requis, nous te mandons et coman- 
dons, de l'avis de notre très cher et très amé oncle le duc d'Orléans 
régent, que l'arrest cy attaché sous le contre scel de notre chancelerie, 
ce jourd'huy donné en notre Conseil d'État nous y étant, tu signifie à tous 
qu'il aparliendra par les causes et considérations y contenues et que tu 
fasses en vertu d'iceluy et des présentes touttes sommations contraintes 
et actes de justice que besoin sera, sans autre permission, car tel est 
notre plaisir. Donné a Paris le vingt neuvième février, l'an de grâce mil 
sept cens seize et de notre règne le premier. 

Signé Louis, et plus bas, par le Roy, le duc d'Orléans, régent, présent. 

Signé Phelypeaux. 

Nicolas Delamoignon, chevalier, Comte de Launay Courson, seigneur 
de Bris Vaugrigneuse, marquis de Lamothe, Conseiller d'Etat ordinaire 
et Intendant de Languedoc. 

Veu l'arrest du Conseil cy dessus, 

Nous ordonnons que led. arrest du Conseil sera exécuté selon sa 
forme et teneur. 

Fait à Montpellier le 11 e mars 1716. 

Delamoignon. 

Par mon Seigneur 
Sivié. 



A Nismes le 19 7bre 1729 l . 

Monsieur, 

Jay reçu la lettre que vous mavés fait l'honneur de mecrire le 7 e de ce 
mois au sujet des plaintes qui ont été portées à M. le Controlleur géné- 
ral de la part des m ,s de cette province sur la liberté que prenoint quel- 
ques juifs d'Avignon de vendre des étoffes à boutique ouverte, il est 
certain, Monsieur, que les juifs n'ont jamais eu icy de boutique, il est 
vray qu'ils viennent de tems en tems passer icy quelques jours de chaque 
saison pour y vendre des étoffes et que ceux qui veulent en achetteret 
avoir lavantage du choix sur les autres vont les trouver dans un grenier 
hors la ville ou ils logent, mais leur uzage le plus ordinoire est de 
porter leur marchandizes dans les maisons et de vendre pour ainsy dire 
sous le manteau. Si les ventes faites dans cette forme, Monsieur, portoint 
quelque préjudice au comerce il seroit important de les arretter, mais le 
comerce en général ne souffre nullement de celuy que font les juifs 
pareeque tout ce qu'ils vendent est fabriqué dans le Royaume et que par 
l'uzage ou ils sont de saccomoder de tout ce que les particuliers ont de 
vielles robbes et de vieux haillons, ils leur facilitent donc —manière qui 
leur est avantageuse— les moyens dachetter, et augmentent considéra- 

1. Arch. dép. de l'Hérault, C. 2743. 



246 REVUE DES ETUDES JUIVES 

blement parla une consommation qui ne se feroit point sans eux, il est 
vray, M r , que les particulier qui font comerce en détail des étoffes de soye 
et de celles mêlées d'or et de soye trouvent que les juifs leur enlèvent 
beaucoup de pratiques, mais le public qui trouve des facilités et des 
avantages a achetter des juifs qu'il en trouve point ailleurs ne doit point 
souffrir sous prétexte de ce préjudice particulier qui se reduiroit à rien si 
les m (ls en détail qui sont icy en très petit nombre vouloint se mettre sur 
le pied de vendre aussi bon marché que les juifs, ce qu'ils ne font que 
lorsque les juifs arrivent dans cette ville. Ainsi, M r , a bien considérer la 
plainte des m ds par rapport à cette ville il paroit quelle est mal fondée 
en ce quelle contient que les juifs y vendent à boutique ouverte et que 
lavantage du public doit prévaloir a celuy de deux ou trois particuliers 
qui sont d'intelligence pour vendre bien cher, dautant mieux que le co- 
merce des juifs ne fait qu'une partie du leur et que par celuy des draps, 
des galons et de bien d'autre marchandize ils se dedomagent parfaitement 
du préjudice que les juifs peuvent leur porter. Si on considère bien cette 
affaire, Monsieur, on jugera que le comerce des juifs est trop utile au 
public pour ne pas le permettre ou du moins le tolérer pendant quinze 
jours interrompus des quatre différentes saizons de launée, ainsy que je 
lay vu pratiquer par des permissions particulières de feu M. le Marquis 

de la Vrillière. 

Je suis avec respect etc. 

Signé Novy subd. 

III 

De Par le Roy \ 

Ordonnance du 46 février 1745, 
qui fait défenses aux Juifs de trafiquer, vendre, ni débiter aucunes 
marchandises dans la ville et fauxbourgs de ISismes, sous peines de 
confiscation desdites marchandises. 

A Monseigneur Le Nain, Conseiller du Roy, 
Intendant en la Province de Languedoc. 

Supplie humblement les Sindics du Corps des Marchands de la ville de 
Nismes vous représentent que par une ordonnance rendue sur les remon- 
trances des marchands, de la ville de Montpellier, le 14 janvier 1732, par 
M. de Bernage, votre prédécesseur, il ordonna l'exécution des arrêts du 
Conseil des 29 février 1716 et 20 février 1731 et en conséquence il fit 
défenses aux Juifs de trafiquer, vendre ni débiter aucunes marchandises 
dans les villes et lieux de la Province, mêoie d'y séjourner, sous les 
peines portées par les ordonnances contre eux rendues, et de confiscation 
des marchandises ; fait pareillement défenses à toutes personnes de 
recevoir les marchandises appartenant aux Juifs, à peine de cinq cens 
livres d'amende; au mépris de ces arrêts et de cette ordonnance, les Juifs 

1. Arch. dép. de l'Hérault, C. 2747, 



LES JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLES 247 

entreprennent journellement de venir dans la ville de Nismes y faire leur 
commerce, ils achètent, des ouvriers, toute espèce d'étoffes fabriquées 
contre ce qui est prescrit par les reglemens, et cela pareequ'ils ne sont 
point sujets à la visite des Jurés-gardes des marchands ; ensuite ces mar- 
chandises défectueuses sont vendues à vil prix au public, qui se laisse 
facilement surprendre par raport au bas prix qu'on y met ; il se glisse 
encore un autre inconvénient, c'est que la facilité qu'il y a de vendre aux 
Juifs, porte bien souvent les garçons de boutique ou les propre fils des 
marchands à prendre des marchandises que les Juifs achètent sans aucune 
délicatesse ; enfin les Juifs trouvent des retraites pour entreposer leurs 
marchandises, ce qui les favorise d'autant plus dans leur commerce ; mais 
comme toutes ces contraventions sont contraires à l'esprit des Arrêts du 
Conseil et de votre ordonnance et qu'elles occasionnent un préjudice 
notable aux marchands et particulièrement à ceux de Nismes, les Sup- 
plians ont recours à Votre Grandeur pour y être pourvu. 

A ces causes, vu l'Extrait de l'ordonnance de M. de Bernage du 
14 janvier 1732, il plaira à vos grâces, Monseigneur, ordonner de plus 
fort l'exécution des Arrêts du Conseil du 25 février 1716 et 20 février 1731 
et de ladite ordonnance du 14 janvier 1732 et en conséquence faire très 
expresses inhibitions et défenses aux Juifs de trafiquer, vendre ni débiter 
dans la ville de Nismes aucunes marchandises de quelle qualité et espèce 
qu'elles soient, même de séjourner dans ladite ville en aucun tems de 
l'année, sous les peines portées par les Ordonnances rendues contre eux, 
et de confiscation de leurs marchandises; comme aussi faire inhibitions 
et défenses à toutes personnes de quelle qualité et condition qu'elles 
soient de recevoir ni permettre qu'on entrepose chez eux aucunes mar- 
chandises appartenant aux Juifs, à peine de cinq cens livres d'amende et 
d'être punis comme désobéissans aux ordres du Roy ; permettre aux 
Jurés-gardes des marchands de la ville de Nismes de visiter, faire saisir 
et arrêter les ditesmarchandises par tout où elles se trouveront, et afin que 
personne ne prétende cause d'ignorance, ordonner que l'ordonnance qui 
interviendra sur la présente Requête sera lue, publiée et affichée partout 
où besoin sera, et ferés justice. Pralon Signé. 

Veu la présente Requête, les Arrêts du Conseil des 29 février 1716 et 
20 février 1731, portant défenses aux Juifs de trafiquer, vendre, ni débiter 
des marchandises dans aucunes Villes et Lieux du Royaume, autres que 
ceux où ils sont domiciliés ; ensemble l'avis du sieur de Montferrier, sin- 
dic général de la Province. 

Nous ordonnons que lesdits Arrêts du Conseil des 29 février 1716 et 
20 février 1731 seront exécutés selon leur forme et teneur, en conséquence 
faisons itératives défenses aux Juifs de trafiquer, vendre, ni débiter 
aucunes marchandises dans les Ville et Fauxbourgs de Nismes, à l'ex- 
ception toutesfois des tems des Foires seulement, s'il y en a dans la dite 
ville, sous les peines portées par les ordonnances rendues contre eux et 
de confiscation desdites marchandises; faisons défenses pareillement ci 
toutes personnes de quelle qualité et condition qu'elles soient, de recevoir 



248 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ni permettre qu'on entrepose chez eux aucunes marchandises appartenant 
aux Juifs, à peine de cinq cens livres d'amende et d'être punis comme 
désobéissans aux ordres du Roy ; permettons aux Jurés-gardes des mar- 
chands de la dite ville de Nismes de visiter, faire saisir et arrêter lesdites 
marchandises, partout où elles se trouveront. Enjoignons tant à votre 
subdélégué qu'à l'Inspecteur des manufactures du département de Nismes 
de tenir chacun en droit soi la main à exécution de la présente 
ordonnance, laquelle sera lue, publiée et affichée partout où besoin 
sera. 

Fait à Montpellier le 16 février 1745. Signé Lenain : Et plus bas: par 
Monseigneur, Dheur. 

A Montpellier, de l'Imprimerie d'Augustin-François Rochard, seul im- 
primeur du Roy, 1745. 



IV 



Ordonnance A Monseigneur le Vicomte de Saint-Priest, 

du 6 avril 1754. Intendant de Languedoc 1 . 

Suplient humblement les sindics du Corps des marchands de la ville 
de Nismes, vous remontrent qu'en exécution des arrêts du Conseil du 
29 février 1716 et 20 février 1731, MM. Debernage et Lenain, vos prédé- 
cesseurs, ont rendu plusieurs ordonnances qui font deffenses aux Juifs 
de trafiquer et vendre dans cette province et nottemment par une der- 
nière ordonnance de M. Lenain du 16 février 1745, que les supliants 
désirent de faire renouveller, afinque les dits reglemens soient exécutés 
de votre autorité. 

A ces causes. Vu un exemplaire de la dite ordonnance du 16 février 1745. 
Il vous plaira, Monseigneur, ordonner que les arrêts du Conseil et 
ordonnances de MM. Debernage et Lenain seront exécutées selon leur 
forme et teneur, en conséquence faire itératives deffenees aux Juifs de 
trafiquer, vendre ni débiter dans la ville de Nismes aucunes marchan- 
dises de quelle qualité et espèce qu'elles soient, même de séjourner dans 
la dite ville en aucun teins de l'année, sous les peines portées par les 
ordonnances rendues contre eux et de confiscation de leurs marchan- 
dises, comme aussi faire inhibition et deffenses à toutes personnes de 
qu'elle qualité et condition qu'elles soient, de recevoir ny permettre qu'on 
entrepose chez eux aucunes marchandises apartenantes aux Juifs, à peine 
de cinq cent livres d'amende et être punies comme désobéissans aux 
ordres du Roy, permettre aux Jurés-Gardes des marchands de la ville de 
Nismes de visiter, faire saisir et arrêter les dites marchandises par tout 
ou elles se trouveront, et afin que personne n'en prétende cause d'igno- 
rance, ordonner que l'ordonnance qui interviendra sur la présente requête 
sera lue, publiée et affichée par tout ou besoin sera et faire justice. Cha- 
mand signé. 

\. Archives dép. de l'Hérault, G. 2747. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII* ET AU XVIII e SIÈCLES 249 

Vu la présente Requête, les arrêts du Conseil du 29 février 1716 et 
20 février 1731 portant 'deffenses aux Juifs de trafiquer, etc. 

Nous ordonnons que les dits arrêts et ord ,es seront exécutés selon leur 
forme et teneur, en conséquence faisons itératives deffenses aux Juifs de 
trafiquer, vendre ny débiter aucunes marchandises dans la ville et faux- 
bourg de Nismes, à l'exception cependant des temsde foires dans la dite 
ville, s'il y en a, sous les peines portées par les ordonnances rendues 
contre eux et de confiscation des marchandises, comme aussi à toutes 
personnes de recevoir n'y permettre qu'il soit entreposé chez eux aucunes 
marchandises appartenant aux Juifs à peine de cinq cent livres d'amende 
et être punis comme désobéissans aux ordres du Koy. Permettons aux 
Jurés-Gardes des m ds de la ville de Nismes de visiter, faire saisir et arrêter 
les dites marchandises par tout ou elles se trouveront, enjoignons tant à 
notre subdélégué qu'à l'Inspecteur des manufactures au département de 
Nismes de tenir chacun endroit soy la main à l'exécution de la présente 
ordonnance, etc. 

Fait à Montpellier le 6 avril 1754. De Saint-Priest, signé et plus bas par 
Monseigneur Soefve signé. 

Ce jourd'hui dix neufvieme jour du mois d'avril après midy par nous 
Joseph Paysac, garde en laconnetablie de France, habitant à Nismes sous- 
signé, à la requête de M rs les sindics du Corps des marchands de cette 
ville de Nismes ou ils ont domicile chez M r Lambremond l'un d iceux, et 
en vertu de l'ordonnance de M* r de S l -Priest, intendant de cette province, 
en date du sixième du courent, qui fait deffenses aux Juifs de trafiquer, 
vendre ny débiter aucune sorte de marchandises dans la ville et fauxbourg 
dudit Nismes, sous les peines portées par les dites ordonnances, nous 
sommes transportés dans l'intervale requise, assisté de Charles Vapaly, 
trompeté ordinaire dudit Nismes, aussi soussigné, audevant de la porte 
de M r le Commandant de la dite ville, audevant celle du Palais, audevant 
celle de M r Tempié, subdélégué de l'Intendance, audevant celle des Eglises 
cathédrale etparoisalle Saint-Castor et S l -Jean de ladite ville, ensuite à la 
place publique, à celle de la Trésorerie, à celle du Marché, à celle des 
Cazernes, à celle hors la porte de la Couronne et de la Salamandre, à celle 
hors la porte S'-Antoine, au millieu du fauxbourg de la Carreterie et aux 
autres principaux coings des principales rues dudjt Nismes, ou ayant été à 
chacun des susdits endroits, nous avons fait sonner ledit Vapaly de sa trom- 
peté, et ensuite de la part du Roy et de mond. seigneur l'Intendant, nous 
avons procédé à la lecture et publication de la dite ordonnance, tout au 
long, pour que personne n'en ignore et ny contrevienne, sous les peines y 
portées et avons fait afficher à chacun des susdits endroits par ledit Vapaly 
une copie en imprimerie de la susditeordonnance, afin qu'elle soit connue 
et notoire à tout le public, et de suite nous avons intimé et signiffié la sus- 
dite ordonnance au nommé Lyon, march d juif, habitant audit Nismes, au- 
quel avons fait deffenses d'y contrevenir, au contraire lui avons enjoints de 
s'y conformer sous les peines y portées et lui avons baillé copie tant de 
la susdite ordonnance en imprimé que de cet exploit de signiffication, etc. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



A Paris ce 29 août 1775 l . 
Monsieur, 

Le sieur Sollon, Juif de nation, résident à Nismes, se plaint de ce que 
les officiers municipaux de cette ville Font compris aux rollcs de la Gap on 
et industrie, quoi qu'il ne soit aggrégé à aucun corps de marchands et que 
depuis huit ans qu'il demeure à Nismes il n'ait jamais été imposé. Il pro- 
pose de contribuer aux impositions roiales et aux charges de la commu- 
nauté dont il deviendra membre, si l'on veut lui permettre de tenir bou- 
tique ouverte : actuellement il ne fait autre chose que faire valoir son 
argent sur la place comme simple particulier: 

Je ne puis faire d'autre usage de ce mémoire que vous l'envoier en vous 
priant de faire ce qui dépendra de vous pour procurer à ce particulier la 
justice qui pourra lui être due d'après la veriffication des faits. 

Je suis etc. 

D'Ormesson. 
M. de S l -Priest. 

VI 

Monseigneur, 

Il s'élève dans la Fabrique de Nismes une question très délicate à 
laquelle je n'ai pas répondu positivement lorsqu'on m'a consulté, j'ai 
cependant rassuré les fabriquands par la réponse dont je vais avoir 
l'honneur de vous rendre compte. Mais, permettez, Monseigneur, que je 
vous supplie de m'indiquer ce que vous jugeriez à propos que l'on fasse à 
cet égard. 

Il s'est introduit dans la fabrique de Bonnetterie des Juifs qui ont 
voulu forcer la main aux fabriquands pour les admettre dans leur corps. 
Ceux-ci ont fait refus. Mais quelques-uns d'entre eux ont passé des 
Brevets d'apprentissage à de jeunes Juifs et par là ont semblé leur frayer 
une route à la réception à la maîtrise. La plus grande partie des maîtres 
s'est allarmée et presque tous ont réclamé contre un pareil abus ; ils me 
sont venus demander s'il n'était pas possible de les exclure, ne voulant 
pas prononcer sans votre consentement, je leur ai répondu que je ne 
croyais pas que les Juifs, chassés et bannis de France pour les crimes 
qu'ils avaient commis sous les règnes de Dagobert et de Philippe-le- 
Long, et n'étant pas encore rappelés, dussent être regardés comme 
citoyens. Que d'ailleurs, réputés pour états errants et vagabonds, il était 
d.ingereux de leur conférer une industrie que, d'un moment à l'autre, 
ils ponrroient transporter ailleurs. Je leur ai observé en outre que l'on 
ignorait pas que les Juifs se mêlaient d'un commerce destructif de l'in- 
dustrie : le piquage d'once ; que dès lors cette raison était assez consé- 

1. Arch. dép. de l'Hérault, G. 200ii. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XVIII» SIECLES 251 

quente pour opérer une décision. Je leur ai conseillé de s'adressera vous, 
Monseigneur, pour statuer. 

Daignez me faire connaître vos intentions et ce que vous voudrez bien 
décider à cet égard. 
J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, 
Monseigneur, 
votre très humble et très obéissant serviteur. 

Lausel * 
Nismes, 17 janvier 1784. 

VII 

Juifs à I\ismes. A Nismes, le 24 janvier 1784. 

Monseigneur, 

J'ay communiqué aux sindics des fabriquant de bas la lettre que vous 
m'avez fait l'honneur de m'écrire le 20 de ce mois pour qu'ils eussent à 
faire prendre une délibération portant deffenses de renvoi aucun Juif en 
aprentissage chez eux et de les admettre a la maîtrise. Cette délibération 
a été prise et les sindics se proposent de vous supplier de l'autoriser. Ce 
sont les J uifs qui favorisent les vols de soye de la part des ouvriers employés 
aux fabriques, et si ces gens étoient une fois autorisés a entrer dans les 
corps, il est certain, Monseigneur, qu'ils s'empareroient dans peu de tout le 
commerce de la ville et le détruiroient infailliblement par leurs infidé- 
lités qu'ils commettroient sans crupule. 

Je suis avec un profond respect, etc. 

Phkline*. 

V11I 
Juifs de Nismes. 

Monseigneur, 

Tous les Corps qui constituent le commerce de Nismes viennent de me 
porter contre les Juifs les plaintes suivantes : 

1° Au moyen de leur association avec les Juifs d'Avignon et de Car- 
pentras, ils achètent des soyes piquées, de sorte qu'il y a entre eux un 
trafique pernicieux pour la fabrique. Les soyes volées à Avignon sont 
vendues à Nismes, et celles qui le sont à Nismes sont vendues a Avignon. 

Les enfants volent leurs pères, les ouvriers les négotians, la facilité que 
les uns et les autres trouvent dans le mistère qui favorise leur brigandage 
fait que les vols sont très multipliés. 

2° Il y en a plusieurs de cette nation qui se mêlent de vendre des 
mouchoirs de soyes, ces mouchoirs sont des fabriques d'espagne et 
cependant ils sont revêtus du plomb de fabrique de Nismes, 

1. Arch. dép. de l'Hérault, G. 2747. 

2. lb. 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cette fraude est très difficile a découvrir, parce qu'ils ont entre eux 
tant de ressources qu'il faudrait les prendre flagrant i delicto pour les 
faire arrêter. 

3° Plusieurs d'entre eux présentent a acheter aux étrangers qui arrivent 
à Nismes des bas de soye, des pièces d'étoffes qu'ils donnent à bas prix, 
en alléguant pour raison à ces mêmes étrangers que ce sont des fabri- 
quands qui sont pressés pour des payemens et qui cherchent a faire de 
l'argent. 

4° Qu'ils s'immiscent a faire le commerce des draperies, toileries, clin- 
cailleries, sans être autorisés et qu'ils font le commerce au détriment de 
nos fabriques de Languedoc. 

5 e Qu'il y en a plusieurs qui tiennent Magasins, Entrepôts et qui même 
ouvrent boutique. 

Sur ces plaintes, Monseigneur, qui m'ont paru fondées et sur l'allarme 
qu'ont nos négotians, j'ai crû nécessaire de faire assembler une partie de 
ces Juifs, je leur ai représenté qu'en vertu des arrêts du Conseil des 
29 février 1716 et 20 février 1731 et d'une ordonnance rendue par vous, 
Monseigneur, le 6 avril 1754, il leur est deffendu de vendre aucune sorte 
de marchandises dans la ville et fauxbourgsde Nismes hors des temps de 
foire; qu'en conséquence j'allais vous instruire de tout et que s'ils avoient 
des exceptions ou privilèges ils eussent à vous les adresser. 

Quoique vous m'ayez enjoint, Monseigneur, par votre ordonnance du 
6 avril 1754 de tenir la main à l'exécution, je n'ai pas cru devoir aller 
plus avant, je n'ai agi que pour donner aux commerçans de Nismes la 
satisfaction qu'ils doivent attendre de votre ordonnance, et maintenir les 
Juifs dans un ordre convenable jusqu'à ce que vous veuliez prononcer sur 
leur sort et de quelle manière vous voulez que je fasse exécuter votre 
ordonnance. 

Daignez donc, Monseigneur, me donner vos ordres à ce sujet et décider 
si les Juifs qui payent la capitation à Nismes et les répartitions des Corps 
doivent être censés domiciliés, quoiqu'ils soient dans une ville ou ils ne 
sont que tolérés. 

Je suis avec un profond respect etc. 

Lausel 1 . 

Nismes, 8 may 1784. 

IX 

Monseigneur, 

En conséquence des ordres, qui nous ont été notifiés par M. Phélinc 
notre corps a pris la délibération ci-jointe, que nous vous supplions, Mon- 
seigneur, de vouloir bien authoriser et permettre qu'elle soit imprimée 
et affichée. 

L'admission des Juifs dans les deux fabriques en soie de cette ville 

1. Arch. dép. de l'Hérault, C. 2747. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLES 253 

serait d'autant plus pernicieuse et destructive que déjà on n'éprouve que 
trop, que les liaisons que ceux de cette nation qui habitent cette ville ont 
avec ceux d'Avignon, leur devient funeste; en ce que plusieurs d'entre 
eux se livrent au trafic odieux du piquage d'once, ce qui les a mis à 
même à la dernière foire de Villeneuve de donner des bas de soie à cin- 
quante sols la paire. 

La nouvelle création des maîtrises dont nous sommes menacés, nous 
met dans les alarmes à l'égard des Juifs. Si les sindics des Corps étaient 
chargés de la régie, il n'en résulteroit aucun inconvénient à cet égara 
pareequ'ils n'en admetroient aucun, mais si c'étoit des commis qui géras- 
sent pour le compte du Moi, n'aurions-nous pas à craindre que sous pré- 
texte qu'on exécute l'édit de création, on n'eut pas égard à nos représen- 
tations ? Ne serait-il pas digne, Monseigneur, de votre sagesse de prévenir 
un si funeste événement ? Nous nous reposons avec confiance sur vos 
soins paternels et vous supplions de nous continuer la protection dont 
vous daignés nous favoriser et de laquelle nous ressentons si fréquem- 
ment les heureux eftets. 

Nous sommes etc. 

Louis Dumas, sindic l . 



Extrait du Registre des délibérations du corps des Marchands fabricands 
en Bonnette rie de la Ville de Nîmes. 

Délibération. 

L'an mil sept cents quatre vingt quatre et le vingtroisième jour du mois 
de Janvier, la Communauté des Marchands fabricands de bas, représentée 
par MM. les doyen, sous doyen, sindics, exsindics, directeurs et autres 
membres des Corps assemblés dans leur bureau en la manière accou- 
tumée. 

MM. les sindics ont exposé à l'assemblée que des Juifs pretendoient 
ettre reçus à la Maitrise et que des maitres fabricants en bas avoient eu 
la faiblesse de passer des contrats d'apprentissage avec des Juifs et en 
avoient pris d'autres sans contrats pour leur apprendre le dit mettier à 
bas. Ils ont aussi exposé que certains maitres prètoit leurs noms à des 
Juifs pour faire fabriquer des bas, qu'une pareille m'anœuvre étoit très 
préjudiciable, tant aux maitres du Corps qu'au commerce en général des 
bas ; que Monseigneur l'Intendant de la Province ayant été informé avait 
écrit une lettre à Monsieur Phéline son subdelegué le vingtième Janvier 
de cette année qui nous a été communiquée de la teneur suivante : 

« M* - Lausel, Inspecteur des manufactures à Nîmes, m'informe, Monsieur, 
par sa lettre du 17 e de ce mois, que les Juifs résidants à Nîmes prétendent 
forcer la main aux fabricands de Bonnetterie pour être admis à la maitrise 

i. Arch. dép. de l'Hérault, C. 2747. 



2S4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de ce corps et que certains maîtres ont eu la foihlcsse de passer des 
cou tracts d'apprentissage à des jeunes enfants juifs, comme il pourroit 
en résulter beaucoup d'inconvénients et que d'ailleurs les Juifs ne sont 
admis en France ni aux charges quelconque ni aux maîtrises, je vous prie 
de faire assembler le Corps des maîtres en Bonnetterie pour leur notifier 
qu'ils ayent à prendre une délibération portant deffense de recevoir 
aucun Juif en apprentissage chés eux et qu'ils n'en admettent aucun à la 
maîtrise sous quelque prétexte que ce soit. Signé de Saint-Priest ». 

Qu'en conséquence ils prioient l'assemblée de délibérer sur un sujet 
aussi important. 

L'assemblée sachant que les Juifs ne sont point admis en France ni aux 
charges quelconques ni aux maîtrises, convaincue que de leur admission 
dans le Corps il en résulterait des inconvénients sans nombre et pour se 
conformer aux ordres de Monseigneur l'Intendant, a délibéré d'une seulle 
et unanime voix ce qui suit : 

1° Les Juifs ne seront point reçus dans le Corps ni pour apprentif ni 
pour compagnon, ni pour maitre dans aucun temps ni sous quelque pré- 
texte que ce soit. 

2° L'assemblée fait deffense à tous les maitres du Corps tant à ceux de 
la ville qu'à ceux répandus dans la campagne de recevoir aucun apprentif 
ni compagnon juifs à peine d'être poursuivis et dénoncés à Monseigneur 
l'Intendant. 

3° Dans le cas ou on obtiendroit par surprise un brevet d'apprentissage 
pour un Juif qu'on n'auroit pas creu être tel, l'assemblée a délibéré que 
cellui qui auroit présenté ledit brevet pour ettre enregîtré seroit pour- 
suivi et dénoncé à Monseigneur l'Intendant, et que ledit brevet seroit rayé 
et biffé de dessus le Regître en présence de tous les sindics. 

4° L'assemblée fait deffense à tous les maitres de prêter leur nom direc- 
tement ou indirectement à aucun Juifs pour faire fabriquer des bas ou 
pour faire employer de mettiers, ou aucun genre d'industrie qui regarde 
ladite fabrication, sous peine d'être poursuivis et dénoncés à Monsei- 
gneur l'Intendant. 

5° L'assemblée a encore délibéré qu'aussitôt la présente délibération 
signée et duëmcnt authorisée, elle sera notifiée à la diligence de MM. les 
sindicsà tous maitres fabricants ou faisant fabriquer pour qu'ils ayent aus- 
sitôt après la notification à renvoyer les apprentifs et compagnons qu'ils 
pourront avoir chés eux, et dans le cas ou il se trouveroit des maitres qui 
se refuseroient de se conformer à la présente délibération, MM. les sindics 
sont priés de les dénoncer au Corps, afin qu'on les fasse poursuivre. 

6° L'assemblée exhorte MM. les sindics en exercice et ceux qui s'y trou- 
veront par la suite, détenir la main à ce que la présente délibération soit 
strictement exécutée sous toute sa forme et teneur. 

1° Et comme les maitres du Corps sont nombreux et répandus au loin, 
il sera présenté une requette à Monseigneur l'Intendant pour le supplier 
de permettre que la présente délibération soit imprimée, publiée et afti- 



LES JUIFS À NIMES AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLES 2S!> 

chée partout ou besoin sera afin qu'aucun maître nan prétende pour 
cause d'ignorance. 
Ainsi déliberré dans notre bureau, l'an et jour que dessus. 

Suivent les signatures des fabricants de bas et de leurs sindics. 
Gollationné sur loriginal, 

Louis Dumas, sindic. 

A Monseigneur le vicomte de Saint Priest, Intendant 
de la Province de Languedoc, 

Monseigneur, 

Supplient humblement les sindics du Corps des Marchands fabricants de 
bas de la ville de Nîmes et vous remontrent qu'en conséquence des 
ordres de votre Grandeur qui leur ont été notifiés par M 1 * Phéline, ils ont 
fait passer par leur Communauté la délibération dont l'extrait est cy joint, 
ils vous supplient, Monseigneur, de vouloir bien l'authoriser, et comme 
les maitres du Corps sont très nombreux et qu'ils sont répandus dans les 
villes et villages voisins, ils vous supplient de permettre qu'ils fassent 
imprimer, publier et afficher la présente délibération partout ou besoin 
sera, afin qu'aucun maitre n'en prétende pour cause d'ignorance, et fairés 
bien. 

Louis Dumas, sindic l . 

XI 

Bonnetteries Monsieur le Controlleur général, 

Juifs à Nîmes Le 16 mars 1784. 

J'ay été informé, Monsieur, par le S r Lausel, sous Insp. des manuf. 
à Nîmes que les Juifs résidants dans cette ville prétendoient être 
admis a la maîtrise du Corps des fabricans de Ronnetterie et que certains 
maitres avaient même reçu chez eux de jeunes Juifs par contrats d'appren- 
tissage. 

Comme cela pouvoit avoir de grands inconveniens, attendu que les 
Juifs en général ont une manière de commercer fort peu délicate, qu'ils 
ne se font aucun scrupule de contribuer aux vols de soye de la part des 
ouvriers et que d'ailleurs ils ne sont reçus à aucunes charges, places ni 
maitrises dans le Royaume, j'ai chargé l'Insp. de faire assembler le Corps 
à ce sujet, cette délib 0R a été prise, et par cet acte le Corps désire très 
fort que les Juifs ne puissent être admis à la maitrise, attendu les incon- 
veniens sans nombre qui resulteroient de leur admission. Comme ce Corps 
est très nombreux à Nîmes et qu'il y a même quelques maitres établis 
dans les villages voisins, on m'a demandé l'autorisation de cette délib on , 
avec permission delà faire imprimer, publier et afficher. 

1. Arch. dép. de l'Hérault, C. 2747.. 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Quoique je sois bien persuadé du bon effet qu'elle produira je n'ai pas 
cru devoir rendre mou ord ce d'autorisation sans que vousTayés approuvé 
et ce parti m'a paru d'autant plus prudent, que je suis instruit qu'il va 
paroitre bientôt un nouvel edit concernant les maîtrises en Languedoc. 

J'ai i'h. etc. 

M. Pheline, sub. 

J'ay reçu. Monsieur, la délib on du Corps des maîtres en Bonnetterie de 
la ville de Nîmes concernant la deffensc de recevoir aucun Juif en appren- 
tissage étiez eux et d'en admettreaucun à la maitrise. J'ay cru convenable 
d'en écrire à M. le Contrôleur g nl en lui envoyant mes observations et 
je ne doute pas que ce ministre n'approuve que cette délit) 011 soit auto- 
risée. Je vous prie d'en prévenir les sindics, je vous ferai part de la 
réponse dès qu'elle me sera parvenue. 

Je suis, M. ' 

XII 

Nîmes, 13 e mars 1788 \ 
Monseigneur, 

Izaac Monteil, tailleur d'habits, nous fit hier signiffier l'acte dont nous 
prenons la liberté de vous envoïer copie. Ce particulier est juif et demande, 
à la faveur sans doute de l'édit de novembre dernier, d'être reçu maître 
dans notre Corps. Comme depuis cette nouvelle loi, nous n'avons pas 
encore d'exemple qu'aucun juif ait été reçu dans Nismes à une maitrise 
quelconque, nous vous suplions, Monseigneur, de nous faire savoir si 
nous devons admettre cet aspirant ou le refuser. 

Nous sommes etc. 

Les sindics du Corps des Maîtres tailleurs de Nîmes, 

Beck, sindic. Long, sindic. 

XIII 

14 mars 1788. A M. Pheline, sub dé à Nîmes 3 . 

Le nommé Izaac Monteil, marchand tailleur d'habits, a fait signiffier 
aux sindics et maîtres tailleurs a Nismes l'acte ci joint pour les sommer 
de le recevoir maître. Ce particulier est juif et il y a lieu de croire qu'il 
s'est déterminé a faire cette demande d'après les dispositions délibérées 
du mois de novembre dernier. 11 n'est preuve que des Juifs soient admis 
dans un Corps ou la Communauté ; cependant je vous prie de veriffier la 
demande du nommé Monteil et en me renvoyant son acte de me marquer 
ce que vous en pensez. 

Je suis etc. 

1. Arch. dép. de l'Hérault, C. 2747. 

2. Arch. dép. de l'Hérault, G. 2818. 

3. Ib. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII ET AU XVIII e SIÈCLES 257 

XIV 

Nismes, le 23 mars 1788. 
1. 

Monseigneur, 

J'ayfait appcller les sindics du Corps des Maîtres tailleurs d'habits de 
cette ville pour savoir les motifs qui les ont engagés à refuser la maî- 
trise au nommé Izaac Monteil, juif, ils m'ont dit qu'ils n'en avaient pas 
d'autres que sa qualité de juif, que ces gens n'avoient jamais été admis 
dans aucun Corps et qu'ils avaient cru par cette raison être autorisés à 
refuser led. Monteil; mais que si vous décidés qu'il doit être reçu, ils se 
soumettroient aux ordres que vous leur donneriés. 

Cet affaire est délicate d'après l'édit du mois de novembre dernier. 
L'art. 1 er permet expressément aux non-catholiques domiciliés dans le 
royaume ou qui viendront si établir dans la suite d'y exercer leurs com- 
merces, arts, métiers et proffessions, sans que sous prétexte de leur reli- 
gion ils puissent y être troublés ni inquiétés. Cette loy est generalle et 
embrasse tous ceux indistinctement qui ne proffessent pas la religion 
catholique romaine et par conséquent les juifs tout comme les autres 
cectaires. 

Cependant il répugne à des chrétiens de se voir associés avec des 
Juifs, et comme cette difficulté pourra se présenter dans plusieurs autres 
Corps, ne serait-il pas convenable de savoir quelle est l'intention du gou- 
vernement à cet égard, c'est ce que je laisse à votre sagesse et à vos 
lumières. J'ay l'honneur de vous renvoyer l'acte signiffié par led. Monteil 
aux sindics. 

Je suis, etc. 

Phéline. 

2. 

26 mars 1788. A Monsieur le baron de Breteuil. 

Le nommé Izaac Monteil, juif, tailleur d'habits, s'est présenté à la com- 
munauté des tailleurs de la ville de Nîmes pour être admis à la maîtrise. 
Les sindics m'ont fait part de cette demande et en m'observant que jus- 
qu'icy aucun juif n'a été reçu maître dans aucun corps de cette ville, ils 
me prient de leur dire s'ils doivent admettre cet aspirant ou le refuser. 

L'édit du mois de novembre dernier concernant les non catholiques 
permet à l'art. 1 er aux non catholiques domiciliés dans le royaume ou 
qui viendront s'y établir dans la suite d'y tenir leurs commerces, arts, 
métiers et professions, sans que sous prétexte de leur religion ils puis- 
sent être troublés ni inquiétés, etc., etc. 

Comme par des lois antérieures les Juifs ont été exclus de l'admission 
dans les corps des communautés et que d'ailleurs il pourrait répugner 
aux Chrétiens d'entrer dans une sorte de société avec eux, je n'ai pas 
T. LXVII, n° 134. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cru devoir donner aux sindics de la communauté des tailleurs de la ville 
de Nimes une décision sur cet objet sans vous avoir consulté et avoir su 
auparavant votre façon de penser. J'ai l'honneur Monsieur, de vous prier 
de me la faire connaître; elle servira de règle à la réponse que les sindics 
de cette communauté me demandent. 
J'ai l'honneur, etc. 

3. 

Ce 21 avril 1788. A M. Phéline, subd é à Nimes. 

J'ai fait part, Monsieur, à M. le baron de Breteuil de la difficulté à 
laquelle a donné lieu la demande du nommé Izaac Monteil, juif, tailleur 
d'habits, qui s'est présenté à la communauté des tailleurs d'habits de la 
ville de Nîmes pour être admis à la maîtrise. 

Le ministre me marque que la même difficulté s'est déjà présentée à 
Paris au sujet de deux juifs qui ont demandé à être admis dans le corps 
des marchands de la Capitale et qu'il a été décidé que, conformément à 
l'art. 37 de l'édit du mois de novembre dernier, les Juifs doivent se 
conformer aux lois particulières sous lesquelles il leur est permis de 
vivre en France. Je vous prie d'informer les sindics des maîtres tailleurs 
de cette décision ainsi que le nommé lzaac Monteil. 

Je suis, etc. '. 

XV 

Nîmes, ce 1 er avril 1788. 
Monseigneur, 

La protection dont vous daignés honorer le comerce, l'encourage a 
recourir a votre bienfaisance paternelle, dans tout ce qui peut le troubler, 
celui de la toillerie est dans ce moment, a Nimes, dans une véritable 
crise, au sujet de la prétention que forment les Juifs dy être reçus 
membres du Corps, sous prétexte de FEdit concernant les non catho- 
liques. 

Dans le tems de la plus grande rigueur contre les protestans les catho- 
liques se sont faits un plaisir d'être associes avec eux dans le même 
comerce, et ils sestiment les uns les autres réciproquement, dans une 
profession qui étrangère au culte religieux, ne demande à s'assurer que 
de l'honnêteté du citoyen ; et c'est ici le grand sujet d'anxiété, par raport 
a la mauvaise réputation, dont jouissent les Juifs qui se présentent pour 
entrer dans le Corps des marchands toiliers. L'infamie semble les suivre, 
elle inspire une répugnance invincible a fraterniser avec eux, les admetre 
dans le Corps des marchands toiliers, ce seroit en exclure tous ceux qui 
le composent. 

Il paroit, Monseigneur, s'ofnr un moyen pour écarter les Juifs, sans 

i* Arch. dép. de l'Hérault, G. 2818. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLES 2S9 

contredire l'Edit concernant les non-catholiques, c'est d'autoriser les 
corps dans lesquels les Juifs désireront detre admis, à délibérer sur leur 
demande, au scrutin ; ce qui soumetra les individus à l'examen libre, 
sans donner ateinte à l'Édit. 

On a lu dans la Gazette de Leyde du 21 mars, article de Paris du 
14 dudit mois, que certains Juifs ayant demandé d'être reçus dans les 
six Corps de Gomerce de la ville de Paris, leur demande a été rejellée par 
un aret du Conseil. 

Tous nos vœux, Monseigneur, sont de nous rendre dignes de votre 
apui, dans lequel nous mettons toute notre confiance. 

Nous sommes, etc. 

Les sindics du corps des marchands toiliers de la ville de Nimes. 

Londès, J. Fabre l . 

XVI 

4 Avril 1788. A M. le Garde des Sceaux. 

Monseigneur, 

Les sindics du Corps des marchands toiliers de la ville de Nimes m'ont 
adressé votre lettre au sujet de la prétention des Juifs d'être admis 
membres de leur Corps, sur le fondement de l'édit concernant les non 
catholiques. 

L'article premier de cette nouvelle loi qui permet aux non catholiques 
d'exercer leurs commerces, arts, métiers et professions sans que sous pré- 
texte de leur Religion ils puissent y être troublés ni inquiétés n'excepte 
point les Juifs ; en sorte que son silence semble authoriser leur prétention . 
mais cet edit, qui ne les nomme pas, a-t-il dérogé aux lois antérieures, 
qui les excluent de tout Corps ou Communauté? 

C'est, Monseigneur, ce qui m'a fait naitre des doutes en faveur de la 
réclamation des sindics des marchands toiliers. Je n'ai pas voulu néan- 
moins repondre a leur lettre, sans auparavant avoir eu l'honneur de vous 
consulter. J'ai en conséquence l'honneur de vous adresser cette lettre et 
de vous prier de me faire part de vos ordres, qui serviront pour l'avenir 
de règle, pour toutes les consultations de ce genre, qui me seront faites. 

J'ai l'honneur d'être etc.*. 

XVII 

Nismes le 6 avril 1788. 
Monseigneur, 

Les Juifs veulent contraindre notre Corps à les recevoir, ils nous ont 
fait assigner devant M rs les officiers de police : nous prenons la 
liberté de mètre sous vos yeux, Monseigneur, la copie de l'Exploit. 

1. Arch. dép. de l'Hérault, C. 2747. 

2. Ib. 



260 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ils s'apuyent sur l'article 1 er de l'édit concernant les non catholiques, 
par lequel le Roi permet a ceux de ses sujets qui professent une autre 
religion que la religion catholique, apostolique et romaine, d'exercer leurs 
commerces, arts, métiers et professions, sans que sous prétexte de leur 
religion ils puissent y être troublés ni inquiétés. 

Cet article ne parait pas pouvoir être apliqué aux Juifs, qui n'étant pas 
naturalisés en France, ne peuvent pas être mis au nombre des sujets du 
Roi; ils sont étrangers, tout au plus domiciliés dans le Royaume ; et en 
cette qualité ils peuvent seulement jouir des prérogatives de l'article 2, 
qui permet tant aux sujets du Roi qu'aux étrangers domiciliés dans le 
Royaume de contracter des mariages dans la forme prescrite par l'Edit. 

En effet, Monseigneur, les Juifs forment une nation séparée des autres 
nations, elle a son gouvernement theocratique qui l'isole et qui rend les 
Juifs étrangers dans les autres Etats ; ils sont nommément déclarés tels 
en France par les ordonnances; ce qui a fait passer en maxime qu'un 
Juif n'est citoyen nulle part, et que quoique né françois, il est étranger 
dans chaque ville. Ils ne sauroient donc aspirera être admis dans les cor- 
porations de commerce, réservées aux seuls sujets du Roi. La propre loi 
invoquée par les Juifs les rejeté, autant que notre répugnance invincible. 

Daignés, Monseigneur, soutenir une branche de comerce importante, 
qui met tout son espoir en votre protection. 

Nous sommes avec un profond respect, Monseigneur, vos très humbles 
et très obéissants serviteurs. 

Les sindics du Corps des marchands toiliers de la ville de Nismes f . 

Londès, J. Fabre. 

XVIII 
Le 13 avril 1788. 

Monsieur, 

Vous me demandés par votre lettre du 4 de ce mois , si les Juifs 
peuvent exiger que les marchands toiliers de la Ville de Nismes les ad- 
mettent dans leur Corps. 

Les Juifs n'existans dans quelques parties de la France que sous des lois 
qui leur sont particulières et auxquelles l'Edit n'a point dérogé, ils ne 
peuvent participer à la faveur que le Roy a accordée à ceux de ses sujets 
qui ne professent pas la religion catholique, qu'autant que Sa Majesté 
croirait devoir expliquer ses intentions à leur égard d'une manière spéciale. 

Je vous renvoyé la lettre qui vous a été adressée par les Commerçans 
de Nismes et que vous m'avez communiquée. 

Je suis, Monsieur, Votre aff aé Serviteur 

Delamoignon * 
V°»eMc 13 avril 1788. 

M. De Ballainvilliers, Intendant du Languedoc à 
Montpellier. 

1. Arch. dép. de l'Hérault, C. 2747. 

2. Ib. 



LES JUIFS A NIMES AU XVII B ET AU XVIII e SIÈCLES 261 



XIX 

400 

18 frimaire 

Don des Juifs. 

Séance publique du dix huitième frimaire de Tan second de la Répu- 
blique, présens, les citoyens Thoulouze, vice-président, Labrousse, Tri- 
quet, Béniqué, membres du Directoire, Mourier, Michel, administra- 
teurs. 

Et Peschaire, Procureur syndic provisoire. 

Sont entrés dans la salle des séances du district, à huit heures du soir, 
où étaient les membres de lad. administration susnommés, les citoyens 
Vincent Péladan et Abraham aîné de cette commune de Nîmes, membres 
et commissaires de la société populaire, aux acclamations de joye de 
plusieurs autres membres qui les suivaient, apportant dans une corbeille 
17 pièces d'argenterie servant ci-devant au culte des Juifs en la même 
commune, lesquels commissaires au nom des Juifs, leurs frères, ont 
offert pour les soins de la République, dans l'assemblée de lad. société, 
de ce jourd'hui, ces objets du fanatisme, dont il n'existera bientôt au- 
cune trace dans toute la République, et ont demandé qu'ils soyent envoyés 
par l'administration à la Monnoye. Leur offre et le discours des commis- 
saires ont été vivement applaudis. Le vice-président de l'administration 
leur en a exprimé la juste et vive reconnaissance. Il a été ensuite procédé 
à la pesée de ces effets par G er Gulson, orfèvre, qui a été à ces fins invité, 
de laquelle il est résulté qu'elle revenait à quarante trois marcs, quatre 
onces, deux gros. 

Le Conseil du Procureur sindic provisoire entendu, arrêtant et donnant 
acte de cette offrande, en a aussi arrêté mention honorable, a de plus 
arrêté qu'extrait du présent sera délivré aux Commissaires pour marque 
de la dite reconnaissance, tant envers eux qu'envers les Juifs qui ont fait 
l'offrande ; qu'un autre extrait en sera envoyé par le courrier de demain 
à la Convention nationale avec prière de le faire insérer dans le Bulletin 
pour que cet exemple vraiment civique puisse être connu et suivi et 
que cette argenterie sera envoyée à la Monnoye 1 . 

Simon Peschaire Labrousse ad ; 

P r Sindic Pre Michel ad. Triquet ad. 

Béniqué ad. 
Peyre S re 
Cent cinquante huitième feuillet. 

t. Arch. dép. du Gard, 4 L. 10, 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 

(suite *) 
PIÈGES JUSTIFICATIVES 



XXXI 2 

Monsieur, 

J'ay eu lhonneur de vous écrire par ma précédente et celle du 10 du 
courant le malheur qui est arrive touchant le 170 sac de segle qui est 
tombez dans l'eau. Monsieur Varecheux vous écrit plus amplement sur ce 
chapitre. 

Mais comme mon dit sieur Varecheux ma priez de m'en charger sagis- 
sant du service de S. A. R. mon illustre seigneur et maitre auquel je 
suis obligez, Monsieur je suis obligez de vous dire que ce dit grains ne 
sont pas prêt a être transporté sitôt, cependant ils content à S. A. R. de 
très grosses depence, scavoir pour les six greniers 24ecus par mois et un 
ecus et demis par jour pour les trois ouveriers qui remut deux t'ois par 
jour le dit grains et douze sols pour une personne qui a soin sur les dit 
ouveriers outre de petites fraix a ce sujet. Ce pourquoy je vous prie très 
humblement de réordonner comme je me doit gouverner, car vous 
scavez que se sortes de commissions sont fort fâcheuse et riscable. 
Cependant je feray de mon mieus et suiveray les ordres ponctuele- 
ment. 

Je prend la liberté de vous rendre conte de l'arivée de Monsieur Gessner 
qui fut le 13 du courant, aussitôt il ma envoyé chercher pour luy faire 
voir les grains que jay ici dans les greniers et comme il etoit trop tard 
on le remis pour le 14 du matin. Apres luy avoir fait voir environ 4.000 
malder de segle et 1.000 malder de majence de froment il a demandez 
aux juifs qui(ls) dévoient exécuter le traité du 15 May dernier, si le dit 
grains mapartient et si veulent qu'on les embarque pour les meiner en 
Loreine. 

Ils ont repondu qui sont prêt a exécuter le traité ponctuelement et 

1. Voir Revue, t. LXV, p. 274; t. LXVI, p. 111 et 263, et t. LXV1I, p. 82. 

2. Arcli. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 263 

conformément les close et les condition y porter, par consequen il leur 
faudra conter leurs argent en livrantles grains, a la vérité nous sommes 
dans un tems a présent, que les grains est épuisé et recherche par- 
tout; Quils ont eu des chagrins assez considérable pour avoir eu toutes les 
patiences possible pour exécuter le dit traité et le tout pour la considé- 
ration de son A. R., et asseurement si les inconveniant et la conjoncture 
du tems présent navez pas survenu, il auroit fait passer le blets sans 
argent jusqu'à Nancy sur la moindre assurance de son A. R. 

Je vous prie très humblement d'examiner et de me rendre justice, si 
vous plait que je ne suis pas cause de ce contretant. On m'envojeici sans 
aucun traité de s. A. R. pour faire voir qu'on me doit faire le pejement 
en fur et a mesure que je fournisse les grains du dit traité. 

Et mon dit sieur de Gessner me paroit quil n'a aucune autre ordres 
que pour voir les calités etcantités des grains que j'ay dans des greniers, 
il paroit par les dites ordres que son A. R. ma payez par conséquence, 
que je luy doit remettre le dit grains et au lieu que je doit faire voir a 
ses juifs que je n'ay reçu aucune sols sur le dit grains, il paroit a ses 
juifs le contraire. 

Je suis persuadez Monsieur qu'on ne scay a la cour tout ce qui ce 
passe dans ce pais ci, il ne m'est pas aussy permis den faire un 
détaille. 

Seulement qu'il y a assez des marchands et des commissaires de vivres 
de tout les endroit avec de largent contant et prient pour en avoir en 
pajant bien plus cher que le notre. Mondit Gessner le scay et en est 
temoing, mais il ne le marque pas, seulement il est supris de voir ce qui 
ne crojoit pas. 

Sans dificulté S. A.R. n'a plus besoin des grains, car il est tresseur que 
son A. R. scay tout ce qui se passe a présent, et sans doute vous en sça- 
vez quelque partie, que dans la conjoncture présente que tout le monde 
prient dans ce pays pour avoir des grains pour argent contant, que ses 
juifs seroient si fou de laisser aller en Loreine, pour soixante mils ecus 
sur mon simple bilet sans aucune asseurance de la part de S. A. R. ny de 
son envoyez. Ainsi il paroit par toutes ces circonstances qu'on n'a pas 
besoin de grains en Loreine, ainsi je sais qu'on fait des frais inutilement, 
car autrement on auroit donnez les ordres nécessaire a mondit sieur 
Gessner pour chercher les avantages de son A. R. avec toutes les sûretés 
et précaution quil auroit peut prendre, mais je prévois ce que j'ay eu 
l'honneur d'avancer ci dessus. 

Dans cette inquiétude je ne scay a la vérité ce que je doit faire ; on 
me conseille de me rendre en diligence en cour, et en attendant je doit 
chercher tout les mojens possible pour faire attendre les dit juifs jus- 
qu'à mon retour, mais Monsieur j'aurais grand peine a moins que je luy 
donne 100 Louis d'or ou bonne caution que je pajeray ces grains et 
executeray le dit traité dans huit a dix jours. Jay priez Monsieur de 
Gessner de me dire ce que je doit faire. Il ma repondu quil ne me pou- 
voit rien conseiller la dessus, mais seulement quil vojez tout le panchant 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

e( sele que jay pour le service de son A. R. et rendera conte lorsquilsera 
en cour, mais aujourdhuy quil ne pouvoit faire autre chose que suivre 
ses ordres, qu'il trouve bon neamoins que jaille moy même en Cour et 
que je cherche tout les mojens utile pour le service de son A. R. Ainsy 
je feray mon possible a prier mes amis et parent dicy pour emprunter ce 
que je pouray avoir besoin pour donner aux juifs pour prolonger le 
traité de quelque jours parce que je m'imagine qu'on n'auroit pas de 
regret quand on se seras informez de tout ce qui se passe a pré- 
sent. 

Dans ces moment son A. R. de Trêves a fait un traité de nouveau a huit 
ecus la Malder de segle pejable en argent en espeice qui est 40 sols plus 
cher que le notre. 

Vous entenderez dans peut encor d'autre nouvelles. Monsieur de 
Gessner est aussy inquiète de voir ce qui se passe et qui ny peut remédier 
sans autres ordres, il est asseurement aussy au desespoire, il n'a pas 
rendu les lettres a Trabak (Trarbach) ny icy, que je lu y ay apportée de la 
parte de s. A. R. attendu qui n'en etoit pas besoin puisque que nous 
avons tourne l'affaire si bien et que ces blet sont efectivemcnt achetez 
du 15 de may dernière, par conséquence ce dit blets passeront encor 
pourveu que cela ne dure pas lontems a les faire mener. 

Monsieur de Varcheux a les pasports nécessaire qui faudra pour nos 
blets, ainsi il n'en faut point d'autre. 

Comme la poste est pressée a partir, je suis obligez de laisser le sur- 
plus a la plume puisque je crois que je seray obligez de me rendre en 
Cour suivant le sentiment de Monsieur de Gessner et en attendant je suis 
avec toutes soumissions possible 

Monsieur 

Vôtres très humble et très obéissant 
a Coblance ce 15-9-1709 serviteur 

Salomon Levy. 

P. -S. Me baisemain si vous plait a Madame Sauttér et a toutes vostre 
famille. 

XXXII ! 
Monsieur, 

Je prend la liberté de vous écrire pour vous faire scavoir que je suis 
arresté icy pour Valbrin Banqueroutier pour un billet que on me de- 
mande de cinq mils liures lequel billet jay remis entre les mains de son 
caissier nommé Farge lequel estant présentement icy, J'espère qu'il sera 
en ma place, mais pendant ce temp jay peur de négliger les affaires de 
Son Altesse Royalle. Je ne manqueray pas d'envoyer demain un homme 
en poste de Coblentz pour faire les affaires qui sont nécessaires, comme 

4. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 265 

si cestoit moy mesme. Et si entre s. et la semaine prochaine mon affaire 
n'est pas terminez, ma femme partira incessamment pour le dit lieu 
pour mettre touttes les affaires en état, car mon beaufrere le médecin qui 
est a Goblentz l'assistera. 

Vous anre la bontee Monsieur de le dire a Monsieur de Ritan qu'il ne 
feroit pas mal d'envoier Monsieur Vorcheuux Brigadier des Cheveaux- 
Légers et qu'il passe icy a Metz et si au cas que je ne sois partis et que 
mon affaire ne soit finis qu'il ayt la bonteez de me venir parler et ma 
femme partira avec luy auquel je donneray touttes les instruction néces- 
saires tant pour les grains mouillé qu'autres. 

Vous me ferez un sensible plaisir sil estoit possible de me faire avoir de 
S. A. R. une lettre de recommandation pour M. de St. Gontest Intendant 
de cette ville, car c'est un de ses secrétaires, qui a l'affaire du dit Valbrin 
entre les mains et ainsy par une pareille recommendation mon affaire 
pouroit se terminer et que je pouroit partir moy mesme. Jespere cette 
grâce de vous et suis avec un très profond respect 

Monsieur 

Vostre très humble et obéissant 
De Metz ce 3 Xbre 1709 serviteur 

Salomon Levy. 



XXXIII 



Monsieur 



Cette a vous que je madresse pour témoigner la joye que je résent de 
l'élection fait de Monseigneur le Prince Gharle de Loraine a l'electora de 
Treuue. J'en resent un plaisire interier, quil est mal aissé dexpliquer et 
quoycquil semble que je soit tout a fait oublie a la Cour, je ne lesse 
pas d'auoir tout jour les interé de Son A. R. a cœur. Ses ce qui fait, que 
dans la pensé ou jay esté quil faudera faire des grand frais pour paruenir 
a cette élection, ce pourquoy il ma semblé que je ne feray pas mal pour 
rendre seruice a Son A. R. d'écrire a un riche Juif d'Almagne de ma con- 
noissance pour scavoir sil sera dheumeur a prester de l'argent a Son 
A. R. pour le prince Charle en cas quil en eutbesoigne. J'ay receu reponce 
du dit Juif a qui j'ay escris le quelle me marque quil presteray volontier 
juisqu'a la somme de six cent mil liures en trois terme, scauoir 200000 1. 
comptant, 200000 1. deux mois, en suit 200000 1. deux autre mois après 
pour veux qu'on luy donne des surté que je trouue équittable et quil sera 
aisse de luy accorder. Sy vous voullé bien Monsieur me faire la grâce de 
comminiquer ma lettre a Son A. R. pour scauoir sy cela luy sera agréable 
vous auré la bonté de me le faire scauoir, ensuitte de quoye je m'expli- 
queray plus clairement que je ne fait a présent. Je suis bien aise que la 
chose soi seccrétte et que personne ne sache, soit Juif ny autre, ce que 
j'ay l'honneur de vous escrire pour de raison, que ie vous fera scauoir 

1. Areh. imp. de Vienne. 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans la suitte. Je ne peux vous déclarer d'auantage, juisqu'a ce que vous 
m'ayez escris, qu'elle est la volonté de Son A. R., après quoye je vous 
déclareray plus au long et plus cleremens tout chose, et vous veray par 
les sirconstance la vérité et que le Juif est capable de prestér la somme 
quil offre de prestér et audela en cas de besoing. En fin Monsieur je me 
porte fort de menner sy bien cette intrigue que je la feray réussir à la 
satisfaction de son A. K. Ce pourquoye je fait trauuaillier en diligence 
pour mon élargissement qui ne tien qu'a 2500 1. Cepandantje repond au- 
jourdhuy a la lettre que le Juif ma escris et lui escris que je vous ay 
donne advis de ce quil ma escris pour en parler a Son A. R. Je me feray 
tous jour un sensible plaisir destre utille en quelque chose pour le seruice 
de son A. R. pour lequelle je fais tous le jour des veux et des prier pour 
la santé et prospérité de sa royal famille. Je suis auec un proffond soum- 
mis respect 
Monsieur 

Vostres humble et très obaissante seruiteur 
Salomon Lkvy. 
a Metz ce 14 octobre 1710. 



XXXIV l 

Salomon Levy offre a S. A. R. de luy faire prestér une somme de deux 
cent mil écus. 

Monseigneur. 

Votre Altesse Royal mayent fait la grâce de me protéger et de me 
souffrir a la Cour, m'a reconnaissance ma tous jours obligé de serchér 
dés occasion pour la témoigner a Vostre Altesse Royale, c'est ce qui 
moblige de faire sçavoir a Vostre Altesse Royal, que j'ay receii une 
lettre d'un juif de Hatzfeld escrite de Goblentz le 28 septembre dernier, 
par laquelle il me mande, que sy Vostre Altesse Royal aurait besoigns 
d'un somme de deux cent mils escus, il estoit prest de les prestér en trois 
terme, sçavoir deux cents mils livres comptant, deux cents mil livres deux 
mois après et le reste deux mois ensuite, en luy donnant des assurance, 
qui me paroist assé facille de luy donner; c'est ce qui fait, que j'ay ossé 
prendre la liberté descrire directement à Vostre Altesse Royale, pour 
sçavoir sy cela luy sera agréable et mordonner, ce quelle trouvera apro- 
pos, que je fasse pour cette affaire. Au surplus, je peux assurer Vostre 
Altesse Royal ce que j'ay la hardiesse de luy escrire est la vérité et que 
le juif, duquelle je parle, est en estât, de prestér non seulement la 
somme de deux cents mils escus, mais deux milion, s'il etoit nécessaire. 
De plus il peut aussy fournire a Vostre Altesse Royale toutes les matières 
nécessaires pandant trois anné pour la monnoye. Sy Vostre Altesse Royal 
a pour agréable, ce que j'ay lhonneur de luy marquer j'envoyeray un 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 267 

personne exprès en cour pour donner toutes les écléreissement nécessaire 
pour le faire reuissir, en attendant que j'ay moy même la grâce de faire 
la reverance a Vostre Altesse Royale et de me dire avec soumission et un 
très proff'ont respect 

Monseigneur 
de Vostre Altesse Royale le très humble et très obéissant et très soumis 
serviteur, 

Salomon Levy. 
A Metz ce 6e novembre 1710 

XXXV 1 

Nous Commissaire Provincial des Guerres ordonnateur en l'absence de 
Monsieur de Saint Gontest jntendant en cette Généralité en conséquence 
de la lettre que Monseigneur Woysin ministre et secrétaire d'Etat nous a 
fait l'honneur de nous escrire le neufuie de ce mois, desclarons par son 
ordre a la Synagogue et Communauté des Juifs de cette ville de Metz, 
que le Roy leur défend pour tousjours d'admettre en la dite Synagogue 
les quatre Juifs nommez Moyse Alcan et son fils, Samuel Levy et Jacob 
Sehwabe qui sont en Lorraine a moins quils ne se rendent à Metz dans le 
terme de quinze jours. Que s'ils y contrevenoient, Sa Majesté s'en pren- 
dra à la Communauté et outre cela elle fera arrester ceux qui seroient 
ainsy venu de Pays estrangers au préjudice de ses deffenses. Que le Roy 
ne trouvera pas mesme bon que les Juifs establis a Metz acceptent d'estre 
commissionaires ou facteur de ceux qui sont allez s'establir en Lorraine, 
et s'ils le font Sa Majesté les obligera aussy de sortir de son Royaume, 
Nous ordonnons au surplus de tenir la main a ce que cet ordre soit exé- 
cuté, et s'jl y etoit contrevenu de la part des Juifs d'en donner avis a 
mondit seigneur Woysin. C'est ce que nous desclarons a la Communauté 
des Juifs de Metz pour le faire scavoir aux quatre nommez cy dessus, et 
que le délais cy dessus commencera a courir dez aujourdhy. Fait a Metz 
le quatorzième Juin mil sept cent douze. Signé Robin. 

Nous Syndic de la Communauté des Juifs de Metz,Reconnoissons avoir 
receu de M. Robin le double du présent ordre que nous exécuterons. Fait 
a Metz le 14 e Juin 1712. 

Collationé a l'original. Signé Robin comme dit est trouvé conforme de 
mot a mot. Fait à Metz par les Nottaires Royaux y establis et y residans 
soussignez le 15 Juin 1712. 

Signé La Jeunesse et Hennequin. Sçelée au d. Metz avec paraffe. Con- 
trôle a Metz le 15 Juin 1712. 

Receu 5 s. 6 d. signé Bonnier avec paraffe. 

Au dos: 14 Juin 1712 Copie de l'ordre adresse aux quatre Juifs qui sont 
a Lorrain de se retirer a Metz dans le terme de 15 jours sous 
peine etc. 

1. Arch. imp. de Vienne. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



XXXVP 



Leopold, etc , à tous ceux qui ces présentes verront, salut. Trouvant 

à propos dénommer une personne de fidélité, vigilance, exactitude, et 
d'affection à notre service pour exercer doresnavant la charge de rece- 
veur général de nos finances au lieu et place de notre bien amé Domi- 
nique Anthoine qui en t'ait actuellement les fonctions. Et estant bien 
informé que les qualités à ce requises se rencontrent en Samuel Lévy, 
juif, banquier de notre Cour, demeurant en notre ville de Nancy, A ces 
causes nous avons iceluy commis, ordonné et estably, le commettons, 
ordonnons etestablissons par les présentes pour faire, dès le 1 er janvier 
de Tannée prochaine 1716, les fonctions et exercices de la dite charge de 
Receveur général de nos finances, de la manière et ainsy queledit Anthoine 
et auparavant luy nos bien amez Charles Margueron et Jean Gayet l'ont 
fait en vertu des commissions que nous leur en avions données. 

En conséquence de quoy il sera dressé inventaire des deniers à nous 
appartenants qui se trouveront dans la caisse dudit Anthoine, pour être 
dans ledit temps remis entre les mains dudit Samuel Levy ; en observant 
par luy de tenir une caisse particulière de ladite Recette générale de nos 
finances, sans la confondre ny mesler avec celle de sa banque, et d'en 
donner tous les mois un état au vray ànotre très cher et féal le sieur baron 
de Mahuet, intendant de nôtre Hôtel et de nos finances, qui en fera pareil- 
lement tous les mois faire une visite exacte pour nous rendre compte de 
Tétat d'icelle. Mandons à nos très chers et féaux les Président, conseillers 
maîtres et gens tenants nôtre Chambre de Comptes de Lorraine qu'après 
qu'ils auront fait prester audit Samuel Levy le serment au cas requis et 
pris de luy les seuretés nécessaires, ils le reçoivent en l'exercice de la 
présente commission et le fassent à cet effet reconnoitre par tous ceux 
qu'il appartiendra, le tout jusqu'à nôtre bon plaisir. 

En foy de quoy nous avons aux présentes signées de notre main et con- 
tresignées par l'un de nos conseillers secrétaires d'Etat, commande- 
ments et finances fait mettre et apposer notre scel secret. 

Donné en notre ville de Lunéville le huittième octobre 1745. Signé : 
Léopold ; et plus bas : Par son Altesse Royale et par son commandement 
exprès, contresigné Mahuet, avec paraphe. 

Tallange. 



1. Archives de Meurthe-et-Moselle. Registre des lettres patentes des duc» de Lor- 
raine de 1715. B. 138, f° 85, verso. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 269 

XXXVII 1 

Nancy M r Levy. 

Le 30 septembre 1716 Vienne. 

Je suis débiteur de réponse aux deux, agréables vostres du 31 du 
passé et II e du courant par lesquelles je vois que vous avés payé a 
M r Hornicb les 51 1/2 Escus de France a 5 fr. la pièce que vous m'en avés 
débité ausy que lorsque vous en prendrés votre remboursement cbez 
M r de Rouff me dires de combien Taures fait ce que j'attendray a vostre 
loisir. J'ay degia fait des anticipations a M r Le Conte glc de Mercy et je 
suis sur le point de luy en faire pour le restant de premiers fr. 23.000 
c'est pourquoyj'ay tiré a ce soin a vostre commis a Francfort Cerf Isaac 
pour la fin du mois d'octobre. 

f. 24.625 ,, 27, M» a 94 1/3 fr. 23.230 

avec la provision de mon ami de Francfort et la mienne toutes les deux 
Co 1/2. Vous trouvères les 23.000 fr. pour la première Rate, je ne doute 
nullement que vous luy aures donné les ordres nécessaires pour qu'il 
paye punctuellement, aussy lorsque je luy tireray le restantet pour ce qui 
est du retarddes anticipations que jauroy faitesje m'en rembourseray alla 
fin. J'espère que vous trouvères le prix de 94 1/3 avantageus, parceque il 
y auroient quantité des lettres pour Francfort a 230 a 94 et je vous en 
pouray envoyer des attestations. Agrès donque et soyes persuadé qu'en 
toutes rencontres me trouvères prest a vous rendre service. 

Je suis ce 3 e octobre et je confirme la teneur de la copie particulièrement 
la drhette (traite) queje fit l'ordinere passez a M r Isaac Cerf vostre Commis 
a Francfort pour vostre compte de 24.625. 27 m. courrante laquelle j'at- 
tende avec le première ordinaire, qu'elle ait été accepté et quelle soit 
puncttuellement payé a son temps pour me rembourser des anticipation 
qu'jay fait a M r Le générale comte de Mercy, ce queje continuere de luy 
faire aient ancor aujourdu receu de ses lettres de l'armée du 25 avec 
lesquels jl men demende de nouveau. Je ne doute pas que vous aures 
donnés des bons orders pour le payement de cette première Ratte et du 
restant a la fin de Novembre pour lequel temps je tirere a Francfort et 
vous en donnere avis. En attendant je reste 
Monsieur 

Vostre très affectioné serviteur 

ViRGILIS CARRARA. 

12X. D'ALLEMAGNE. 
A Monsieur 

A Monsieur Samuel Levi Receveur Genl. de Finance de S. A. Royale Je 
Lorrene a Nanci. 

1. Arch. imp. de Vienne. 



•270 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



XXXVIII • 

Estât cy joint fait voire ce que Monsieur le Baron de Mahuet et 
Monsieur Ruthan mont fait signer et je prends la liberté de rep esenter 
la dessus a S. A. R. que les payement a recevoir en tout ayent estes 

De M r Dominiq Anthoin de la ferme cy 325000 1. 

De la ferme de tabac 13750 

Un reste de la subvention 25000 

Et du M r Barail des partys cassuelle 160000 

Total de la recette " 523750 1. 

Jay Reçue en la manière cy detaillié ces remise et 
notament du M 1 ' Anthoin la somme de scavoir 
101100 1. par un mandement pour le Sieur 

Despoulles. 
3000 a luy remboursé pour le Sieur Holz 

plombier. 
22185 En un mandement pour différentes 

choses. 
3390 En mandement au Père G. Macillion 

cy. 

7500 Autre mandement pour le Sieur 

Muller tapissier. En ma quittance 
du 21 aoust passe, pour les. 
37495.14 Lettre de chance sur Francfort cy. 

17674.13.4 En mandement pour les trouppes. 

6000 En ma quittance du 8e d'8 bre que 

j'ay porte cy. 
32000 En reçue du Monsieur Pacquotte Cy. 

En mes billets qu'il a negotiez et 
faisants la somme de 40000 fr. Et 
le rest de cette somme. 
54354.12.8 en argent comptant seulement pour 

54354.12.8. 

3250001.0.0. 

Quoy que bien sant faut que cette 
somme ayt este payez comptant en 
plus grande partie comme yl est 
marque et comme je l'attendoit 
par lengagement cy joint fait avec 
Monsieur le Barron de Mahaut, 
J'auray l'honeur de faire voyr icy 
en plus ce que jai fait pour my 
conformer. 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LEVY, RABBIN ET FINANCIER 



271 



J'ay retenu en vertu de l'engagement 
mentionné ainsy que nous sommes 
convenus et quil estoit de justice 
Pour moy 

Et j'ai délivre depluis au S r Pacquotte 
et M r Norroye la somme de. . . . 

Et en payement de M r Anthoin des 
eff'ects qui ne sont point comptables 
d'autant que je n'ay pas reçuu 
l'argent cv 



Des 25000 1. qui mont esté assigne 
comme un restant de la subvention 
jay a représenter qu'il y a Neuf 
mils livres a toucher sur l'hôtel 
de Ville de Nancy qui ne sont 
payable qu'au mois de janvier 
prochaine. 

Les autres seize mils Livre sont deùs 
par les receveurs en particuliers et 
estant de 3. 4. a 500 1. chacun on 
ne pourra les obliger a payer sans 
ruiner les pauvres Gommunautez. 



31111 1. 



91869 



137475 



260455 1. 



260455 1. 3.4 

20000 
280455 1.3.4 



sur les partis cassuelles il faudra 4 
a 5 mois pour le moins avant que 
cet argent entre et cela ne sera 
alors même a ce quil me semble 
que par de 2. 3. 4000 1. a la fois. 

Enfin ont mordonne de payer avec 

ce fond la somme de 

et dont j'ay actuellement accquitté 
comme j'ay fait voir cy devant 
celle de 

Et jay avance a des particuliers sur 
des quar er près de 20000 1. Cy. 



458755 1. 3.4. 



Je n'ay rien pour mes avances dans la recette. Et bien au contraire 
om veut faire croire à S. A. R. que je redois 30000 1. a Paris, sur quoy 
j'ay a présenter très humblement que, selon les ordres de S. A. R. j'ay 

payé à Paris à M rs les envoyés 4000 1. 

a un marchand des glaces de miroir 4000 

a M r le Prince d'Elbœuf environ 3000 

11000 1. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il y a en outre un article de 100.000 1. donné a moy par S. A. R. sur 
Paris pour argent comptant quoyque yl y aits presd'un an, je n'ay pas pu 
toucher que environ 28.000 1., ce qui me cause des grosses pertes, cepan- 
dant jay envoyé un exprès la semaine passé a Paris pour payer incessement 
a Mons. Barroisles 19.000 1. restant des dùts 30.000 1. 

Outre cela on prétend que je doit 30.000 1. de l'affaire du sieur Des- 
poulles sur les billet de 110.000 1. qu'on ma paye pour cela. Cette affaire 
me cause du chagreine au de la de toute expression et me contrainct de 
recourrir a la justice de S. A. R. pour luy demander des commissaire, 
promettant de faire voire devant ceux qu'il mest redeubien deîargent sur 
ce compte. Et je me persuade entièrement que Sa d. A. H. ne voudra pas 
que je souffre un perte considérable dans un négoce que jay nay entre- 
pris, comme jay déjà fait voir, que pour luy rendre des fidèles et très 
humbles service. 

Je prouveray cecy dautant pluisclairement quejay des papiers en mains 
de ceux, avec lequelles jay fait ce négoce et queles il faut que je paye 
suivant mon engagement les somme convenu. 

Un autre et grand affaire est celle du General G. de Mouy J laquelle 
jay entrepris par ordre de S. A. R. aucun autre ne s'estant trouve qui 
veullut la faire. Elle ma este autant chagrinante que prejudiciible ayant 
avancé mon argent comptant et devant en estre rembourçe en quatres 
anné par moix. 

Jay paye a Francfort avec exactitude, se tout pour avoir lhonneur de 
bien servire sa dit Altesse Royale. 

José me flatter que S. A. R. par sa clémence connue fera très gracieu- 
sement reflextion atout ce que jay l'honneur de présenter et ne croira 
pas aux faux rapportes de mes ennemis qui ne le sond ny les peuvent 
estre par aucune raison que par envie et jaloysie. 

Pour faire voir le tout tout a fait a lœil, Iay doit représenter a S. A. R. 
qu'estant convenus avec Monsieur le Barron de Mahuit par lestât tant 
mentionne du 20. d'octobre dernier, on ne pourra jamais m'envoyer des 
ordre immédiats de S. A. R. ny autres mandement pour aucun payement 
pendant le tems que l'argent qui m'est assignés est davancedestiné, même 
avant quil tombe entre mes mains pour estre employé. 

Comme il est cepandant je viens de payer du de puis 



en un mandement pour S. A. R.. . . 1925 
a un mandement a M r Sarbiciq . . . 300 

aud. au père Gordeliers 659 

a M r le Prince d'Arcourt 7031.5 



9915 1. 5 



Sans parler des sommes ou billet au porteurs que S. A. R. fait cher- 
cher selon le besoin, en outre il faut que j'ay trouvé 200 Louis dor pour 
S. A. R. Madame pour le 1 er . de novembre prochaine, 500 Louis d'or pour 
la feste, En un mot estant imposiblede prévoir les cas qui peuvent arri- 

1. Mercy. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 273 

ver journellement, Bien loing d'estre payé de mes avance, je me vois de 
jours a autres obligé de faire payement, lequelles pourtant il est d'un 
imposibilite absolue de continuer, amoin que S. A. R. n'aye la bonté de 
faire inserere a la suitte dans ses ordre, que ce sera en déduction de ce 
qui me reste du mémoire arresté le 20 octobre avec Monsieur le B. Du 
Mali net. On a aussy fait croire a S. A. R. que je ne paye pas les trouppes 
regilerement. Cela est faux sauf respect, mesmejay donne en estât a M. le 
Barron Mahuet que jay toujour payé exactement suivant les fond qui sont 
este réglé de payer par chacq mois 17.674 1. 13. 4 ce que trouvera véri- 
table. Mais il faut songé que cela ne sera point au mois prochaine pour 
raison dit cy devant ny à moins quand fait des fond pour les payé. 

Que diray je, depuisqueS. A. R. mafait lhonneur de me confier la recette 
et que mes ennemis ont fait tout ce qu'ils ont peu pour ruiner mon crédit 
et que je m'appercois quils ont considérablement reusi dans leurs 
entreprise, Je peutfaire voir que jay fait pluisque ceux qui onteu la dite 
Recepte devant moy, car outre que les autres nont jamais fait les mes- 
mes remises dans les pays étrangers que moy et que jay fourny les Louis 
de bien pluis bas prix qu'eux. Comme ont voie par leurs compte. 

J'ay payé ce que mon devancier na pas fait en deux anne, et mesme tout 
en commencement. 

Un quartier de 200000 1. 

En payement de mes billet environ . 300000 

A M. Despoulles 200000 1200000 1. 

En billet au porteur plus que lanne 

pressedant Environ 500000 

Ont veut payer encore un quartier , 200000 

1400000 1. 

Tous ces payement se sont faits comme il est incontestable cest pluis 
qu'a lextraordinaireanné. Cepandant il est seur aussy que larecepte apas 
etè plus fort que cy devant. Et mes estât vérifient tout a fait que je ne ay 
jamais eu 20.000 1. encaisse pendant huit jours, depuis la dite Recepte, 
mais toujours en avance de près de 20 000 1. sans aucun profit, apropos 
de quoy il faut dire que jay lhonneur de fournir pluis de 20.000 Louis dor 
en espèce au prix courrant; ont scait que je les achepte avec grand perte 
par ce quil ma este promis de me la bonifier. Mais en place de cela et 
depuis lanné de la recette j'y ay perdu pluis de Cinquant mils livres, et 
mon crédit estant tombé par mes ennemis autant que par le retard du 
payement de mes avance, je souffre pour pluis de 200.000 1. des frais en 
protest de mes lettres de changes. Ce fait en est si notoire que mes 
ennemis se rejouissent. Pour ne pas importuner parce mémoire trop long 
S. A. R. qui malgré moy nest que trop souvent interrompu par ces sortes 
d'affaire je me donnerez lhonneur de représenter aussy respectueuse- 
ment que brièvement dans quel embaras on ne se trouveraialasuitte syles 
20.000 1. destinez pour le payement du quartier et qui n'entrerons qu'en 
4 ou 5 mois y soyent employé effectivement d'avance. D'où prendera-t-on 
T. LXVII. n° 134. 18 



27* REVUE DES ETUDES JUIVES 

a l'advcnir pour fournir aux frais journaliers comme pour L La a R R., 
L'ostel, trouppes, mandemants et autres que je ne peu prévoir. 

Je déclare qu'après que j'aurezfait touts mes efforts pour servire au 
posible en cette ocasion on ne poura pas prétendre ny exiger de moy 
aucun autre payement. Car cet argent assigné etdeuant servire a tel usage 
positifuement, il n'est pas den mon pouvoir dy satisfaire et payer en 
mesme temps des somme extraordinaire nayant que les fond simple et 
destiné davance Je ne refuse pas de contribuer en tout chose au service 
de son A. R. quoyque on ne songe guerre a mes affaire sentir quelque 
douceur. Je nallegray icy qu'un seul cas pour ne pas estre trop long. 

S. A R. ayent fait donner lordre par Monsieur le Barron de Sauter a 
M. Dominiq Anthoin de garder 40.000 1. de mes billet pour un autre 
quartier et me donner argent comptant pour cette fois Gela napas trouvé 
lieu et jestois obligé de reprendre mes billet, comme le montre le détail 
du revu cy devant du sieur Anthoine Avec tout cela on rejette toujours et 
tout faute sur moy. 

Que S. A. R. ordonne a ces Messieurs de trouver un fond de 200.000 1. 
comptant sous des bons interests et de billet de S. A. R. payable au por- 
teur dans un an ou dans six mois, comme on le fait a mon égard, Et non 
pas comme on a fait avec M r Wolff, qui a eu mandement signé de S. A. R. 
et de M r De Mahuet tirré sur M e Barbara et Anthoine et accepté mesme 
par ces derniers. G'estla le véritable moyen de faire bon marché, estant 
payé 3 mois d'avance et argent comptant pour payer des lettre de debtes 
de feu S. A. Electorale. Voylapar ou S. A. R. se trouve danslembaras et 
dont provient un domage considérable. 

J'ay crue de mon très humble devoir de représenter avec justice et au 
pied de la lettre toutes ces circonstances a S. A. R. Et préférant comme 
je fais très respectueusement le repos de S. A. R. a toute chose au monde 
m'apprenant qu'elle nest interrompue qu'a mon égard. Je supplie très 
humblement pour me délivrer en mesme tems de mes ennemis de me 
faire payer 2 tiers de ce quil mest deub généralement sur tous les billets 
echeus et a eschoire par mandemanten 3 mois, ainsy quond a fait pour 
M r Wolff, moyenant quoy je sortiray en peu de temps delà Lorraine sy S. 
A. R. lèvent ainsy. Toujours ce néseré jamais qu'avec le dernier chagrinn 
que je quitterayla service d'un Prince sy sage, sy juiste et sy gracieux en 
mon égard, mais ne le faisant que pour luy procurer le repos que mes 
ennemis luy otent. 

Je sacrifie tout très volontier et très respectueusement d'autant qu'évi- 
tant en mesme temps ma ruine total que mes ennemis recherchent, j'ose 
assurer et promettre que par tousailleurs ou je pourroi me mettre dans le 
monde, Son Altesse Royale me trouvera pluis en estât que jcy de luy 
rendre mes très humble très obéissant et très respectueux services. 

On me doit encor des billet au porteur que j'ay paye et que je nay pas 
en compte suivant les ordre exprès. 

Huis de billet du Monsieur le Baron de Sauter que j'ay payé par ordre 
de S. A. R. Environ dix mille Livres. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 275 

Pluis le deubt de feu M r le Prince François Treize milles livres en 
pièce a 18 sols. 

Elat des sommes que Samuel Levy commis a la 
Recette gênerai des finance de son Altesse Royale sera 
tenu de payer en retenant par luy le troisième quartier 
des fermes gênerai et partys cassuelles et particulières 
et le reste du seconde payement de la subvention de la 
présente anné 1716. Scavoir : 

Il retiendra par ses mains 31111 1. pour le billet de 
20000 1. qui doit luy estre payé les testons a 18 s. le 
15 du présent mois d'octobre et recevant les teston à 
28 s. auxdits 31111 1. 

11 payera les sommes cy après pour le dépense jour- 
nalier du mois de 7 bre sur le pied du six e demandement 
quil a en mains pour le six dernier mois de la 
pressente anné. 

Pour les bâtiments neufs a Luneuille. . 5894.10.0 260455 1. 3.4. 

Pour le canal du d. Luneuille 1666 13.4 

Pour les bosquets du d. Luneuille . . . 1666.13.4 

Pour le bâtiment neuf à Nancy 2800. 0.0 

Pour Phostel 33333. 6.8 

Pour le Garderobbe 3333. 6.8 

Pour les envoyés . . 5833. 6.8 

Pour les ponts et chaussées 3000. 

Pour la solde des trouppes 17674.13 4 

Pour les escurie 16666.13.4 

En tout pour le dit mois de 7 bre . 91869 1. 3.4 91869 1. 3.4. 

Il tiendra compte au S. Domniq Anthoin 

des sommes cy après qu'il a paye a compte 

du 3 me quartier de la ferme gênerai 

scavoir : 

De 101100 1. pour le quelles il a donné 

des lettres de change au S. Despoulle 

cy 101100 

De 3000 1. qu'il a payé au S. Holz plom- 

pier 3000 

Du dit mandement quil a paye sur diffé- 
rent ordre 22185 

Du dit mandement au père Macillon . . 3390 
Du dit mandement payé au S. Muller, 
tapiseriés 7800 

137475 137475 

paye d'autre part 260455 1.3.4 



•276 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Luy Samuel Lcuy payera encore . . . . 260455 1. 3.4 

pour le quartier des gages et pensions de 
Thostel des mois de Juillet Août et 7 bro 
1716 173300 

Et pour un pareil quartier des appoin- 
tements des officiers des trouppes .... 25000 
Total les quelles sommes reuenant 

ensemble 458755 1.3.4 

Estât des sommes que le dit Samuel 
Leuy doit recevoir de la ferme General et 
aultrement et du Thresorier de partys 
cassuelle, scavoir : 

De Dominiq Anthoin pour le 3 me quar- 
tier de la ferme General, cy 325000 

Audit des fermiers du tabac 13350 

Le restant de la subvention environ . . 25000 

Du threzorier des partys cassuelle . . . 160000 

Total de sommes reuenant ensemble. . 523750 1. 

Je soubsigne promette dacquitter la somme porte 
dans lestât cy dessus montant a quatre cent cinquant 
huit mille sept cent cinquant cinq livres trois sols 
quatre deniers a feur et messure que je receuerez des 
mains de receueur susnommé les sommes cy dessus 
assigné, revenant a cinq cent vingt trois milles sept 
cent cinquant livres et donc je compterez le surplus. 
Fait a Nancy a 20 e 8 bre 1716. 

Signé Samuel Levy avec parafiez. 

XXXIX l . 

Mémoire des raisons que Samuel Leuy produit pour sa justification. 

1° Le compte de mon commis Cerf est présentement dans la chambre 
consulaire, lequel il a signé avec les juges de la dite chambre et les 
commissaires commis a cette cause, dont jen'aypas voulu signer attendu 
des erreures considérables que j'y ay remarquez. Lon na pas laissez de 
me condamner à 500 1. de dommages et interest, qu'il me demande pour 
son emprisonnement ce qui n'est nullement de règle, puisque ce n'est 
pas a ma requeste qu'il fût arreste. Mon dit Commis ma fait exécuter 
jusqu'au cendre du feux samedy dernier. Si S. A. R. souhaite de voir le 
dit compte il na qua donner ses ordres a la dite Chambre pour le luy en- 
voyer. Dans lequel compte l'on verra les pertes considérables que mon 
dit commis a faites, qui se montent a plus d'un million qui ne sont seule- 
ment que les pertesqu'il a faites a Francfort sans compter celles de Metz, 
Paris, Nancy et Hollande. 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 277 

2° Je justiffiray quand on souhaitray que j'ay payé dans le mois de may 
dernier jusqu'au 4 Juin suivant dans le commencement de mon dérange- 
ment plus d'un million aux marchands banquiers de cette ville, dont 
j'ay les quittances pour vérification, ce qui prouve ma bonne fois, 
puisque j'ay satisfait contant. 

3° A l'égard des sommes que M r Antoine ma payé pour le compte de 
S. A. R. la plus grande partie m'a été délivre en des billets, qui ont été 
négociez, contre lesquelles sommes je me suis plusieurs fois plaint chez 
les ministres, mais inutillement, ce que je justiffirai par ses registres et 
les miens. Il est bien vray qu'il ma fourny de ses lettres assez fortes 
pour Francfort, que j'ay envoyé a mon dit commis, comme ses comptes 
le prouvent a Francfort. Mais ça été pour payer sur les lieux. 

4° De toutes les lettres de changes que j'ay receu de plusieurs parti- 
culliers ou argent contant ou pierreries je suis près a faire voir lusage 
que j'en fait, qui a été en payement et en assurences que j'ay- donné, ce 
qui me sera facile de mettre au jour. 

5° L'on trouvera de mesme dans le compte de mon dit commis que j'ay 
fait venir de Francfort en plusieurs fois jusqu'au mois de Juin dernier plus 
de vingt cinq mil Louis d'or en espèce pour le service de S. A. R. pour 
faire des payements icy, sur lesquels j'ay fait des pertes considérables, ce 
qui fait connoitre mon zèle et mon attachement pour mon Souverain. 

6° Au mois de Febvrier dernier mes beauxfreres Chuabes de Metz 
m'ont fournis sur de bons nantissements des Lettres de changes sur 
Francfort pour trois cent mil livres ou environ, lesqueles j'ay envoyé a 
mon dit commis a Francfort, ce qui est inserez dans le dit compte, avec 
lesquelles il a fait sur les lieux les payements nécessaires pour les autres 
lettres de changes que des Juifs de Metz et dautres endroits comme a 
Nancy et Paris. 

7° Pour les sommes que ie dois aux Juifs de Mayence et Francfort je 
n'en ay jamais touché un sol, ny Lettres de changes, mais bien mon 
commis a qui ils luy ont donnez les dites Lettres sur Francfort pour en 
faire des payemens comme il se justififie par ses comptes ou l'on remar- 
quera les pertes considérables qu'il a faites dans cet article. 

8° A l'égard des sommes que je dois au Sieur Ghailly ce n'est pas d'un 
seul sol qu'il m'ait délivré, mais bien ses propres billets payables en 
différents termes, néanmoins contre lesmienes ensemble avec de bonnes 
assurances, ce qui m'est facile a faire connoistre et prouver ma bonne foy. 

9° Le mois de may dernier je me transporté a Metz ou j'y hivierna avec 
ma famille jusqu'au 3 Juin suivant, temps suffisant pour m'eloigner si 
j'en avois eu la pensée et mesme dans lequel temps je n'avois fait aucun 
payement sans qu'il y eu mesme aucunes vaiselles tant or qu'argent ny 
pierries qui ne fut en ma disposition et que l'on a trouve dans leur 
propre nature, dont je pouvois enlever facilement. Mais dieu que je 
prend a témoins de ce que j'auence peut me rendre justice et que tout ce 
que j'ay fait n'a eu pour but, qu'un principe d'honneur et de bonne foy. 
Les payements considérables que j'ay faits me justiffient assez clairement, 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en second lieux les lettres de changes que je pris a Metz pour faire des 
payemens a Nancy. Je voulu marquer ma fidélité dans cette occasion 
comme dans les autres, puisque je donnai pour sûreté mes maisons de 
Metz. De ce pas je fus demander a S. A. R. la grâce de m'accorder un 
surcy, ce qu'elle eut la bonté de maccorder pour deux ans a fin de pou- 
voir arranger mes affaires, temps dont je ne me suis point surcy, puis 
qu'a mon retour a Nancy je commençai a payer des sommes très considé- 
rables, ce qui est de la connoisance de M r le président de Beaufrernont. 
Et ceux que je ne pu payer argent contant, je m'accomodai avec eux en 
moins de trois fois vingt quatre heures, ce qui me donna par les mesures 
que je pris la plaine jouissance de tous mes effets avec une entière li- 
berté pandant un mois, sans gardes qui m'ouurois un chemin a m'evader 
si je l'avois souhaité. Mais Ton scay le fond d'honneur que j'ay toujours 
eu et que je conserveray toute ma vie, il m'est facile d'en produire un 
exemple. Le voicy. 

10° Mes créanciers marchands de Nancy me proposèrent il y a quinze 
jours, un jeudy au soir de me faire sortir de chez moy et me mettre 
secrettement dans une maison marchande a fin d'éviter par ce moyen la 
funeste occasion de tomber entre les mains de mes créanciers Juifs. 

J'acceptai l'offre de bonne foy et le soir mesme ils me conduiserent eux 
quatriesme dans la maison proposée a cet effet, ou je restois sans aucun 
garde jusqu'à samedy au soir, leur ayant donné ma parolle de n'en point 
sortir sous quelque prétexte que ce puisse estre. Mais je fus extraordinai- 
rement surpris ce soir mesme de me voir conduire en prison sous de faux 
prétextes q'un certain quidant rendit a S. A. R. sous ce que je metois 
sauvez par ma cave, luy qui m'avoit conduit avec les Sindics dans cette 
maison. Peut on rien voir de plus fourbe d'avoir le frond d'aller déguiser 
la vérité aux yeux d'un prince aussy bon qu'est S. A. R. Je cesse sur le 
caractère d'un pareil sujet et laisse a votre prudence, Messieurs, d'en 
juger. Je me soumets a tout ce que la loy a de plus cruele, si j'altère ce 
que j'avence et ce que je prend la liberté de vous présenter. Si la crainte 
de vous fatiguer ne m'obligeoita finir, j'aurois l'honneur de vous remar- 
quer d'autres circonstances que ce qui est incerez dans ce mé- 
moire. 

XL 1 
Samuel Levy 
demande son eslargissement de prison. 

A son Altesse Royale. 
Monseigneur, 

Tout ce qu'un malheureux prisonnier peut dans un état aussy déplo- 
rable que la perte de sa liberté et des moyens de se faire entendre, c'est 
de récourir avec un profond respect a un prince, qui fait le bonheur de 

ses peuples. 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 279 

C'est aux pieds de Vostre Altesse Royale, que je viens me ietter, pour 
La suplier d'entendre les plaintes d'un homme, qui n'est malheureux, 
que par son trop de bonne foy, qu'il a fait paroitre en payant, tandis 
qu'il etoit libre une partie de ses créanciers et dont touts les autres au- 
roient eu le même sort, mais la crainte de voir rétablir un homme, qu'on 
vouloit perdre, luy suscita des persécutions aussy iniustes que cruelles; 
V. A. R. les jugera telles, quand contre les lois on emprisonne une 
famme pour affaire du commerce de son mary et cela sur des soupçons 
légers, tels que de dire, que j'ay détourné de deniers, ce qui se détruit 
par les sacrifices, qu'il a fait pour soutenir son honneur, malgré les 
pertes considérables qu'il a faites ; ces soupçons ne sont pas moins in- 
iustes que les comptes que l'on veut que je rende de ma conduite, 
tandis que l'on me retient les papiers et pièces, qui doivent la justifier. 

V. A. R. sçait par elle même, celle que j'aye tenue dans ses finances 
pendant qu'elle me les a confié, si elle en a été satisfaite. Je peux l'assu- 
rer, que mes créanciers ne le seroient pas moins, si on me laissoit la 
liberté de la mettre dans son jour. Mais Monseigneur, ce qui devroit faire 
leur joye, fait aussy leur crainte ; c'est cette crainte, qui les porte a pro- 
poser plutôt des accomodements, qu'ils re tractent aussitôt que je les ac- 
cepte, ce qui prouve bien, que leur dessein est de me perdre. 

Voila Monseigneur au vray le suietde mes plaintes. V. A. R. refuserat- 
elle sa protection a un homme, dont elle a approuvé si souvent les ser- 
vices et la fidélité; il ose avec un profond respect espérer que V. A. R., 
dont la justice est si équitable, ne permettra pas, qu'on luy ote la liberté, 
qu'il n'aura pas si tôt qu'il l'employera a dresser un état, ce qu'il ne 
peut faire sans ses papiers, que l'on luy retient, par ou il faira voir au 
juste, que son emprisonnement est iniuste. Il espère de la justice de V. 
A. R. qu'elle ordonnera sa liberté pour justifier sa conduite. 
Il est avec un très profond respect 

de Votre Altesse Royale, 
le très humble et très obéissant 
et très fidelle sujet, 

Samuel Levy. 
A Nancy 28 e août 1717. 

XLI 1 

Monsieur, 

Dans le temps que j'esperois voir finir mes malheurs et aux quels je 
trauaillois sans relâche, je viens d'apprendre dans ce moment, que S. A. R. 
a ordonné, que aussitôt que mes affaires seroient finies avec les Chou- 
aubes, qu'on eut a me mettre en prison. Apres les bons offices, que vous 
mavéz rendu et les bontés de S. A. R. je me vois en état de sortir d'af- 
faire du consentement mesme de mes créanciers, ce qui devoit être sa- 
medy prochain. 

1. Arch. imp. de Vienne. 



•280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Si vous voulu 1 /., Monsieur, me rendre en cette occasion le plus impor- 
tant service, ce se roi t de rappresenter aS. A. R. que cet ordre remest les 
choses dans leur première confusion. Je scais qu'elle souhaite de voir 
tout terminer et que ce qu'elle a l'ait, n'a été que sur les pressentes soli- 
citions de quelques mais intentionez sur des exposez fans. Je vous su- 
plie de tacher que cet ordre soit révoqué et on vera par ma conduite que 
je ne suis point capable des injustes fondements dont on scay servy pour 
obtenir un pareil ordre. Ayez la charité, Monsieur, d'avoir quelque pitié 
de inoy et de m'onnorer de votre protection pour parrer le coup fatal que 
me porteroit cet ordre. J'ai l'honneur d'estre avec un très profond 
respect 

Monsieur 

Votre très humble et très obéissant 
serviteur, 
Samuel Levy, m. p. 

a Nancy le 10 9 bre 1717. 

Au moment, Monsieur, que j'etois près a cacheter ma lettre, les créan- 
ciers d'icy viennent de me dire, que je tache par tous moyens d'obtenir 
d'icy a vendredi un surcy pour 3 mois ou une lettre de restitution pour 
empêcher les créanciers étrangers juifs de me faire de la peine, sans la- 
quelle je suis un homme perdu sans resource, qu'une grâce semblable ne 
soit point cause de ma ruine entière avec celle de plusieurs autres, et 
qu'on ait la bonté d'examiner les services que j'ay rendu autrefois avec 
celuy de voir que tous les juifs étrangers sont protégé de leur souverain 
cest la mesme grâce que i'espere de S. A. R. et de vous Monsieur et que 
vous me rendrez justice en ce que j'ay rendu des services plus que per- 
sonne de l'Etat. Faites moy la charité de me soulager dans mes maux 
d'une reponce favorable, s'il vous plait. 

Si l'ordre dont je fais mention dans ma lettre est faux, je me flatte 
néanmoins d'obtenir la grâce du surcy. 

XUI» 

Monsieur, 

Le misérable état ou je me trouve réduit et la disgrâce de ne pouvoir 
recevoir une de vos lettres m'oblige dans cette nécessité a prendre encore 
la liberté de vous écrire, Monsieur, et d'envoyer mon procureur, pour 
qu'il ait l'honneur de vous remettre luy mesme celle cy que j'osse vous 
addresser dans la crainte que de toutes celles que je m'ay donné l'hon- 
neur de vous escrire, ne vous ayent point été remises. 

IJ aura le chagrin de vous représenter comme homme équitable de 
mesme que moy, Monsieur, que ce jour d'huy samedy mon procès a été 
terminez avec les Ghouaubcs mes beaufreres. Mon procureur aura l'hon- 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 281 

nenr de vous rendre compte du jugement, mais j'auray celuy de vous 
dire que les marchands Ghresticns vinrent ce jour d'huy d'une fureure 
digne de compassion chez moy enleuer tout ce qui me restoit, pour me 
procurer le repos et au moment, que je vous représente ma misère, ma 
femme et moy sommes obligez de coucher a terre arrachez avec violence 
un seul rideau qui restoit a mon lict. Vous êtes Monsieur un homme trop 
charitable pour ne point juger du reste. Ils me dirent, en leur priant a 
mains jointes, de me laisser mon couchage, que s'estoit S. A. R. qui me 
retenoit actuelement, ce que je n'ay pu croire, étant un prince trop bon 
pour ceux qui ont de la justice. Si cela est bien vray, je n'en murmure- 
ray jamais, sçachant que si c'est de son ordre, que c'est avec équité. Mais 
j'espère pour prendre mes maux plus en patience, que vous ne me refu- 
seray pas la grâce de luy représenter en quoy je l'ay pu mérité et qu'un 
homme comme moy est digne de compasion, ayant été obligé de me 
passer de dincr faute d'aucun sols dont je suis denû. Je finiray par dire 
que mon plus cruel ennemi qui me contrecareen tout ce que je peut faire 
est M. Antoine, qui est dechainé comme un lyon contre moy picqué du 
resentiment que j'ay eu l'honneur d'avoir été trezorier de S. A. R. Est il 
possible qu'elle voiroit mourir de faim celuy qui s'est attaché si fidelle- 
ment a son service. J'ay le bonheur de le connoitre trop miséricordieux 
et vous trop charitable pour ne point luy représenter ma misère. Je vous 
prie de lire l'art. 16 des factums des Sindics. J'ai l'honneur d'estre avec un 
profond respect 
Monsieur 

Votre très humble et très obeisant 
serviteur 
Samuel Levy 
a Nancy le 14 9 1,re 1717. 

XLIII l 

Monsieur 

Je vous demande mille pardons sy je vous interrompt sy souvent, 
mais vu la grande nécessité et grande misère ou je suis, je ne 
peus pas me dispenser, connaissant votre bon cœur, de vous demander 
encore par la présente de représenter sil vous plaist de nouveau a 
son Altesse Royale, d'avoir pitié d'un pauvre homme et qui a tous- 
jours esté fidel et a sacrifié son bien pour son prince, lequel n'a pas a 
présent du pain a manger et qui couche sur la dure avec sa femme et 
famille et tousjours gardé sans raison par une trouppe d'archer. Et avec 
cela Ion me menasse de me mettre en prison au premier jour et sy je 
suis en prison j'y finire mes jours, estant absoluement ruiné avec tous mes 
créanciers a force d'être obligé d'abandonner touttes mes affaires etqu'au 
contraire sy son Altesse Royale veut avoir la charité de m'accorder un 

1. Arch. imp. de Vienne. 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

repris pour quel temps il luy plaira, je ne doute pas qu'un bon prince 
comme Elle m'accordera cette grâce et quelle pense aux services fidèle et 
sacrifice auquel je me suis mis en état pour elle misérablement et ruiné ma 
femme et mes enfants queje puisse finir mes atfaires. Et après contanter 
mes créanciers, jay des procès a Metz des maisons et autres effets pour 
environ cent cinquante mils Livres, a Francfort pour soixante mils livres, 
en Alzace pour trente mils et encore des autres dettes particulières. Mes 
maisons d'icy vous voyez bien Monsieur, s'y jobtenoit un repys que je 
pouvoit finir mes affaires et contanter mes créanciers en comptant et 
arrestant ce que je leur peut redevoir parce que Ton voit bien a présent 
parle compte que mon commis ma rendu en justice les grandes pertes 
que jay fait et les usures quelon ma fait. Et tout cela provient de la parte 
de mes créanciers juifs et cesta leurs égard que je demande un repys de 
même que pour les autres créanciers et les principaux créanciers crestiens 
qui sont accomodez et pris tous mes effets a la seconde estimation qui est 
bien basse comme vous le scavé. Et avec cela je suis traittétous les jours 
comme le dernier esclave du monde, comme Monsieur André vous en 
aura fait un détail précis. Et pour les juifs en gênerai vous scavez que je 
leurs ay payé le premier huitième voilà sept mois Monsieur queje suis 
lié, vous pouvé bien vous imaginer, que ce n'est pas le moyen de vac- 
quer a mes affaires. Gest pourquoi jose espérer que vous feré votre pos- 
sible pour que je puisse obtenir un surcis et dempescher lemprisonne- 
ment de ma personne. Et le principal de mon malheur n'est que lajalou- 
sie et la haine que l'on a contre moy a cause que jay rendu service et que 
personne ne peut faire voir aucune preuve de fraude ny de malversations 
contre moy et qui ne se trouvera jamais. J'espère, Monsieur que vous ne 
manqueré pas de maider moy et ma famille et je vous auré toutte ma vie 
de grandes obligations. 
Je suis avec un profond respect. 
Monsieur 

Votre très humble et très obéissant 

serviteur qui signe la présente 

lettre au lit et malade. 

Samuel Levy. 
A Nancy lel6 Novembre 1717. 

XLIV » 

Monsieur. 

Toutes les bontés et les grâces que vous avez voulu me faire sont en 
grands nombres dont je ne pourray jamais estre capable de vous en 
remercier. Mais ce ne sera pas manque d'une bonne volonté et d'un cœur 
ouver. Et voicy encore que je vous damande Monsieur de m'accorder au 
nom de Dieu qui est de vouloir bien chercher le moment favorable peur 
que S. A. R., a qui je prend la liberté de luy escrire, en le priant, de me 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 283 

faire la chanté déxaminer l'Etat cy joint danslequel ilverad'un coup d'œil 
l'cfat de mes affaires en gênerai ce que j'ay payé ce que je doit et ce que 
j'ay. Il est si juste, que si Tony trouve la moindre fraude, je consent 
qu'on me condamne a mort. J'ose en mesme temps vous prier, Monsieur, 
de vouloir aussy prendre la peine de l'examiner. Vous y trouverez la jus- 
tice et ma bonne foy, dont j'ay donné si souvent des preuves et de mon 
zèle pour le bien de S. A. II., dont je souffre anjourd'hny, vous en con- 
naissez la cause Monsieur, et vous pouvez me rendre justice au suiet. Je 
désire avant de mourir de donner encore de plus fortes preuves de mon 
application a servir un si bon prince, a qui mes ennemis m'ont rendus 
sy odieux. Mais avec la grâce de dieu et votre secour je feray voir le con- 
traire. Je ne crois pas qu'après l'examene de cet Etat, qu'on me refusera 
la grâce de m'accorder ma liberté pour quelque temps a fin de compter 
avec tous mes créanciers juifs. C'est ce que j'espère de vos bontés ord ,es 
et de me croire avec un profond respect. 
Monsieur 

Votre très humble et 1res obéissant 
Serviteur, 
pour Samuel Levy 
a Nancy le 1 er . décembre 1717. 

Mémoire des payements et effets qu'on 
a trouvé chez Samuel Levy avec les debtes 
depuis le 10 juin d ior jusqu'à ce jourdhuy 
dans lequel il fait voire sa bonne foy 
en metant au jour la fourberie de ses 
ennemis. 

Premièrement. j/EL. 

de Lorraine 

Suivant l'inventaire réitéré plusieures 
fois signez des comm res et de marchands 
avec leurs quittances monte a 509484 1. 19 

Il est vrais que suivant la seconde 
estimation on trouvera 160 mille livres de 
moins ou environ. 

Suivant l'accomodement avec les juifs 
de Metz pour leurs 8 e et a dautres jay 
paye plus de 60000 

A plusieurs particuliers Ghrestiens de 
la Gonn ce de M. le président de Beaufre- 
monl 300000 

Au S. Seinturier 4000 

Au S. Olliuier 7000 

A un partes pour des billets d'Alcan . . 25000 

Donc M r Le président sçay a M r Antoine 
par ordre du d. S. P. sur un billet d'Alcan 7500 

A reporter 880984 1. 19 s. 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Report. . . . 8809841. 19 s. 
Pavé a Moysc et Jacob Chouaubes mes 

beauxfreres 45000 

A Ruben Chaube 10000 

Payez au Saisies réelles 16000 

Au S. Chailly qui a en mains pour 

assurance suivant l'estimation 184000 

Au S. Levai pour sûreté 92500 

Au S. Suvette pour assurance 9000 

Les sommes que les Comrn™ m'ont 
ostez sur les billets de son A. R. avec la 
différence de me payer en argent de 
Lorraine au lieu de celuy de France que 
j'espère qu'elle aurra la bonté d'entrer en 

considération cy 180000 

Debtes en Alsace au moyen de my 

transporter pour la somme de 32000 

Pour banqueroutte que les nommez 
Bastien, Joly, Masson, Beaulieu, Goultion 
et Lefort de Nancy m'ont fait environ . . 30000 

Ma maison de Nancy ou ie réside . . . 15000 

Celle sur l'esplanade 40000 

L'autre ou jl yà une remise 10000 

Les pertes que j'ay fait sur les huilles 
que j'ay fait revenir dont j'ay gardez 3 ans 10000 

Sur ma vaiselle dor et dargent que j'ay 
esté obligé de faire fondre ce que M r le 

Président scay 10000 

Perte sur les pièces de 18 s. donc procest 
pour l'augmentation avec Maurice et 

d'autres 20000 

Sur les 23000 1. payé a Alcan par ordre 

de S. A. R. a la monnaye cy 8000 

Pendant mon exercice de ma recette 
ou j'ay été obligé de faire des avances 
considérables comme jl sera justiffie 
par mes registres environ dont jay rendu 

compte 25000 

L'examen des registres de mon Commis 
qui sont aux greffe on trouve a Francfort 

seulement perte 100000 

Perte que j'ay faites tant icy Paris, Metz 
et Hollande sans en scavoir au juste mon- 
tant montent aumoin a 450000 

2829484 1. 19 s. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 



285 



Je ne rapporte pas dans cet Etaz ny le 
mariage de mes enfant, appointement de 
mes commis, frais de poste, depences de 
bouche et les pertes considérables, que 
j'ay faites sur les pierreries que mon 
commis a ete obligé de prendre pour 
argent contant des quelles je n'ay pu me 
deffaire pendant deux ans. L'interest des 
dittes somes que j'ay ete obligé de payer 
monte a de sommes considérables. 

De mes beaux frères pour assurance 
qu'ils ont en mains suivant leur reçues . 

A Abraham d'Alembourg p. sûretés . . 

Ma maison de Metz avec les Effets, 
livres, place de Synagogue et ornements. 

Payez a mes beaux frères sur les 
sommes que je leur dois 

Change a 40 p. c. 
Lorrain au moin. . . 



contre argent de 



Total gênerai. 



Argent de France 

222000 1. 
112000 

120000 

20400 



189760 



664160 1, 



Argent 
de Francfort 

Payé a Lyon Olbaack contre son receu. 15000 flor. 

Aux juifs part ers de Francfort suivant 

leurs accommodents environ 16000 fl. 

Entre les mains de M. le président pour 
le S r de Gekel et Compris Masse contre leurs 

receus 20000 

Franc et Kompel de Francfort me doi- 
vent 26000 

Total 77000 fl~" 

Ce qui fait en livres 154000 1. 

Change en argent de Lorraine au moins. 46200 

Total 200200 1. 



Argent de Lorraine .... 
Arg. de France avec change 



[g. de Francfort 
change 



avec 



2829484.19 
664160 

200200 



3693844.19 
Total gênerai de toutes les sommes cy 



3693844 1. 19 s 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Toutes les objections qu'on peut former sur cet Etat on n'aura que 
celle des pierreries qui sont en assurance et en inventaire, en disant que 
l'estimation est trop forte, mais suivant le compte de mon comis qui est 
au greffe on vera qu'elles coûtent davantage, je repond plus au long en 
disant que la différence qu'on peut dire au sujet de L'estimation des pier- 
reries la différence de la dite somme n'est point si forte que dans l'art, 
cotté B que je ne tire pas hors ligne. 

S'il fallait faire un état particulier des sommes que je doit, il seroit 
d'un détail trop long, mais je puis assurer en homme de bonne foy, que 
je ne dois plus que de trois millions ou environ ce que justilïeray en 
temps et liux lors de l'examenne. 

Mes ennemis qui publient que je dois plus que les 3 millions que je 
déclare cy dessus, il faut remarquer par exemple que devant a un part er 
100.000 1. sur mes billets, ce dit part cr ayant négociez mes billets a 
d'autres, je ne peut devoir que les 100.000 1. Ce qui fait un double 
employ en prétendent que je doie les dits 100.000 1. au premier part er et 
encore mes billets qu'il a négociez ce qui est une bouricade. 

Mes commis qui sont a Paris ne m'ont point encore rendut compte, ont 
cependant obtenus un surcy du Roy qui ont suivant mes registres beau- 
coup de mes billets sans scavoir s'ils les ont négociez, scavoir qu'ils m'en 
ayent délivrez le montant. 

Ce qui prouve bien le faux prétexte qu'on a eu de dire que j'avois 
cachez des Sommes considérables et apportant d'aussy bonnes preuves. 

Je ne mest dans cet état non plus les frais que j'ay fait et été obligé de 
faire depuis mon dérangement tant en procédure pour ma deffence que 
les voyages que j'ai fait faire aux personnes qui suivent mes affaires qui 
vont à de grosses dépenses. 

A la marge, au crayon : 

Inventaire des Effets trouvez chez Samuel Levy. 

XLV ! 

Monsieur. 

La grâce que j'ay a vous demander c'est de vouloir bien lire celle cy 
pour vous faire voir la plus grande friponnerie que l'on puisse commettre 
de la part de Sekel, Envoicy les circonstances. Vous vous resouviendrez 
s'il vous plaist, Monsieur, qu'il y a environ deux ans que vous eûtes la 
bonté de donner de l'ordre de S. A. K., une lettre de recommandation a 
Cerf mon commis addressee aux magistrats de Francfort pour avoir leur 
appuy, de laquelle il ne s'est jamais servis en aucune manière. 

Cependant le dit Cerf la garde depuis ce temps. Et il y a environ 
trois mois, que l'ayant donné a Urbain son procureur de Nancy lors 
de mes contestations avec luy pour preuve, comme il avoit été mon 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 287 

commis, le nommé Sekel ayant quelque vent de cette lettre solicita 
secrètement avec tant d'instance le dit Cerf pour avoir apparament la 
d. lettre, qui ne peut être regardé que nomme une lettre de racommanda- 
tion et non de eredy comme il le prétend. Ce qui se justiffie par l'avis 
que l'on vient de me donner dans ce moment. Ayant donc gagné le d. 
Cerf pour luy remettre la dite lettre et en étant en posession il l'envoya 
dernièrement a l'Electeur de Mayance, luy faisant connoistre par cette 
fausse preuve, qu'il n'avoit prêté son argent que sous ces sûretés, autre 
friponnerie de sa part, puisque je prouveray claire comme le jour que 
quelques sommes qu'il me répète ont été délivrez bien auparavant que 
la dite Lettre me fû accordé. 

Sur cette lettre l'Electeur luy a envoyé dernièrement encore une lettre 
de recommandation auprès de son A. R. pour le soutenir plus que jamais 
sans qu'il puisse pénétrer cette fourberie. Je suis sure que S. A. R. est 
informez de la conduite d'un semblable fripon, qu'elle le fera chasser de 
ses états. Et pour mieux jouer son rolle, avant de l'envoyer a l'Electeur 
il la fit voir a quelques conseillers de Luneville comme chose véritable. 

Je ne doute nullement que M. le président n'en informe demain S. A. R., 
luy qui scait le denoument de la chose et qu'il seroit d'une maxime utile 
a envoyer les comptes du dit Sekel au dit Electeur pour le convaincre de 
ses friponneries a fin d'éviter lesimportunitées continuelles a S. A. R. 

Je vous demande mille pardon desfatiguesde mes lettres, mais j'ay été 
bien aisse de vous en advertir par moy mesme et vous prouver ma droi- 
ture en toute chose. J'ay l'honneur destre avec respect, Monsieur 

Votre très humble et très obeisant serviteur 

Samuel Levy. 
des prisons Le 25 Janv. 1748 
un petit mot de reponce syl vous plaist. 
Au dos : Lettre a M. le Baron de Sauter ce 4 février 1718. 



{A suivre) 



NOTES ET MÉLANGES 



SUR LES FRAGMENTS DE LA GUENIZÀ 
ÉDITÉS PAR M. E-N. ADLER 



l. 



Le plus intéressant des fragments édités récemment par 
M. E.-N. Adler dans cette Revue * est sans contredit le premier, 
ne fût-ce qu'à cause de la mention du Yosippon. Il est difficile 
de déterminer la ville d'où il provient ; mais il est sûr que ce n'est 
ni Otrante, ni Oria. La première de ces deux villes y est appelée 
■narniK, comme chez Ahimaaç et chez Yerahmeel, tandis que Jacob 
Tam, par exemple, dans le fameux proverbe qu'il cite, orthogra- 
phie armiN 2 . Quant au nom de la ville d'Oria, il est écrit, dans 
notre fragment, tout comme chez Donnolo, dtik \ et non, comme 
chez Ahimaaç par exemple, i-pik et formes analogues. Pour le 
nom de iifiTpa, il est peu probable qu'il désigne Naples. 

La lettre provient du sud de l'Italie. C'est ce que montrent 
d'abord les noms propres qui s'y trouvent, particulièrement ceux 
d'Ami ttaï, Léon et Sabbataï. Les deux derniers figurent, outre les 
textes signalés par M. Adler, dans une consultation écrite à Bari, 
nous ne savons du reste à quelle époque 4 . Le fragment contient 
encore un nom rare, celui de Hodya, que l'éditeur a trouvé à 
Postât dans un document de l'année 1154. Je l'y avais déjà trouvé 

1. Revue, LXVII, 40-52. 

2 Voir Bâcher, Revue, XXXIII, 40 et suiv. 

3. Hakmoni, éd. Castelli, p. 3. Pourquoi M. Adler cite-t il ce passage d'après le Melo 
Bofnaïm de Geiger, alors que tout l'ouvrage est édité depuis 1880? 

4. Cette consultation est contenue dans le R. A. B. N., n° 38, mais sans signatures, 
et dans les Ilar/yahot Maïmoniot, IL Ischout, xxm, 8, mais sans l'indication du nom 
de lieu Bari. Remarquons en passant que le nom de l'un des signataires, "p?:blCC, 
doit être corrigé en JIApVlDD ; voir Ahimaaç, p. 119, 1. 23; p. 127, 1. 4 d'en bas. 



NOTES ET MÉLANGES 289 

en 1082 1 . Ce nom figure dans la Bible sous la forme abrégée Hod 
(I Chroniques, vu, 37), laquelle était également usitée dans l'Italie 
méridionale et qu'on trouve chez Donnolo. Mais le Kairouanais 
nommé dans une lettre éditée par Wertheimer s'appelait Sabbataï 
b. Juda b. Amittaï 2 , et non pas b. Hodya, si toutefois Wertheimer 
a bien lu. Nous trouvons encore dans le fragment un nom très 
rare, rrm 3 , et celui de nsujo, Scheschna (non Sasson, comme 
l'écrit M. Adler), que nous ne connaissions jusqu'à présent qu'en 
Babylonie à l'époque des Gueonim (c'est, par exemple, le nom du 
père d'Amram gaon). Enfin, le Sabbataï b. Abrabam b. Ezra cité 
dans le fragment est-il identique avec Donnolo? C'est peu certain, 
d'abord parce que le mot *n devant Abraham a été ajouté par 
M. Adler, alors qu'il faut peut-être suppléer 'ti. Que Donnolo donne 
à son grand-père le nom de Yoël, ce n'est pas ce qui s'opposerait 
à l'identification, ce serait le nom du père de sa mère ; mais, 
d'autre part, il est possible, si la restitution de M. Adler est 
exacte, qu'on ait ajouté le nom du grand-père précisément 
pour distinguer ce Sabbataï de son homonyme bien connu, 
Donnolo, conformément à la règle talmudique sur deux Joseph 
b. Simon qui demeurent dans la même ville et qu'on distingue 
en ajoutant le nom du grand-père (Baba Batra, x, 7). Il en 
résulterait dans tous les cas que Donnolo résidait à Otrante '' et 
que notre fragment est de la première moilié du x e siècle. Mais 
même sans cette considération, on peut être assuré qu'il n'est pas 
beaucoup plus jeune. 

Le destinataire de la lettre n'est pas nommé non plus. Le com- 
mencement de la seconde lettre est ainsi conçu : p imm r n nro 
/'q won yynh V't mon» ap^ 5 , ce qui fait supposer à M. Adler 
que notre fragment est tiré d'une copie d'un recueil de lettres 
adressées à Hasdaï et que ce dernier n'est autre que Hasdaï ibn 

1. Voir Revue, LXVI, 69, n. 4. 

2. Guinzê Yerouschalaïm, II, 18. Voir mon Anschê Kairouan, p. 46. — Parmi les 
autres porteurs du nom de Hodya, citons : le neveu de David, exilarque de Mossoul 
(Harizi, éd. Kaminka, p. 368), et David b. Hodya, qui signe en 1376 l'acte d'excommu- 
nication en faveur de Samuel Schletlstadt (D" l O"nZ2Dip nïînn, éd. Coronell, 110 a). 

3. Nous trouvons en Egypte en 1740 un ^D3 m "H "îrnbî* m "H D~"ON (m?. 
Bodd. 2835 W) ), mais ici c'est peut-être un nom de famille. Cf. le nom, 7UD72 "p mi 
ib., 2806 25 ). Les deux noms sont-ils identiques ? 

f 4. Donnolo était né à Oria ; après la capture de Tan 925, il fut racheté à Tarente ; 
ses père et mère ainsi que ses proches furent vendus à Palerme et dans l'Afrique du 
Nord. Nous ne savons pas où lui-même demeura ensuite. 

5. Un Juda b. Jacob de Rome, de l'école de Joab, au xiv a siècle par conséqu ent, a 
copié le D"»73n "n]? -1 "iEN73 de Samuel ibn Tibbon (ms. Paris, 976 1 ; v. Vogelstein et 
Rieger, Geschichte der Juden in Rom, 1, 334). 

T. LXVII, n° 134. 19 



290 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Schaprout. Cette hypothèse a beaucoup pour elle. Le destinataire 
est traité de te, puis qualifié de îab^N, narro» et imw, et ces 
titres conviennent parfaitement à Hasdaï ibn Schaprout, qui portait 
notamment le titre de nbs «an '. On ne doit pas s'étonner que la 
copie d'une lettre écrite d'Italie en Espagne ait été trouvée dans la 
Gueniza : n'y a-t-on pas trouvé une lettre écrite de Babylonie en 
Espagne et qui était peut-être adressée également à Hasdaï ibn 
Schaprout 2 ?— On pourrait penser aussi à un exilarque Hasdaï, 
qui était peut-être en fonction en Egypte au xi e siècle 3 ; mais dans 
ce cas, le titre de t-ibis on n'aurait pas manqué. 



II 

Des fragments relatifs à la querelle entre Ben Méir et Saadia, le 
premier avait déjà été édité par M. Schechter d'après le même 
manuscrit Adler 4 . Pourquoi donc celte réédition ? Du second frag- 
ment, des parties du premier feuillet ont été publiées en différents 
endroits'*; cette nouvelle publication fournit quelques variantes 6 . 
Plus important est le feuillet 2, qui comble la lacune entre les 
feuillets 4 et 5 de Harkavy (Stud. u. Mitt., V, 217). Celui-ci n'avait 
pas reconnu la lacune, ce qu'a fait Bornstein, qui l'a restituée 
librement, mais exactement quant au fond 7 . Ce qui est encore 
plus intéressant, c'est que le fragment Adler s'insère tout à fait 
dans les morceaux édités par Harkavy. Il forme donc une partie du 
manuscrit Bodl., 2810, d'après lequel ce savant avait publié le 
texte. Nous pouvons établir maintenant que ce manuscrit se com- 
posait primitivement de 12 feuillets dont les ff. 2-3, 5, 8, 10-11 sont 
à la Bodléienne, et les ff. 4 et 9 entre les mains de M. Adler, tandis 
que les ff. 1 , 6, 7 et 12 manquent (la fin a été éditée par M. Harkavy 
d'après un autre manuscrit). C'est ainsi que le hasard a dispersé 
le même texte en différents endroits. 

1. Mais il n'est guère possible que l'expression miTD MO "pNIi désigne le titre de 
gaon ; le premier mot signifie plutôt « orgueil ». Le destinataire était célibataire et 
sans enfants : 13 rWttm miom 71^23 (v. Gen., n, 22) 13>T?Xnbl "HTMnb 

nnp^ D^aoEa d^p'^ij D^aa iaai D^aa ib jmbi .mwb (v. Keioubot, n«, 

et Horaïot, 13 6). 

2. Voir J. Q. ft., XVUI, 399, 768. 

3. Voir llevue, XLV11I, 163. 

4. Saadyana, u° xlviii; de là par Bornstein, -ptfO pT 3"0"l npbn)3, 99-102. 

5. Le commencement jusqu'à aVblD 18JZ5 par Scliecbter, l. c, p. 16; la suite par 
M. Israël Lévi, Revue, XL, 262; le tout par Bornstein, /. c, p. 45 et s. 

6. P. ex., à la fin du fragment éd. Schechter, *J12"> au lieu de "jy, etc. 

7. L. c, p. 52-53. 



NOTES ET MÉLANGES 291 

Le troisième morceau publié par M. Adler est une épigramme 
intitulée •wbi» p^TC n^acn p bip \i2 et dont l'acrostiche est nttbiD. 
M. Adler en conclut que le nom de Ben Méir était Salomon (j'ai 
conjecturé : Aron) 1 . En manière de confirmation, il donne le titre 
d'un fragment de la Gueniza : "p-nnasa nann pni^ 'T'a -ididï-ï mara 
apy "ps» ro*cn sjfin Tara '-ra '■» 'rraoa nann rrabio r -pa nbrra. 
Si nous adoptions l'interprétation que M. Adler donne de cette 
suscription, il en résulterait d'abord un fait surprenant : c'est que 
le père de Ben Méir aurait déjà porté le titre de "pas na">ur> ©en 
apy 2 . Mais cela me semble peu probable. Il est vrai que Ben Méir 
n'est appelé na*^ iaan que par ses adversaires (Saadia l'appelle 
aussi ïmann wtxi) 3 , mais lui-môme peut s'être qualifié de nantir isen 
apan lifcW. Pour confirmer ce point, on pourrait faire remarquer 
que dans sa formule de salutations commençant par aibra "iw», il 
parle de son Y'a«, du grand et du petit Sanhédrin, etc., etc., 
tout comme les Gueonim babyloniens. Seulement, ce qui serait 
singulier, c'est qu'il invoque ses ancêtres, mais non son père 4 . 
Car si le père de Ben Méir avait été lui aussi Gaon, cette circons- 
tance importante aurait été relevée aussi bien par les partisans 
que par les adversaires de Ben Méir. Ce Ben Méir reste donc 
une énigme. Mais même si nous admettons que le gaon Méir 
est le père de Ben Méir, c'est alors surtout que celui-ci ne 
peut pas avoir porté le nom de Salomon. Dans la suscription 
citée, Salomon est appelé nbvw "mrraDa nann, titre qui était 
conféré par les chefs officiels des académies, dans la plupart 
des cas comme distinction à des docteurs étrangers :i ; or, Ben 
Méir était lui-même le chef d'une telle académie. Salomon pourrait 
donc être tout au plus un frère de Ben Méir. — Quant à savoir s'il 
est l'auteur de Tépigramme en question, voilà qui est fort dou- 
teux. Cet auteur est désigné comme i&bro, ce qui indique, géogra- 
phiquement, la Perse et, chronologiquement, une époque tardive. 
En outre, la langue de Tépigramme est tout à fait barbare, tandis 
que Ben Méir écrit un hébreu coulant et élégant. En tout cas, 
l'épigramme n'est pas dirigée contre Saadia. 

1. Revue, LXVI, 67. 

2. 11 faudrait donc modifier en ce sens la vue que j'ai exposée (dans cette Revue, 
LXVI, 63, et dans la Z. D. M. G., LXVIII, 120) en admettant que le gaonat n'avait été 
créé en Palestine qu'après Ben Méir ou après la mort de Saadia. 

3. Cf. Bornstein, p. 6, 1. 22 ; p. 75, 1. 15, etc. 

4. Cf. ib., p. 51. 

5. Cf. Revue, XLVIIl, 155 ; Z. f. H. B., X, 146. Nous trouvons encore un titulaire de 
ce titre en 1141, c'est-à-dire à une époque où le gaonat palestinien n'existait plus; il 
était donc décerné aussi par d'autres académies, celles de l'Egypte par exemple. 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Peut-être d'autres trouvailles nous apporteront-elles les éclair- 
cissements nécessaires. Quoi qu'il en soit, les quelques fragments 
publiés par M. Adler montrent combien la Gueniza est inépuisable 
et tout ce qu'on peut encore attendre d'elle. 

Samuel Poznanski. 



L'ORIGINE DU FRAGMENT DE POLÉMIQUE ANTICHRÉTIENNE 
PUBLIÉ DANS LA REVUE ! 

J'ai lu avec beaucoup d'attention l'étude de M. Marmorstein sur 
un prétendu fragment perdu du Commentaire de David Kimhi 
sur les Psaumes et les très judicieuses critiques que lui a faites 
M. Porges 2 . — Je suis heureux de pouvoir, à l'aide de manuscrits 
de la R. Biblioteca Palatina, appartenant à la collection De 
Rossi, prononcer le dernier mot sur la question et confirmer 
d'une manière incontestable l'hypothèse de M. Porges. Oui, le 
fragment publié par M. Marmorstein est tiré du û^n rorbs 
d'Efodi : il se trouve au chap. x, qui commence par les mots : 

.m ynan *w •nmbiiî'i VTttbm iicia pso "p«. '■* pns 

Le passage commence ainsi : 

"I73N1 Û-iblH ND-173 ÏPÏ1 1^"»^ -|73N 2"^ plDI 'l p")D "lp""ltt iarO pi 

Tria -mm -iisn "na* )r> n73N:u: rra D^pb ht -ittO-iD" 1 «bus dtïî 
ynw «bn ma*' «b tjp ta^wb ùsibeï tw ^mn in» ^sa nnsn 
mac* Nb y-iin r?:p Ynp y-ina 

11 y a dans la collection De Rossi quatre exemplaires du iwba 
IFWT, qu'il a décrits dans son Catalogue (mss. 120, 122, 124, 1269) 
et dans la Bibliotheca Judaica. — Je les ai examinés tous les 
quatre pour vérifier les expressions que M. Porges trouve dou- 
teuses et voici les résultats de ma recherche : tous les exem- 
plaires ont : 

aDUJE misrjb trab ny naaa^ «b 

iaiD Dï-P3T&n rrn arn ab i»ia 

arrr^a "in-p id i^ujn dîtw ijtdid 

1. T. LXVI, p. 246. 

2. T. LXVI1, p. 128. 



NOTES ET MÉLANGES 2^3 

Au lieu de nacrj a-u an* «Vn, qui, selon la jusle remarque de 
M. Porges, n'a pas de sens, on lit : «au: "wai unp ava rasa a-irr abia 
nnœb îanpn» û'nrran t23i< T-tfan ab mmENfi ttbapa 

Le ms. 1269 a, tout de suite après : tm-ipoa ïmrmD aia lEKi; 
les autres font précéder ces mots d'une réfutation de Math., xxn. 

Au lieu de l'inintelligible naanbi inau:a ("iur onb natti) les quatre 
mss. ont : "iscnb i^a^a. 

Les mots : "naTi ianm vieni spart nnpb, ni le mot nvYflan ou 
mirrr, ni les mots : rmnn nvrotab rvan nn -m ne se trouvent 
dans les mss. 

Les quatre mss. contiennent tous, après le tman iwba 'o, un 
appendice intitulé: "pa "TOMia maiion, discussion des textes bibliques 
cités par les a"n^3 à l'appui de leur doctrine : dans le ms. 1269 
il y a, en outre, des om^t» nsp b* D^-ixiab maigri, et, à la fin, on 
lit : û"mttT73 nirp b* Voab b"T p"i"i t-nayia maitann i73bia3i n73n. 

On ne trouve pas, parmi ces réponses, le passage cité par 
M. Marmorstein (Append. I), mais on le trouve, avec des variantes 
peu importantes, dans le ms. 402,12, qui contient le p"m s d sur 
les psaumes messianiques. 

En voici le texte : 

...'nb nia tcn mîaï»n nbnn. nihia DiiTab mbin ^nion a^iab rnan 

'■«731X5 myi "i'Û"1D731 ÛTDn« bN imN '"TO-IB»» '""1X1371 ^313 N51 

nnpb tt "o mab naiïî anwb rrbjn '73Ni iroi7jNb laiau: a^ian b? 
rïbern ^a "iun '73N3 "«73 by im-a \aiD73 manan ""a anb a^iom niaa 
□ni tnbsn nbvin Nb "iiaan b* inban nmn uni ms niti dn «iiab 
nai by bbsnn rrnia rrn baa a"« nbmsa T3ixn rpn p *]b -hts^ 
Nim nnat a*nx br bbarwa rpn -n73T?3n an ^d -nsn. nim rr^n abra 
^3ian ^11737732 *p inapa -ma -naan nmpb ban nb ivr a^a-i '^a^iN 

.anb a^TBno n?3 

Il faut observer aussi que, bien que les mss. du Kelimat 
hagoim ne contiennent pas ce passage du Commentaire de David 
Kimhi, le ms. 1269 reproduit, en appendice, des commentaires de 
Kimhi sur quelques psaumes, à savoir : Ps. xxn, xlv, lxxii, 
lxxxvii, ci. Et l'on rencontre dans le commentaire sur le Ps. xxn 
la même pensée exprimée presque avec les mômes mots : 

îana^ia pba Nin ht ^a '?:ni mn Nb iiasai piasn ûms wum 
nnpb n-p ht i»ana ^a naaa m^nnb nazi Nb Nim -\zy mr ba vaab 
rvnnrrt nan Nb ^a^sb as^na "hit nïa îawn nmn "UPimo niaa 
an^Diz: rro aarab v^ia 1 ' np?i ipin awinn T'a mzy non «bs iias3 
D^amnn t» fib^atnbi iu:s3 pn pvnnb nan Nb "«a a*n73iNi a"n2i73 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■«om yw nwb ttam Nb tni-n '-di ^ba t:n pan* ïrn i-wab 3"a im» 
nns* Nin piba «in dk "nsn rw*3 nvnb nxn ab «im narn »bi 

Kb "itoari bj dm inabs^ 'n b« bis i7:n nam iex* rov 

.ribxn T»nas irn Mb mpb» ba> d&o inb^sn «bn inrabs 

Il est évident que les exemplaires du livre Kelimat hagoim 
portaient tous, comme appendice, quelque écrit polémique que les 
copistes ajoutaient dans le but d'expliquer les textes bibliques qui 
servent d'appui aux Chrétiens, notamment les textes dits messia- 
niques des Psaumes, et l'on peut penser que le feuillet de la Gue- 
niza publié par M. Marmorstein appartenait à un ms. tel que le 
De Rossi 4269. 

Quoi qu'il en soit, il est hors de doute que le morceau dont 
nous nous occupons est une page du chap. x du d"nm n^bs et que 
les appendices sont vraiment de Rimhi. 

Parme, 1914. 

D. Camerini. 



BIBLIOGRAPHIE 



Bouché-Leclercq, (A.) Histoire des Séleucides, Paris, Leroux, 1913; 
gr. in-8°, iv + 485 p. 

J'ai eu le plaisir d'entendre, en Sorbonne, il y a une dizaine d'années, 
quelques-unes des leçons consacrées aux Séleucides par réminent pro- 
fesseur d'histoire ancienne, et, en lisant cette volumineuse Histoire des 
Lagides qu'il a donnée au monde savant au prix d'un énorme labeur (qui 
devrait faire oublier à ceux qui en profitent quelques lacunes ou erreurs 
inévitables), j'espérais qu'il se déciderait à consacrer aux Séleucides un 
digne pendant à ce monument de probité scientifique et d'intelligence 
critique. Nul n'était plus capable d'infuser vie, ordre et clarté à cette 
histoire obscure entre toutes que le savant qui prit comme plaisir à élu- 
cider les sujets les plus complexes que connaisse la science de l'anti- 
quité, la Divination et Y Astrologie, les institutions des Romains et celles 
des Ptolémces. C'est dans l'espoir d'y trouver le beau livre d'histoire que 
mérite ce sujet que j'ai abordé la lecture du volume où M. B.-L. s'est 
décidé à reprendre le manuscrit de son cours, et je tiens à dire tout 
d'abord qu'on y retrouve les mêmes brillantes qualités qui ont permis 
à l'auteur de faire vivre l'histoire des Lagides. 

Le récit est alerte et la critique lucide; des portraits soignés forment 
comme des îles lumineuses au milieu de la perpétuelle obscurité d'une 
histoire où presque tout est incertain ; les traits heureux — je dirais 
presque les bons mots— abondent : « Démétrios, roi en disponibilité », 
(p. 44), « l'érudition de conférencier » de Lucien, « le Gaulois est le deus 
ex machina de l' époque » (p. 117), « les Romains passés maîtres en l'art 
de perdre le temps des autres », Antiochos IV « trouvait plus facile de se 
faire encenser que de se faire estimer » (p. 225) f . 

Si M. Bouché-Leclercq est parvenu ainsi à nous donner une histoire des 
Séleucides qui se laisse lire fort agréablement, — bien qu'on sente parfois 

1. Il faut dire que M. B.-L. paraît parfois pousser trop loin son désir des défini- 
tions à l'emporte-pièce : Pyrrhos est « fou furieux » (p. G9) ; les maîtresses de Pto- 
lémée II sont des « soubrettes effrontées » (p. 94); Stratoniké était-elle nécessairement 
« sur le chemin de la folie » (p. 110) parce que, à 40 ans, elle offrit sa main à son 
neveu Séleukos II, qui en avait 30 ? 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'ennui qu'a éprouvé l'auteur à esquisser à nouveau des tableaux 
brossés ailleurs au point de vue des Lagides — si sa narration qui 
présente des faits connus l'enchaînement le plus vraisemblable, 
est-ce à dire que cette histoire soit aussi critique qu'elle eût pu 
l'être? Ce n'est pas que M. B.-L. n'ait pris soin de lire toutes les 
dissertations et études qui se sont multipliées sur ce sujet; ce n'est 
pas qu'il n'ait étudié en eux-mêmes les problèmes les plus obscurs qui se 
posent — le volume qu'il annonce comme supplément en apportera, s'il 
en était besoin, la preuve 1 — mais c'est que, devant l'accumulation même 
des hypothèses, il semble avoir été pris parfois de découragement; au 
milieu de tant de solutions — où son équité lui fait voir en toutes quel- 
que vraisemblance, — il s'est trop souvent arrêté et, renonçant à percer 
le mystère, il a couru à la solution la plus simple, qui n'est pas nécessai- 
rement la plus sûre. 

Je ne pense pas parler pro domo si je me permets de croire que M. B.-L. 
eût pu construire un monument autrement solide en prenant les documents 
épigraphiques comme assises, au lieude n'en tirer que desornementspour 
l'édifice qu'il a élevé. De plus, les textes mêmes qui forment sa trame n'ont 
été soumis à « la critique qu'avec une trop sceptique indulgence ». 
Répondant par avance à ce reproche, M. B -L. nous dit bien que les 
« documents épigraphiques et autres, encombrés d'homonymes et le plus 
souvent impossibles à dater avec précision, épaississent les ténèbres qu'ils 
devaient dissiper » (p. 74 ; cf. p. 459) ; mais je ne puis partager cette 
manière de voir, et des travaux récents à base toute épigraphique, tels que 
ceux de MM. Holleaux et G. de Sanctis, me paraissent prouver le contraire. 
Ainsi, pour les guerres d'Antiochos Hiérax avec Attale de Pergame et les 
Galatés, dont M. B.-L. semble désespérer de retrouver la chronologie, je 
crois avoir montré, avec MM. Cardinali et Ferrabino, qu'elle se laissait 
reconstruire avec une sûreté suffisante grâce aux ex-voto de Pergame. 

Mais ce regret que je me permets d'exprimer n'affecte guère la seule 
partie de l'ouvrage de M. B.-L. qui doive nous occuper ici, celle qui est 
consacrée aux rapports des Séleucides avec les Juifs *. 

Dans cette histoire — et on ne doit guère s'en féliciter — point 
d'inscriptions en cause; c'est des fragments d'historiens grecs médiocres 
et des longues élucubrations des chroniqueurs juifs déformées par le 
parti pris, qu'il faut tirer tant bien que mal un arrangement vraisemblable 
des faits. Nulle tâche plus ingrate; mais, comme elle a déjà été faite par 
Schûrer avec un soin incomparable, M. B.-L. n'a pas eu à lu reprendre. 

1. Ce volume comprendra, outre l'index et la bibliographie, des « notes justifica- 
tives », M. B.-L. ayant préféré revenir à l'ancien système des excursus plutôt que 
d'encombrer le bas de ses pages de notes plus longues que le texte. Espérons qu'il 
contiendra aussi un tableau généalogique des Séleucides et une bonne carte de leur 
Empire. 

2. Pour qui voudra lire un résumé — plus brillant encore que l'original — du 
volume de M. B.-L., on ne peut que recommander l'article que G. Radet lui a consacré 
au Journal des Savanls, juillet 1913. 



BIBLIOGRAPHIE 297 

Gomme il a suivi en général Schiïrer, on ne cherchera rien d'original 
dans son exposé. Mais il est toujours intéressant de voir comment un esprit 
aussi ferme, aussi élevé que celui de l'auteur de Y Intolérance religieuse 
envisage une crise qui, toute locale qu'elle fut dans son principe, a eu 
de si graves conséquences pour l'histoire du monde. 

Pour bien la comprendre, il eût fallu brosser un large tableau de l'hellé- 
nisation de la Syrie sous les Séleucides, tableau dont on trouvera l'esquisse 
dans le volume qui vient de paraître chez Alcan sous le titre Vhelléni- 
sation du monde antique (p. 244-6 et 335-51). On ne saurait assez regretter 
que, se bornant adonner une histoire règne par règne, M. B.-L. n'ait point 
comme son prédécesseur Bevan(27ie house of Seleucus, 1902;, consacré un 
chapitre à décrire l'état de chacune des grandes régions de ce vaste empire. 

Le peu que nous en dit M. B.-L. est d'ailleurs conçu en termes excellents. 

« Comprise dans la Gœlé-Syrie et passant tour à tour avec elle sous 
la domination tantôt des Lagides, tantôt des Séleucides, la Judée renfer- 
mait un peuple à part, qui se considérait comme l'élite de l'humanité. 
Aigri, mais non désabusé, par plus de quatre siècles de servitude, il atten- 
dait avec une foi indomptable que son dieu Jahveh le replaçât à son rang 
à la tête des nations... 

« L'esprit tolérant et sceptique de l'hellénisme se propageait dans les 
régions d'alentour à mesure que les colonies gréco-macédoniennes s'im- 
plantaient autour du lac de Génézareth et dans la vallée du Jourdain. 
Les colonies grecques formaient autour de la Palestine comme un cercle 
qui allaitse resserrant de plus enplus. Elles s'étaient d'abord échelonnées 
le long de la côte de Phénicie où Anthèdon, Gaza, Ascalon, Azotos, Apol- 
lonia, Stratonopyrgos, Ptolémaïs et la nouvelle ïyr formaient une série de 
villes helléniques ou hellénisées. Du côté de l'Orient, Damas et Philadel- 
phie avaient reçu de forts contingents de colons grecs. Puis, le bassin du 
Jourdain avait été envahi. Sur les bords du lac Samachonitide, près des 
sources du fleuve, on rencontre une Séleucie ; plus bas, autour du lac de 
Génézareth, Philotéria, bâtie par Ptolémée Philadelphe, Hippos, Gadara. 
Plus au sud encore, Dion et Pella passaient pour des fondations 
d'Alexandre le Grand, qui avait aussi installé des Macédoniens à Samarie. 
Il ne restait plus à entamer que la Judée proprement dite. » (P. 236-7.) 

Pourquoi Antiochos IV l'a-t-il entrepris ? C'est ce que M. Bouché-Leclerq 
a recherché dans des pages dont on pourrait disposer les données sous 
cinq rubriques l . 

Ce sont d'abord trois motifs d'ordre général. 

1). Ne pouvant étendre sa domination au dehors — les Romains, qui lui 
défendaient de passer le Tatirus, venaient de l'obliger à évacuer l'Egypte 
et Chypre (168) — Antiochos voulait au moins l'affermir au dedans. 

2). Le seul groupe ethnique qui, dans son royaume, résistait à l'hellé- 

1. M. B.-L. n'indique pas — dans son texte du moins — qu'il ait fait état de la très 
honorable monographie que Umberto Mago a consacrée à Antioco IV Epifane, re di 
Stria (Sassari, 1907) ; j'en ai rendu compte Rev. archéologique, 1907, t. I, p. 184-6. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nisation était la Judée, gouvernée par les grands-prêtres de Jérusalem. 
Cette forme de gouvernement môme et tout ce qu'on répétait - en l'exa- 
gérant à plaisir— du fanatisme des Juifs, de leurs « superstitions », de l'a- 
version dont leur intolérance les animait contre tous leurs voisins hellé- 
nisés, leurs « mœurs misanthropiques et criminelles », leur « haine du 
genre humain » (Diodore, Tacite), tout cela le portait à croire que, pour 
réduire cette opposition, il fallait remplacer le « dieu jaloux » du Temple 
par son dieu suprême à lui, le Zeus-Baal des Gréco-Syriens. 

3). Espérant sans doute reprendre quelque jour ses projets sur 
l'Egypte, il devait voir un triple avantage à établir solidement son auto- 
rité à Jérusalem : une des routes militaires menant en Egypte passait par 
cette citadelle ; elle abritait un trésor considérable ; elle exerçait une 
puissante influence sur les Juifs dispersés dans les ports de l'Orient, et on 
sait l'importance de la colonie juive d'Alexandrie. Or, jusque-là, à en 
croire les historiens juifs, les Lagides avaient montré la plus grande 
complaisance pour les Juifs de stricte observance, tant à Alexandrie qu'à 
Jérusalem : raison de plus pour l'adversaire des Lagides de se poser en 
protecteur des Juifs hellénisants. Et cela d'autant plus que les Tobiades, 
rivaux des Oniades, paraissent avoir accusé ceux-ci devant lui d'être des 
partisans de l'Egypte : les réduire, c'était donc servir ses propres intérêts 
en même temps que ceux de l'hellénisme. 

A ces motifs d'ordre politique doivent s'ajouter des raisons person- 
nelles. 

4). D'abord ce caractère bizarre que M. B.-L. a décrit en touches si 
justes, ce singulier mélange du despote fantasque de l'Asie avec les am- 
bitions civilisatrices du Grec, de la cruauté du Levantin avec la brutalité 
dont il avait pu voir tant d'exemples à Rome, de l'autocrate de droit divin 
et du sceptique égalitaire. Au demeurant, cerveau si mal équilibré que 
Polybe proposait de changer son surnom à'Epiphanès « l'Illustre » en 
Epimanès « le Maniaque». 

5^. Ensuite, et surtout, le besoin d'argent causé par ses constructions 
et ses fêtes ruineuses, san? parler de campagnes militaires continuelles : 
après avoir donné la grande prêtrise à l'Oniade Jason pour 590 talents 
par an, il lui substitue un certain Ménélas, parce qu'il promet 300 t. de 
plus (171). On sait comment son prédécesseur Séleukos IV avait déjà tenté 
de faire mettre la main sur le trésor du Temple par son ministre des fi« 
nances Héliodoros. M. B.-L. soupçonne (p. 239) que le miracle bien connu 
fut inventé de concert entre le ministre du roi et Simon, le trésorier du 
temple, qui, par haine contre le grand prêtre Onias III, avait appelé l'atten- 
tion du Séleucide sur les richesses de Jahveh '. Quoi qu'il en soit, 

i. Comme on sait que Séleukos IV fut assassiné par un Héliodoros (Appien, Syr., 
45) et qu'il n*y a aucune raison de ne pas identifier celui-ci à celui des Machabées, 
on peut même tirer du rapprochement une hypothèse pour expliquer cet assassinat : 
Héliodoros s'y serait décidé lorsqu'il aurait vu sa fraude sur le point d'être découverte: 
l'intervention miraculeuse qui l'avait chassé du Temple aurait été moins un ange du 
Seigneur que... des espèces sonnantes (cf. B.-L., p. 240), 



BIBLIOGRAPHIE 299 

« Antiochos se promettait bien de ne pas se laisser fouetter par les 
anges » (p. 266). 

Malgré tous ces motifs pressants, Antiochos fùt-il intervenu s'il eut pu 
prévoir quelle guerre religieuse allait sortir de son intervention? L'idée de 
persécution religieuse est si étrangère à l'esprit hellénique qu'on en peut 
douter. Ce n'est pas parce que, otage à Rome, Antiochos avait pu assister 
à ce procès des Bacchanales qui rappelle ceux de l'Inquisition (181), que 
le Séleucide devait être plus enclin à poursuivre des croyances. Il a dû 
penser qu'il n'y avait qu'à achever, par une politique plus énergique, une 
œuvre en bonne voie. N'avait-il pas vu le grand-pontife Jason bâtir lui- 
même un gymnase à Jérusalem, et envoyer, comme les autres villes de 
Syrie, une députation apporter les contributions des Juifs aux jeux en 
l'honneur de Melkarth auxquels le roi avait présidé à Tyr ? 

De plus, son aide n'était-elle pas appelée par les successeurs de Jason 
et par le parti hellénisant qui les appuyait contre les fanatiques, Zélotes, 
Hasidim ? 

« Il faut dire à sa décharge, écrit très justement M. B.-L., qu'il fut 
poussé à intervenir par le parti des Juifs hellénisants, qui lui deman- 
daient de les protéger. Malmenés par les puritains, ils prétendaient repré- 
senter la majorité de leurs compatriotes et assuraient qu'avec leur appui, 
le roi aurait facilement raison des intransigeants. Gomme Louis XIV à 
propos des protestants, il put croire tout d'abord n'avoir qu'à achever une 
tâche presque menée à bonne fin par la pénétration spontanée des mœurs 
grecques jusque dans les rangs du clergé. » (P. 266.) 

Le prétexte de son intervention dans les querelles entre candidats au 
grand pontificat reste obscur. Mais les raisons générales en sontmaintenant 
bien claires : « 11 fallait en finir une fois pour toutes avec ces discordes 
sans cesse renaissantes qui, non contentes de troubler la paix intérieure, 
menaçaient à tout moment la sécurité de l'empire. On allait du même 
coup punir les fauteurs de désordre et en supprimer radicalement la 
cause, en abolissant, avec la théocratie sacerdotale, le culte du dieu jaloux 
qui avait fait de son peuple l'ennemi de tous les autres. L'intérêt politique 
s'ajoutait à l'attrait du butin et à l'attente de la renommée promise à 
l'homme qui, triomphant là où tant d'autres potentats avaient échoué, 
aurait enfin civilisé les Juifs» (p. 267.) 

Tels sont donc les motifs 1 — ceux d'un politique, non ceux d'un fana- 

1. M. B.-L. a insisté avec complaisance sur les extravagances attribuées à Antio- 
chos IV. En les relisant, j'ai été frappé de la similitude que présentent beaucoup 
d'entre elles avec celles que Lampride et Hérodien prêtent à Héliogabale: prétendu 
« mariage » avec Atargatis (ailleurs l'Artémis persique), habileté à jouer du fifre ou de 
la cornemuse, plaisir à s'entretenir familièrement avec les petites gens, cadeaux don- 
nés en loterie, goût pour les brimades et les farces, enfin les « outrages aux mœurs » 
en public, voilà autant de traits communs à Antiochos et à Héliogabale qui ne sont peut- 
être dus qu'à l'incompréhension par les historiens grecs et romains des mœurs, usages 
ou rites des Syriens. M. B.-L. me parait avoir trop réduit ce qu'il y avait de « levan- 
tin » en Antiochos IV. 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tique * — qui déterminèrent Antiocbos à l'action. En quoi cette action 
consista-t-elle au juste? A travers toutes les exagérations des chroniques 
juives « qui ont grandi Epipliane à la taille d'un être satanique », on ne 
trouve à retenir comme vraisemblables que les mesures suivantes : occu- 
pation de Jérusalem par des troupes syriennes sous la direction du mi- 
nistre des finances Apollonius — ce qui indique bien le caractère surtout 
financier de l'opération — ; installation de ces troupes dans une citadelle 
dominant la ville basse, érection dans le temple de la statue de Zeus 
Olympien « l'abomination de la désolation » 2 et sacrifice d'un porc sur 

1. D'ailleurs, il parait qu'Antiochos professait une dévotion particulière pour Zeus 
Olympien : colosses en bronze dédiés à Olympie et au Capitole, Olympieion construit 
à Athènes — M. B.-L. oublie de noter qu'il le fut sur les plans grandioses d'un architecte 
Romain, Cossutius, que, peut-être, Antiochos avait fait venir pour construire le « Ca- 
pitule » du mont Silpios, au-dessus d'Antioche — ; statue colossale de Zeus à Daphné ; 
enfin, au revers de ses monnaies, Apollon, jusque-là patron des Séleucides, cède le 
pas «î Zeus, et, comme Antiochos s'était fait appeler théos Epiphanès Niképhoros, c'est 
peut-être lui qui a fait vénérer le fondateur de la dynastie sous le vocable de 
« Séleukos Zeus Nikator». 

Comme on sait que Sylla emporta des colonnes de l'Olympieon d'Athènes pour la 
reconstruction du Capitole, ne peut-on croire qu'il en a emporté aussi un Zeus imité de 
celui de Phidias? On sait qu'Antiochos en avait fait exécuter une copie pour son temple 
du Silpios. Ne pourrait-on expliquer ainsi le type phidiesque du Jupiter de la triade 
capitoline ? 11 aurait fallu signaler aussi que, de Pausanias, V, 12, 4 rapproché de 
I Mach. 1,23 et Josèphe, XII, 5, 4, on a conclu que le voile brodé donné par Antio- 
chos IV au temple de Zeus à Olympie était celui que le roi avait enlevé au temple 
de Jérusalem (cf. f razer et Hitzig dans leurs éd. de Pausanias ; d'autres ont pensé 
que ce don avait été fait par Titus). 

Au relevé des constructions dues à Antiochos IV il aurait fallu ajouter le bouleutérion 
de Milet élevé en 166 en son nom par ses favoris Timarchos et Hérakleidès (Rev. des 
Et. grecques, 1909, p. 313). 

En tout cas, il est probable que le désir d'instaurer son dieu favori, celui auquel 
il s'égalait, sur le haut lieu de Jérusalem, a exercé son influence sur la résolution 
d'Antiochos, comme l'a déjà signalé Bevan, Journ. hell. stud., 1910, p. 26 (il suppose 
même que la statue dressée dans le Temple était celle d'Antiochos en Zeus). 

2. On a beaucoup discuté sur le sens véritable de l'expression devenue proverbiale 
sous la forme « l'abomination de la désolation » qui transcrit Vabominatio desola- 
tionis de S 1 Jérôme ; celui-ci a plus transcrit que traduit par là le pôékiyp-a Tyj; 
£or,{xw'7£oj; que les Septante ont employé pour traduire 07312370 Û^lpïî de Daniel, 
ix, 27 (cf. xi, 31 ; xn, 11 ; I Mac, î, 57 ; vi, 1, etc. Voir les art. Abomination dans les 
Dictionnaires de la Bible de Vigouroux et de Hastings, la Biblical et la Jewish 
Encyclopaedia). Le sens de lanpSJ est bien établi et il est bien rendu par bdelugma 
dans son sens propre de « chose puante, ordure, souillure » ; les Juifs ont qualifié 
ainsi Chamos, Moloch, Astarté, etc., tous les faux dieux, avant d'appliquer ce nom à 
Zeus Olympien, dont le nom en syriaque, Baal Schamem, prêtait à une équivoque, sans 
doute voulue, avec l'expression considérée. Ce qui est moins établi, c'est la valeur 
(ïe'rémôsis : érémôsis n'est pas la désolation au sens moral ; c'est le fait matériel 
d'être désert, vide ; il s'applique au temple parce qu'il a été dépouillé de ses richesses, 
abandonné de ses prêtres ; bdelugma n'étant pas Y abomination, mais la souillure, 
{'ordure au sens le plus matériel du mot, la vraie traduction latine ne serait-elle pas 
excrementum vastationis ? 

Je me demande aussi si le sacrifice d'un porc — qui n'est pas ordinaire pour Zeus — 



BIBLIOGRAPHIE 301 

l'autel de Jahvch, interdiction de la circoncision, permission donnée à 
toutes les bourgades de la Judée d'avoir leur autel propre avec obligation 
d'y fêter l'anniversaire de naissance du roi — ce dont les Samaritains 
auraient profité pour relever leur temple du Garizim sous le vocable de 
Zeus Xénios. 

Si Xénios a été pris dans le sens de hospitalier ne serait-ce pas une 
façon d'opposer le dieu plus accueillant des « bons Samaritains » au dieu 
jaloux de Jérusalem qui les avait opprimés avec une dureté qu'il ne faut 
pas oublier pour apprécier avec justice la part de responsabilité d'Antio- 
chos dans ses « persécutions» ? 

Au reste, est-il certain que des sanctions pénales furent promulguées 
contre ceux qui contreviendraient à ces prescriptions en même temps 
qu'elles furent édictées? M. B.-L. ne le croit pas : le Séleucide ne devait 
pas plus prévoir la résistance des Juifs qu'il croyait acquis en meilleure 
partie à ses «réformes», pas plus que Louis XIV n'escomptait la résistance 
des protestants. La persécution est née de cette résistance qui a d'autant 
plus exaspéré qu'elle était plus imprévue. D'ailleurs, jusqu'à quel point 
est-on en droit de parler de persécution? L'épisode même des Machabées, 
ignoré de Josèphe et du l or livre des Macbabées, nous est connu avec tant 
d'incertitudes et de variantes qu'on ne saurait en établir l'historicité et 
M. B.-L. relève avec raison l'assertion d'un évêque africain, Optât de 
Milève : « Antiochos ne mita mort aucun juif, excepté les sept frères et 
un vieillard qui refusaient de manger de la chair de porc. » C'est, en 
effet, sans doute, par le refus de sacrifier que la résistance se manifesta 
le plus ouvertement pour les Juifs comme plus tard pour les chrétiens, 
et ce fut peut-être ce refus qui obligea le gouvernement syrien à sévir. 

D'ailleurs, M. B.-L. admet qu'alors « les rigueurs exercées en son nom 
ont dépassé les intentions du roi; qu'il fut trop bien servi par l'antipathie 
ancestrale et réciproque des Syro-Hellènes pour les Juifs; que ses fonc- 
tionnaires étaient tout disposés à enchérir sur ses ordres, et que sa pré- 
sence — cette omni-présence dont le gratifie la légende — aurait peut- 
être épargné aux récalcitrants les tortures que les Gréco-Romains ont 
toujours bannies de leurs codes. On conçoit mieux des sbires s'amu- 
sant à voir ce que pouvait endurer un juif pour ne pas manger de la chair 
de porc. » (p. 274). 11 faut tenir compte aussi de ce que « la juste indignation 
des persécutés a sans doute exagéré la cruauté des persécuteurs et ajouté 
des couleurs criardes à l'horrible tableau des tortures subies par les mar- 
tyrs de la foi mosaïque, précurseurs et modèles des martyrs chrétiens » 
(p. 273). 

Gomme la persécution, la rébellion a du être exagérée par la vanité des 
chroniqueurs juifs. Ce n'est pas une guerre, mais une guérilla que Judas 



vient seulement du désir de marquer le mépris du roi pour les superstitions juives. 
Ne viendrait-il pas aussi de l'identification, qui semble avoir été tentée à Gaza, 
entre Javhé et Triptolème, une de ces divinités d'Eleusis à qui on offrait des pour- 
ceaux en sacrifice purificatoire ? 



302 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Machabée a menée dans les montagnes de Judée. Elle n'a pas empêché 
Antiochos d'entreprendre la reconquête des hautes satrapies, et il est 
invraisemblable que le régent Lysias ait pu mobiliser 65.000 hommes 
contre la poignée des rebelles du Maehabéc alors qu'Antiochos avait déjà 
emmené en Mésopotamie le gros des forces de la monarchie, et que, àl'apo- 
géede sa puissance, on saitqu'Antiochos III ne put réunir que 60.000 hom- 
mes à Raphia. On peut juger par là de la vraisemblance des 120.000 hom- 
mes avec lesquels Antiochos IV aurait repris Jérusalem en 163. Un des 
raies chiffres exacts, conservés par hasard dans les Machabées, doit 
être les 9.000 hommes de Nikanor en 161; quand son successeur en eut 
réuni 22.000, Judas Machabée succomba. 

On aurait souhaité que M. B.-L. eût développé les considérations que je 
viens de faire valoir dans le précédent paragraphe. Je crois qu'à leur aide, 
et en éliminant des « doublets » manifestes, il aurait pu arriver a nous 
donner des guerres des Machabées contre les Syriens un tableau critique 
plus rapproché de la vraisemblance l . 

Mais M. B.-L. s'intéresse moins à ces faits de guerre — trop souvent souillés 
de sauvagerie — qu'aux grandes lignes de l'histoire politique du temps 
qui ont, si rapidement, permis l'affranchissement complet de la Judée. En 
163, c'est la reprise de Jérusalem par Antiochos V, qui y installe comme 
grand-prètre l'hellénisant Alkimos, tandis qu'Onias V, réfugié en Egypte, y 
fonde le temple de Léontopolis. Grâce à la mort, en 161, de Judas Macha- 
bée, grâce aux garnisons macédoniennes de Gadara, de Bethzour et de 
Sion, grâce, enfin et surtout, à la liberté religieuse laissée aux Juifs, la 
paix fut rétablie. Sentant sans doute qu'il ne pourrait la troubler sans 
péril et profitant des guerres de succession entre les Séleucides, Jonathan, 
frère du Machabée, se fait nommer grand-prêtre en 150 par Démétrios I er 
et reconnaître presque autonome par Démétrios II, en 145, moyennant un 
tribut de 300 talents 2 . Quand, pour se l'attacher, Diodotos Tryphon l'eut 
confirmé dans ses possessions et honneurs et qu'il eut confié à son frère 
Simon la surveillance de toute la côte depuis Tyr jusqu'à l'Égypte t 

1. M. 13. -L. a consacré 8 p. (p. 298-306) de la plus ferme critique à montrer com- 
ment s'était formée la légende de la mort misérable d'Antiochos IV, frappé d'une 
maladie atroce pour avoir voulu piller un temple d'Elymaïde. Le fait de la mort en 
Elymaïde a été emprunté à son père Antiochos III; le pillage d'un temple d'Anahita 
a été commis, par le môme prince, à Ecbatane qu'Epiphane rebaptisa en Epiphaneia. 
Epipbane avait probablement dépouillé lui-mùine le temple d'Atargatis à Hiérapolis 
et il était mort àTabai en Perse. 

C'est sur ces faits que les cbroniqueurs juifs ont brodé l'histoire de la punition di- 
vine qui s'exerce si terriblement sur le violateur du temple. J'ajouterai seulement 
que, d'après les données du problème telles que les expose M. B.-L., il me semble 
que les auteurs des Machabées l et II (que connait Josèpbe) ne sont pas eux-mêmes les 
auteurs de cette « broderie » : ils n'ont fait qu'approprier tant bien que mal à la ven- 
geance du Dieu d'Israël ce qui avait été inventé par les sectateurs des déesses d'Hiéra- 
polis et d'Elymaïde. 

2. M. B.-L. pense à un tribut annuel (p. 349). En ce cas ce chiffre ne paraît-il pas énorme? 
Ne s'agirait-il pas plutôt de l'arriéré du tributdù depuis le début de la révolte? On sait 



BIBLIOGRAPHIE 303 

Jonathan fait déjà figuré de dynaste juif et, grâce aux guerres civiles, il 
étend bientôt son pouvoir depuis Damas jusqu'à Askalon et Gaza. Simon, 
qui lui succède, s'empare de la citadelle de Jérusalem, la rase et se fait 
reconnaître par Démétrios II comme maître de la Judée (142). Si Antio- 
chos VII reprit Jérusalem en 133, il laissa la Judée libre, moyennant 
tribut, sous le pouvoir de Jean Hyrkan ' : on sait que, à en croire 
Josèpbe, il n'aurait pas seulement respecté la liberté religieuse des 
Juifs mais qu'il aurait, à la fête des Tabernacles, témoigné avec tant de 
magnificence le respect qu'il portait à leur dieu que ce sont eux qui 
l'auraient surnommé Eusébès « le pieux ». 

Avec Jean Hyrkan, vainqueur des Galiléens, des Samaritains, des Phi- 
listins, des Nabatéens, et, surtout, avec son fils Alexandre Jannée, qui 
prend le titre de roi, l'histoire d'Israël, comme partie intégrante de 
l'empire Séleucide, est terminée. La Judée est devenue un royaume indé- 
pendant qui, entre l'Egypte et la Syrie décadentes, fait figure de grande 
puissance : bien qu'affaiblis sans cesse par leurs dissensions intestines, 
les Hasmonéens n'ont plus eu de rivaux sérieux que dans les émirs Naba- 
téens de Damas, jusqu'à ce que Pompée soit venu mettre fin à l'indé- 
pendance juive et à la dynastie issue du Machabée 2 . 

A considérer dans cette période les noms et les mœurs des gouver- 
nants, il semblerait que l'hellénisme ait cause gagnée en Israël. Mais ce 

qu'il aurait été de 20 talents par an sous les Ptolémées (Josèphe, XII, 4, 1). Quinze ans de 
tribut à ce taux reporteraient vers 160. Vers 135, on voit Antiochos VU réclamer à 
Simon 500 talents, ici nettement qualifiés d'arriéré (p. 372) : en dix ans, l'indemnité 
due a donc monté de 200 talents. N'est-ce pas une confirmation de notre hypothèse ? 

1. A propos de ce surnom de Hyrkan, resté inexpliqué, je me demande s'il n'a 
pas été donné au Hasmonéen lorsqu'il eut pris part à la campagne malheureuse 
d'Autiochos VU contre les Parlhes (130) : on sait que ceux-ci sont souvent appelés 
Hyrkaniens du nom de leur province d'origine. 

2. Il ne sera pas inutile d'indiquer en tableau ce qu'un historien aussi averti que 
M. B.-L. admet pour les rapports entre la Judée et Rome : 

Traité de 161 avec Judas Machabée : traité postérieur, interpolé à cette place. 

Traité de 146, renouvelant le précédent sur l'initiative de Jonathan : également pro- 
blématique. 

Sénatus-consulte de i39, sollicité par des ambassadeurs de Simon, chargés de porter 
a Piome un bouclier en or du poids de 1.000 mines : ce don peut être authentique en 
le réduisant à 1.000 mines d'argent, mais le document est apocryphe, peut-être copié 
en partie sur le document semblable que Josèphe place au temps d'Hyrkan II (Schùrer 
accepte le texte de Josèphe comme valable pour 139). 

Sénatus-consulte adressé à Jean Hyrkan : probablement authentique dans le fond 
sinon dans la forme ; pour la date, on peut hésiter entre 133, 129 et 108 ; M. B.-L. 
incline en faveur de cette dernière date. 

Quant aux rapports supposés avec Sparte, M. B.-L. admet pour les expliquer que 
« quelque écrit apocryphe, fabriqué peut-être à Alexandrie, avait persuadé aux Spar- 
tiates — isolés dans le monde grec comme Israël dans le monde oriental — qu'ils 
étaient parents des Juifs par Abraham » (p. 356). Ne faut-il pas penser à l'influence de 
légendes élaborées dans ces ports de Pamphjlie et de Pisidie qui, comme Apamée du 
Méandre, se réclamaient d'œkistes Lacédémoniens et où les commerçants juifs jouaient 
dès lors un tel rôle ? 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n'est là qu'une apparence de surface. Ce siècle de guerres inexpiables a 
rendu de telles forces au fanatisme juif qu'il restera désormais un des 
fadeurs de l'histoire du monde : attachement aveugle à la lettre d'une 
loi religieuse, haine farouche pour tous ceux qui n'y obéissent pas, 
confiance inaltérable dans le triomphe final du « peuple de Dieu » et foi 
éperdue dans le Messie qui l'assurera, voilà ce qui est né du contre-coup 
de la folle tentative d'Épiphane. On ne saurait mieux conclure qu'en 
citant ces fortes paroles de l'auteur de V Intolérance religieuse : « Antio- 
chos n'a pas l'excuse qu'on alloue aux persécuteurs qui ont été intolérants 
par fanatisme religieux. Par instinct de despote, par dédain de sceptique, 
pour des scrupules qu'il était incapable de comprendre, par cupidité aussi 
et par rancune contre une race qu'il soupçonnait de préférer les Lagides, il 



1. J'indique ici quelques points qu'on souhaiterait voir rectifiés aux corrigenda que 
contiendra sans doute le Supplément qu'a promis M. B.-L. : 

P. 40, n. 1. — « Suit, dans Lucien, l'inepte roman des amours de Stratonice et de 
Combabos ». Il me semble que, dans une histoire des Séleucides, il y avait plus à 
tirer de ce roman, inepte certes, mais qui n'en est pas moins instructif pour la menta- 
lité des foules syriennes qui l'ont élaboré : comme on voit, en Asie-Mineure, Stratonice 
se confondre en quelque sorte avec Aphrodite Stratonikis (cf. p. 468, n. 2), elle a dû 

— l'analogie des noms aidant — se confondre en Syrie avec Astarté ; Kombabos (le 
Khoumbaba du Gilgamès) est une variété d'Adonis et d'Attis qui devait avoir de 
lungue date son rôle dans la légende sacrée d'Hiérapolis ; c'est précisément à l'époque 
de Stratoniké qu'Hermoklès de Rhodes fit, pour Hiérapolis, une statue de Kombabos. 
Je croirais volontiers que la peinture de Ktésiklès exposée dans le port d'Éphèse, qui 
aurait représenté Stratoniké « dans les bras d'un pécheur qui passait pour son amant», 
représentait en vérité la Mater Idsea dans les bras du pécheur Théodoros — autre 
variante des amours d'Aphrodite et d'Adonis. Même l'histoire d'Antiochos et de Strato- 
niké me parait empruntée à la fois à des contes ioniens et à la Phèdre d'Euripide 
(Cf. J. Mesk, Rhein. Muséum, 1913, p. 366-94]. 

P. 54.— On n'a plus le droit de parler des «Sémites dits Leucosyriens» en Cappadoce 

— P. 56. De même chez les Arméniens, l'élément sémitique n'est qu'un élément de 
la population, le nom d'Arménie est plutôt un nom indo-européen qu'une variante 
d'Aram. 

P. 59 n. 2. — Les gens de Pitaué en Éolide sont les Pitanéens, non les Pitanates 
(ce nom est réservé au loclios bien connu de Sparte) et il faudrait dire que leur 
créancier est le roi Antiochos I. 

P. 63. — M. B.-L. se rendra sans doute aux excellentes raisons alléguées par G. de 
Sanctis pour exclure de la côte ionienne au temps d'Antiochos I toute trace d'occupa- 
tion ptolémaïque. Pourquoi écrire Erythrae, Tolistoboies au lieu des graphies coutu- 
mières et plus justes, Erg titrées, Tolistoboïens. J'ajoute que Erythrées a rendu un 
culte à un Antiochos (Keil, Oest, Jahresàefte, 1910, Beil. inscr. n. 5). 

P. 64. — Jecrois avoir montré que laréalité delà victoired'AntiochosI sur les Galates ne 
saurait être contestée, si les détails dérivent d'un poème épique ou d'une peinture {Monu- 
ments P'iot, 1914). En tout cas, comment écrire : «cette victoire dedate inconnue, dont 
le lieu est hypothétique et l'authenticité même suspecte, dut refouler les Galates vers 
le nord » ? Aux indices sur les invasions des Galates, ajoutez l'inscription de Thyateira 
en 274 (Keil-Premerstein, Reise in Lydien, II, n. 19). 

p. 92. — Il aurait fallu dire que Danaé, l'amie de Laodice, était la fille de Léontion, 
la maîtresse d'Epicure. 

P. 120 — Il n'y a aucune raison de ne pas croire qu'Epigénès, lieutenant de Séleu- 



BIBLIOGRAPHIE 305 

a commis un attentat odieux contre la liberté de conscience. Il a cherché 
querelle à un peuple qui ne lui refusait pas l'obéissance, et qui, formant 
encore une nation, avait le droit de garder chez lui ses coutumes natio- 
nales, résumées dans sa Loi religieuse. Et son crime a été en môme 
temps une faute. Il a exalté par là l'esprit judaïque, le fanatisme xéno- 
phobe qu'il voulait extirper, et entravé à jamais une assimilation qui 
se serait peut-être faite à la longue sans ce brusque assaut. C'est de la 
détresse de la conscience juive qu'a jailli, désormais incoercible et 
prenant hardiment possession de l'avenir, l'espérance messianique » 
(p. 276). 

Adolphe Reinach. 



kos III, soit différent de l'ancien lieutenant d'Attalos I (cf l'exemple certain du condot- 
tiere Nikolaos, p. 158), ni que le Lysias que combat Attalos 1 soit distinct du dynaste 
phrygien de ce nom (sur ces dynastes, voir Wilhelm, Neue Denkmaeler, 1912). 

P. 141 . — Il aurait fallu rappeler que GlermontGanneau a cru trouver les restes d'un 
monument commémoratif de Raphia (cf. Arch. Jalirb. 1908, Anz. p. 475). 

P. 157. — M. B.-L. place avec raison au début de l'expédition d'Antiochos III eu 
haute-Asie, le transfert de familles juives de Babylonie eu Phrygie; mais nous avons 
indiqué ici que c'est probablement alors, et non sous Antiochos I, que se place la 
colonisation juive à Apamée du Méandre. En tout cas, est-ce faire autre chose qu'un jeu 
de mots à lafaçon des historiens anciens que d'écrire que ce sont ces Juifs qui « com- 
parant ce refuge à l'Arche de Noé, firent donner à la ville le surnom de Kibô- 
tos » ? 

P. 226. — M, Holleaux (Hermès, 1912) a prouvé qu'Ardys et Mithridate n'étaient pas 
des fils, mais des généraux d'Antiochos III. 

P. 330.— Sur l'influence possible de l'histoire d'Oropherne sur celle d'Holopherne, il 
aurait fallu renvoyer à Hicks, Journal of hellenic studies, 1880 (à propos de l'inscr. 
du British Muséum, n° 324). 

P. 475. —Je ne vois pas pourquoi —et je le regrette pour ma part — M B.-L. n'a pas 
adopté l'opinion développée par Bevan sur le titre de Mégas, comme donné aux rois 
qui, par leur autorité établie dans la Perse, sont redevenus des « Grands-Rois ». 

P. 405. Pour le rôle des Romains dans la restauration d'Antiochos VIII, voir la dédi- 
cace de ce prince a Délos, B C H, 1910, n. 41. 

Voici enfin quelques lapsus échappés sans doute dans la correction des 
épreuves. 

P. 41. — Gorrigez : autour d 'IrjSixà en auteur d 'Ivôivcà et renvoyez à Krom, 
Hermès, 1909. 

Le Palibothrade la p. 41 est identique au Patalipoutra de la p. 91. 

P. 54. — Carine', non Carina en Mysie. — P. 57. Adzerbeidjan. 

P. 68. — La date est indiquée 173 au lieu de 273. 

P. 144. — Dora est une ville philistine, non cananéenne. 

P. 215 — L'expression reine est un peu impropre pour la femme du chef Gaulois 
Ortiagou et rien ne prouve que l'épisode eut lieu à Ancyre. Galates et Gallo-Grecs 
est également une expression peu exacte. — P. 228. On ne saurait parler d'un fia- 
mine de Séleukos IV. 



T. LXVII, n° 134. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Monumenta Talmudica. II. Band : Recht. Erstes Heft, bearbeitet von 
Salomon Ganoz. Vienne et Leipzig, Orion-Verlag, 1913; in-4° de xvi +80 p. 
M. 10. 

Les nombreux travaux scientifiques sur le Code de Hammurabi et sur 
les papyrus araméens d'Assouan, ces deux grandes découvertes des der- 
nières années, ont attiré l'intérêt des historiens du droit sur la littéra- 
ture talmudique. Sous cette influence, différentes parties de la législation 
du Talmud ont fourni en ces derniers temps la matière de monographies 
spéciales ou ont été étudiées en rapport avec les recherches sur d'autres 
sources du droit sémitique. C'est ainsi que l'importance des institutions 
talmudiques pour la connaissance des conditions juridiques dans l'Orient 
sémitique est reconnue aujourd'hui et appréciée de tous les spécialistes. 
Ce serait donc une tâche utile de la part des talmudistes d'étudier l'cn- 
semble du droit biblico-talmudique dans surdéveloppement historique 
et de le rendre accessible au monde savant pour lequel le Talmud est, à 
cause de ses difficultés linguistiques ou à cause du manque d'ordre et de 
système, comme un livre scellé de sept sceaux. Le mérite d'avoir satisfait 
en partie ce besoin d'un manuel du droit talmudique peut être reven- 
diqué en plein droit par les éditeurs des Monumenta Talmudica, qui, 
fidèles à leur plan de « présenter le contenu scientifique du Talmud 
sous sa forme originale, avec texte ponctué, traduction allemande et 
commentaire, le tout d'après des principes méthodiques », font paraître, 
dans le second volume de la collection, la partie la plus importante du 
Talmud, le droit. 

Le premier fascicule, que nous avons sous les yeux, porte sur le droit 
public et contient trois chapitres : le roi (n 08 1-52) ; la justice et le Sanhé- 
drin (n os 53-90) et les prêtres (n os 91-214). Le second fascicule sera consa- 
cré, d'après l'annonce, aux parties suivantes du droit public : le grand- 
prêtre, les lévites, le peuple. — Chaque chapitre est précédé d'une 
introduction, court aperçu historique et critique sur le sujet à traiter et 
résumé des résultats tirés des sources citées. 

L'auteur s'est montré fidèle en gros à la promesse qu'il a faite dans sa 
préface : « exposer le droit talmudique complètement et d'après les 
sources... mais en insistant particulièrement sur l'examen historique 
et critique des différents documents de la littérature talmudique... les 
soumettre à un traitement qui satisfasse les exigences de la science tou- 
chant la critique des textes et des sources ». Son travail atteste qu'il est 
versé à fond dans toute l'ancienne littérature juive et qu'il connaît bien 
aussi la littérature moderne. Son sens critique lui permet d'éviter les 
écueils que recèle la mer du Talmud et d'écarter les nombreuses contra- 
dictions que présentent les sources et qui ont leur origine soit dans 
l'altération des textes, soit clans les vicissitudes des temps. 

L'auteur a apporté un soin parfait à la mise en œuvre et à l'explication 
des textes. La littérature talmudique est son étude favorite; aussi ne 
peut- il se résoudre à passer le moindre détail sous silence. A mon avis, 



BIBLIOGRAPHIE 307 

il eût été plus utile de se borner au peu de notions positives fournies 
par ces trois chapitres, qui présentent souvent le caractère de débats aca- 
démiques. Cette concision aurait été compensée par les développements 
circonstanciés qu'appellera le droit privé et criminel, où l'on doit se pro- 
mettre une multitude de points de vue nouveaux. Les numéros suivants 
me paraissent secondaires et superflus : n os 18, 43, 46, 47, 403 (deuxième 
moitié), 111, 114, 116 et une partie des n°» 118-194, qui ne sont à vrai 
dire qu'un commentaire du n° 117. 

Le groupement des textes ne tient pas toujours compte du fond. Ainsi 
on s'attendrait à ce que les n os 13-18 a, qui parlent de l'hérédité de la 
royauté, vinssent à la fin du chapitre. Je ne trouve pas déraison suffisante 
qui justifie l'ordre des n°* 29-39. Il eût été plus plausible de suivre 
l'ordre suivant : n 0s 34, 33, 32, 37, 39, puis 29, — c'est celui de la Mischna 
et en partie aussi celui de la Tossefta — et de rattacher aux textes de la 
Mischna les textes correspondants de la Tossefta et du Talmud. Enfin, les 
n os 69 et 70 auraient leur vraie place avant le n° 67, car ils se rapportent 
directement aux attributions du Sanhédrin. 

La traduction est coulante et claire, mais parfois trop libre. J'ai noté 
les exemples suivants : N° 4 : pTrçaytt, « nommer » [ernennen), mieux : 
instituer {einsetzen). N° 8 a : "ntttf p?3, « c'est pourquoi il est dit » (daher 
heisst es), mieux : c'est pourquoi (les docteurs) ont dit. — N° 25, "UT-in 
mD573, « ceux qui ont été exécutés par le roi ». au lieu de « par l'auto- 
rité royale », à laquelle ils avaient porté atteinte, comme l'explique 
Raschi. — N° 28, NTabizn, «je comprends », mieux : « il est exact que... » ; 
— p2J2, « d'où sais-je? », au lieu du pluriel. — N° 46, les mots "pi ma 
répétés dans la Tossefta ne sont pas traduits ; de même, au n° 58, les 
mots incn n^ara. — No 68, ^ ba mmpîa baa pnbnzji pâma dot 
w^a pi an*»... ùan frnmD, « de là ils envoyaient partout des lettres et 
nommaient quiconque était savant. . juge dans sa ville » ; cette traduc- 
tion n'est pas exacte, car l'installation des juges locaux n'était pas dans 
les attributions du Grand Tribunal, ce qu'on peut inférer de Tossefta 
Schekalim, m, 27 : lT$a "pi niZ)?D ; il faut donc traduire : « de là ils 
envoyaient partout des lettres portant que quiconque était savant... fût 
juge dans sa ville ». — N° 116 fin, le mot miayn, « par le culte », qui 
est une formule de serment, n'est pas traduit. — N u 117 fin, la phrase 
répétée de la fin est omise dans la traduction. Même observation pour le 
mot Nbi au n° 207. — N° 127, HDip NiniD, « parce qu'on achète », mieux : 
car il achète. — N<> 207, ipbnïiiD, « qui sont connus », mieux « pour les- 
quels il est établi ». 

Voici encore quelques observations de détail. N° 1, la disposition don- 
nant le pas à la descendance maternelle a vraisemblablement été arrêtée 
ad hoc en faveur d'Agrippa, ce que confirme la tournure i"ttDN p» (8 a) 
et comme je l'établis à l'aide d'autres preuves dans un travail qui paraî- 
tra prochainement. — N° 34, 7. Gomp. Gh. Tschernowitz, Tlftbna D*mi'tt;, 
Varsovie, 1913, p 43-44, qui montre par de nouveaux arguments 
empruntés à la Halacha que cet événement s'est passé effectivement à 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'époque d'Alexandre Jannée et que la relation traduit les interprétations 
divergentes des Pharisiens et des Sadducéens sur le verset qui y est cité. 
— N° 49. Le mot rmro ne signifie pas ici « douaire », mais « contrat de 
mariage » ; voir mon travail Zut Geschichte des Ehegùterrechts bei den 
Semiten, dans les Sitzungsberichic der Kais. Akademie der Wissen- 
schaften in Wien, phil.-hist. Klasse, GLXII, i, p. 9. — N° 91, *wb« 
■pria m ipi* l^man, la traduction « Eléazar et Itamar sont les plus 
importants des fils d'Aaron » est inexacte. Les mots "pïiN ^33 font partie 
du verset expliqué, car dans ce passage on interprète mot pour mol le 
verset du Lévitique, xxviii, 1 ; il faut donc lire et traduire : "iT3>bN 
"ip" 1 ? nErvNi, « Eléazar et Itamar sont l'essentiel », puis : "pria "in 
nmnnn nb»btt omb* ttiare, « les fils d'Aaron (ibid.), car c'est à eux 
que se rattache la chaîne du sacerdoce ». — N° 150, n. 11, la seconde 
interprétation a contre elle aussi bien l'addition de la Tossefta )r:iD 
tr^bo ŒEm D^rra que la teneur de la Mischna, car il faudrait riDïïT n;tt 
Dhdi, « une mine et une mine et demie ». — N° 193, n. 22. La propor- 
tion de 3/100 pour les prêtres et de 9/100 pour les Lévites, représentant 
les redevances sur la moisson, n'est pas exacte, car d'après la Mischna de 
Teroumot, iv, 3, la dîme lévitique est donnée après qu'on a prélevé la 
terouma due au prêtre; elle s'élève donc à un dixième de 98, soit 9,8 ; 
ainsi le prêtre ne recevait que 2,98 0/0 et le lévite que 8,82 0/0 de la 
récolte. 

Deux fautes d'impression à corriger : n° 25, 1, Maim. Met., lire iv au 
lieu de vi ; p. 32, deuxième alinéa, première ligne, lire 24 au lieu de 4. 

Je tiens à lui faire remarquer en terminant que mes observations ne 
sauraient amoindrir le mérite de l'auteur, qui, en un domaine si difficile 
a fourni un travail approfondi, intéressant et utile, et j'exprime le vœu 
que les fascicules suivants paraissent bientôt. 
Lemberg. 

L. Freund. 



Fleg (Edmond). Écoute, Israël. Paris, 8, rue de la Sorbonne, 1913. 3 fr. 30 
(Cahiers de la Quinzaine, 1 er cahier de la lo e série). 

En annonçant qu'à l'assemblée générale de la Société des Études juives 
(6 avril 1913), M. Edmond Fleg lirait des poèmes de sa composition, un 
journal israélite pronostiquait : « C'est un talent hors pair qui s'affir- 
mera. . . Un vrai poète et un poète juif : ce sera une révélation ». Ce fut 
une révélation. Pendant que M. Fleg lisait — et comme il les lisait! — ses 
vers, dont la Bible a généralement fourni le sujet et l'Agada la matière, 
que traverse un souffle prophétique et qui sont d'une forme si artiste, il 
fallait en suivre l'effet sur le public. Les uns, les initiés, échangeaient 
ces signes et ces sourires qui disent : Comme c'est bien cela ! Les autres 
témoignaient également par leur recueillement et par leurs applaudisse- 



BIBLIOGRAPHIE 309 

ments croissants leur ravissement, avec tout ce que ce mot cotnporte 
d'admiration et d'étonnement à la fois. Chez tous, ce fut de l'enthousiasme 
et le président de la séance, M. Isidore Lévy, traduisit l'impression géné- 
rale d'un mot : Un poète nous est né. 

Un poète nous est né, un poète juif, un poète du judaïsme. Sait-on bien 
ce que cela veut dire? Nous n'avons guère de grands poètes, ni de grands 
poèmes. M. Brody, qui connaît certes tous nos versificateurs, a observé 
quelque part que « malgré l'abondance des souvenirs historiques et la 
multitude des légendes contenues dans le trésor de la littérature juive, 
rien n'en a été mis en œuvre dans un poème héroïque ». Nous avons 
bien nos versificateurs, mais de la vraie et haute poésie, qui exprime le 
génie du judaïsme et où chante son âme, combien en est sevré le peuple 
qui a fait la Bible ! Après la floraison de la littérature biblique, où la 
prose atteint souvent à la grande poésie, il semble que la source poétique 
soit tarie. La veine poétique se conserve dans l'Agada, mais ce sont des 
paillettes et que de sable les recouvre ! Le Midrasch a été incorporé à la 
littérature rabbinique ; les aggadot ont été livrées aux talmudistes ou, ce 
qui ne vaut pas mieux, aux philosophes rationalistes. L'esprit talmu- 
dique et philosophique, en comprimant la spontanéité et la fraîcheur de 
l'imagination, ne favorise pas la création poétique et c'est merveille que 
l'intensité du sentiment religieux et national ait pu faire germer, par une 
culture artistique raffinée, quelques magnifiques fleurs dans les champs 
de la Muse juive d'Espagne. Le reste n'est que jeu d'esprit ou jeu d'école ; 
c'est à peine si l'acuité de la souffrance arrache à tel païtan quelques 
accents vrais, mais dépourvus d'art. Puis, c'est le moyen âge juif, un 
moyen âge aride et sombre, dégradé et stérile pour toute production 
poétique. Au grand air de la liberté, le judaïsme paraît se décomposer : 
comment pourrait-il inspirer des poètes? Demandez-le à Heine. Pourtant 
la participation à la culture du pays n'éteint pas toujours l'intérêt pour le 
judaïsme, auquel la science a rendu ses titres de noblesse, et si, en Alle- 
magne, c'est le chrétien Bôrries von Munchhausen qui a trouvé les plus 
forts accents juifs, la Hongrie a eu Joseph Kiss. Mais ce sont plutôt des 
littérateurs doublés de savants qui ont traduit sous une forme artistique 
leur conception élevée du judaïsme, Steinheim en Allemagne, et plutôt 
dans sa Révélation que dans ses Chants cVOhadia, James Darmesteter en 
France et plutôt dans ses Prophètes d'Israël que dans ses Poèmes 
bibliques 1 . 

Qui eût dit que le judaïsme français fût de force à produire un poète 
juif? M. Fleg, qui est un ancien normalien, je crois, et de qui des pièces 
ont été jouées sur le boulevard, est un artiste avisé qui, comme Hugo ou 
plutôt comme Leconte de Lisle, demande à l'orientalisme des éléments 



1. Je ne parle pas ici de la renaissance du judaïsme national et de la littérature néo- 
hébraïque en Russie, qui nous a donné déjà plusieurs poètes, dont un grand : Bialyk. 
C'est un autre mouvement et qui n'a pas encore sensiblement influé sur le judaïsme 
occidental. 



310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de couleur locale qui évoqueront pittoresquement le passé (Le Pschcnnt, 
La gloire (Vlacob, etc.). C'est un versificateur adroit qui connaît les res- 
sources du rythme et de la rime libres et qui a des strophes qui peignent 
et qui chantent (lire, dans le Pschennt, l'apparition de Bithia portant 
Moïse enfant). Mais il est surtout un poète par le don de créer des visions 
poétiques (La vision d'Itsrac) et même mythiques (La vision d'Elohim), 
ce qui est le propre de l'épopée. Et il ne faut pas craindre de dire que 
M. Fleg a des parties de poète épique et que ses poèmes s'annoncent 
comme une épopée cyclique du judaïsme. 

L'inspiration de M. Fleg est profondément juive. Elle se manifeste dans 
le titre même de ses poèmes et dans les sous-titres de ce premier recueil. 
M. Fleg aurait pu inscrire en tète de ses poèmes un titre épique, par 
exemple : Le Livre des Guerres de Yahwé. Il a préféré un titre plus 
simple et plus prenant, et qui est un appel plutôt qu'un titre. Pourquoi, 
demandait Steinthal, par quelle divination les membres de la Grande 
Synagogue ont-ils, sur les 5845 versets du Pentateuque, choisi celui du 
Schéma? Ce que nous pouvons dire, c'est que depuis, ce verset exprime, 
pour le juif, le pur monothéisme et qu'il lui rappelle toute la vie et 
toute la mort de ses ancêtres au service de cet idéal. C'est comme une 
devise et un rappel ; c'est comme l'inscription d'un drapeau ou plutôt 
c'est ce drapeau même. Écoute, Israël... C'est un juif qui parle à des 
juifs, et l'aède homérique faisait moins tressaillir ses auditeurs en leur 
annonçant qu'il allait chanter les malheurs des Atrides que le poète juif 
quand il lance à ses lecteurs ce mot de ralliement : Écoute, Israël ! 

Les titres des trois premières parties de l'œuvre ne sont pas moins 
traditionnels et évocateurs. Les Pères du Monde, ce sont les patriarches, 
titre qui leur est déjà donné, avant le Talmud, par Sira 1 . Peut-être Aboi 
olam signifie-t-il plutôt chez lui « les Pères de l'éternité » ; encore ce 
sens ne déplairait-ilpas à notre poète, qui, par une hardiesse poétique ou 
philosophique, associe Dieu aux patriarches. — La Maison d'Esclavage est 
classique. Mais la Terre de Promesse n'est pas, chose singulière, une 
expression juive. Si l'on cherche dans l'article Palestine de la Jeivisk 
Encyclopedia {Palestine, Boliness of), on trouve que « la sainteté de la 
Palestine dans l'opinion des Juifs s'explique en partie par le fait qu'elle 
a été le berceau et le tombeau de leurs patriarches et leur « Terre pro- 
mise ». On ne se douterait guère que le terme ne vient pas de l'hébreu, 
au moins directement. C'est un « héb.raïsme du Nouveau Testament » 2 , 
refait sur les phrases bibliques telles que « la terre qu'il a juré à tes 
pères... )>. De l'Épître aux Hébreux, l'expression a pénétré dans notre 
langue parles traductions bibliques sous la forme de « terre de promis- 
sion », d'où on a tiré « terre promise » 3 . M. Fleg a heureusement repris 

1. Voir Ecclésiastique, xliv, 1, et la note de M. I. Lévi. 

2. Ép. aux Hébr., xi, 9: ttjv yv^v T7j; inct^zliy.^ terram repromissionis. L. Salkinson 
retraduit gauchement : "ib mirran ynN : il faudrait ri3H3\3n y-'N- 

^. Voir J. Treqel. L'Ancivn Testament et la langue française du moyen â(je y 
p. 6H-5. 



BIBLIOGRAPHIE 3H 

la forme avec génitif qualificatif, plus hébraïque, et allégé « promis- 
sion », qui est théologique et lourd, en « promesse ». S'il n'a pas préféré, 
pour désigner la « terre aux justes cimes », l'expression bien juive de 
« Terre sainte » ou, pour rester dans sa note, « Terre de sainteté »', 
c'est peut-être que, dans sa pensée, la Terre de promesse est plutôt la 
Promesse de la terre. 

De ces rubriques traditionnelles, en effet, M. Fleg a changé le contenu 
et même le sens. Pour le montrer, il faudrait analyser ses poèmes, si 
des poèmes pouvaient s'analyser. Il faut au moins en indiquer les sujets, 
pour montrer que l'œuvre de M. Fleg est bien juive par sa matière et par 
ses sources d'inspiration, qui sont la Bible et l'Agada. Les lecteurs qui 
ne connaissent Y « histoire sainte » que par la Bible verront de suite ce 
que M. Fleg y a ajouté et les lecteurs tant soit peu familiarisés avec le 
Midrasch reconnaîtront au passage la provenance de ces additions. 

La première partie, les Pères du Monde, se compose de quatre visions. 
La Vision d'Elohim, raccourci saisissant de la création et de l'histoire du 
monde jusqu'à Abraham, est la mise en œuvre d'éléments aggadiques : 
Dieu, prévoyant le Bien et le Mal, hésite s'il créera le monde ; mais dès 
qu 1 « au fond de sa pensée », il a vu les trois patriarches, il dit : que la 
lumière soit ! La Vision cTAbram a son point de départ dans le Midrasch : 
le berger d'Our-Casdim reconnaît que les astres qui passent ne sont pas 
Dieu, et le Père des Croyants adore le Dieu invisible et chemine dans son 
chemin (l'idée de Y alliance t qui entrait bien dans la conception du 
poète, ne me paraît pas suffisamment marquée). La Vision d'Itzhak* ne 
doit rien, je crois, au Midrasch, si ce n'est l'idée du mérite du sacrifice 
d'Isaac et sa corrélation avec les souffrances de sa postérité — encore 
l'Akéda met-elle en scène Abraham bien plus que la victime — mais est 
profondément juive par l'évocation du martyrologe sublime du judaïsme: 
Isaac, le Père des Souffrants, voit, mourant, les plaintes et les souffrances 
de ses descendants et il s'y soumet pour qu'ils voient la face du Dieu 
juste. Dans la Vision d'Iacob, le patriarche — qui symbolise la puis- 
sance, comme Abraham la pensée et Isaac la souffrance, — après avoir 
lutté avec l'ange de la nuit, Samaël, voit en rêve l'échelle mystérieuse 3 , 
que les « anges casqués » gravissent par milliers, et là-haut, Samaël les 
précipite ; mais appelé par Dieu, le vainqueur de Samaël monte quand 
même « et sur l'échelle d'or, — plus fort — que la mort — où tous 
firent la chute, Israël monte encor ». Cette première partie est d'une con- 
ception parfaite. 

La seconde se tient moins bien et je n'y trouve que deux poèmes signi- 
ficatifs. La Parole d'Elohim, touchant raccourci de l'histoire de Joseph 
d'après la Bible, met en relief, avec l'amour paternel de Jacob, sa 



i. Elle remonte à Zacharie, u, 16. 

2. M. Fleg écrit, bien singulièrement, ltsrac, comme il écrit Rhanoc. 

3. Notez l'interversion des deux épisodes bibliques, 'qui a pour conséquence que 
Jacob rêve le matin. 



312 REVUE DES ETUDES JUIVES 

confiance en Dieu. La Gloire d'Iacob est l'apothéose dans la mort du 
patriarche invincible. Le poète a emprunté au Midrasch la donnée origi- 
nale d'Esaii qui vient disputer à son frère mort sa place dans le caveau 
de Makhpéla, mais il a modifié le dénouement pour le rendre plus mer- 
veilleux : ce n'est pas Houschim, fils de Dan. mais Élohim, ou'l'épée des 
Kéroubim, qui abat le chasseur de Séir. 

La troisième partie, aussi longue que les deux premières, est d'une 
grande richesse, puisée pour une très large part aux trésors de l'Agàda. 
Le Pshennt est l'histoire de l'adoption de Moïse par la tille de Pharaon, 
d'après le Midrasch : la princesse, nommée Bithia, se baigne dans le Nil 
pour guérir de la lèpre; elle est guérie dès qu'elle touche le berceau et elle 
va présenter à Pharaon l'enfant lumineux, qui jette à terre le pschennt 
dont on veut le couronner l . Dans Moïse et Biihia, qui, comme la Vision 
iï Itzhak, est non pas tiré, mais inspiré de la Bible, le jeune Moïse refuse 
toutes les joies que lui offre sa mère adoptive : « Je veux aller souffrir, 
avec mes frères. » Le Buisson douloureux doit au Midrasch ses traits les 
mieux venus. Parce que Moïse, pasteur, a eu pitié d'un agneau de son 
troupeau, Dieu lui apparaît; il lui apparaît au buisson douloureux, « car 
Dieu souffre quand souffrent les Hébreux » — c'est le immo anokhi 
ba-çara — ; Moïse hésite et parce qu'il hésite, il n'entrera pas dans la 
Terre promise, mais il se soumet d'être le prophète de Dieu et la victime. 
La Dixième plaie développe encore une donnée midraschique : Bithia a 
été seule épargnée parla dernière plaie. La sortie d'Egypte, le passage de 
la Mer rouge sont raccourcis, trop raccourcis à mon gré, dans la Souf- 
france d'iïob, qui s'offre en rançon momentanée pour les Hébreux. Cette 
très curieuse invention midraschique ne me paraît pas avoir servi aussi 
heureusement le poète : elle lui a fait perdre de vue le rôle actif des 
Hébreux, de cette génération des Yoceê Miçrayim, dont TAgada, avec 
une grandeur épique et presque malgré la Bible, a fait un peuple inspiré 
au bord de la Mer rouge, quand il chante son Libérateur, au pied du 
Sinaï, quand il reçoit la Tora. A un moment, dans les Tables de Saphir, 
le poète met en scène les Hébreux, et passe. C'est tout Israël qu'il 
fallait grandir et personnifier. Mais jusqu'au bout, ce sera un individu 
qui tirera à lui tout l'intérêt. 

A la vérité, cet homme est Moïse. Dans les Tables de Saphir, Moïse 
dispute la Loi aux anges — - d'après le ïalmud — et la reçoit des mains de 
Dieu. Dans les Tables de Granit — encore d'après le Talmiid — il défend 
le peuple défaillant contre Dieu, brise la Tora pour être seul puni et en 
reçoit de Dieu une autre, qui portera son nom à lui, pour rappeler son 
intervention ; Torat Mosché. Le dernier poème, enfin, qui n'a d'autre 
titre que le nom de Moïse, se compose de deux parties, inspirées chacune 
d'une agada. Moïse, anxieux devant la mort, interroge les éléments, mais 

1. Je remarque en passant que le motif agadique de l'or repoussé par Moïse enfant 
a passé dans une chanson de geste; voir Zeitschrift fur romanische Philologie, 
XXXIV (1910), p. .m 



BIBLIOGRAPHIE 31 3 

ils sont faits aussi pour mourir; il implore Dieu, et s'incline devant 
ses desseins. Alors Dieu commande aux anges d'aller « cueillir son 
âme » : ils n'osent; Samaël lui-même recule devant le « nom ineffa- 
çable )> (le schem ha-mepkorasch) tracé sur le sable par Moïse, et c'est 
dans le baiser de Dieu que Moïse monte au ciel. 

Ainsi, les Pères du Monde, c'est Dieu avec les patriarches ; la Maison 
d'esclavage va de la capture de Joseph à la servitude des Hébreux et la 
Terre de promesse, de la naissance de Moïse à sa mort. En sorte que le 
cycle de la Maison d'esclavage est clos avant l'apparition de Moïse et que 
le cycle de la Terre promise se ferme dans le désert. Cette construction, 
avec celte perspective, déroute quiconque connaît les cadres de l'histoire 
biblique. J'ai sollicité du poète des éclaircissements, que je demande la 
permission de reproduire : « Je n'ai pas adopté les divisions ordinaires 
de l'histoire sainte, car malgré la chronologie, que j'ai suivie, je ne fais 
pas de l'histoire et ma poésie, pour parler avec les philosophes, vise 
plutôt l'essence que l'accident. Pour moi, les Pères du Monde ne sont pas 
seulement les patriarches, mais surtout le principe moral qui, dans l'uni- 
vers, fait équilibre au mal et doit triompher de lui (la Vision d'Elohim); 
Abraham, Isaac et Jacob symbolisent la pensée, la sensibilité et la 
volonté juives qui ont pour mission de réaliser cet idéal à travers les 
siècles. — Dans la Maison d'esclavage je n'ai pas voulu mettre toute la 
période égyptienne de l'histoire juive, mais tracer en quelque sorte la 
ligne typique, ascendante puis descendante, que les Juifs ont suivie dans 
tous les pays où ils se sont successivement installés : ils arrivent misé- 
rables, esclaves {le Choix d'Amitsi), s'élèvent peu à peu à l'apogée de la 
puissance [la Gloire d'Iacob), suscitent les jalousies et les haines (la 
Colère de Mitsraïm) et retombent par l'oppression dans la détresse (le 
Fleuve des sanglots). — Dans mon esprit, la Terre de promesse est moins 
la Palestine que Vidée messianique de la terre tout entière transfigurée 
dans un lointain avenir par la Justice. C'est à l'empire de ce monde 
moral que Moïse enfant aspire instinctivement quand il repousse, avec le 
pshennt, l'empire du monde matériel. Sa rêverie auprès de Bithia, sa 
méditation au buisson douloureux, l'affranchissement d'Israël, la Loi 
qu'il reçoit de Dieu, et qu'il rend plus humaine, sont autant d'étapes vers 
cette « terre aux justes cimes », vers cette terre « où le Messie viendra », 
« où la mort ne vient pas ». Mais dès que les Juifs auront pénétré en 
Palestine, la Terre promise reculera pour ainsi dire; il leur restera tou- 
jours une terre morale à conquérir. L'idée pure de la terre promise se 
trouve donc dans l'esprit de Moïse et c'est pourquoi le cycle de la Terre 
de promesse s'achève avec sa mort. » 

Je reconnais que c'est très fort, mais j'avoue que je ne suis pas 
convaincu. Je sais bien que quand on fait des vers libres, on doit faire 
du symbolisme ; mais peut-être a-t-on le droit de demander au symbole 
de n'être pas un artifice. L'interprétation symbolique sort assez bien de 
la première partie : elle s'adapte encore à la troisième. Mais dans la 
seconde, je ne vois pas comment le Choix d'Amitsi, qui est du reste un 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

petit chef-d'œuvre de grâce, symbolise l'arrivée d'Israël misérable dans 
une terre étrangère, ni comment la Gloire d'Iacob, vainqueur dans la 
mort d'Esaiï à Makhpéla, symbolise la puissance d'Israël en Egypte. Ce 
système symbolique fait l'effet d'être plaqué là après coup. Il me semble 
que la Bible offre au poète un symbolisme naturel, moins systématique 
et moins mystique, mais tout aussi profond et tout aussi poétique. 

L'originalité de M. Fleg est d'avoir rajeuni la Bible par l'Agada. Tout 
courant de poésie juive devra plonger dans la source biblique. Si le 
judaïsme est le peuple de la Bible, la Bible est le livre du judaïsme. Mais 
la Bible n'est plus au judaïsme seulement; elle est un élément de la 
culture chrétienne et moderne. La Bible est devenue neutre. Pour lui 
rendre son originalité, il fallait la retremper, si je puis dire, dans le cou- 
rant de la tradition juive. La tradition juive sur la Bible est dans l'Agada. 
L'Agada est essentiellement — l'étymologie même du mot l'indique — 
l'interprétation traditionnelle de l'Écriture et, pour ceux-là surtout qui 
ne connaissent la Bible qu'à travers la théologie et l'art chrétiens, la 
Bible redevient juive par l'Agada l . 

Par elle aussi elle redevient poétique pour ceux qui seraient tentés de 
la trouver banale à force de lecture ou, à force de critique, aride. 
L'Agada rajeunit la Bible par ce qu'elle y ajoute d'original, de pitto- 
resque, de haut en couleur; ce sont des fleurs à l'éclat vif dont le terroir 
biblique est replanté. L'Agada, c'est la Bible enluminée. Que l'on 
compare à ce double point de vue — mais à ce point de vue 
seulement, on m'entend bien — le Moïse de Fleg à celui de Vigny ; on 
verra que le premier est plus concret, plus vivant. Pourquoi? parce que 
le Moïse romantique, malgré la couleur locale... et banale de l'intro- 
duction, a la raideur d'un symbole — vous pouvez l'appeler Chatterton 
ou Stello — tandis que le Moïse de M. Fleg, symbolique lui aussi, est, 
grâce à l'Agada, fortement individualisé, donc, si je ne m'abuse, plus 
poétique. On peut comparer également — et ici M. Fleg n'a pas à 
redouter la comparaison — son Pshennt au Moïse sur le Nil de Hugo : on 
s'assurera combien les traits charmants de l'Agada rehaussent de pitto- 
resque et de couleur le thème biblique. 

Or, c'est la science qui nous a appris ce que l'Agada recelait de poésie, 
et de poésie juive. On peut proclamer aujourd'hui que l'Agada est une 
création du peuple juif; oui, mais c'est par la science moderne que nous 
le savons, et que ce n'est vrai qu'a demi, car il y a dans l'Agada autant 
d'effort scolastique que de création populaire. Dédaignées ou incomprises 
par les talmudistes, qui y exerçaient leur subtilité, ridiculisées par les 
théologiens chrétiens, quand ils ne criaient pas au scandale, les humbles 
aggadot ont été réhabilitées par les savants, de Zunz à Bâcher et de 

1. Oo peut morne se demander si des lecteurs non familiarisés avec cette littérature 
ne seront pas déconcertés par endroits, par exemple s'ils ne trouveront pas trop 
« oriental » un trait tel que celui de Moïse « né circoncis au ventre de sa mère » 
p'est aussi, d'apiès l'Agada, le cas d/Jsaac et de Joseph). 



BIBLIOGRAPHIE 315 

Krochmal à Friedmann. Déjà Michael Sachs, érudit et versificateur de 
(aient, avait montré quel parti on pouvait en tirer dans ses Stimmen vom 
Jordan und Euphrat (en 2 parties, 1852 et 18G7). M. Bâcher en a permis 
l'exploitation méthodique en en inventoriant la partie non anonyme. 
Winter et Wiïnsche ont traduit en allemand les passages aggadiques du 
Talmud et la majeure partie des Midraschim. Actuellement un érudit qui 
a des goûts de lettré, M. Louis Ginzberg, et un littérateur muni des res- 
sources de l'érudition, J.-M. Berdyczewski, s'emploient à faire connaître 
les légendes juives, l'un au public anglais, l'autre au public allemand *. 
M. Fleg n'a encore pu utiliser ces deux publications, qui lui auraient 
ouvert des Midraschim plus originaux, plus exotiques, si je puis dire, du 
Midrasch Abkhir au Zohar et du Pirkê de-Rabbi Eiiëzer au Beréschit 
rabbaii ; il n'a guère mis à contribution que l'Agada classique, celle 
qu'ont rendue accessible les traductions de Winter et Wiïnsche, c'est-à- 
dire, autant que je puis voir, le Talmud, les Rabbot et le Yalkout. En 
fouillant les parties moins explorées de l'Agada, notre poète ferait encore 
de jolies découvertes. 

Si c'est grâce aux travaux de la science que M. Fleg a pu trouver dans 
le Midrasch une si heureuse source d'inspiration, je ne crains pas de dire 
que les savants lui seront redevables de leur avoir rendu plus sensibles 
les beautés poétiques de l'Agada. Nous savions bien que c'est dans l'Agada 
que s'est réfugiée la poésie juive à l'époque talmudique, comme l'a dit 
quelque part Isidore Loeb ; mais nous ne le sentons pas assez. Nous 
autres érudits, nous sommes un peu comme ces botaniste* qui, décrivant 
minutieusement des fleurs desséchées, n'en oublient que le parfum. 
Nous cherchons à expliquer les aggadot, à les classer, à les dater, à 
leur découvrir des sources et des parallèles et, si nous allons jusqu'à 
distinguer celles qui ont pu être enfantées par l'imagination populaire de 
celles qui sont dues à des jeux savants d'exégèse, notre triomphe est de 
pouvoir montrer que telle d'entre elles s'explique tout simplement par 
une particularité ou une anomalie du texte biblique. L'esprit critique 
refoule le sens esthétique. Lorsque, par exemple, étudiant les aggadot 
qui se rattachent a Exode, il, 5, nous lisons dans Exode rabba que les 
servantes de la tille de Pharaon ont été abattues par un ange et que 
nn?:N pn nbcm signifie « elle étendit la main », nous expliquons que 
l'aggadiste a voulu rendre compte du remplacement de rrmnj'j par 
Tin?::*. Le poète vient et de ces artifices d'exégèse tire des figures saisis- 
santes (voir le Pshennt, p. 87). Ou bien, sur Exode, xxu, 7, nous ne 
voyons que l'explication du pronom de la deuxième personne dans ton 
peuple au lieu de la première personne dans Exode, m, 7, là où le poète 

1. L. Ginzberg, The Legends of the Jews, Philadelphie, Jewish Publication Society 
of America, 1910 et suiv. (3 volumes ont paru, qui vont jusqu'à la mort de Moïse). — 
Micha Josef bin Gorion [pseudonyme], Die Sagen der Juden, Francfort-s.-M., Riitten 
et Lœning, 1913 (ce 1 er volume contient les légendes sur l'origine du monde, les pre- 
miers hommes, le déluge et les anges). — Le 2 9 volume vient de paraître (1914) ; il 
contient les légendes sur les patriarches. 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trouve l'indication d'un développement d'une familiarité sublime (voir 
les Tables de Granit, p. 133). 

Nous pourrions être tentés de prendre notre revanche sur le poète 
en lui demandant s'il n'a pas dépassé les intentions et les prétentions de 
l'Agada, sans même parler de son symbolisme, qui est désormais étranger 
aux aggadistes, plus étranger encore que l'allégorie. Mais il nous faudra 
prendre garde à ceci. Quand nous parlons de littérature agadique, le 
terme est impropre. L'Agada n'est pas un genre littéraire, en ce sens 
qu'elle n'est pas écrite ; ce sont plutôt des notations d'idées; toute une 
idée est notée en une phrase et personne ne croira que l'agadiste, qui est 
un prédicateur, un orateur, parlait par petites phrases détachées et 
décousues, quand même il n'aurait pas connu nos méthodes littéraires 
de composition et de développement. Des différentes agadas, le rédacteur 
ne nous a conservé que des notes, et le compilateur a groupé ces notes à 
sa manière. Il est donc légitime de rassembler ces fragments épars, de 
les combiner, de les développer, au besoin de les interpréter, et d'essayer 
ainsi de reconstruire la pensée de l'agadiste. On risque de la dépasser ou 
même de la fausser; mais en cette matière, la divination du poète n'est- 
elle pas un aussi bon guide que la critique du savant? Et si l'interpréta- 
tion du poète n'est pas adéquate à l'original, eh bien, c'est qu'il a recréé 
sa matière pour produire de la beauté. Le poète a droit de transfigurer ce 
qu'il touche. Qu'on examine à ce point de vue la Gloire d'/acob, où d'une 
courte donnée midraschique est sortie cette pathétique apparition d'Esaù 
et ses apostrophes d'une sauvage magnificence, ou encore le Pshennt, où 
plusieurs agadot ont été ajustées et développées en un tableau gracieux 
et émouvant. Bref, il n'est pas excessif de prétendre que M. Fleg, s'il 
révèle l'Agada aux profanes, aide le savant à la comprendre et à l'ap- 
précier. 

C'est donc un sentiment de reconnaissance qui m'a déterminé à 
présenter les poèmes de M. Fleg aux lecteurs de cette Revue. Je ne me 
permets pas de critiquer son art et sa technique. Mais comme c'est la 
Société des Études juives qui, la première, a produit M. Fleg au public 
israélite et qu'elle a sans doute favorisé l'inspiration de ses poèmes en 
contribuant à acclimater dans notre pays le goût des études hébraïques, 
je n'ai pas voulu me priver de la joie et de l'honneur de saluer ici le 
poète qui nous est né. 

M. Liber. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. LXVII, 246-252 (cf. LXVII, 128-131). — L'attribution de ce texte de 
polémique à David Kimhi est une hypothèse dénuée de tout fondement. 
Le grand fragment est un morceau de la polémique de Simon b. Sémah 
Duran, Késcket ou-Magen, p. 13 et s. Il est impossible de croire que 
Duran ait plagié tout le morceau avec des remarques personnelles telles 
que « j'ai vu des prosélytes en France ». Gomme le fragment ne porte 
pas, semble-t-il, de nom d'auteur, il n'y a pas la moindre raison de le 
retirera Duran. — /. Guttmann. 

Ibicl. — Le fragment que nous avons publié forme aussi la fin du 
2e chapitre du MUhémet Hoba de Simon b. Sémah Duran (Constanti- 
nople, 1710), p. 62a-63 6. Mais des raisons internes montrent que le mor- 
ceau n'y est pas à sa place primitive et qu'il est emprunté à une source 
antérieure, qui est, je crois, le Commentaire des Psaumes de Kimhi. En 
effet, Duran finit ainsi : irrmn roraa i:i ■banDi m-pET D"»3>5 ^tL'N *in» 
nmnbiDa ïV)Dn nnb nbav "ps, tandis que notre fragmenta : izncN nnan 
nubien "iwnn naœa nairan mm-Mn. Nous voyons d'autre part que 
Duran répond tout différemment aux questions examinées ici. En outre, 
les mots "HETan Œ"idn nnsn indiquent qu'ils conviennent beaucoup 
plutôt au contexte de notre fragment qu'à la place où nous trouvons le 
passage chez Duran. L'expression paraît bien mieux en place dans un 
commentaire des Psaumes que dans un ouvrage de polémique. Enfin, 
il serait difficile d'expliquer comment un rabbin algérois du xiv e ou 
xve siècle nous renseignerait sur des prosélytes français du xin e . Le pas- 
sage est mieux à sa place dans le commentaire de Kimhi. 

Ce n'est pas la première fois qu'on a été frappé par des rencontres de 
Duran avec les ouvrages de ses contemporains ou d'autorités plus 
anciennes. Janlus prétend que l'accord d'Albo avec Duran, qui écrivait 
vingt-trois ans plus tôt, n'est pas fortuit et qu'il s'explique par l'usage 
qu'Albo a fait, sans se gêner, des ouvrages de Duran [Monatsschrift,XXllL 
1874, 457); mais c'est certainement une erreur. On devra plutôt se 
ranger à l'avis de Graetz, qui dit (Geschichte, VIII, 181) : « Avec la meil- 
leure volonté du monde Simon Duran ne peut même pas être mis à côté 
de Joseph Albo. Partout où l'on trouve chez Duran une idée logique et 
suivie, elle est empruntée à Joseph Albo. » Dans notre cas aussi Duran a 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

copié quelqu'un et ce quelqu'un est probablement Kimhi. — Londres, 
l!) décembre 19 13. — A. Marmorstein. 

T. LXVII, p. 132. — Sur yDfb !lb3n 13, M. Simonscn me fait remarquer 
qu'ici ces deux mots ont justement Ips deux accents en question, à savoir 
guerschdim et telischa guedola. — S. Poznanski, 

T. LXVII, 132, à la fin. — Lire: Il faut donc corriger ïd en ■}* (14 au 
lieu de 24). 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND 

Adler (Elkan N.). I. Un document sur l'histoire des Juifs en Italie. 
II. Nouveaux documents sur la querelle de Ben Méir avec 

Saadia 44 

Blau (L.). Tossefta, Mischna et Baraïta dans leurs rapports récipro- 
ques, ou Halacha palestinienne et babylonienne 1 

Ginsburger (M.). Samuel Lévy, rabbin et financier (suite) 82 et 262 

Kahn (Salomon). Les Juifs à Nîmes au xvn e et au xvme siècles 225 

Krauss (S.) . I. Études sur la Mischna 24 

— II. Études de terminologie talmudique 170 

Lévi (Israël). Une apocalypse judéo-arabe 178 

Liber (M.). W. Bâcher 161 

Porges (N.). Fragment d'un glossaire hébreu-français du xm e siècle 183 

Régné (Jean). Catalogue des actes de Jaime I er , Pedro III et Alfonso III, 

rois d'Aragon, concernant les Juifs [suite) . . 53 et 195 

Scialtiel (G.-D.) . Les Juifs de Nice et le décret de 1808 118 



NOTES ET MÉLANGES. 

Camerini (D.). L'original du fragment de polémique antichrétienne 

publié dans la Bévue 292 

Lévi (Israël) . La coupe d'Élie à Pâque 125 

Porges (N.). Sur un fragment de polémique anti-chrétienne 128 

Poznanski (Samuel). I. Deux notices massorétiques 131 

— II. Sur les fragments de la Gueniza édités par 

M. E.-N. Adler 288 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

BIBLIOGRAPHIE. 

Freund (L.). Mooumenta talmiidica, II, par Salomon Gandz 306 

Ginzbbrg (Louis). Festschrift zu Israël Lewy's siebzigstem Geburlstag 

{fin) 133 

Liber (M.). Ecoute Israël, par Edmond Fleg 308 

Poznânsei (S.). A. Berliner. Gesammelte Schriften 156 

Reinach (Ad.) Histoire des Séleucides, par A. Bouché-Leclercq 295 

Sgiama (Raoul). L'astronomie nautique au Portugal à l'époque des 

grandes découvertes, par Joaquim Bensaude 154 

Additions et rectifications 160 et 317 

Table des matières 319 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 





BFNDING SECT. DEC 1 1971 






DS Revue des études juives; 
101 historia judaica 

R45 

t. 67 




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